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📖 Extrait gratuit — Prologue : Kendall Acevedo à Chapitre 1 : Lindsey Acevedo

Le meilleur de nous · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

Lire Le meilleur de nous en ligne gratuitement Prologue : Kendall Acevedo

Aujourd’hui, nous fêtons les dix ans de Seth. Le sourire qui inonde mon visage ne faiblit pas. Pour l’occasion, Lindsey a décidé de pousser les meubles du salon et de la salle à manger. Elle organise cette fête surprise comme elle en a l’habitude, avec minutie et sérieux. La veille, elle nous a réquisitionnés, son frère et moi, pour l’aider. L’intérieur de la maison est décoré sur le thème de l’univers des comics que notre fils adore lire. Ma femme a invité tout le monde dans son dos pour cette surprise. Les parents de Lindsey et ma mère ont débarqué il y a deux heures pour les derniers préparatifs, puis les copains de Seth sont arrivés au compte-gouttes. Nous attendons son retour du cours particulier avec son professeur de musique.

— Alors, heureuse ?

Je me tourne vers Dale. Ce crétin sourit comme un bienheureux. Il ne manque jamais de me rappeler que s’il ne m’avait pas invitée pour son fabuleux barbecue de l’indépendance, je ne serais pas mariée à sa petite sœur à l’heure actuelle. Je n’ai pas le temps de lui répondre parce que ma femme arrive. Mon attention lui est totalement accordée. Il en est ainsi depuis qu’elle m’a dit oui, et bien avant. Mon cœur se gonfle d’amour, plus encore lorsqu’elle m’offre un sourire tendre. Treize ans. J’ai le bonheur de me réveiller à ses côtés depuis plus d’une décennie. Je l’accueille à ma rencontre en glissant mes doigts sur sa taille. Lindsey porte une magnifique robe. L’une de celles qu’elle a cousues un jour où elle était inspirée. Le vêtement sublime ses courbes fines et musclées qui semblent faites pour moi.

— Je suis tellement impatiente, me dit-elle avec enthousiasme.

Ses mains douces et parfumées grâce à sa crème à l’orange et au cèdre couvrent mes joues. Elle applique un baiser sur mes lèvres. L’un de ceux qu’elle me donne les jours où elle est comblée. Il est appuyé et inviterait à durer s’il n’y avait pas autant de monde dans la pièce.

— Surtout, faites comme si je n’étais pas là.

Dale râle. Je ne me prive pas pour approfondir l’échange en glissant mes doigts sur les fesses de ma femme. Le sourire de Lindsey s’étire lorsqu’elle recule. Ses yeux brillent. Elle est si belle.

— Viens, avant qu’il arrive, chuchote-t-elle.

Radieuse, elle s’empare de ma main et me conduit dans la cuisine à l’abri des regards. Dès que nous sommes seules, elle enroule ses bras autour de mon cou en m’offrant un rire cristallin.

— Cette fin d’après-midi est parfaite…

Je la soulève et m’installe entre ses jambes lorsqu’elle est assise sur le plan de travail. Je pose mes paumes sur ses cuisses fermes. Lindsey se pince les lèvres. Ses joues prennent de douces couleurs.

— Ça me fait plaisir que tu te sois débrouillée pour être ici aujourd’hui, mon ange.

— Je t’avais dit que je serais là. Je tiens toujours mes promesses, non ?

— Toujours, chuchote Lindsey. Rien ne pourrait me rendre plus heureuse que tout ce que nous vivons ensemble.

Du bout des doigts, je caresse sa peau tendre.

— Sauf peut-être…

— Quoi ?

Je reconnais l’expression sur son visage. Elle ne signifie qu’une chose, elle a quelque chose à m’annoncer. Lindsey me serre contre elle d’un geste plein d’affection.

— Les enfants grandissent trop vite. J’aimerais bien remettre ça avant qu’il ne soit trop tard.

— Oh… je vois. Tu sais que je ferai toujours tout ce qui est en mon pouvoir pour te combler.

— Mais t’aimerais ça ? ose-t-elle demander avec un air timide.

Un petit sourire se dessine sur mon visage.

— J’ai adoré satisfaire toutes tes envies. Si tu veux un troisième enfant, moi aussi.

