Chapitre 0 — Chapitre 1 : La petite New-Yorkaise
- Chapitre 1 : La petite New-Yorkaise
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Le matin est une épreuve. Je n’ai jamais aimé me lever tôt, moi la couche-tard qui passe le plus clair de mon temps devant de mauvaises séries télévisées au lieu de donner la possibilité à mon corps de se reposer. Je n’apprécie pas non plus d’être brusquée au réveil, bousculée encore moins.
Paradoxalement, je vis à New York dans un des quartiers les plus animés de la Grosse Pomme. Je dois avoir quelques courts-circuits intracrâniens pour adorer ma vie. Assise par chance dans ma rame de métro, je garde mon casque bien plaqué sur mes oreilles. Non, les New-Yorkais ne sont pas plus bavards que la moyenne des autres voyageurs du monde, cependant, j’ai besoin de m’enfermer dans mon monde aux premières heures de ma journée. D’ordinaire, je râle de la proximité de mes voisins, mais ce matin, il fait un froid tellement rude que je suis ravie de trouver un peu de chaleur humaine pour mes vingt-deux minutes de trajet qui me séparent de mon lieu de travail. L’homme debout devant moi lit le journal du jour. Je tords le cou pour déchiffrer les gros titres. Rien de bien palpitant. Soupir, le métro s’arrête, c’est ici que je descends. Jouant des coudes pour percer l’invariable flot de passagers qui envahit les quais, je grimpe jusqu’à la surface. Si les sous-sols sont bruyants, ce n’est rien en comparaison de l’effervescence qui règne dehors. Emmitouflée dans une veste chaude, une écharpe protégeant ma gorge, je prie pour qu’il ne se mette pas à pleuvoir. Je suis en baskets et elles sont blanches. Il me faut encore marcher plusieurs mètres pour rejoindre mon lieu de travail.
Je serai toujours fascinée par la beauté de ma ville natale, impressionnée par le gigantisme des buildings qui ont fait sa réputation, mais également par toute cette agitation permanente sur ces longs et larges boulevards. Je crois que cette puissante frénésie me berce finalement. J’ai été élevée aux sons des klaxons, au rythme des piétons pressés et de cette vie qui ne s’arrête jamais.
Je lève les yeux au ciel. Merde, il va vraiment pleuvoir ! Je trottine pour arriver plus vite, fatalement et, comme souvent, je glisse sur une plaque de verglas. Me rattrapant de justesse à la poubelle qui se trouve sur mon chemin, je prends une minute pour retrouver mes esprits. J’ai l’habitude, je suis particulièrement maladroite et chaque jour commence par l’inventaire non-exhaustif de toutes ces choses étranges qui pourraient bien m’arriver avant que je ne touche mon lit. Allez, Hazel, remets-toi, tu vas être en retard. Sur pied, je replace mon écharpe et repars comme si de rien n’était. J’ai molli le rythme, craignant une nouvelle attaque de verglas sauvage. Ma mère se moque gentiment de moi en disant que j’ai reçu un don rare, celui de faire de chaque situation un moment de joie et d’allégresse. J’adore ma mère, mais je ne suis pas d’accord. Ce calvaire, je dois le mériter après avoir probablement mené une existence affreuse dans une vie antérieure. Je ne vois que cette explication.
Enfin, le colosse de fer et de verre dans lequel je bosse se détache dans le paysage. Il n’est pas différent des autres qui l’entourent, ici dans le Financial District de Manhattan, il se fond même dans la masse. Les bureaux de Global Blue se trouvent à l’avant-dernier étage et, comme tous les matins, je poirote devant l’ascenseur. Nous sommes des centaines d’inconnus à travailler dans l’établissement, à nous croiser sans nous regarder.
Du haut de mes trente ans, j’occupe un poste au service facturation. Pas vraiment de quoi faire rêver à première vue, néanmoins, je peux payer mon loyer. Je suis entrée ici grâce à une amie, il y a à peine trois mois. Sous ma tignasse brune et longue, je suis en réalité un vrai petit génie. Du moins, dans mon domaine. Mais pour devenir chercheur en biodiversité, il faut avoir validé ses diplômes et moi, j’ai fait n’importe quoi lors de ma dernière année de fac. Résultat, je trime dans des jobs peu gratifiants au regard de ce que je pourrais vraiment pratiquer. Bien fait pour moi !
La montée toujours très longue me berce d’autant que je n’ai pas encore pris la peine de boire mon café. Heureusement, Global Blue aime ses employés. Marvin Askar est à la tête d’une des meilleures entreprises de financement du pays. Nous ne proposons des solutions de placement qu’aux riches clients, ceux qui rapportent. Une politique gagnante, bien que parfois un peu douteuse.
