Chapitre 1 — Un Amour Transcendant – Sasha
- Un Amour Transcendant – Sasha
- 🔒 L'Anniversaire Surprise ! – Chimâne Norsange
- 🔒 Désir Confiné – Pauline Theissot-Peyriot
- 🔒 Les Aventures De Fluffy – Laura Marchetti
- 🔒 La Princesse Et La Fée – Justine Brajou
- 🔒 Le Refuge Du Cœur – Alycia Dolphin et Julia Pradier
- 🔒 Sentiments Avoués – Lou Jazz & Cherylin A Nash
- 🔒 L'Académie Française Des Arts De La Magie – Chloé Tempérance Maclow
- 🔒 Elles – Gwendoline Bridge
- 🔒 Au Temps Où Toujours Dure Longtemps – Adelina Kells
- 🔒 Retrouvailles – Julie Lezzie
- 🔒 Red Two Five – Kass Dinslow
- 🔒 Âmes Sœurs – Marie Lara
- 🔒 Issue – Anna Staffort
- 🔒 Jouissance – Sham Rigel
Ani'mots 2 · Sham Rigel , Chimâne K. Norsange
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1. PREMIÈRE PARTIE
Vendredi 6 décembre 2019
Il y a peu, j’ai compris que je faisais malheureusement partie de ces personnes que notre monde a tendance à rendre invisibles sans aucune bonne raison. Il est donc difficile de trouver sa place dans ce monde où les êtres humains tels que moi ne peuvent s’épanouir que très difficilement…
Toutefois, je suis progressivement arrivé à rester moi-même malgré le manque de considération dont certains avaient pu faire part à mon égard par le passé. Petit à petit, j’ai appris à ne plus laisser le monde extérieur contrôler ma vie, j’ai commencé à m’écouter moi, et plus personne d’autre. J’ai donc fini par accepter de pouvoir simplement… être heureux.
Malgré tout, il y avait des jours comme aujourd’hui où, plus que d’habitude encore, je me mettais à détester l’image que mon corps me renvoyait dans ce foutu miroir.
Ce matin, par exemple, c’était le cas. Mon regard tentait d’éviter à tout prix la glace qui aurait de nouveau reflété l’enveloppe que je ne supportais plus. Même si ma voix et ma pilosité étaient depuis peu en train de dévoiler l’homme qui résidait au fond de moi, mon image, ma silhouette, je ne les aimais pas. Je ne m’aimais pas.
Depuis deux ans, depuis ma sortie de l’école d’architecture, je ne m’aimais plus, du moins… je n’aimais plus le corps qui m’avait été attribué à ma naissance, parce que… j’avais compris, oui, que ce corps-là me faisait honte, que ce corps-là, hélas, ce n’était plus moi.
En fait, il y a deux ans, j’ai senti que mon anatomie n’avait jamais réellement été… mienne. Depuis lors, j’avais déjà surmonté des épreuves, supporté bien des regards, et surpassé bien des critiques. Pourtant, rien ne m’avait donné l’envie de penser différemment, de redevenir la personne que j’avais été avant tout ce questionnement sur mon existence, sur ce corps, sur cette apparence… sur MON apparence.
Je n’avais jamais voulu me laisser abattre par le jugement des autres, jamais, et à l’heure d’aujourd’hui, j’avais compris qu’il était temps pour moi de changer. Contrairement à ce que beaucoup de parents auraient fait, les miens n’avaient pas éjecté leur propre enfant de leur vie, de leur foyer, ou encore de leur cercle de connaissances. Par contre, en ce qui concernait le peu d’amis que j’avais, un seul était resté : le plus proche, Ali, qui avait toujours fait le maximum pour que je me sente bien dans ma peau.
