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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : Enora Evans à Chapitre 4 : Ash Deflandre
Chapitre 0 — Chapitre 1 : Enora Evans
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Amours impossibles · Emilia Sullivan

Lire Amours impossibles en ligne gratuitement Chapitre 1 : Enora Evans

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C’était un jour comme les autres. Je me dirigeais comme à mon habitude vers mon bureau où la comptabilité m’attendait. Ayant mal vécu ma première année à l’université, j’avais décidé de poursuivre mes études par correspondance et d’aider Raven, ma sœur. C’était la propriétaire d’une salle de sport dans Pearl District à Portland, où nous habitions.

Étant une louve-garou, elle gérait cet endroit avec sa meute d’une main de maître. J’en faisais aussi partie, par obligation, non par choix. Faire partie de ce monde ne l’avait jamais été, malheureusement, le destin avait choisi pour moi. J’étais aussi la seule à ne jamais prendre ma forme animale.

Dans la salle que m’avait agencée Raven, je détaillai les transactions d’argent. Des sommes, parfois astronomiques, qui n’avaient rien à voir avec l’établissement, mais que je me devais de faire « passer » en cas de contrôle. Je n’ignorais rien de l’illégalité de mes actes, mais depuis notre enfance, elle m’avait toujours aidée. De constitution fragile, à l’époque, un simple rhume pouvait très vite me conduire en salle de réanimation. Cependant, depuis ma transformation, mon corps se portait beaucoup mieux. À une exception près. Comparée aux autres membres de la meute, je n’avais pour ainsi dire aucune particularité physique. Mon seul atout était de posséder l’odorat le plus développé. La belle affaire !

Quelques jours plus tôt, ma sœur avait envoyé Caleb, son bras droit, sur le territoire vampire pour une histoire de nouvelle drogue. Je lui avais recommandé de ne pas s’en mêler, en vain... Comme si les loups-garous n’en avaient pas assez de la leur, il fallait que Raven se renseigne sur cette nouveauté. Je ne la comprenais pas. D’autant que la vampire était seule et ne vendait apparemment que sur son propre territoire.

Nous avions chacun le nôtre, pourquoi chercher les ennuis ? Tant que nous restions de notre côté, aucun problème ne se posait. Bien sûr, seuls les loups et les vampires se surveillaient mutuellement. Les autres créatures, elles, avaient libre accès. Après tout, d’après les « légendes », nos deux races n’avaient jamais pu s’entendre. Aujourd’hui ne semblait pas faire exception.

J’avais peur que cette enquête nous attire des problèmes. L’envie comme les capacités me manquaient pour affronter d’autres créatures de la nuit. Face à une vampire, c’était perdu d’avance. J’ignorais son âge, mais il fallait espérer qu’elle soit quelqu’un de réfléchi et ne parte pas au quart de tour.

Perdue dans les comptes, je remarquai à peine mon téléphone sonner. En découvrant le nom de mon aînée sur l’écran, je m’empressai de répondre.

— Raven, tout va bien ?

— Nono, t’es où ?

— Euh, au bureau. Pourquoi ?

— Rejoins-nous au sous-sol, y’a un problème, on a besoin de toi.

— D’accord, j’arrive tout de suite.

Son intonation ne me disait rien qui vaille. Il était établi que je ne participais pas aux rassemblements de la meute. Elle savait que je ne voulais pas m’impliquer davantage. Je me contentais d’y assister de façon occasionnelle. Mais me convier comme ça n’était pas son genre. Il devait y avoir urgence.

Je quittai mon bureau et traversai le couloir aux murs orangés pour accéder à l’ascenseur. Une fois à l’intérieur, je descendis au sous-sol pour rejoindre les autres. Il s’agissait aussi de l’endroit où je vivais avec Raven.

Lorsque les portes s’ouvrirent, tous étaient installés de part et d’autre de notre salon, en silence, ce qui ne manqua pas de m’angoisser. N’étant pas d’un naturel très sociable, et bien que je connaisse toutes les personnes présentes, j’avais du mal à me sentir à l’aise. J’avançai et rejoignis ma sœur au fond de la pièce, côté cuisine, proche de la machine à café.

Au passage, Savina me fit un signe de la main que je lui rendis. Elle était la dernière arrivée du groupe et aussi la plus jeune. J’avais toujours fait en sorte qu’elle se sente bien. Bien qu’un peu trop hyperactive à mon goût, elle n’en était pas moins très gentille. J’entretenais de très bons rapports avec elle, nous étions proches.

— Raven ? hésitai-je en arrivant derrière elle.

— Ah ! Tu es là, parfait, dit-elle, en plaçant ses mains sur mes épaules. J’ai besoin que tu fasses un truc pour moi.

— Tu es sûre qu’elle en sera capable ? intervint aussitôt Randell.

— Bien sûr qu’elle en sera capable ! répondit Savina.