L’étage bout déjà, il n’est pas encore huit heures. Je me rends dans le bureau que je partage avec Rosa, mon amie et collègue. En retard, comme souvent. La baie vitrée nous offre une vue parfaite sur la statue de la Liberté. Je souris en la voyant chaque fois que j’entre. Nous possédons même un canapé sur lequel Rosa fait de magnifiques siestes. J’allume le plafonnier, l’espace s’éclaire. Ici, tout paraît un peu froid, rectiligne, loin de l’état de mon bureau où j’entasse les bouquins et les dossiers.
L’open space est en ébullition. La journée va commencer. Depuis les parois vitrées de notre bureau, nous pouvons observer tout ce qui se passe chez les autres. J’adore. Sans attendre, je me dirige vers le comptoir qui nous sert de coin détente et me verse une tasse de café. J’ignore pourquoi ma main tremble, elle ne le fait jamais d’ordinaire, sauf que cette fois elle dévie la trajectoire de ma boisson chaude et une partie coule sur ma chemise.
— Ah merde !
Je peste tout en attrapant de quoi éponger. Personne ne m’a vue, me voilà bénie.
— Bonjour, mademoiselle Trudeau ! Bien dormi ?
Je sursaute, Marvin passe près de moi, sourire étincelant.
— Euh, bonjour chef ! Oui, bien et vous ?
— Impeccablement bien ! Bon, à tout à l’heure !
Il disparaît avant même que je n’aie eu le temps de répondre. Je me retrouve comme une conne, mon papier plein de café à la main et la chemise toujours tachée. Génial. Voilà que je frotte encore dans l’espoir d’atténuer les dégâts. Tandis que je m’acharne, j’aperçois du coin de l’œil l’ascenseur s’ouvrir. Elle n’est pas encore dans l’open space que j’ai déjà son parfum dans le nez.
Je voudrais ne pas la regarder, pourtant, je fais comme tout le monde ici lorsqu’elle arrive, je retiens ma respiration. Au moins le temps de son passage. Alice Humphrey. Si je devais décrire cette femme, je dirais d’abord qu’elle incarne une certaine perfection. Un savant mélange de féminité et de machisme très réussi, une classe incroyable et un charisme à faire pâlir n’importe qui. D’ailleurs, tous ici se prosternent devant elle. Je ne parviens jamais à savoir si ses beaux cheveux longs sont blonds ou châtains. Tout comme ses yeux tantôt gris, tantôt verts, ils changent de couleur en fonction de la lumière, du temps ou de son humeur. Élégante dans son long manteau sombre, son magnifique fessier moulé dans son jean noir, elle pianote d’une main sur son téléphone. J’admire un instant les traits fins de son visage, l’insolence de sa beauté infernale, le crayon charbon qui embellit son regard déjà à tomber, son corps de rêve, sa bouche pulpeuse à souhait. Alice Humphrey me fait un sacré effet physique. Quand elle est dans les parages, je tremble, je transpire… Un enfer. Au-delà de sa plastique parfaite, elle est également la meilleure commerciale de la boîte. Pour ne pas dire la meilleure commerciale de la ville. À dix reprises rien que cette année, d’autres chefs d’entreprise ont tenté de la débaucher, et quand on voit ses résultats, on comprend qu’ils aient voulu la ravir à Marvin. Ils sont sept commerciaux et elle les écrase avec une poigne et une assurance déstabilisantes.
Oui, Alice est déroutante, envoûtante, impitoyable, talentueuse, terriblement séduisante…
— Salope !
La voix de Rosa arrivant dans mon dos me fait sursauter, me sortant de mes pensées. Je sais qu’elle parle d’Alice. Rosa et moi, nous nous connaissons depuis très longtemps et cette Porto- ricaine haute en couleur ne mâche pas ses mots. Elle retire son bonnet, qu’elle dépose sur le comptoir.
— Tu es en forme aujourd’hui !
Je plaisante en jetant le reste de papier qui me collait encore à la main. Rosa ricane.
— Je l’étais, jusqu’à ce que cette pouffiasse apparaisse.
Je lâche un soupir. En dépit de l’attraction monstrueuse qu’Alice Humphrey exerce sur moi, c’est aussi la pire rencontre de ma vie. Depuis que je suis arrivée dans l’entreprise, elle me fait vivre un véritable cauchemar à grands coups de moqueries sur mon physique chétif ou sur mes tenues vestimentaires. Tout le monde n’a pas les moyens de s’habiller dans les grandes boutiques de New York, mais ça, elle semble l’avoir oublié. Je ne me considère pourtant pas comme la plus moche du quartier. J’ai de beaux cheveux bruns, une belle bouche charnue, de grands yeux sombres et, d’après ma mère, un sourire ravissant. Tout ceci ne suffit visiblement pas à calmer les ardeurs destructrices de notre gardienne des enfers ! Je suis son souffre-douleur, comme une adolescente en peine que personne ne peut aider. J’ai conscience que je ne suis pas la seule à faire les frais du caractère désastreux de la belle, cependant, il faut reconnaître qu’elle se lâche avec moi.