Lindsey capture ma bouche pour me donner ce baiser qui n’attendait que d’éclore.

— Je t’aime plus qu’il est permis, murmure-t-elle.

Avant que je ne puisse lui répondre, Dale pénètre dans la cuisine.

— Oh, mon Dieu ! Vous ne pouvez même pas vous retenir quelques minutes… vous êtes infernales. Seth arrive.

Lindsey me pousse légèrement pour descendre. Ses joues sont encore plus rouges maintenant. Elle agrippe mes doigts, et nous sortons de la cuisine. Nous arrivons dans le séjour lorsque Seth franchit la porte d’entrée.

— Joyeux anniversaire !

L’assemblée s’exclame à l’unisson. Notre fils sursaute en laissant tomber la mallette de son saxophone. Lindsey se déplace près de lui et pose une main sur son épaule. Seth est plus réservé que Selah. Plus émotif aussi.

— Joyeux anniversaire, mon grand bébé, chuchote sa mère.

— Trop bien ! crie-t-il.

Il avance dans la maison en fixant la décoration super héros. Lindsey a mis les petits plats dans les grands. Elle a acheté des figurines de Batman, Superman, Flash et toute la clique. Seth n’arrête pas d’en parler du soir au matin. Il y a des ballons gonflés à l’hélium, mais c’est surtout au niveau des pâtisseries que ma femme a fait le plus gros du travail. Elle a préparé des centaines de cupcakes, et sur le dessus elle a symbolisé l’un des héros avec un objet qui le représente en sucre glace. Elle y a passé des heures.

— Wouah ! C’est trop beau !

— Touche pas, microbe, intervient sa sœur.

Selah rejoint son frère et l’écarte du buffet avant qu’il n’ait posé un doigt sur les pâtisseries.

— Ça nous a pris toute l’après-midi avec maman, s’adoucit-elle.

— J’adore ce que vous avez fait pour moi.

Il a le sourire jusqu’aux oreilles, mais je devine qu’il est ému. Lindsey fait diversion pour l’aider à retrouver une certaine contenance.

— Viens te placer devant le poster de Batman. On va prendre des photos, et tu pourras ouvrir tes cadeaux.

Les grands-parents sont les premiers à sortir leur portable pour immortaliser le moment. La fête est interrompue par mon cellulaire professionnel à ma ceinture. Celui de Dale ne tarde pas à en faire de même.

Merde !

Lindsey m’interroge du regard, mais elle sait déjà. Tout le monde dans cette maison connaît le son fatidique de cet appareil.

— Ne fais pas cette tête, m’adresse ma femme. Je filmerai l’ouverture des cadeaux.

— Merci.

Elle plaque un baiser rapide sur mes lèvres.

— On pense fort à toi. Et à toi aussi, ajoute-t-elle à l’attention de son frère.

Dale et moi sommes d’astreinte. Nous nous sommes arrangés avec les membres de l’équipe pour qu’ils soient dans le quartier au cas où il y aurait une intervention. La sirène ne tarde pas à retentir dans les environs parce qu’ils nous récupèrent ici. J’embrasse les enfants avant de partir.

— Je vais revenir, champion.

Depuis que Seth a conscience du danger d’être pompier, il n’aime plus me voir quitter la maison. Je me souviens qu’avant il trouvait ça cool et qu’il voulait toujours venir. À présent, il a peur. Selah agrippe la main de son frère et m’offre un sourire.

— Vas-y, maman, tout va bien.

J’embrasse son front et sors sans me retourner. À peine ai-je claqué la porte, Travis redémarre sur les chapeaux de roues. J’enfile mon casque en écoutant Dale.

— Qu’est-ce qui se passe, chef ?

— Il y aurait un départ de feu dans le centre commercial.

Le ton de notre capitaine, Taylor, est sans appel. Un incendie un samedi à dix-sept heures dans un centre commercial bondé, c’est une horreur.

— J’avais justement envie de m’acheter de nouvelles pompes.

Le trait d’humour de Dale fonctionne. Il parvient toujours à détendre l’atmosphère. Je ne sais pas comment il fait. Moi, j’ai besoin d’être concentrée. Je pense à ma femme et à mes enfants, parce qu’une fois l’intervention lancée, je suis focalisée sur mon travail.

