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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : Ibiza à Chapitre 3 : Action !
Chapitre 0 — Chapitre 1 : Ibiza
  1. Chapitre 1 : Ibiza
  2. 🔒 Chapitre 2 : Inquiétudes
  3. 🔒 Chapitre 3 : Action !
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Alex et Julia - Un soupçon d'épices · Alexandra Mac Kargan

Lire Alex et Julia - Un soupçon d'épices en ligne gratuitement Chapitre 1 : Ibiza

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Point de vue : Alex

— À droite, sur le toit. Tue-le, vite ! Je passe à découvert. Couvre-moi. Sniper derrière le camion. Grenade !

C’est toujours comme ça, quand je joue avec Jade. Elle ordonne, j’exécute. Je ne peux pas dire que j’aime beaucoup ces jeux de commandos mais cela lui fait plaisir. Elle dit que cela garde notre cerveau alerte et m’entraîne pour le terrain. Je veux bien… Heureusement pour moi, lors de mes « missions », je ne me balade pas avec des mitraillettes plus grosses que moi et un arsenal explosif à faire pleurer d’envie n’importe quel terroriste !

Les tueries s’enchaînent et on progresse vers la cible. Notre but officiel : délivrer un otage ! L’objectif de mon alliée : dégommer tout ce qui bouge. Sauf si c’est un chien ou un chat. Dans ce cas-là, elle préfère mourir avec emphase en le protégeant. Et j’exagère à peine ! Quelle serait sa réaction dans la vraie vie ?

Jeune fille en détresse libérée et exfiltrée : médusée, comme à chaque succès, j’observe la danse de la joie de Jade. Entre célébration de sioux et chorégraphie moderne, elle se déhanche et exulte. Elle fête sa victoire de façon tout à fait déplacée dans ce petit appartement de Sa Penya, la partie pauvre de la capitale d’Ibiza.

La première fois, la voisine a cru qu’on était attaquées par une armée de je ne sais quelles bestioles et a forcé la porte de notre refuge. Je l’ai calmée tant bien que mal malgré mon espagnol presque parfait. Un peu trop d’ailleurs pour me confondre dans la population locale. Il faudra que je travaille ça.

— Allez, Alex ! Une petite bière pour fêter ça.

Elle est euphorique :

— T’as vu comment on les a ratatinés ? Ça, c’est de la guérilla urbaine ! Trop bon. On est les meilleures.

— Surtout toi, hein ! Moi je me contente d’essayer de te suivre et de pas te tirer dessus.

Je ne peux m’empêcher de sourire devant son enthousiasme absolument pas surjoué. Geek jusqu’au bout des doigts, ce qui se rapproche le plus d’une amie dans ma vie m’apporte ce rayon de soleil dont j’ai tant besoin dans notre quotidien assez merdique, il faut le dire.

Parce que la réalité, c’est que j’attends un ordre de mission qui, comme d’habitude, va me plonger dans l’illégalité la plus totale avec, à la clé, des risques insensés. Et deux ans de cette activité, c’est déjà beaucoup trop. D’autant plus que je suis majeure à présent et que si je me fais chopper, c’est plus du tout la même chanson !

— À quoi tu penses, Alex ? Je suis sûre que tu broies du noir !

— Gagné. J’en ai marre de cette vie.

— Pourquoi ? On n’est pas bien là ? Entre deux missions, on est libres de nos journées. On voyage dans toute l’Europe. Je me régale à pirater des dizaines de sites tous mieux gardés les uns que les autres. Je suis une Robin des Bois des temps modernes !

Je vois. Elle colore notre quotidien en rose mais la réalité est différente :

— Je dirais plutôt qu’on végète dans une chambre minable. Le boss va nous lancer sur une mission dont on ne saura que le strict minimum et qui sera toujours plus risquée. Tu as l’impression d’être à l’abri derrière tes ordis mais moi j’opère à découvert. Un jour, je me ferai boucler et ça va faire mal. Je ne suis plus une ado manipulée qui cumule les bêtises.