— On boit un café ? râle Rosa.
— J’ai déjà bu le mien.
— Ta chemise aussi apparemment.
Je prends un air blasé. J’adore Rosa, sa moquerie est mignonne.
— Ce n’est pas mon jour !
— Ce n’est jamais ton jour !
Un point pour elle. Mon karma m’en veut, c’est évident. La réunion du lundi matin approchant à grands pas, je décide de me détendre avant de rentrer dans ce bureau surchauffé où je vais probablement en prendre pour mon grade. Rosa et moi rejoignons notre havre de paix. Une fois la porte fermée, les sons de l’open space ne nous parviennent plus. De quoi faire le vide.
— Tu as vu Maggy hier soir ?
Rosa m’interroge en se cachant derrière son téléphone portable. Mes joues s’empourprent.
— Oui, mais on est juste allées manger ensemble.
— Tu ne me racontes pas ?
Maggy et moi avons été ensemble durant six ans, les six années les plus incroyables de ma courte vie !
Outre le fait que ce soit une femme extraordinaire, nous avons passé toute notre relation à voyager, à découvrir le monde. Dire que j’ai adoré notre histoire d’amour est un euphémisme, et je ne m’en suis jamais cachée pour le crier sur tous les toits. Malheureusement, nous souffrons d’une incompatibilité chronique sur le plan sexuel. En réalité, je devrais plutôt dire que c’est moi qui aie un souci avec le sexe. Si je suis parfaitement capable d’avoir des rapports, je n’ai jamais été jusqu’à l’orgasme. Une situation qui nuit à mes relations, et qui aura fini par avoir raison de notre couple à Maggy et moi. Séparées depuis sept mois, nous tentons de recoller les morceaux, à grands renforts de communication et de sorties en tout genre. J’aime qu’elle prenne le temps de m’écouter et de comprendre. Rien de bien étonnant, Maggy est une perle.
— Tu as… essayé ? demande timidement Rosa, me voyant silencieuse.
— Pas encore. Il est un peu tôt.
Rosa grimace, me montrant sans détour son désaccord.
— D’accord, c’est toi qui vois ! Moi, j’étais trop bourrée pour me souvenir de ma soirée de samedi et j’ai passé mon dimanche à tenter de reconstruire cette folle aventure !
Rosa parle toujours de manière théâtrale, tout l’inverse de moi qui préfère la discrétion. Nous nous entendons aussi bien pour cette raison.
— Prête pour la réunion ?
Je fais la moue.
— On est obligées ?
— De toute façon, on ne nous demande jamais notre avis, on fait office de pots de fleurs !
— Charmant.
Depuis notre bureau, nous avons vue sur celui d’Alice. Machinalement, je jette un bref coup d’œil. Au téléphone, elle rit aux éclats. Merde, elle est en forme aujourd’hui, je vais en baver. Je rassemble mes documents, tout le monde converge en direction de la salle de réunion. Dans le couloir, je me décompose. Je hais ces moments où je dois me mêler au reste de cette équipe dont je ne parviens toujours pas à cerner le fonctionnement. Rosa me file un coup de coude amical.
— Respire, tu vas manquer de lucidité !
— C’est ça ! Ne t’en fais pas, l’autre connasse va sortir son fouet, ça va me réveiller !
Je fais allusion à Alice, que je vois s’approcher en compagnie de Charles, son fidèle toutou. Ce type est un profiteur de première, toujours collé à ses basques comme s’il voyait en elle une sorte de déesse grecque.
Pendant que certains commerciaux tentent en vain une percée afin de doubler la diabolique reine de la vente, lui se contente de sa deuxième place. La rancune ne l'étouffe pas, Alice ne l’épargne pas non plus. Nous sommes en tout une centaine à bosser pour Marvin et tous les services sont sommés d’assister à cette mise au point du lundi matin. Rosa et moi sommes reléguées au dernier rang, de la même manière que les mauvais élèves. Nous trouvons notre place au fond de la salle, et je m’assieds comme je peux.
La pièce se remplit doucement, le bruit me donne la migraine. Mon rôle n’est pas central dans l’entreprise, je signe simplement les factures et les notes de frais des commerciaux. Rien de bien passionnant et absolument pas stratégique. Alice et Charles, installés près de la porte, occupent, eux, une place importante. Ils représentent les bénéfices incroyables que dégage Global Blue, une bonne raison pour le patron de les bichonner.
Marvin fait son entrée, le silence enrobe soudain la pièce. La première partie consiste à présenter les chiffres de la semaine. J’hallucine ainsi que le reste de l’assemblée lorsqu’il annonce ceux d’Alice. Mais comment obtient-elle ce score ? Chaque semaine, elle explose le baromètre de ventes.