Nous arrivons sirène hurlante sur le parking du complexe gigantesque. La sécurité a commencé à délimiter le périmètre. Nous descendons du véhicule. J’observe l’édifice au-dessus duquel plusieurs colonnes de fumée s’élèvent. Taylor donne ses ordres sans attendre. Travis se charge de la grande échelle. Sophie et Walter seront sur le toit pour ventiler.

— Acevedo, Patterson, l’un des gars du centre commercial avance qu’ils ont envoyé un homme dans le local technique et qu’il n’est pas revenu. Occupez-vous de ça.

J’enfile mon casque et suis Dale vers l’édifice. Des gens courent pour se mettre à l’abri. Les agents de sécurité et les employés essaient de calmer les clients inquiets et apeurés. Une fumée légère gagne les plafonds à mi-hauteur du large couloir principal du centre commercial. Plusieurs caddies sont abandonnés et bousculés, créant des vagues de mouvements que mon équipier et moi devons traverser. Dire que Lindsey vient faire ses emplettes ici. Tout Millsboro s’y réapprovisionne pour la nourriture et les vêtements. Nous sommes venus en famille pour nos achats de Noël. J’ai pris le cadeau de Seth hier dans sa boutique favorite. Celle que nous dépassons à l’instant.

Dale et moi travaillons ensemble depuis plus d’une décennie. Le frère de Lindsey est un tank. Il est grand, imposant, entraîné et toujours volontaire pour les interventions périlleuses. Se déployer dans ce genre d’endroit est délicat. Heureusement, nous nous entraînons à intervalles réguliers et savons où il faut aller même si la fumée pourrait nous désorienter.

Plus nous avançons vers le local technique du centre commercial, moins nous rencontrons de monde.

— Acevedo, Patterson, il y a un gosse à l’intérieur, crache la radio. Il s’est rendu seul aux toilettes lorsque l’alarme s’est déclenchée.

— Bien reçu.

Dale s’oriente vers moi avec un air serein.

— Je vais chercher le petit.

— OK.

Nous nous séparons. Je poursuis mon chemin jusqu’au local technique. Il ne me faut pas longtemps pour y arriver. Un homme est en train d’essayer de couper le courant.

— Vous devez évacuer, monsieur.

Il se tourne vers moi. Ses traits sont tirés par l’incompréhension et la peur. Ses mains tremblent, son regard est hagard. Il cède à la panique. Dans cette situation, l’objet de son inquiétude peut dépasser l’urgence de fuir.

— Le système anti-incendie ne fonctionne pas. Je ne parviens pas à mettre les sprinkleurs en route.

J’approche du tableau et appuie sur le bouton pour couper le jus de tout le bâtiment.

— On s’en occupe, maintenant. Vous devez sortir.

— Je ne comprends pas…

J’attrape ma radio et informe ma capitaine.

— J’ai trouvé l’individu dans le local. L’électricité est coupée, mais le système d’eau ne fonctionne pas.

 Bien reçu, Acevedo. Sortez.

L’homme m’observe gravement. Je lui fais signe de me suivre. Dans le couloir, j’aperçois des flammes. L’incendie se propage à toute vitesse. J’agrippe le bras du technicien pour qu’il ne s’attarde pas. À mi-chemin, la fumée s’épaissit. Heureusement, la lumière nous parvient. Lui aussi l’a vue. Il fait un effort, malgré l’oxygène qui se raréfie, pour atteindre les portes de sortie qui ne sont plus très loin.

 J’ai besoin d’aide. J’ai trouvé le gosse, mais il est coincé par des débris près des toilettes pour hommes.

La voix de Dale grésille dans ma radio.

— J’arrive.

— Bien reçu.

Je me tourne vers l’homme.

— Continuez tout droit sans vous retourner.

— Merci.

Il reprend son chemin tandis que je fais demi-tour.

— Acevedo, dépêchez-vous d’aider Dale et de sortir !

— Bien, Capitaine.

