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Amour en blouse blanche · Radclyffe
Glenn ouvrit les yeux dans l’obscurité. Elle n’avait pas l’impression de se réveiller, mais plutôt d’émerger du néant. Sans même regarder l’horloge, elle savait qu’il était deux heures trente du matin. Quelle que fût l’heure à laquelle elle s’endormait, elle se réveillait toujours à deux heures trente. Elle ne rêvait pas. Elle s’était entraînée à ne pas rêver. Le sommeil était un vide, un répit obligé loin des pensées et des souvenirs.
L’absence de conscience n’était pas vraiment reposante, mais ce temps de récupération était nécessaire pour que son corps fonctionne à plein régime. Elle maintenait pour cette raison une durée de sommeil égale, même si les heures auxquelles elle se délassait étaient irrégulières.
Elle se tourna sur le côté. Deux heures trente-sept. Dehors, la nuit était silencieuse. Si elle tendait bien l’oreille, elle pouvait discerner quelques bruits lointains : un train de marchandises qui avançait le long du fleuve, un ou deux coyotes appelant leur meute, une branche tombant des grands pins qui bordaient le parking derrière le magasin fermé et abandonné sous son appartement. Mais pas cette nuit-là. La nuit était aussi vide que son sommeil sans rêves.
Son téléphone portable émit une série de bips saccadés. Elle avait choisi ce son parce qu’il était le plus proche qu’elle avait pu trouver de la radio qu’elle utilisait en mission sur le terrain. Sa familiarité lui procurait un étrange réconfort. Elle tendit la main vers lui, heureuse de sentir sa poitrine respirer plus librement.
— Archer.
— Salut, Glenn.
Glenn reconnut immédiatement la voix douce de Cindy Ames, l’infirmière du service de nuit aux urgences. Glenn et elle avaient passé de nombreuses heures à travailler ensemble au cours des trois dernières années.
— Je suis vraiment désolée de te réveiller.
— Pas de problème. Je ne dormais pas.
Cindy rit brièvement.
— Si c’est le cas, j’espère que tu es occupée à un truc plaisant. J’ai un souci. Je sais que tu n’es plus de garde pour le service de chirurgie, mais…
— Aucune importance.
Le téléphone à l’oreille, Glenn s’extirpa nue de ses draps et saisit une tenue de bloc dans la pile bien rangée qu’elle avait laissée sur la chaise en bois à côté de son lit. Elle avait prévu de la porter le matin même pour son premier jour en tant que directrice du programme d’assistants médicaux.
— Que se passe-t-il ?
— Flann est au bloc opératoire avec Pete pour une dérivation artérioveineuse problématique, et je n’arrive pas à joindre le docteur Williams. C’est lui qui assure la permanence chirurgicale cette nuit. J’ai ici une dame dont le pied a vraiment mauvaise mine. J’attendrais bien Flann, mais…
— Je vais venir jeter un œil. Je serai là dans dix minutes. Tu as fait des radiographies ?
— Oui, et il y a quelque chose de bizarre.
— D’accord, tu sais quoi faire d’ici mon arrivée.
— Tu me sauves la vie, dit Cindy.
— C’est ça, répondit Glenn d’un ton neutre avant que Cindy raccroche.
Lui sauver la vie !
Rien ne pouvait être plus éloigné de la vérité. Pendant un instant, les morts défilèrent dans son esprit, accompagnés du souvenir de la fumée acide, du goût cuivré du sang et de la peur dans sa gorge. Trop nombreux pour être comptés, pour avoir un nom. Mais les visages, eux, ne s’effaçaient pas, même si Glenn s’était entraînée à ne pas être hantée par eux, tout comme elle s’était disciplinée à ne pas rêver.
Toutefois, certains événements étaient impossibles à oublier, surtout quand ils étaient comme gravés dans ses os et tatoués dans son âme. Les morts faisaient partie intégrante d’elle autant que son cœur qui battait.
Mais pas cette nuit.
Cette nuit était pour les vivants.