Il avait d’ailleurs constamment fait passer ma personne avant celle de sa petite amie, qui, depuis un an, gardait toujours en tête cette jalousie qui lui pourrissait la vie. Elle, ne me considérait par exemple pas pour celui que j’étais vraiment…
Pour en revenir à ce matin, après avoir évité mon reflet dans le miroir, j’avais pris le train comme d’habitude, avec ma collègue de boulot, une merveilleuse et talentueuse ingénieure qui, entre parenthèses, était aussi très jolie, charmante, et… célibataire, à ma plus grande joie ! Enfin, facile à deviner, je n’avais d’yeux que pour elle. Du côté de Xéna, je n’en savais rien car, excepté les quelques regards légèrement « insistants » qu’elle m’avait portés de temps à autre, rien n’était sûr quant à ce qu’elle ressentait pour moi.
Nous étions donc à l’aube dans le train direction Bruxelles. Par rapport à notre lieu de travail, Xéna habitait plus loin, mais prenait la même ligne que moi. Alors, tous les matins, nous faisions le trajet ensemble.
Elle était arrivée dans l’entreprise il y avait déjà un an et demi et… bizarrement, elle m’avait donné envie de la connaître davantage dès son premier jour, sans même lui avoir adressé la parole.
Prendre les transports avec elle était d’ailleurs une bénédiction. Cela m’avait donné l’occasion de découvrir celle qui illuminait chacune de ces journées si difficiles à surmonter lorsque l’on se sent mal dans sa peau, sans malheureusement, ne rien pouvoir y changer avant la date butoir, cette date qui rendra à mon torse l’apparence que je souhaitais tant obtenir.
Depuis son arrivée, Xéna n’avait jamais posé de questions. Elle avait toujours utilisé le prénom qui, sans vouloir me rabaisser, ne collait pas encore totalement avec cette silhouette assez marquée de formes que j’avais toujours essayé de camoufler. Mais peut-être, en fait, n’avait-elle jamais rien remarqué ? La seule chose que je pouvais espérer était que lorsqu’elle l’apprendrait, lorsqu’elle saurait que je ne suis pas la personne que je prétends être, elle ne me rejetterait pas comme d’autres l’avaient fait avant elle.
J’avais tellement peur d’être mis à l’écart, encore… Si seulement c’était plus simple, si seulement j’avais déjà subi cette opération, si seulement ce monde s’avérait plus… tolérant…
À sept heures onze, j’étais monté dans le train, même wagon qu’à l’accoutumée, pour la retrouver à sa place habituelle. Sur mon siège, à la droite de celle pour qui j’avais plus d’affection que je ne le devais, je sentis cette soudaine envie d’écouter de la musique pour me détendre.
Aujourd’hui représentait en effet un jour plus angoissant que les autres. Nous avions préparé un exposé afin de présenter à l’agence les plans du nouveau gratte-ciel que Bruxelles comptait construire. Et cette fois-ci, ce n’était pas à n’importe quels architectes qu’ils avaient fait appel, non, c’était à moi, et ma chère collègue – en général moins stressée que moi et ce, peu importe la situation ; ce qui, malgré tout, ne l’empêchait pas d’être une femme pleine d’ambitions qui ne faisait jamais les choses à moitié.
Avec un peu de stress, je demandai à Xéna :
— Tu… Ça te dirait d’écouter un morceau avec moi ? Je ne vais tout de même pas te laisser seule dans ce monde effrayant pendant que moi, je m’en vais profiter dans un autre extraordinaire !
Elle me regarda d’un air assez amusé, ses boucles blondes effleurant chacune de ses tempes, et me répondit directement :
— Allez, pourquoi pas !
Sa main tendue vers moi, je lui prêtai mon écouteur et lui souris tout aussi bêtement, mais avec admiration devant son visage de petit ange.
Cette mèche me perturbe énormément.
— Ça ne va pas ? me demanda-t-elle avant que je ne lance la musique. Tu as l’air perturbé.
— Oh, euh… non, ça va. Ça va…
— Je vois bien que quelque chose te tracasse.
Après une profonde réflexion, j’admis :
— En fait, oui. Attends…
Et sans lui demander la permission de m’aventurer sur sa peau, je posai délicatement ma main sur sa joue et replaçai correctement sa mèche blonde derrière son oreille. Un moment silencieux s’ensuivit, comme si nos âmes s’étaient envolées vers un pays qui ne pouvait exister que dans nos rêves les plus fous, un pays magique qui nous révélait ce monde plus beau qu’il ne l’avait jamais été. La présence de cette jeune femme me rendait juste… dingue !