— Tu n’iras pas en prison, Alex. Il nous a sorties de la rue, tu te souviens ? Et depuis, grâce à lui, on a une organisation sans faille.

— Ce qui n’empêche qu’on a eu chaud aux fesses une ou deux fois. On n’est pas à l’abri d’un gros couac.

Son optimisme inébranlable contre tous mes arguments :

— T’inquiète ! Dans ce cas, je piraterai ta prison, j’y mettrai le souk et tu pourras t’évader au nez et à la barbe de tes geôlières. Tu peux compter sur moi, Alex. Jamais je ne te lâcherai.

Une accolade spontanée et chaleureuse me remonte le moral instantanément. Oh, il est certain que cela ne résout pas le problème mais le plus important est bien que je ne suis plus seule depuis que le boss nous a réunies. Une équipe de choc de pirates-cambrioleuses de haut vol !

— J’ai la dalle ! Pizza ? Burger ? Thaï ?

— On est en Espagne ? Tu veux pas qu’on aille se balader ? Sangria et zarzuela ?

— « Zar » quoi ?

— Un plat en sauce de poissons ou de coquillage. C’est très bon.

— Et comment tu connais ça, toi ? Tu sors pas plus que moi.

— Souvenir d’une famille d’accueil. La moins pire, on va dire. Allez ! Ça fait une semaine qu’on poirote dans cette chambre, j’ai besoin d’air frais et de détente.

Les yeux ronds, elle avance l’argument ultime :

— T’es folle ! C’est Ibiza, ici. Ça doit coûter la peau des fesses !

— J’ai bien étudié le terrain. On est dans le quartier pauvre. Mais un peu plus loin, c’est plus touristique : pittoresque mais pas miséreux. On peut donc y découvrir des bars et des restos pas trop chers sans problème.

— Et si le boss rentre et nous trouve pas ? Il va piquer une crise.

— Je m’en fous. Je suis pas à sa botte et s’il me fait chier, je me barre.

— OK, OK. On va redescendre la pression. Je lui laisse un mot.

Elle se met devant son ordi et pianote sur son clavier :

« Hello boss ! Alex en pleine déprime. Je l’emmène boire une bière avant qu’elle pète un câble et nous lâche. À demain. »

Alors qu’elle avait un papier et un crayon juste devant elle, elle imprime sa bafouille. Je relève une bizarrerie quand même :

— Pourquoi « à demain » ? Il est même pas dix-neuf heures.

— Avec Jade, tu sais quand tu sors, poupée, pas quand tu rentres. Les nuits d’Ibiza sont chaudes à ce qu’il paraît. Et tant qu’à lâcher mon bébé, autant en profiter.

— Arrête de m’appeler, poupée !

Son bébé… Peut-être qu’un jour elle aura une chérie qu’elle nommera comme ça. Mais pour l’instant, il s’agit de son ordi préféré, son seul bien sur terre, une bête de course du gaming… et du piratage. Sans compter tous les gadgets annexes, super sophistiqués, qui lui permettent de se connecter où elle veut, quand elle veut dans le plus parfait anonymat !

*

Voilà, la nuit tombe et le bar qu’on a choisi commence à s’animer. Quelques gitans ont sorti leur guitare, une Esméralda locale se déchaîne au milieu des tables, complètement indifférente à ceux qui l’entourent. Elle est dans son monde. Fascinante de grâce sauvage. J’imagine aisément un volcan derrière ce regard glacé qui m’effleure parfois sans me voir. Quelle est sa vie en dehors de ces instants ? Dure, sans aucun doute. Une folle envie de l’aider, de soulager sa peine. Pourtant, je le sais, mes élans de générosité ne feraient que se heurter à la réalité : un mec, des gosses, un quotidien de misère auquel elle sera plus accrochée qu’une arapède à son rocher ! L’ironie comme rempart à la douleur. Ça fait mal quand même. Le souvenir des années passées, quand je subissais ma vie, impuissante à changer quoi que ce soit, n’y est pas étranger.