Applaudissements, je m’y plie sans grande volonté. Alice affiche ce sourire ravi qui la rend effroyablement belle et terrifiante à la fois. Cette nana a les dents qui rayent le parquet, tout son désir de succès et de gloire transpire de son attitude. Je hais sa suffisance au moins autant que je la trouve affreusement irrésistible. Quel étrange métissage. Puis, Marvin énonce les futurs projets, les objectifs. Je m’ennuie, mon téléphone vibre. Tout en me contorsionnant pour atteindre mon mobile dans ma poche, j’attire les foudres de tout le monde et particulièrement d’Alice. Ma sœur cherche à me joindre. Elle a oublié que je travaillais moi aussi à neuf heures du matin ? Son appel restera sans réponse.
— Bien, je crois que nous avons franchi un cap ! annonce Marvin fier de lui.
— C’est pour cette raison que je vais promouvoir certains d’entre vous. Un peu de responsabilités ne fait de mal à personne. Dan, je vous veux à la tête du service comptabilité ! Recrutez quelqu’un pour vous remplacer au plus vite ! Key, prenez la direction du pôle communication, Mary, vous montez en grade et prenez le poste de Key ! Hazel Trudeau, je vous nomme responsable facturation !
Je me fige, mon sang me monte aux joues. Il vient de dire quoi là ? Raide sur ma chaise, je n’ose plus bouger. Est-ce qu’il vient de me donner une promotion ? Mais Marvin n’explique pas souvent ses décisions et le voilà déjà sur le départ. Tout le monde se lève, moi, je reste clouée à ma chaise. Rosa tire sur ma manche, je suis tétanisée.
— Eh, bah ça veut dire que tu sais peut-être bien compter sur tes doigts !
La voix suave et le ton cynique d’Alice me sortent de ma léthargie. Cette dernière m’adresse un sourire narquois et, bien entendu, tout le monde rit à sa blague pourrie. Je ne comprendrai jamais pourquoi personne ne se dresse contre elle, pas même Rosa qui se contente de la fusiller du regard. Elle quitte finalement la salle en ricanant, moi, je suis comme si je sortais de la salle de sport. Un comble, moi qui n’y ai jamais mis les pieds.
— Oh, Hazel ? Laisse tomber cette conne !
Oui, je devrais, pourtant, je n’y parviens pas. L’amertume qu’elle m’inspire ne trouve comme réconfort que le miel de sa beauté. Un apaisement bien maigre au vu de notre relation tumultueuse. Je la hais en réalité.
*
Cette nouvelle m’a retourné le crâne tout le reste de la journée. Heureusement, ce soir, nous sortons et je vais pouvoir retrouver un peu de la chaleur réconfortante des bras de Maggy. Rosa me tape dans le dos alors que j’enroule mon écharpe autour de mon cou.
— Allez, on va se bourrer la gueule pour oublier.
— Si tu arrives à oublier, tu es mon idole !
Rosa s’esclaffe, tandis que nous rejoignons l’ascenseur. Alors que je m’apprête à appuyer sur le bouton, je bouscule quelqu’un qui arrive sur ma droite. Aussitôt, je ferme les yeux et prie pour qu’il ne s’agisse pas d’Alice. Putain, pitié, pas elle.
— Mais quelle débile celle-là !
Et merde… Ce n’est vraiment pas mon jour de chance. Je lève les yeux sur elle. Aucun doute à cet instant précis, ses iris ont pris une teinte brune translucide qui m’effraie. Je laisse mon regard se perdre sur sa chevelure dont je distingue parfaitement les reflets blonds et cuivrés au milieu de cette jungle de châtain. Si l’enfer existe, elle en est la souveraine.
— Tu comptes t’excuser ?
Elle me fustige, j’ouvre la bouche, aucun son n’en sort. Alice rit, suivie par son acolyte Charles.
— Elle ne comprend pas ce que tu lui dis, c’est l’apanage des cerveaux réduits !
Quel taré lui aussi ! Allez, Hazel, défends-toi, tu ne vas pas te laisser faire par ce dandy prétentieux ?
Par lui non, mais par elle… Elle fait un pas vers moi, je recule.
— Allez, excuse-toi !
La mâchoire serrée, elle m’oblige à plier un genou devant elle.
— Fous-lui la paix ! scande Rosa.
Alice lui jette un regard sombre.
— Je rêve ou tu me tiens tête ? Tu devrais retourner dans ton magnifique caniveau vitré qui te sert de bureau !
Je sens mes jambes trembler. Je ne me rappelle pas le moment où la situation a vrillé. Pourquoi cette animosité ?
— T’es sérieuse ?
Rosa s’emporte, je le sens aussitôt, alors j’interviens. Je ne veux pas de scandale.
— Non, c’est bon ! Laisse tomber !
Mon amie est outrée que je ne sache pas me battre assez fort pour envoyer balader cette folle aux formes divines. Non, je ne sais pas faire. Je me tourne de nouveau vers Alice. La victoire la rend fascinante.
