Chapitre 1 — Chapitre 1 - Billie Reilly
Alavida · Lou Jazz & Cherylin A. Nash
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À mes côtés, Donovan scrute les alentours attentivement. Du haut de son mètre quatre-vingt-dix, il ressemble à tous les sportifs adulés. Il arbore fièrement la veste de l’équipe de football par-dessus son uniforme avec un sourire impertinent digne du personnage. Cette année, il a décidé de porter ses cheveux bruns, courts, avec un dégradé sur les côtés et plus long sur le dessus. Les lycéennes se retournent sur sa silhouette sportive et athlétique, mais ce sont bien ses yeux bleu acier qui les font toutes craquer.
Sur ce campus gigantesque, nous essayons de prendre nos marques. Ce n’est pas évident. Nous débarquons en Terminale. Les nouveaux venus sont essentiellement des premières années. Légèrement à l’écart de la cohue générale, nous observons les gens autour de nous.
— C’est la bonne, cette fois ! J’en suis certain ! Je le sens.
Je me tourne vers Donovan avec un air moqueur.
— Tu me dis ça chaque fois que nous arrivons dans un nouveau lycée.
— Aie confiance en moi. T’ai-je déjà conduite dans une impasse ?
— Un million de fois au moins.
— Tu exagères tout le temps !
Il n’aime pas que je le lui fasse remarquer, mais c’est la vérité. Une chance que nous soyons concentrés et déterminés à notre but pour éviter un nouveau débat. Rien ne peut nous éloigner de ces prémices de bonne humeur mêlée d’impatience. Nous pourrions approcher du but. Si j’ai un doute, je ne sous-estime jamais Donovan. Nous évoluons jusqu’au bâtiment administratif aux briques rouges et aux hautes fenêtres rectangulaires. Les regards convergent dans notre direction. Donovan en profite pour faire du charme.
Il inspire longuement et annonce :
— Que j’aime cette délicieuse fragrance de liberté.
Tandis qu’il ouvre les doubles portes, une belle demoiselle sort du grand bâtiment. De taille moyenne, elle a de longs cheveux blonds, soyeux et ondulés à la perfection. Envoûtée par la présence de Donovan, l’étudiante entortille une mèche avec son index. J’enserre les épaules de mon ami avant que ces deux-là n’entament une drague pathétique et le pousse à entrer dans le bâtiment.
— Nous ne sommes pas là pour ça.
— Il faut laisser le temps au temps, Billie.
Il est peut-être plus vieux que moi, mais parfois j’ai l’impression d’être la seule à avoir la tête sur les épaules. Donovan me guide vers l’administration en suggérant :
— Nous sommes des Terminale, agissons comme tels.
— C’est…
— Nous en avons déjà parlé. C’est la meilleure manière.
Voilà qui clôt le débat. De toute façon, ce n’est pas comme s’il y en avait un. Je sais qu’il a raison, mais ça m’agace. Cette mascarade m’insupporte. J’aimerais qu’on puisse aller droit au but. Nous nous présentons devant une secrétaire. Elle porte des lunettes en demi-lune et un chandail en laine diffusant l’odeur de cinq chats, d’herbes de tisane et de cookie. Comme d’habitude, Donovan se charge de la politesse. La quinquagénaire lui dédie toute son attention, déjà sous le charme.
— Bonjour, madame Berg, nous aimerions avoir notre emploi du temps ainsi que nos livres.
La femme opine de la tête sans détourner les yeux.
— Donovan Solomon et Billie Reilly, précise-t-il avec un sourire.
— Je vous apporte ça tout de suite.
— Merci.
Madame Berg rougit. Elle bafouille et s’éclipse dans le bureau voisin. Je murmure pour que seul Donovan m’entende :
— Es-tu vraiment obligé de faire ça ?
— J’aime savoir que je plais.
— Tu pourrais…
— Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir !
Au moment où je veux rétorquer, Berg réapparaît. Elle accroche son regard sur Donovan.
— Voilà pour vous.
J’attrape mes affaires et observe mon emploi du temps. En plus des cours obligatoires en sciences et mathématiques, j’ai choisi les cours de lettres, langues classiques et modernes. Donovan et moi n’aurons aucun cours en commun, même dans les matières imposées, car nous n’avons pas le même niveau. Comme chaque fois.
Le plus contraignant dans ce lycée est que nous avons été obligés d’annoncer le club de sport auquel nous allons nous inscrire et ça pour l’automne, l’hiver et le printemps. Donovan n’a pas eu de mal. Il a pris football américain, squash et la crosse. Moi, j’ai opté pour le soccer et le hockey plutôt que le squash et j’aurai la crosse également. Apparemment, Everett Wallace Academy , aussi EWA, est renommée pour ses trophées et coupes en tout genre. Comme si nous n’avions que ça à faire… En plus, nous devons nous conformer aux règles. À savoir, porter l’uniforme en plus de cette horrible cravate et loger sur le campus, dans le bâtiment Manning. Nous avons pu choisir l’option d’être seuls dans nos chambres. Pour quelques milliers de dollars en plus, cela va sans dire.
Donovan m’entraîne hors du bâtiment. Le soleil de la fin de l’été nous accueille. Nous sommes au mois d’août. Il a fallu arriver un peu plus tôt pour bien préparer la rentrée. Le campus est boisé et verdoyant, on ne dirait pas qu’on est à cinquante kilomètres de Boston. Mes yeux sont rivés sur les documents que nous a fournis Berg. Il y a un plan du campus. Celui-ci est gigantesque. Il y a presque un bâtiment pour chaque matière, plusieurs bibliothèques, un self, un nombre incalculable d’infrastructures sportives et de constructions réservées aux divers clubs. Il y en a plus d’une centaine.
Des enceintes réparties un peu partout sur le campus diffusent la radio officielle d’EWA. Il y a aussi des distributeurs de journaux, dont celui du campus. D’après ce que j’ai compris, c’est le plus vieux des États-Unis. Donovan en achète deux et m’en donne un avec une mine ravie.
— Les clubs les plus intéressants doivent y faire leur pub ! C’est le meilleur moyen de trouver ce qu’on cherche, appuie-t-il.
Ça ne fait que commencer et je regrette déjà d’avoir opté pour le plan de Donovan.
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