Elle ramassa ses clés, son portefeuille et son téléphone, et laissa la porte moustiquaire se refermer derrière elle dans un cliquetis. Elle ne prit pas la peine de verrouiller ; il n’y avait rien à voler à l’intérieur. Elle s’engagea dans l’escalier en bois à l’arrière de son bâtiment d’habitation et le bruit de ses pas la suivit jusqu’au parking comme autant de fantômes.
Sa Wrangler décapotable était le seul véhicule dans le petit parking derrière le magasin de dépôt-vente en dessous de son appartement et ses voisins de chaque côté, une pizzeria et une brocante. D’habitude, elle parcourait à pied le trajet d’environ un kilomètre et demi jusqu’à la colline où était construit l’hôpital Rivers. De là, on pouvait voir la ville et la vallée, comme un signe que la vie était éphémère et capricieuse.
Mais Cindy était une infirmière expérimentée. Si la situation de cette patiente la dérangeait suffisamment pour appeler à l’aide plutôt que d’attendre une heure ou deux que Flannery ou l’assistant médical soit disponible, alors Glenn ne pouvait pas se permettre le luxe d’une promenade d’un quart d’heure.
Résultat, elle se retrouva sur le parking du personnel en moins de cinq minutes.
Les urgences étaient en général vides à cette heure de la nuit, sauf si un adolescent en quête de sensations fortes avait mal négocié un virage sur une autoroute voisine, si un fermier souffrait d’une indigestion qui l’empêchait de respirer ou si un bébé décidait de quitter le confort et la sécurité de l’utérus de sa mère. Mais les seuls véhicules présents sur le parking adjacent à l’entrée des urgences étaient ceux du personnel. Elle repéra aussi une voiture de patrouille du shérif avec le moteur au ralenti. Son occupant était probablement à l’intérieur en train de se servir une tasse d’un café médiocre.
Lorsque Glenn poussa les grandes portes doubles pour entrer dans le large corridor carrelé menant à la réception, les lumières vives la frappèrent de plein fouet. Son esprit se libéra de ses souvenirs et de ses incertitudes, et sa vision devint parfaitement nette. Quelque part plus loin dans le couloir, un ascenseur s’ouvrit dans un cliquetis ; elle entendit le vrombissement d’une polisseuse électrique accompagné d’un éclat de rire.
Dans la salle d’attente vide, une carte météo défilait sur l’écran de télévision, montrant l’avancée des tornades dans une région du pays qu’elle n’avait jamais visitée et qu’elle doutait de voir un jour.
Cindy leva la tête au bruit de ses pas. Le soulagement effaça les rides de tension au-dessus de ses yeux d’un bleu vif. Elle devait avoir une trentaine d’années, mais son teint lisse aurait pu être celui d’une jeune femme de vingt ans.
— Je te le revaudrai.
— Sûr, répondit Glenn. Je me contenterai d’une demi-douzaine de ces cookies aux pépites de chocolat, ceux avec des noix.
Cindy rit et repoussa ses cheveux blonds de son visage. Un petit diamant et une bague en or brillaient à sa main gauche.
— Alors, tu as de la chance, parce que j’ai promis aux enfants que je ferai des biscuits demain.
— Qu’est-ce que tu as ? demanda Glenn en appuyant son coude sur le comptoir haut qui séparait la zone de travail du reste des urgences.
Le tableau blanc accroché au mur à sa droite était divisé en rangées, chacune comportant un numéro d’alcôve et le nom de la personne qui l’occupait. Une seule était remplie, celle correspondant au numéro sept. Sur le côté gauche, quelqu’un avait inscrit en lettres majuscules noires les noms des médecins de garde.
Elle le parcourut rapidement, réprimant un grognement lorsqu’elle vit « Williams » à côté de la mention « chirurgien en cas d’urgence ». Il était connu pour son manque de fiabilité, car il mettait souvent des heures à répondre à ses messages. Même quand il le faisait, il était réticent à venir. La plupart du temps, lorsque Glenn était de garde aux urgences et qu’elle avait un patient destiné au bloc opératoire, elle appelait Flannery Rivers.
Celle-ci ne se plaignait jamais de prendre une urgence, qu’elle soit techniquement d’astreinte ou non. Williams, lui, ronchonnait s’il devait sortir de son lit douillet dans la banlieue chic de Saratoga et conduire jusqu’à l’hôpital pour s’occuper de quelqu’un qui risquait de mourir s’il ne se déplaçait pas. En revanche, il ne protestait jamais s’il apprenait que Flann l’avait remplacé au pied levé, comme s’il était normal que les autres lui facilitent la vie.