— OK… Je suis désolée…
Ma voix déraille. J’ai peur d’elle, ce n’est pas nouveau. Ses lèvres s’étirent en un sourire sadique.
— Ne crois surtout pas que tu vas t’en sortir aussi facilement.
Je la laisse plonger ses yeux dans les miens sans broncher. Elle n’en dira pas plus, elle et Charles s’en vont et prennent l’ascenseur. Je commence à croire que la réussite rend certaines personnes détestables à moins qu’elle ne soit ainsi naturellement. Je m’en fiche. Nous avons survécu.
*
— Mais pourquoi tu t’es laissé faire ?
La voix de Rosa, couverte par la musique du bar, me parvient tout de même. Ma paille à la bouche, je lève les yeux au ciel.
— On s’en fout !
Mon excuse est nulle. Ce n’est pas normal de se faire parler de la sorte par une collègue, je le sais bien.
— Non, moi, je ne m’en fous pas ! Faut que tu lui pètes la gueule avant que je ne m’en charge !
Je pouffe de rire.
— Fais-toi plaisir !
— Marché conclu !
— Facile à dire, mais Humphrey est intouchable !
— Tu lui donnes trop d’importance, Hazel !
Je ne réponds rien, préférant m’imprégner de l’ambiance qui m’entoure.
J’adore ce bar. L’Excentrique. J’y passe tous mes week-ends, dansant et buvant pour effacer le stress de la semaine. En général, je suis accompagnée de Rosa et du reste de la bande, cependant ce soir, nous serons une de plus. Maggy se joint à nous. Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas mis les pieds ici. À mon sens, depuis notre séparation. Elle faisait pourtant partie de la bande ; avant, nous allions partout ensemble, profitant des soirées new-yorkaises.
Et puis, notre histoire a pris fin et Maggy a ressenti le besoin de s’éloigner un peu. Son retour fait du bien à tout le monde et en particulier à moi. Nous revoilà tous réunis dans ce décor boisé, aux lumières feutrées et à la musique hurlante. Rosa et moi récupérons notre commande, puis nous regagnons la table que nous avons réservée pour la soirée. Un peu en retrait, juste à côté de la porte qui donne sur les cuisines, c’est ici que nous aimons boire. Deux banquettes en cuir sombre face à face, avec au centre une table en chêne. L’odeur qui s’en dégage me réconforte aussitôt.
— Ah, je crois que voilà le reste de la bande ! Rosa pointe du doigt la porte d’entrée, je souris en apercevant Maggy. J’aime quand elle porte son blouson en cuir marron et cette paire de baskets blanches. Ses longues jambes, serrées dans ce jean bleu nuit, sont divines.
Je suis sous le charme de sa belle chevelure brune, retombant sur ses épaules minces, ses grands yeux noisette qu’elle sublime d’un peu de mascara et son sourire naturel, instinctif. Maggy…
Je me demande souvent ce que j’ai bien pu faire dans une vie antérieure pour mériter cette femme, quel genre d’acte incroyable j’ai accompli en plus pour qu’elle m’aime véritablement durant six ans. Puis, je me souviens que nous avons rompu, que tout est ma faute bien qu’elle me dise le contraire. Elle est tellement bienveillante, qu’elle prend toutes les responsabilités pour elle. Mais ça ne fonctionne pas de la sorte. Il faudra bien que je m’accorde avec moi-même. Maggy a tort, je suis le problème de ce couple merveilleux que nous formions, celle qui a porté le coup fatal à notre idylle.
Alors que je me replonge dans mes mauvais souvenirs, mon moral en prend un coup. Maggy est la première à s’en inquiéter. Arrivée à mon niveau, elle fronce les sourcils et pose sa main sur mon épaule.
— Eh, tu n’es pas heureuse de me voir ?
Immédiatement, sa présence chasse les nuages qui avaient obscurci mon esprit.
— Bien sûr que si !
Elle me sourit tendrement. Je meurs d’envie de la serrer dans mes bras, cependant, je n’en fais rien. Je ne tiens pas à ce que tous les autres pensent que nous sommes de nouveau ensemble. Nous prenons le temps nécessaire. Elle est accompagnée de Duncan, le gars le plus sympathique de la Terre.
Grand, plutôt sec, les cheveux bruns toujours impeccablement coiffés, ce gay de trente ans se laisse pousser la barbe depuis quelques semaines, de quoi ajouter du charme à son côté ténébreux. Sacha, sa sœur jumelle, se présente comme une jeune femme plus atypique, une coupe carrée complètement folle, de grands yeux noirs, des fringues aux couleurs flashy, un véritable rayon de soleil. Je me rappelle notre rencontre chaque fois que je les vois. Nous étions dans un bar avec Rosa sur la Cinquième, complètement ivres un soir de Nouvel An. Ils sont venus nous parler, nous avons dansé au milieu de la rue pour nous souhaiter la bonne année, j’ai même glissé sur une plaque de verglas et j’ai déchiré mon écharpe en marchant dessus pour me relever. Maggy faisait partie de leur petite troupe, le coup de foudre fut intense. Je crois que je l’ai aimée aussitôt que nos regards se sont croisés. Nous sommes tous très heureux de nous retrouver et, une fois tout le monde installé, nous commandons.