Je ferme les yeux, envoûtée par les sonorités flamencas, mélange de colère et de nostalgie, de rébellion et de résignation. Elles se confondent avec mon ressenti propre, avec mes satisfactions et mes regrets, mes choix et mes attentes. Oui, suivre le boss m’a sauvée à une époque et m’a donné une certaine liberté. Il m’a fourni un métier, si je puis dire. En tout cas, je ne meurs pas de faim. Et j’ai une amie ! Presque une sœur ?

D’ailleurs, elle est passée où ? Elle n’a pas arrêté d’enfiler les pressions depuis qu’on est là. Comment fait-elle pour rester à peu près lucide dans ces conditions ? Mystère ! C’est vrai que je l’ai vue sortir avec une charmante jeune femme : je ne doute pas qu’elle soit bien occupée. J’aimerais bien qu’on rentre mais pas question de la laisser seule ici.

— Tu me payes un verre ?

La danseuse de flamenco ? Une escort ? Je serais bien déçue si c’était le cas. Un simple signe de la tête et elle repart vers le bar. Dommage que je n’aie plus quinze ans ! Les aventures d’une nuit ne me faisaient pas peur à l’époque. Hors de question de renouer avec cette période ! Elle revient vers moi, deux pintes de sangria, le regard aguicheur. Elle s’assied et trinque avec moi. Je décide d’attaquer fort :

— Alors, tu es là pour quoi ? Me faire boire ou m’attirer dans ton lit ?

— Je ne suis pas une putain, étrangère !

Sa colère n’est pas feinte. Elle se lève pour partir et je la retiens d’une main sur son bras. Avec un ton apaisé, je rectifie mon entrée en matière désastreuse :

— Cela me convient.

Elle hésite un moment puis se rassied. Je ne sais toujours pas pourquoi elle est là. De toute évidence, je vais devoir faire preuve de patience.

— Tu es la seule à m’avoir vraiment regardée danser.

Je peine à comprendre :

— Tu te trompes. Tous étaient fascinés.

Elle éclate de rire :

— Par mes fesses ou mes seins, oui. Tu es naïve, étrangère. Les hommes, ici, n’ont qu’une idée en tête.

Son ton amer me fait mal. Elle n’aime pas cette vie. Je n’oublie pas Jade pour autant et surveille la porte du coin de l’œil.

— Ne t’inquiète pas pour ton amie. Elle est avec Maria. Elle ne risque rien. Elle va même passer un très bon moment.

Euh… Comment je dois prendre ça ? Elle soupire :

— Tu vois les musiciens ? Ce sont nos frères, nos cousins. Jamais, ils ne nous laisseraient sortir du bar avec un homme. L’honneur, tu saisis ? Avec une femme, ce n’est pas leur problème, alors elle en profite.

— Et toi ?

Son sourire mutin me cloue au pilori :

— C’est une proposition, étrangère ?

— Non. On discute et j’essaie de te comprendre.

— Pourquoi ?

Ça, c’est une bonne question.

— Je ne sais pas. Je suppose que c’est ma nature.

Son regard a changé. Moins méfiant.

— Tu te débrouilles bien pour une étrangère.

— L’espagnol, tu veux dire ?

Elle acquiesce. Son sourire éclatant la rajeunit de quelques années. Elle n’est guère plus âgée que moi.

— La plupart des gens ici utilisent le dialecte local. Et nous, c’est du « gitano ». Toi, tu parles comme les riches.

Les yeux plissés, je tente de deviner son intention. Le ton n’est pas hautain, c’est une simple remarque. Une façon de me dire que je suis facilement repérable.

— Je ne le suis pas. Tu m’apprendrais ? À un tarif raisonnable, bien sûr.

— Pas besoin. Traîne un peu avec les gens du coin et tu te fondras vite dans le moule.

— Je ne connais que toi. Tu t’appelles ?

Alors qu’elle se levait, elle se penche vers mon oreille :

— Kalia. Je suis là tous les soirs, étrangère.

Le dernier mot pourrait marquer une distance. J’ai plutôt l’impression que ça l’amuse. Elle ne s’attarde pas et retourne au centre du bar pour virevolter entre les tables, au son d’une mélopée vibrante de tristesse. Son regard m’évite soigneusement à présent.