— On ne lui a jamais confié ce genre de responsabilité, je ne suis pas sûr que…

— Assez ! le coupa ma sœur. C’est moi qui commande ici. Si tu as un problème avec ça, tu sais ce qu’il te reste à faire. Crois-moi, ça me ferait même plaisir que tu tentes l’expérience.

Le regard de Raven suffit pour lui faire baisser les yeux. Malgré les forts caractères au sein de la meute, personne ne l’avait jamais provoquée en duel pour prendre sa place d’alpha. Vu sa vitesse et sa force, même le plus costaud ne s’en sortirait pas indemne.

— Si quelqu’un a quelque chose à redire sur ma décision qu’il parle ou qu’il ferme sa gueule !

Personne n’osa prononcer le moindre mot. Et moi non plus. J’ignorais la raison pour laquelle on avait besoin de moi, mais je faisais confiance à ma sœur. Elle était autant aimée des autres qu’elle était crainte. Je ne l’avais jamais vue perdre un duel jusqu’à présent.

— Enora. Tu sais que je t’aime, sœurette. Tu sais aussi que si j’avais trouvé n’importe quelle autre solution, je ne t’aurais pas impliquée.

— Qu’est-ce qui se passe ? Tu me fais peur…

— Caleb s’est fait choper. Elle l’a enfermé.

Je m’en doutais. Elle avait dû le sentir arriver. Résultat, nous avions un membre en cage.

— Je suis désolée…

— Je voudrais que tu le retrouves.

— Quoi ? m’étouffai-je. Moi ? Je ne sais pas si…

— Tu peux le faire, Nono. Tu passeras sans problème sur son territoire. Elle ne sentira pas ta présence.

— Ce n’est pas parce que vous ne me sentez pas que ce sera le cas pour elle…

— Tu sais que je ne t’enverrais pas là-bas si j’avais une autre solution, sœurette. Fais-moi confiance, je suis certaine qu’elle-même n’y verra que du feu. Et quoi qu’il arrive, toi, tu la sentiras.

Plus facile à dire qu’à faire. Mais bien évidemment que je lui faisais confiance. Ça avait toujours été le cas. J’avais pu compter sur elle toute ma vie. Cette fois, c’était à mon tour de lui rendre la pareille. Je ne pouvais pas la laisser tomber. Et ce, même si la peur tenaillait mon ventre.

— Comment je suis censée m’y prendre ?

— Tu connais l’hôtel-casino Red Diamond ?

— De réputation. Il paraît que c’est un établissement prestigieux.

— Eh bien, je voudrais que tu séjournes là-bas pour quelque temps.

— Pardon ? m’étonnai-je.

— Ne t’en fais pas, tu iras tous frais payés. Disons pour deux semaines dans un premier temps.

Tous frais payés dans un hôtel de luxe? En temps normal et si la propriétaire n’était pas une ennemie, j’aurais sans doute accepté cette opportunité sans rechigner. Même si, seule, je n’en aurais pas vu l’intérêt. Cependant, mon séjour là-bas n’allait pas être de tout repos. Ma sœur avait beau être gentille avec moi, ça n’allait pas être une partie de plaisir, surtout vu les circonstances.

— Et je vais devoir faire quoi sur place ?

— Tu devras trouver Ash Deflandre.

— Qui est cette femme ?

— C’est la propriétaire des lieux et… la vampire. C’est elle qui détient Caleb. J’aurais besoin que tu découvres où elle le planque.

J’avais sûrement loupé un épisode. Elle ne me solliciterait tout de même pas pour aller me jeter dans les bras d’une vampire ? L’espace d’un court instant, je me demandais si elle ne voulait pas ma mort…

— Tu rigoles ? M’introduire sur son territoire, c’est une chose, me confronter à elle, seule, une tout autre.

— Tu ne risqueras rien, crois-moi. Je sais que je t’en demande beaucoup, mais que veux-tu que je fasse ? On n’a aucune chance en attaquant de front.

En serais-je seulement capable ? Et si je faisais tout rater ?

— J’aurais bien envoyé quelqu’un d’autre, mais il se ferait remarquer immédiatement, reprit-elle. Sans toi, on ne récupèrera pas Caleb. Si vraiment tu te retrouves dans une sale situation, tu me bipes. Je ferai tout pour te venir en aide, tu as ma parole.

Je ne pouvais pas refuser. Pas pour le seul service qu’elle me demandait depuis tout ce temps… Si elle disait que je ne craignais rien, elle savait de quoi elle parlait. Une fois cela en tête, je ne pouvais qu’accepter.

— D’accord.

— Merci, sœurette, me remercia-t-elle en me prenant dans ses bras, chose qu’elle ne faisait que très rarement.

Je savais que j’avais pris la bonne décision. Certains – principalement Randell – n’étaient pas du même avis que ma sœur, mais se gardaient bien de lui dire.

Après avoir écouté Raven prévenir les autres membres de la situation, je me dirigeai vers ma chambre pour préparer mon départ tandis qu’ils quittaient tous les lieux.