Tandis qu’aucune musique n’était encore lancée, une dame plutôt âgée passa à côté de nos sièges et, après un bref coup d’œil, nous sortit de ce moment particulier avec bienveillance :
— Vous formez un très joli couple, vous deux ! Profitez de la vie, elle est si courte, vous savez !
Elle repartit ensuite, nous laissant avec ces paroles tout aussi troublantes qu’amusantes. Xéna et moi nous regardions maintenant intensément dans les yeux, et assez sérieusement d’ailleurs, avant de finir par éclater de rire quand soudain… sa main frôla la mienne. Une main qu’elle s’empressa, malheureusement pour moi, de reposer sur ses jambes plutôt… tremblantes. À la suite de cet épisode assez déstabilisant, Xéna enchaîna, excitée :
— Alors, où est cette fameuse musique ?
Je repris à nouveau mes esprits, tentant d’avoir l’air le plus naturel possible, et déverrouillai mon portable pour mettre la première musique qui déciderait de s’offrir à nous. Au point où j’en étais, peu importait la mélodie qui sortirait de ces écouteurs, cela ne pouvait pas être pire que ce qui venait de se passer. Tiens donc « Tu me regardes », de Angèle. Mince, elle doit sûrement détester ce genre de chanson sentimentale et LGBT+… Et moi, j’ai encore parlé trop vite en pensant que rien de pire ne pouvait arriver…
— Tu veux… Enfin, je peux changer de chanson, si tu préfères ? demandai-je avec beaucoup d’embarras.
— Non, non, ne change pas…
— Sûre ?
— Oui, je… j’aime bien…
Je n’ai pas cherché à dire un mot de plus jusqu’à notre arrivée à Bruxelles et, après ce morceau, tout l’album d’Angèle y était passé – et ce, pendant que nos regards avaient tenté plusieurs fois de s’éviter, en dépit de l’attraction qui semblait relier nos âmes.
J’appréciais ses yeux posés sur moi, je les adorais plantés dans les miens. Je l’aimais, elle, c’était sûr.
Nous étions partis pour une lourde journée, mais à notre plus grand soulagement, la dernière de la semaine, enfin ! Et, comme chaque vendredi depuis deux mois, nous avions décidé de nous rendre à la salle de sport près de notre lieu de travail pour nous défouler un peu avant de rentrer chez nous, chacun de son côté, évidemment –même si je devais bien reconnaître que mon idée première était plutôt un prétexte pour passer plus de temps en sa compagnie.
Le soir venu, je me retrouvais dans mon petit appartement. En sortant du gymnase, j’avais demandé à Xéna son numéro de portable, ayant prétexté que le stress m’envahissait et que lui parler me rassurait – ce qui, en fait, était à moitié vrai. À ma grande surprise, elle avait accepté sans hésitation et avec une lueur au fond des yeux. Cela m’avait fait beaucoup de bien et j’avoue que l’envie de lui envoyer un message pour lui souhaiter une bonne nuit me tentait depuis déjà une dizaine de minutes – ce que je finis par faire, non sans une pointe d’excitation.
*
Nous nous trouvions de nouveau à la salle de sport, mais cette fois, elle me paraissait moins éclairée et plus grande. Nous allions commencer une séance quand je me rendis compte que j’avais du mal à me souvenir de la date d’aujourd’hui. Et alors que je me levais pour me lancer sur le tapis roulant, je dus me rasseoir à cause d’une douleur inexplicable dans les épaules.
Xéna le remarqua et, se plaçant derrière mon dos, posa ses mains dessus et plus précisément, sur ma propre main tenant mon épaule gauche. Elle avait dû voir que j’avais mal. Pourtant, elle semblait plus chercher à garder sa main sur la mienne, que soulager ma douleur en me massant. Mon corps fut alors pris de frissons incontrôlables…
*
Samedi 7 décembre 2019, matin
Une alarme sonna et me fit sursauter. Merde ! On est samedi et j’ai encore oublié de couper ce réveil…
Réfléchissant à mon rêve, une idée me vint. Et si je l’invitais à sortir ce soir ? Ce serait l’occasion de… comment dire… me rapprocher d’elle…
Suite à cette courte et amusante pensée, je saisis mon portable et le déverrouillai pour me retrouver dans la dernière conversation que j’avais commencée la veille avec celle qui habitait mes songes.