Glenn écrasa dans l’œuf son accès de colère. Cet abruti ne méritait pas qu’elle lui consacre du temps. Depuis son retour à la vie civile, elle avait en grande partie perdu le réflexe de vouloir que tout le monde autour d’elle reste dans le droit chemin et fasse son travail. Elle pouvait juste donner le meilleur d’elle-même en toutes circonstances. Cela devait suffire. Elle se le répétait une douzaine de fois par jour ; elle finirait peut-être par y croire à la longue.
Glenn se concentra sur les constantes et les antécédents médicaux succincts consignés sur la fiche d’admission aux urgences que Cindy lui avait remise.
— Naomi Purcell, récapitula Cindy pendant que Glenn lisait. Trente-cinq ans, en bonne santé. Mariée, trois enfants. Ils ont un petit troupeau de vaches laitières sur la route 4, près du fleuve. Elle est arrivée avec de la fièvre et une infection à la jambe gauche. Elle s’est empêtrée dans du vieux fil de fer barbelé en tirant un veau hors des broussailles ce matin. Maintenant, sa jambe est rouge, chaude et sensible.
— Est-elle diabétique ?
— Non, pas à sa connaissance. J’ai envoyé des échantillons sanguins, mais je n’ai pas encore reçu les résultats. Mais elle a 39,4 °C de fièvre et la blessure a mauvaise mine. Elle est enflée et suinte.
À première vue, cela ressemblait à une cellulite infectieuse virulente, mais Cindy ne l’aurait pas fait venir pour une simple infection. Elle aurait appelé l’un des médecins pour obtenir des antibiotiques et éventuellement une hospitalisation.
— Quoi d’autre ? demanda Glenn.
— Elle a juste l’air très malade, Glenn, dit Cindy, une expression troublée sur le visage, beaucoup plus mal en point que ne le justifierait un traumatisme assez superficiel. Et sa jambe est très enflée. J’avais peur que quelque chose s’y soit introduit à son insu, une sorte de corps étranger, alors je l’ai envoyée passer une radiographie.
— Tu sais, dit Glenn, impressionnée comme toujours par l’intuition de Cindy, il y a une place dans le programme de formation pour les assistants médicaux de première année. Tu pourrais envisager…
— Pas question. J’en ai fini avec les études, même si je suis au mieux avec la directrice du programme.
Glenn trouvait ce titre encore trop contraignant et elle écarta d’un haussement d’épaules toute idée de son nouveau poste.
— Où sont les radiographies ?
— Je les ai mises dans la boîte à l’extérieur de son alcôve.
— D’accord, je vais l’examiner. Préviens-moi dès que tu auras les résultats de ses analyses.
— Je relance tout de suite.
Au moment où Cindy tendait la main vers le combiné, le téléphone rouge de liaison avec le triage sonna. Cindy haussa légèrement les épaules et le décrocha.
— Soins intensifs, j’écoute.
Glenn se dirigea vers l’alcôve numéro sept et s’annonça en écartant le rideau.
— Madame Purcell ? Je suis Glenn Archer, l’une des assistantes médicales en chirurgie.
Naomi Purcell était assise, appuyée sur plusieurs oreillers, les yeux brillants de fièvre. Des cheveux châtain clair encadraient son visage pâle en mèches raides. Des gouttes de sueur perlaient sur son front, et sa poitrine, sous la blouse d’hôpital informe en coton, se soulevait au rythme de respirations rapides et superficielles. Un homme grand et costaud, vêtu d’un T-shirt délavé et d’un jean avachi, se tenait à gauche du lit, la main sur son épaule et le regard terrifié.
— Son état semble s’aggraver à toute allure, docteure, dit-il d’une voix basse et tendue.
— Ça va, Todd, dit Naomi Purcell.
Sa voix était faible et fragile, mais elle parvint à esquisser un sourire.
— J’ai l’impression qu’une colonie de fourmis rouges est en train de pique-niquer sur ma jambe.