Rire avec eux me fait du bien. Il y avait longtemps que nous n’avions pas partagé un moment comme celui-ci. Assise à côté de Maggy, je dois me coller à elle tant la banquette est petite. Je raffole de ce contact physique entre nous.
— Mille ans que tu n’étais pas venue ici, Maggy ! Avoue ! scande Rosa.
— Plus que ça même ! Dire que j’y passais mes week-ends !
— Et pas que !
J’ajoute cette remarque en lui assénant un coup de coude discret. Nous échangeons un sourire. Nous nous sommes déjà vues hier soir, pourtant la lueur que je perçois dans ses yeux me fait un effet de dingue.
— Personne ne m’invite jamais !
Duncan bondit, manquant de recracher sa boisson.
— C’est une blague, madame, je tombe toujours sur ton répondeur ! Je t'ai laissé trois messages !
Ce brun aux yeux sombres ne mâche pas ses mots.
— C’est bon, je plaisante, abdique Maggy en levant les yeux au ciel.
— Tu plaisantes, mais en attendant, tu as loupé plein de soirées complètement dingues ! lance Rosa.
— Je compte bien revenir, si toutefois… on me laisse une chance…
Je ne tourne pas la tête dans sa direction, bien que cette dernière réplique me soit clairement adressée. J’ai très envie de lui laisser une chance, c’est juste que je ne veux rien précipiter. Tandis que je rougis, Sacha nous raconte ses vacances en Europe. Une nouvelle tournée arrive, je songe à demain, à cette montagne de travail qui m’attend, puis j’oublie, une fois le nez dans ma bière.
— Au fait, elle est trop timide pour vous l’annoncer, mais Hazel vient d’avoir une promotion.
Je m’étouffe avec le contenu de mon verre.
— Putain, Rosa !
Je peste, Maggy me sourit.
— Sérieusement ? Mais c’est génial !
— Ce n’est pas grand-chose, je suis pour le moment responsable du service facturation. Rien de transcendant !
— Tu rigoles ! Encore un mois et tu prends la place du boss !
Le rire éclatant de Sacha nous entraîne tous. Le voilà son super pouvoir, faire du bien aux autres rien qu’en riant. Quand je les regarde tous assis ici, je réalise que je n’ai pas une, mais deux familles et que je ne saurais jamais laquelle choisir si, par malheur, on venait à m’y obliger. Toutes les personnes qui se trouvent autour de cette table seraient prêtes à mourir les unes pour les autres. Je crois que nous serons amis jusqu’à la fin des temps et j’espère que, si la réincarnation existe, nous nous retrouverons. Tiens, ça me rappelle une nana que j’ai connue… Je souris à cette pensée, Duncan commande une fois encore, alors que minuit sonne.
— Ça va être du beau demain matin ! dis-je en regardant nos verres.
— Tu mettras des allumettes sur tes yeux ! suggère Rosa.
Elle sait qu’elle va terminer dans le même état que moi.
— Si je ronfle en réunion, tu me réveilles ?
Je sens que nous commençons à être bien ivres, car nous amorçons tous ce genre de blague que tu ne fais que lorsque tu es fini. Nous décidons de partir quand la musique devient assourdissante. Une fois sur le trottoir, je profite une seconde de la vie nocturne new-yorkaise. J’adore cette agitation. Les passants survitaminés quelle que soit l’heure, les klaxons des voitures qui semblent se répondre. Il faut que je sois maso pour aimer tout ceci.
— Je rentre en taxi ! On partage ! clame Rosa.
— Euh… Ouais, si tu veux !
Elle et moi ne vivons pas très loin l’une de l’autre dans le quartier de Brooklyn. Une situation pratique pour les soirées comme celle qui vient de s’achever.
— Je pensais… te ramener, Hazel.
La voix de Maggy surpasse le bruit environnant. Je rougis carrément.
— Ah… euh…
Tu es bourrée ou quoi Hazel, dis oui !
— Sauf si tu préfères rentrer avec Rosa… finit-elle par dire, face à mon silence.
— Non !
Je réponds de manière vive, mais l’idée de m’envoyer en l’air avec Maggy ce soir me traverse soudain l’esprit. Je ne dirais pas non à un rapport charnel avec mon ex géniale. En plus, je me sens en condition pour me lâcher, ce serait dommage.
— Hum, hum… J’en connais une qui ne va pas beaucoup dormir cette nuit, me glisse Rosa.
— Arrête !