— Hey Xéna ! Bien dormi ? Que dirais-tu de se faire un ciné ce soir pour changer du boulot et du sport ? J’espère que tu pourras te libérer !
Je reposai ensuite mon téléphone sur ma table de nuit et partis prendre mon petit-déjeuner. Après le bacon et les œufs brouillés, je décidai de m’habiller et récupérai mon portable au passage.
Tiens, un message !
Je sentis mon cœur battre plus vite et une chaleur parcourir mon corps. Je me dépêchai de regarder le fameux texto :
— Ce serait avec plaisir ! Je passe te prendre à dix-neuf heures pour une séance à vingt heures si ça te va !
Ah oui, carrément, elle prend des initiatives… J’aime ça !
2. DEUXIEME PARTIE
Dix-neuf heures trente, sur le parking du cinéma
— Waouh, tu conduis comme une cheffe, dis - donc ! interpellai-je Xéna.
— Qu’est-ce que tu crois, je n’ai pas eu mon permis dans un kinder surprise !
— Pfff, j’espère bien ! lui répondis-je en éclatant de rire. À l’intérieur du bâtiment, je la laissai choisir le film, par galanterie, et parce que, finalement, cela m’importait peu. Tout ce que je souhaitais, c’était passer du bon temps en sa compagnie.
Après un petit instant de réflexion, Xéna s’écria :
— J’opte pour… Charlie’s Angels !
— Pas de souci, je vous suis, mademoiselle !
Elle sourit à ma réponse et, après avoir saisi les tickets, me désigna notre salle du doigt :
— Let’s go voir mes actrices préférées !
— En avant, Xén’ !
Xén’… Mais qu’est-ce qui m’avait pris de lui donner un surnom pareil ! Je vais encore me maudire, moi, je le sens…
— Ça sonne plutôt bien sortant de ta bouche, je dois dire, répliqua-t-elle en souriant, devinant mon regard embêté.
— Ouf ! Tu me rassures, alors ! lui dis-je en tentant de rester zen.
Enfin bien au chaud dans nos fauteuils, moi à sa gauche, elle à ma droite, je ne pus m’empêcher de penser à sa main dans la mienne, à nos doigts enlacés amoureusement devant ce film qui promettait tant selon elle. Je pensais ne rien tenter ce soir, de peur que ce que je ressens ne soit pas réciproque, que ce soit trop tôt, de peur que… je ne commette l’irréparable… Il s’agissait de ma collègue donc, malheureusement, notre relation de travail primait sur tout le reste. Je ne pouvais rien essayer – du moins, pas encore…
Toute la séance durant, celle qui me faisait ressentir une sensation étrange dans le bas-ventre restait concentrée sur le film d’action, un énorme sourire aux lèvres et des yeux pétillants devant l’une des actrices en train de danser.
La plus masculine des trois a l’air d’être sa préférée, bizarrement… Peut-être était-elle vraiment de ce bord-là ? Peut-être pas… Il faut que j’arrête d’y penser sans cesse. Allez, stop !
Mais je n’y arrivais pas…
*
La musique du générique de fin résonnait déjà dans la salle. Le film était passé plus vite que ce que je n’aurais imaginé, et je devais bien l’avouer, je l’avais beaucoup aimé.
Dehors, le vent hivernal soufflait et, malgré moi, me poussait un peu trop près de celle dont j’avais si peur d’affronter le regard. Elle ne semblait pourtant pas le remarquer, étant donné qu’elle se dirigea vers la voiture et s’y installa, prête à démarrer. Nous repartîmes alors sans dire un mot, jusqu’à ce qu’elle me lance sur un ton énergique – en dépit du fait qu’il était déjà presque vingt-trois heures :
— C’était quand même génial, hein ! Personnellement, j’ai adoré. Le jeu d’acteur était tellement réussi, il y avait des moments plutôt trash, mais pas trop, et…
Mes pensées rêveuses me rattrapèrent et mon cerveau oublia de se concentrer sur ses paroles pour observer ses gestes, son sourire émerveillé comme celui d’une enfant et ses mains qui percutaient le volant durant tout son récit.