— Laissez-moi jeter un coup d’œil.
Glenn enfila des gants et retira le drap, s’attendant à voir la lacération sérieuse que Cindy avait notée dans le dossier, ainsi que la lueur rouge vif d’une infection superficielle qui l’entourait. Tous les signes classiques étaient effectivement présents, mais la jambe de Naomi Purcell ne présentait rien de typique. Une entaille irrégulière d’environ deux centimètres juste au-dessus de sa cheville gauche était béante, et un liquide laiteux s’écoulait lentement de ses bords, imprégnant le drap. Son pied était deux fois plus gros que la normale, la peau fine et tendue comme si elle essayait d’empêcher la chair et le liquide en dessous de jaillir. Elle semblait cependant sur le point de perdre la bataille.
Glenn vérifia le pouls sur la face dorsale du pied, mais ne le trouva pas.
— Vous sentez quand je vous touche ? demanda-t-elle.
— Oui, un peu. Mais mes orteils sont engourdis.
— Avez-vous l’impression qu’ils sont froids ?
— Non. C’est plutôt comme s’ils n’étaient plus là.
L’inflammation s’était propagée jusqu’à son mollet en suivant le trajet du drainage lymphatique, des doigts arachnéens répandant les toxines et les bactéries qui avaient envahi les tissus profonds. Glenn chercha l’artère derrière le genou de Naomi et trouva le battement rapide qui indiquait que l’organisme de la jeune femme travaillait d’arrache-pied pour combattre l’infection.
— Cela pourrait faire un peu mal, prévint-elle.
— Ne vous en faites pas pour moi, dit Naomi, comme si Glenn avait d’autres soucis en tête.
Or, à cet instant précis, seule Naomi Purcell comptait dans sa vie. Elle sonda doucement à distance de la lacération, et un léger craquement se fit entendre sous ses doigts, comme de l’air qui éclate dans les bulles en plastique qui enveloppent les colis envoyés par la poste. Son ventre se contracta et elle se redressa.
— Je veux vérifier vos radiographies. Je reviens tout de suite.
— Elle devrait prendre des antibiotiques, n’est-ce pas, docteure ? demanda Todd, le mari de Naomi.
— Oui, et nous nous en occuperons dans une minute.
Leurs yeux la suivirent hors de la pièce, des yeux qui disaient : « Ne nous abandonnez pas. Aidez-nous. » Des yeux qu’elle avait vus des centaines de fois auparavant.
Trois radiographies étaient accrochées au négatoscope à côté de l’alcôve fermée par un rideau. Les os de la jambe ressortaient comme du bois flotté blanchi, des ombres en forme de ballons marquant les muscles et la graisse environnants. Et là, dans les profondeurs des tissus, des stries claires s’étendaient depuis les bords de la lacération comme des couches de glaçage sur un gâteau. De l’air à un endroit où il ne devrait pas y en avoir.
Glenn trouva Cindy dans la minuscule salle de repos du personnel en train de boire une tasse de café et de mettre à jour une pile de dossiers.
— Nous devons lui administrer des antibiotiques. Je vais faire des cultures et appeler Flann.
— C’est grave, n’est-ce pas ?
— C’est une fasciite nécrosante. Elle doit aller au bloc opératoire immédiatement. Je devrais contacter Williams, mais Flann est à l’étage…
— Mon Dieu, n’appelle pas Williams. Si tu le fais, la patiente restera ici jusqu’à ce qu’il ait fini son café du matin.
— Tu as bien fait de m’alerter.
— Je savais que tu te déplacerais, comme toujours.
Bien sûr que Glenn était venue ; qu’aurait-elle pu faire d’autre ? Elle griffonna une ordonnance pour un cocktail d’antibiotiques et appela le bloc opératoire. Dave Pearson, un technicien du bloc, répondit.
— Salut, Dave, c’est Glenn. Tu peux me passer la salle où opère Flann ?
— Bien sûr, ne quitte pas. Tu as quelque chose pour nous ?
— Oui, tu as une autre équipe ?
— On peut en former une si ça doit passer avant que Flann ait fini.
— Attendons d’avoir son avis.
Une seconde plus tard, la ligne grésilla et une femme répondit.