Je râle, au fond, je suis d’accord, j’espère même que je vais passer une nuit blanche. Nous nous saluons en nous promettant de nous revoir très vite, puis j’accompagne Maggy jusqu’à sa voiture garée deux rues plus loin.
L’alcool redescend doucement, la faute à ce froid glaçant de novembre qui pèse sur New York. Me voilà de plus en plus lucide.
— Tu es angoissée ? demande Maggy alors que nous roulons.
— J’ai du mal à me réchauffer.
Elle sourit, elle n’est pas dupe.
— Tu sais Hazel, on n’est pas obligées de…
— Je sais, dis-je en la coupant, mais… on n’a encore rien prévu là ?
Maggy fait non de la tête. Je constate sa décontraction étonnante. Je sais de source sûre qu’elle n’a eu personne depuis notre rupture, moi non plus, elle est donc techniquement la première femme avec qui je fais l’amour depuis… Elle.
Quelle angoisse ! En réalité, je suis tétanisée, sensation qui s’accentue lorsque nous arrivons en bas de chez moi. Elle coupe le contact et me fixe.
— Alors… tu es arrivée.
— Ouais…
Il est plus aisé pour moi de regarder mes doigts que de l’affronter. Putain que j’ai envie de lui dire de monter avec moi. Est-ce que je dois céder ?
— Hazel ?
— Hum ?
— On n’est pas obligées… murmure-t-elle.
Je vois tellement de bienveillance dans ses yeux que j’en ai la gorge nouée. Ma jambe saute. Je regarde une seconde l’immeuble dans lequel je vis, puis me tourne de nouveau vers elle.
— Tu veux… boire un verre… un dernier ?
Elle arbore un sourire qui me consume de l’intérieur. Je vais littéralement lui sauter dessus avant même qu’on ait atteint le palier de mon appartement. Elle se détache en guise de réponse, je lui emboîte le pas dans la rue. Je suis devenue muette soudain. D’abord le code pour entrer dans le bâtiment des années trente, avec Maggy dans mon dos. Elle dépose un baiser sur ma joue, ma poitrine s’enflamme. Et ce putain de code qui ne fonctionne pas ! Enfin, la porte s’ouvre, nous pénétrons dans le hall. Je l’entraîne dans les escaliers. J’habite au cinquième sans ascenseur, autant dire que nous arrivons essoufflées. Les clés, vite, j’ai envie d’elle, ça y est ! Elle doit être en feu elle aussi, car elle ne me laisse pas le temps d’ouvrir la porte qu’elle me retourne pour m’embrasser. Je retrouve le goût sucré de ses lèvres, la douceur de ses gestes, son parfum qui m’avait tant manqué.
— Ouvre ! me souffle-t-elle entre deux baisers.
J’obéis, je ne tiens plus et je rêve de ses mains sur ma peau. La pièce principale du petit trente mètres carrés que j’occupe est plongé dans le noir. Je recule tandis que Maggy avance, nos bouches toujours scellées. Je vais suffoquer à force de la désirer. Je réalise à quel point elle m’a manquée durant ces sept mois et combien j’ai perdu en décidant de rompre. Nous nous déshabillons mutuellement, je trébuche sur je ne sais quoi qui traîne au sol, Maggy me rattrape au vol. S’ensuit un fou rire qui a le mérite de nous détendre. Je reprends mes esprits avant de croiser le regard de Maggy. J’en frissonne. Si je pouvais encore douter, ce soir, il ne m’est plus permis de refuser la vérité. Elle m’aime encore. Ce constat m’alerte soudain. J’ignore ce que je ressens pour Maggy. Je suis bien trop terrifiée par le fait de ne pas réussir à faire fonctionner notre couple pour comprendre mes sentiments. Je tente de chasser ses interrogations de mon esprit tandis qu’elle me déshabille rapidement. Il nous faut moins d’une minute pour nous retrouver en sous-vêtements, allongées sur le lit. Je savoure la délicatesse de ses baisers, la douceur de ses gestes, j’apprécie le temps qu’elle prend à me mettre dans de bonnes conditions malgré son impatience. Mes lèvres s’étirent lorsque je sens les siennes sur la peau de mon cou, puis le long de mon épaule. C’est tellement bon de la retrouver, de pouvoir de nouveau sentir son corps contre le mien, de la savoir à moi. Cette idée m’aide à me lâcher un peu. Sans que j’aie le temps de m’en apercevoir, Maggy m’a délestée de mon soutien-gorge et elle s’applique à titiller mes tétons avec sa langue. Mon dos se cambre, puis mes muscles se tendent lorsque sa main s’approche de ma zone sensible.