Cette femme était… Waouh… Je n’avais même pas les mots pour la décrire…
Tout à coup, sa dernière phrase me ramena à la réalité :
— L’actrice est magnifique, j’adorerais lui ressembler… consentit-elle en se mordant légèrement la lèvre inférieure, les yeux fixés sur la route assombrie.
Je ne pense pas qu’elle ait précisé laquelle des trois l’était à ses yeux, mais moi, je savais exactement de quelle femme il s’agissait.
— Tu sais, j’ai beaucoup aimé ce film aussi. Je l’ai trouvé plutôt passionnant, à vrai dire.
— Ah oui ? Tant mieux si mon choix t’a plu !
Je me contentai d’esquisser un petit sourire et hésitai avant d’exprimer une chose que j’aurais pu regretter plus tard. Je pris alors quelques secondes pour retranscrire mes pensées de la façon la plus neutre possible :
— Pour être honnête, passer ce moment avec toi était le plus important pour moi. Le film n’a fait que le rendre plus… agréable.
Xéna ne répondit pas mais me sourit, se tournant ensuite de temps à autre vers moi jusqu’à la fin du trajet.
Mince, j’ai encore gaffé… Pourquoi n’a-t-elle rien répondu ?
*
— Voilà, nous sommes arrivés, et en vie ! s’exclama Xéna.
— Tu me fais rire, tu sais, lui répondis-je avec ce sourire toujours accroché à mes lèvres qui ne me quittait jamais lorsque je me retrouvais en sa présence.
Xéna arrêta le moteur pour m’accompagner dehors tandis que le vent soufflait de plus belle. Je me permis de lui remettre son écharpe correctement et une envie de la prendre dans mes bras me saisit. Nous nous regardions plutôt longuement, comme si cette soirée avait ressemblé à un réel rendez-vous galant – ce qui, évidemment, n’était pas le cas…
— Allez, rentre, tu vas finir par te transformer en glaçon si tu restes là à me dévorer des yeux ! dit-elle sur un ton moqueur.
Mes joues déjà roses à cause du froid montèrent d’un cran, passant à rouge écarlate. Xéna se rapprocha soudain de mon corps et de mon visage plus particulièrement, pour déposer un baiser de ses lèvres encore chaudes sur mon front vraiment glacé.
Ce baiser me réchauffa le cœur et me donna envie de lui en donner un à mon tour avant qu’elle ne parte, avant de la quitter pour ne la revoir que lundi matin… Évidemment, je ne tentai pas le diable et me contentai de sourire en lui disant :
— Rentre vite toi aussi, à lundi et merci pour cette soirée !
J’observai sa petite voiture disparaître au coin, en haut de la rue, et me pensai soudainement incapable de faire le premier pas vers elle un jour. Une idée me traversa alors l’esprit, me mettant au défi de lui envoyer un message ce soir… Elle m’avait offert ce baiser si spontanément, repensai-je. Un baiser plus tendre et plus long que ceux qu’elle me réservait lorsqu’elle me disait bonjour. Un baiser que je n’avais pu m’empêcher de savourer durant, finalement, quelques secondes à peine.
De retour dans mon lit, en pyjama, et mon téléphone à nouveau dans les mains, je me lançai :
— Merci encore pour la soirée, elle fut magique pour moi. Passe une bonne nuit (parce que j’aime bien te le dire), bisou.
À peine envoyé que je me maudis pour ce dernier mot, sûrement de trop… C’est tout de même étrange, mais depuis que j’avais pris goût à lui souhaiter une bonne nuit, je n’avais plus envie de m’en passer et j’aurais aimé un jour pouvoir le lui dire de vive voix.