— Bloc opératoire sept.
— Fay, c’est Glenn Archer. Flann est-elle disponible au téléphone ?
— Ne quitte pas… Flann, c’est Glenn. Tu peux lui parler ?
— Glenn ? dit Flann. Que fais-tu ? Je croyais que tu étais partie vers de nouveaux horizons.
— Pas avant sept heures du matin. Je suis aux urgences. Cindy m’a appelée. Nous avons une femme de trente-cinq ans atteinte d’une fasciite nécrosante au niveau du membre inférieur gauche. Pour l’instant, cela touche le milieu du mollet, mais la blessure date de moins de vingt-quatre heures et la patiente est très mal en point. Elle doit monter.
— Bon sang, marmonna Flann. Il nous reste une demi-heure avant de pouvoir tester la dérivation. Pete pourra fermer après ça. Si on est en mesure de préparer une autre salle, tu peux commencer.
— Dave dit que c’est possible. Je l’emmène à l’étage.
— Tu lui as administré des trucs contre les germes ?
— Au moment même où nous parlons.
— Préviens-moi dès qu’elle sera endormie. Je passerai une tête si je ne suis pas encore libérée.
— D’accord, pas de problème.
Le mari et la femme fixèrent Glenn d’un regard inquiet dès qu’elle franchit le rideau.
— Vous avez une infection à la jambe, vous le savez. Les radiographies montrent de l’air dans vos tissus, là où il ne devrait pas y en avoir. Cela indique un certain type d’infection causée par des souches bactériennes qui peuvent être plus difficiles à traiter que les souches ordinaires. Elle est probablement due au vieux fil dans lequel vous vous êtes empêtrée.
— Mais vous pouvez la soigner, n’est-ce pas ? Avec des antibiotiques ? demanda Todd d’une voix plus aiguë qu’auparavant.
Son visage était passé du rouge au gris. Il vacilla légèrement.
— Asseyez-vous là, Monsieur Purcell. Je vais vous expliquer comment nous procéderons.
Glenn désigna la chaise en plastique à côté du lit et Todd Purcell s’y laissa tomber avec un bruit sourd.
— Vous pouvez la soigner… répéta-t-il.
— Todd, dit Naomi avec une douce fermeté, laisse parler la docteure.
Glenn ne prit pas la peine de les corriger. Presque toutes les personnes dont elle s’occupait aux urgences l’appelaient « docteure ». Comme en Irak.
— Nous allons vous traiter avec des antibiotiques, et Cindy, l’infirmière que vous avez rencontrée tout à l’heure, vous les administrera d’ici quelques minutes. Mais cela ne suffira pas. Nous devons vous emmener en salle d’opération…
Le mari de Naomi poussa un petit gémissement. Glenn s’approcha du lit et lui saisit l’épaule, le regard toujours fixé sur Naomi, qui soutenait le sien sans faiblir.
— Vous ne serez pas obligée de m’amputer la jambe, n’est-ce pas ? demanda-t-elle.
— Non. Nous pratiquerons une incision et nettoierons les tissus profonds pour aider à stopper la propagation de l’infection. Nous devrons peut-être ouvrir plusieurs incisions de quatre ou cinq centimètres, mais elles guériront. Vous aurez quelques cicatrices, mais il est encore tôt et il y a de fortes chances que votre jambe se remette bien, à part cela.
— D’accord, acquiesça Naomi immédiatement. Quand ?
— Tout de suite. Dès que nous aurons commencé l’antibiothérapie, nous vous emmènerons à l’étage, au bloc opératoire.
— Êtes-vous sûre que vous devez faire cela ? demanda son mari, l’air effrayé comme un cerf pris au piège dans un buisson épineux.
— Certaine. J’en ai parlé à la docteure Rivers, et elle…
— Harper Rivers ?
— Non, Flannery.
— Harper suit nos enfants, dit-il, reprenant un peu de couleur. Sa sœur, c’est la chirurgienne, n’est-ce pas ?
— C’est exact. Elle sera responsable à l’étage.
— Mais vous serez avec elle, hein ? s’enquit Naomi.
— Oui, répondit Glenn, pensant que ce serait probablement sa dernière opération avec Flannery Rivers.
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