Pour ne pas perdre pied et me laisser emporter par le stress, je me concentre sur sa respiration haletante. Je voudrais la regarder en train de me faire l’amour, mais nous avons toujours fait cela dans le noir ou dans une certaine pénombre, alors je ne distingue que sa chevelure et quelques traits de son visage. Elle m’embrasse à nouveau, ses doigts se sont glissés sous ma culotte. Ils s’agitent lentement, Maggy prend soin de ne pas me brusquer. Nous nous connaissons depuis très longtemps, j’ai une pleine confiance en elle. Cependant, je grimace quand elle me pénètre.
L’espace d’une seconde, j’ai mal, puis le plaisir reprend le dessus. Les mouvements lents qu’elle opère sont agréables.
— Tu m’as tellement manqué Hazel, si tu savais…
Elle murmure, mon cœur fond. Je n’ai aucun mal à sentir la sincérité qui déborde de sa voix. J’aimerais lui répondre, mais je dois rester focalisée sur mon plaisir. L’exercice semble égoïste, néanmoins, aucune autre option ne s’offre à moi. Maggy en a pleinement conscience, nous en avons parlé des centaines de fois, aussi, je sais qu’elle ne m’en tiendra pas rigueur. Elle veut simplement me faire jouir pour de bon. Je m’agrippe à elle, enfonçant mes ongles dans son dos. Elle n’a rien à se reprocher, ce qu’elle me fait est parfait. Je capture ses lèvres avec les miennes, j’ai besoin de ce contact. Alors que nos langues dansent ensemble dans un baiser très sensuel, je crois sentir pointer le début d’un orgasme et je dois relâcher sa bouche pour gémir. Puis, tout retombe, comme souvent. Au bout de quinze minutes, le rapport devient douloureux, Maggy doit s’en rendre compte, car elle arrête. Elle prend le temps de me câliner un peu comme si ça n’avait aucune espèce d’importance que je sois allée jusqu’au bout ou non. Elle voulait juste passer ce moment avec moi. Voilà une chose que j’aime chez elle.
— Ça va ? souffle-t-elle.
— Oui… Désolée…
Ma voix se fait timide, elle me rassure aussitôt.
— Non, Hazel ! Ne le sois surtout pas.
Toujours allongée sur moi, elle capte mon regard.
— Est-ce que tu as passé un bon moment ?
Je réponds par l’affirmative. Un sourire éclaire son visage.
— Alors tout va bien…
— Mais je n’ai pas…
— Chut ! Hazel, ce n’est pas grave. On a tout le temps…
Elle me libère en roulant sur le côté et manque de tomber du lit. J’explose de rire.
— Saleté ! lâche-t-elle en se calant sur l’oreiller.
— Pardon, mais pour une fois que ce n’est pas moi qui fais une connerie !
— N’en profite pas trop !
Je me cache derrière un pan de couette avant de la regarder de nouveau. Elle est tellement belle.
— Mag… Je… Enfin… Je ne veux pas tout précipiter. Tu sais, on a beaucoup souffert.
Mon début de discours semble la décevoir, pourtant, elle ne fait aucune remarque en ce sens, me laissant m’exprimer.
— … Je veux vraiment que ça marche, mais… est-ce qu’on peut dire qu’on n’est pas encore… ensemble ?
Je me hasarde dans une voie complexe, prenant le risque de la vexer. Nous venons à peine de faire l’amour que je la repousse déjà. Maggy sourit.
— Tout ce que tu voudras… Et tu as raison. Prenons le temps de nous redécouvrir. C’est important.
— Alors nous sommes toujours célibataires ?
Elle se met à rire, sa voix résonne.
— On va dire ça, oui ! Mais je suis outrée ! Tu couches avec la première nana que tu croises dans un bar !
Sa plaisanterie me détend.
— Elle était trop canon pour que je ne rentre pas avec elle !
— Hum, bien répondu !
J’ai envie qu’elle me prenne dans ses bras, mais dans la mesure où je viens de lui dire que je ne voulais pas me remettre avec elle tout de suite, ce serait malvenu. Maggy ne parle plus. Elle ouvre grand ses bras, je comprends que je peux aller m’y blottir. Cette chaleur est tellement addictive.
— Tu veux rester dormir ?
Ma question la fait rire.
— Tu veux que je reste ?
Je prends une seconde pour mettre en abyme ses interrogations. J’ai envie qu’elle reste, c’est certain. Est-ce qu’il s’agit là d’une bonne idée, je n’en suis pas sûre ?
— Oui… J’aimerais que tu restes… Juste pour cette nuit.
Ses bras m’enserrent plus fort. Quel bonheur de la retrouver après ces sept mois passés à errer sans but. Elle est mon repère dans ce monde, la chose la plus merveilleuse qui me soit arrivée. Il faut que ça marche cette fois-ci, qu’on reprenne presque là où nous nous sommes arrêtées. Le besoin de faire grandir notre relation vient me vriller le ventre. Je réalise tout juste à quel point sa présence est nécessaire à mon existence. Je m’endors avec cette pensée. Maggy ne peut pas disparaître de ma vie.
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Commentaires (1)
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Un début très intéressant