Il avait suffi d’un petit quart d’heure pour qu’une réponse apparaisse sur mon écran :
— Merci à toi d’avoir proposé ! J’ai adoré aussi ! Bisou, à lundi (en forme !).
Sur ce message, mes yeux se fermèrent et atteignirent le pays des rêves – ce sourire heureux, bien sûr, toujours ancré à mes lèvres.
Demain, dernier jour de l’année. Dernier jour où j’autoriserai la peur à me ronger ainsi. Demain, dernier jour avant que tout ne change. Oui, je finirai par tenter ma chance avec celle qui fait palpiter mon cœur…
3. TROISIEME PARTIE
Mardi 31 décembre 2019, vingt-trois heures cinquante-neuf
Plus qu’une petite minute et l’année deux-mille-vingt montrera le bout de son nez. En attendant, je me retrouvais dans ma maison d’enfance, avec pour seule compagnie mes parents et Minuit, leur chat – n’ayant ni osé convier ma chère collègue à passer la soirée avec moi ni osé refuser l’invitation de mes ascendants qui, comme chaque année, souhaitaient fêter le réveillon avec leur seule et unique progéniture. Bref, la joie, lorsque l’on sait qu’à quelques villes de là seulement, se trouve la femme qui fait chavirer mon cœur.
Je sentis soudainement mon portable vibrer sans s’arrêter lorsque je m’aperçus qu’il était minuit et que des dizaines de personnes me souhaitaient une bonne et heureuse année. Pourtant, un seul message avait retenu mon attention :
— Bonne année, beau gosse ! Je ne te souhaite que du bonheur pour cette année et pour toutes celles à venir ! Plein de bisous, on se retrouve vite !
Ça alors ! Xéna avait pensé à moi et… m’avait-elle vraiment écrit ce que je venais de lire ?
Lorsque je relevai la tête, deux petits regards inquisiteurs m’épiaient, se demandant sûrement pour quelle raison un grand sourire s’était si rapidement formé sur mon visage.
— Tu as rencontré quelqu’un, toi ! Dis-nous tout ! me lança ma mère, décidément trop curieuse quant à ma vie sentimentale.
— Arrête maman, je n’ai rencontré personne !
— Tu sais que tu peux tout nous dire, à ton père et à moi ? Comment s’appelle-t-elle ? Elle est mignonne, au moins ? répliqua-t-elle moqueuse, attendant que je lui dise la vérité.
— Bon, pas plus d’une question alors, d’accord ? Sinon, oui, elle… enfin… c’est une femme exceptionnelle.
Mon air embarrassé les fit sourire et mon père clôtura la conversation :
— Tu nous la présenteras quand tu le souhaiteras, mon fils. Ne fais pas attention à ta mère, tu la connais.
Je me contentai d’acquiescer, saisis ma veste et rentrai chez moi avec une petite dose d’adrénaline quant au message que je m’apprêtais à envoyer à ma collègue. Je lui répondis donc avant d’aller dormir, n’ayant pas vraiment eu l’occasion de le faire plus tôt :
— Heureuse année à toi aussi, ma belle ! Bisous envoyés à mon tour, à très vite !
4. QUATRIEME PARTIE
Lundi 6 janvier 2020
Aujourd’hui était notre jour de reprise. Oui, je dis « notre » parce que je vois déjà cette vie à deux, une vie de couple dans la sincérité, que j’ai tant attendue depuis presque deux ans maintenant.
J’avais pris ma décision et, pour bien commencer cette année, je me sentais capable de tout faire pour que la femme que j’aimais se laisse aller dans mes bras pour toujours. Nous avions évidemment fait la route ensemble ce matin, chacun avec hâte de retrouver l’autre. Le trajet fut plutôt calme cependant. Nous nous étions surtout raconté nos vacances respectives et avions aussi échangé quelques regards indiscrets…
*
L’heure de la pause de midi enfin arrivée, je demandai à Xéna, curieux et rempli d’espoir :
— Ça te dirait… je ne sais pas moi… d’aller se promener dans le parc après avoir mangé ? Il fait étonnamment beau aujourd’hui, alors…
Voyant mon embarras, elle s’empressa de répondre, toute souriante :
— Bien sûr, ce serait génial ! dit-elle en déviant son regard, un peu gênée par la situation aussi, apparemment.