— Hey, Alex ! Elle te plaît ?

Je sursaute avant de reconnaître la voix éraillée de Jade. Elle est déjà bien imbibée. Ma mission : la faire rentrer.

— On a discuté un peu.

— Discuté ? T’es pas sérieuse ? Ou… avec les mains ?

Elle secoue la tête comme si j’étais un cas désespéré.

— Tu vas finir nonne, je te le dis. Et putain, c’est un vrai gâchis…

— Toi, par contre, ça risque pas.

— C’est certain. Tu veux que je te raconte ?

Son sourire extatique me renseigne sans peine :

— Pas nécessaire. On rentre ?

— Tu rigoles ? La nuit fait que commencer.

— Je me sens pas super bien. J’espère que je ne vais pas faire un malaise. Amuse-toi bien.

J’ai honte. J’utilise sans vergogne l’argument ultime : je sais qu’elle ne me laissera pas partir seule.

— OK. Je te ramène. Je reviendrai après.

C’est ça. On y croit. Avec le peu de temps de sommeil qu’elle s’accorde d’habitude, je ne doute pas qu’elle va pioncer sitôt sa tête sur l’oreiller !

*

Kalia occupe mes pensées depuis mon réveil. Son existence n’est pas plus facile que la mienne, la liberté en moins. J’exagère finalement. Je n’ai pas trop à me plaindre. Je prends des risques mais je suis assez bien payée. Presque sans dépense, j’ai plusieurs comptes correctement alimentés. Pas de quoi vivre de mes rentes mais assez pour voir venir au cas où. Le boss est grognon souvent mais il nous chouchoute à sa façon : il est conscient qu’on est son gagne-pain. Il a les contacts. Je suis les jambes et Jade la tête. On forme une équipe efficace et on prend soin les uns des autres en cas de pépin. Des souvenirs au goût amer s’invitent dans mon cerveau : une mission qui tourne mal, un colosse avec l’intention de me découper au couteau, une cicatrice encore douloureuse à l’occasion. Suffisamment pour me rappeler les risques que je prends et les minimiser autant que possible. Je n’aurai pas toujours autant de chance. Ou plutôt Jade ne trouvera pas à chaque fois un moyen de générer le chaos pour me permettre de m’échapper !

La porte claque et le boss fait son entrée. Son regard s’arrête sur la chaise vide de Jade :

— Elle est où ?

— On est sorties hier soir. Elle récupère.

Froid, comme à son habitude, il ne dit rien. Pourtant, la crispation au coin de ses lèvres trahit sa désapprobation. Je ne sais pas s’il s’inquiète réellement pour nous ou pour ses revenus. Aucun doute : s’il était rentré avant nous, on aurait pris un savon. Il ne gère pas le stress.

— Tout va bien. On est là. On est majeures, à présent. Ne l’oublie pas.

Mon ton est mesuré mais c’est quand même un avertissement. Il nous connaît. On accepte son autorité parce qu’on y trouve aussi notre avantage. Mais notre « association » n’est pas coulée dans le marbre. Il n’a pas intérêt à tirer sur la corde. Son regard a soutenu le mien et, comme s’il m’avait entendue, il soupire. Tout ça, je lui ai déjà dit. Une fois. Mais je sais qu’il n’a pas oublié et qu’il fait attention. Personne ne me retiendra quand je déciderai de partir. Parce que cela arrivera à un moment ou un autre. Il faut juste que je trouve un moyen de gagner notre vie. Et que je persuade Jade. Cette vie-là lui convient bien. Cela ne sera pas le plus évident.

— Tiens ! Voilà le brief de ta prochaine mission. Simple : une enveloppe à récupérer sur un yacht, dans la marina. Il sera à quai dans deux jours max.

Je souris : c’est toujours facile avec lui. Pourtant, je vais l’étudier avec minutie, non seulement son dossier, mais aussi tout ce qu’il n’a pas dit ou ne sait pas. Mon enquête prendra le temps qu’il faut mais je ne laisserai rien au hasard. Comme d’habitude.

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