J’ai du mal à évoluer dans la fumée. Une chance que je connaisse les lieux. Les flammes lèchent les murs et le plafond. Elles sont impressionnantes. Pourvu que l’eau les atteigne rapidement, ou le centre commercial va devenir un tas de cendres. Des débris de vitrines et de faux plafonds calcinés jonchent le sol. Il me faut cinq minutes supplémentaires pour arriver aux toilettes. J’utilise mon hooligan pour parvenir à ouvrir la porte coincée. Dale essaie de protéger un garçon emprisonné sous la structure effondrée du faux plafond. Le métal est brûlant, il faut faire vite. Bras tendus, le pompier retient le poids pour l’empêcher de toucher le gosse.

— J’ai failli attendre, sœurette.

Je secoue la tête de droite à gauche en aidant Dale à soulever les débris.

— Je tiens, me dit-il.

— OK.

Je m’accroupis pour tirer le petit. Il est inconscient. De toutes mes forces, je l’attire vers nous. Lorsqu’il est hors de danger, Dale lâche la structure. Dans notre dos, une poutre de renforcement s’écroule près de la sortie. Je protège le garçon avec mon corps avant de le porter. Il faut qu’on s’échappe de ce piège à rats !

— Statut, Acevedo, Patterson ?

La voix de Taylor grésille dans nos radios par-dessus les crépitements menaçants. J’observe l’unique issue face à nous. Elle est bloquée.

— Je vais la soulever pendant que tu passes avec le gosse, propose Dale.

— Non ! C’est hors de question. On la hisse à deux et on la fait tenir avec nos hooligans.

Dale opine de la tête. Ensemble, nous nous exécutons en poussant un cri. C’est foutrement lourd, et la température grimpe ! Nous parvenons à soulever assez la structure pour placer les cales improvisées.

— Dépêche ! hurle-t-il.

Ça ne tiendra pas longtemps.

— Passe la première avec le gosse, je vous suis !

Je n’aime pas ça, mais je sais aussi que rien ne le fera changer d’avis. Nous n’avons pas le temps de tergiverser. C’est maintenant ou jamais.

— OK, je t’attends de l’autre côté.

Je me faufile dans l’espace en tirant le petit après moi. La sueur me pique les yeux. J’ai l’impression de ramper dans un tunnel creusé par une foutue taupe ! Une fois de l’autre côté, dans le grand couloir, je vois les flammes violentes. Il faut vraiment qu’on se barre d’ici. La visibilité est de plus en plus réduite.

— Situation, Acevedo !

La voix de Taylor est autoritaire. Elle déteste les prises de risque. Je presse le bouton de la radio.

— Nous sommes presque dans le couloir.

Le garçon remue dans mes bras. Je baisse les yeux et retire mon masque pour lui donner de l’air. Un nouveau bruit sourd retentit. Je tourne la tête vers le tunnel pour voir Dale. Je soupire de soulagement seulement pour un temps, parce qu’il n’avance plus.

— Je suis bloqué.

— Quoi ?!

Je pose l’enfant à l’abri en le couvrant avec mon blouson et m’accroupis devant l’espace réduit. J’enfonce mes bras jusqu’à Dale pour agripper son col et le tirer.

— Tu n’y arriveras pas, petite sœur. Tu dois prendre le gosse et sortir.

— La ferme !

Les flammes approchent de plus en plus de notre position. Mon cœur bondit dans ma poitrine. Il est hors de question que je l’abandonne là. Il ne le ferait pas si j’étais à sa place. Dale saisit vivement mes poignets et m’oblige à le lâcher.

— Tu dois sauver le môme. Vas-y !

Nerveusement, je secoue la tête de droite à gauche.

J’agrippe ma radio et informe la capitaine :

— Dale est bloqué par une poutre, il nous faut de l’aide.

— Négatif, personne n’entre dans ce bâtiment. Tout s’effondre.

Les flammes gagnent du terrain. Si je pars maintenant, je signe son arrêt de mort. Je ne peux pas m’y résoudre. La chaleur est infernale. Le regard de Dale est plein de détermination. Il sait.

Je ne peux pas faire ça.

— Dépêche-toi, ils ont besoin de toi, appuie-t-il.

Merde ! Je commence à manquer d’oxygène. La fumée est dense et noire. Il m’octroie un nouveau signe de tête encourageant. Ce n’est pas vrai ! J’agrippe l’enfant, remets mon masque et me redresse. Je jette un dernier coup d’œil à Dale, qui m’offre un signe de main, et je l’abandonne. Mon cœur est plus lourd à chaque pas qui me rapproche de la sortie.

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