Notre repas à la cafétéria terminé, nous nous dirigeâmes doucement vers un parc joliment fleuri et proche de notre lieu de travail. Tout avait l’air si parfait, les oiseaux chantaient, le soleil brillait et je me retrouvais en compagnie de… la femme de ma vie.
— On ne se poserait pas là ? m’interpella Xéna, tout en désignant un banc à l’abri des regards.
— D’accord, allons-y ! répondis-je avec un sourire trahissant le stress qui se cachait au fond de moi, celui qui me répétait encore et toujours de tenter quelque chose envers cette femme qui, en fait, demeurait ma collègue…
Après un instant de silence, je me lançai :
— Ne me prends pas pour un enfant, d’accord ? Mais… si l’on jouait à action ou vérité ?
Xéna rit nerveusement mais accepta tout de même, l’air excitée par les défis qu’elle pourrait relever.
— Bon, comme c’était ton idée, dis-moi tout, Guillaume !
Mon cœur se mit à battre la chamade en entendant mon prénom sortir de sa bouche – mais aussi, évidemment, de peur d’entendre ce qu’elle s’apprêtait à me demander…
— Action ou vérité ? continua-t-elle plus sérieusement, un sourcil arqué, plongeant son regard intéressé dans le mien.
— Hum, vérité.
— OK, eh bien, on n’en a jamais parlé, alors…
Je sentis mon corps se réchauffer tandis que mon cœur semblait se balancer de gauche à droite dans ma poitrine, ne me laissant aucun répit possible.
Était-ce vraiment une bonne idée ce jeu finalement ?
— … Est-ce que tu es en couple ?
Ouf, j’ai eu peur !
— Réponse négative, Xén’ !
Cette dernière sourit, sans doute parce qu’elle aimait ce petit surnom ? Ou peut-être suite à la réponse que je lui avais donnée ?
— D’accord. A moi !
— Est-ce que toi, tu l’es ?
— Eh ! Je comptais prendre action ! s’écria Xéna.
— C’est noté ma belle, alors tu ne me laisses pas le choix ! lui rétorquai-je les joues brûlantes et le cœur continuant de s’emballer.
— Je t’écoute… dit Xéna un peu inquiète.
— Embrasse-moi !
J’avais pris cet air assuré et convaincant qui ne me correspondait pas en temps normal. Son regard s’accrocha au mien, semblant se demander si l’action était bien sérieuse et si m’embrasser était décent finalement.
Nous ne parlions pas, plongés dans un moment qui n’appartenait qu’à nous. Pourtant, c’était comme si nos âmes étaient bel et bien en train de communiquer, seules à pouvoir entendre ce que celle de l’autre pouvait bien raconter.
Son corps s’avança vers le mien, tandis que sa main s’approcha de ma joue rouge écarlate. Je ne savais plus quoi dire ni quoi faire. Je devais peut-être tout arrêter ? Mais pourquoi interrompre ce que j’avais tant espéré depuis des mois ? Non, je ne pouvais pas, je ne pouvais plus… plus maintenant que son souffle s’aventurait déjà sur la peau de mon cou, sur lequel elle vint déposer un baiser avant de revenir à sa place initiale.
— Tu n’avais pas précisé où ! s’écria Xéna, victorieuse.
Quant à moi, je ne savais plus quoi lui répondre mais consentis tout de même un léger :
— C’est vrai…
Xéna me regarda alors à nouveau et dit :
— Oh, ne sois pas si triste ! C’était une blague ! Je ne renonce jamais aux défis, tu devrais le sav…
Mais mes lèvres touchaient déjà les siennes, ne lui laissant pas l’opportunité de poursuivre tant mon corps les avait réclamées. Une sensation magique se répandit dans mon bas-ventre lorsque la femme que j’aimais répondit à cette sollicitation, comme si j’étais sincèrement tombé amoureux d’elle et qu’il n’y avait plus de doute possible là-dessus.