— Je suis sûre que tu vas y arriver, me surprit Savina qui attendait sur le pas de ma porte. Je sais que tu en es capable moi. Ce n’est pas parce que tu n’as pas beaucoup de pouvoirs que tu n’es pas utile. Bien au contraire, avec ton odorat surdéveloppé, tu peux sentir n’importe quoi à une grande distance. Randell est jaloux parce qu’il aurait voulu faire ses preuves. Il est tout le temps en train de râler auprès de Raven. Mais on sait très bien que si ces deux-là se battent, il ne s’en sortira pas en très bon état. Et surtout, pour en revenir à ta mission, lui, il se serait fait choper à peine le pied passé de l’autre côté de Burnside Street. Alors que toi avec ton camouflage, tu peux t’introduire là-bas sans problème. C’est un peu comme un pouvoir d’invisibilité ! Tu vois le genre ?

— Euh… je vois oui. Merci, Savi, c’est gentil. J’espère ne décevoir personne.

— J’en suis certaine ! Bon, je te laisse, tu dois avoir beaucoup de choses à préparer. En tout cas, je suis avec toi et si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas. Fais attention à toi, déclara-t-elle avant de filer par l’ascenseur.

Ce débit de paroles… Comment faisait-elle pour tenir la cadence ? Je secouai la tête et me repris, je devais faire vite.

En route vers l’hôtel, je me remémorai tout ce que m’avait dit Raven. Une fois sur place, je devais éviter de trop me faire remarquer. Elle m’autorisait à sortir en ville, mais étant en territoire ennemi, je ne connaissais pas trop les environs. Le mieux était de rester dans ma chambre. Par la suite, je devais absolument trouver une solution, ou n’importe quoi qui me permettrait de voir la patronne, ce qui n’allait pas être simple. Je serais étonnée qu’elle se déplace pour une simple cliente… Mais une fois devant Ash Deflandre, je devais tout faire pour me rapprocher d’elle le plus possible, histoire d’en apprendre un peu plus sur l’endroit où pouvait se trouver Caleb.

En réalité, ce n’était ni plus ni moins qu’une mission de séduction qu’elle me demandait d’accomplir, pas de sauvetage !

Pour moi, rien ne tenait dans ce plan. Je respectais les conseils de ma sœur, néanmoins, loin de moi l’idée de parvenir à réaliser tout ça. On parlait d’une vampire de probablement plusieurs centaines d’années. Elle avait dû subir plus d’une attaque dans sa vie et avait dû être approchée par de nombreuses personnes compte tenu de la fortune qu’elle détenait. S’annonçait donc une tâche ardue. Je n’avais surtout aucune compétence en matière de séduction.

Arrivée à bon port, en descendant du taxi, je restai interdite devant la taille et la prestance du bâtiment face à moi. Derrière un jardin des plus éblouissants, nombre de voitures de collection stationnaient de part et d’autre de l’entrée de l’hôtel. Encore plus impressionnant, écrite en grosses lettres et illuminées en rouge sang, l’enseigne « Red Diamond » attirait tout de suite l’œil de quiconque passait par-là. La propriétaire ne lésinait pas sur le budget pour mettre son établissement en valeur.

En passant les portes de celui-ci, ma respiration se coupa nette. Juste à côté de la réception, l’entrée s’ouvrait sur un lounge majestueux, transpirant le bon goût et le luxe. Des canapés et des fauteuils en cuir rouge cerclaient des tables basses recouvertes de vitres noires teintées. Une immense banque d’accueil de plusieurs mètres de long était entièrement recouverte de marbre. Tout comme les murs qui m’entouraient. Pas moins de trois réceptionnistes attendaient l’arrivée d’éventuels clients. Toutes se tenant bien droites et arborant des sourires charmeurs. Dans un uniforme au logo de l’établissement, leur silhouette particulièrement avantageuse virevoltait avec grâce et aisance pour le bonheur de la clientèle et de la maîtresse des lieux.

— Bonjour, Madame. Bienvenue au Red Diamond. Que puis-je faire pour vous ? m’adressa l’une d’elles à mon approche.

— Bonjour, j’ai une réservation au nom de Enora Evans.

— Tout à fait. Je suis ravie de vous accueillir au Red Diamond, Madame Evans. Il s’agit d’une réservation pour quatorze nuitées. Est-ce correct ?

— C’est exact.

Je n’avais pas souvenir que par le passé, une personne m’ait adressée la parole de cette façon. J’avais l’impression d’être la première dame des États-Unis. Hormis le fait que je n’avais aucun agent pour ma sécurité personnelle. En tout cas, je n’allais pas me plaindre du traitement qui m’était offert. Quand je voyais à quel point le luxe envahissait les lieux, l’entrée du casino, juste en face, la décoration qui semblait hors de prix, tout comme les ascenseurs qui menaient vers les étages supérieurs, je me demandais bien quel type de chambre m’avait réservé ma sœur.

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