Après quelques doux baisers échangés, elle finit par s’éloigner, ouvrant enfin les yeux et caressant ma joue encore brûlante sans rien dire, parce qu’en définitive, tout était clair. Du moins, pour moi.
Ce baiser ne représentait pas qu’un simple gage… Mais pour elle peut-être que si ?
Sentant que le moment était venu, je décidai de tout lui dire sur moi, sur qui j’étais vraiment :
— Écoute, Xén ’, j’ai besoin de te parler de quelque chose de très important pour moi…
Celle-ci me regarda attentivement de ses yeux couleur azur et répondit :
— Dis-moi ce que tu veux Guillaume, tu peux me faire confiance, tu sais.
— D’accord… dis-je, hésitant avant de continuer. En fait, je… je dois bientôt me faire opérer…
— Oh, mince, j’espère que ce n’est pas grave ?
— Non, non, Xén’, c’est pour me sentir mieux, justement. Pour être vraiment moi, tu… tu comprends ?
Je ne savais pas si la question était claire, assez
pour saisir que « tu comprends ? » signifiait bien plus que « tu compatis ? ». Elle me regarda, un sourire bienveillant parcourant ses lèvres, et me répondit simplement, posant sa main sur la mienne :
— Oui, je comprends.
— Et… ça te surprend ? Tu… vas partir à cause de ça ? lui demandai-je tristement et un peu angoissé.
Xéna caressa ma paume de son pouce avec cette douceur qui la caractérisait et, se rapprochant de mon visage, m’embrassa la joue pour me chuchoter ensuite :
— Rassure-toi, je ne partirai plus maintenant, et…
Elle s’arrêta et en quelques secondes, se redressa pour me regarder dans les yeux.
— … À vrai dire, continua-t-elle, tu n’as pas de soucis à te faire pour moi, par rapport à ce que je pourrais penser de tout cela, par rapport à toi, parce que… je me considère comme non binaire, donc, même si cela ne se voit pas, je le suis bel et bien. Je ne me sens parfois ni homme ni femme, et à d’autres moments, les deux en même temps… Et puis, personne n’a à décider à notre place de qui nous sommes au fond de nous, et ce, pour tout dans la vie, et moi je…
— Qu’est-ce qu’il y a, ma belle ? l’interrogeai-je d’une voix douce et aimante.
— Je sais que cela pourrait te paraître précoce mais… je dois te dire que je t’aime et… comme tu es tout simplement…
Je ne m’attendais pas à ce que tout ceci ait lieu un jour, mais c’est justement ce qui rend cette aventure qu’est la vie aussi magnifique, une vie aux côtés de cette personne merveilleuse qui, à présent et pour toujours je l’espère, fera partie de mon existence enfin éclaircie.
— Tu parles ! Ce n’est pas trop tôt, tu veux dire ! lui répondis-je avec ce sourire qui ne quittait plus mes lèvres, avec ces yeux remplis d’étoiles qui ne cessaient de briller et avec ce cœur heureux qui, désormais, ne faisait que battre plus fort au fond de moi. Suite à ces mots, Xéna se mit à rire et me lança un :
— Bon, maintenant que c’est officiel, on va pouvoir se le refaire ce ciné ! Et avec ma main dans la tienne, cette fois ! accompagna-t-elle d’un clin d’œil à croquer.
Je souris à sa remarque et lui embrassai tendrement la main en guise de réponse. Rien n’avait plus l’air de pouvoir nous atteindre. Enfin… c’est ce que je pensais.
Xéna consulta sa montre et s’écria soudain :
— Merde ! On a dépassé notre pause midi de vingt minutes déjà ! On doit absolument y retourner !
Je la regardai s’exciter pour quelque chose qui, finalement, avait peu d’importance comparé à tout ce que nous venions de vivre, de se dire, de ressentir. Je lui souris alors, heureux et amusé aussi, tandis que ma main saisit enfin la sienne – une main qu’elle attendait que je possède depuis bien longtemps, tout compte fait.
Je l’embrassai une dernière fois avant de reprendre le boulot – ou plutôt, une première fois officiellement avant une série d’autres qui seraient, je l’espérais, de plus en plus belles…
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