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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : Nee’a à Chapitre 4 : Lohma
Chapitre 1 — Chapitre 1 : Nee’a
  1. Chapitre 1 : Nee’a
  2. 🔒 Chapitre 2 : Lohma
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  4. 🔒 Chapitre 4 : Lohma
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Atamara - La rencontre · Kadyan , Mélissa Roche

Lire Atamara - La rencontre en ligne gratuitement Chapitre 1 : Nee’a

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Tapie au fond de la cellule, ma détresse était totale. Sans le vouloir, je me remémorais en boucle les derniers jours dans l’espoir d’apercevoir une issue différente. Aurais-je pu agir autrement ? Évidemment, me hurla ma conscience, tu aurais pu suivre tes compagnons dans la mort et ainsi sauver ce qui te restait de dignité. Ma vie valait-elle davantage qu’une victoire illusoire contre nos ennemis ? Toute mon éducation me disait que non. Malheureusement, quelque chose n’allait pas avec moi.

Une tare présente depuis l’âge le plus tendre. Une lâcheté si tenace qu’elle souillait chacune de mes actions. Mon foyer avait nourri de grands projets pour mon avenir. Les tests indiquaient un potentiel énorme qui nous aurait conduits vers un statut plus élevé. Au lieu de ça, j’avais tout gâché. De ma première défaite au jardin d’enfants, jusqu’à ce dernier combat où j’avais fui, ma vie avait été une succession d’échecs cuisants.

Empêtrée dans mon autoflagellation, je mis un moment à réaliser l’agitation ambiante. Dans la coursive étroite du quartier carcéral régnait une tension inhabituelle pour une mission de routine. Certains soldats couraient dans un sens ou dans l’autre, tandis que leur sergent scrutait nerveusement son écran de contrôle. Je me levai pour attirer l’attention de mon garde quand une secousse me renvoya au sol. Au même moment, une voix crachota à travers les haut-parleurs :

— Navire mnerien en approche ! Préparez-vous au combat. Équipe trois sur le pont ! Équipe deux en attente jusqu’aux prochaines instructions.

Une attaque mnerienne ? Si loin du front ? Je me redressai avec précaution et m’accrochai aux barreaux pour ne plus tomber à cause des tremblements de la carlingue. Une décennie de conditionnement avait tellement aiguisé mon instinct que, malgré ma situation, je bouillais de participer à la bataille. Ma queue battit avec frénésie et mes poings se serrèrent comme pour tenir les commandes de mon algo. Un grognement agressif sortit de ma gorge mû par une volonté propre.

— Alors, ça, c’est trop fort, se moqua la femme dans le cachot mitoyen du mien. Ne me dis pas que t’as envie de les rejoindre ?

— Tu ne peux pas comprendre…

Son rire sardonique me hérissa le poil. Il exprimait un dédain sans borne, aussi bien envers moi que pour mes anciens camarades qui se précipitaient vers leur poste.

— Ça, c’est certain et je n’en suis pas peu fière. Bon sang, gamine ! Ils t’ont condamnée à devenir une intouchable !

Le mot me blessa plus sûrement que n’importe quelle raillerie. Intouchable, hors des castes et des familles, stérilisée, méprisée, puis oubliée dans une mine, un champ ou un bordel. Je frissonnai en songeant à mon avenir de misère.

— Tu devrais plutôt prier pour une victoire des Mneriens…

— Vos gueules, les prisonnières !

La matonne joua de sa matraque électrique contre nos cages. Je me reculai juste à temps pour éviter une décharge. La garce ! Elle ne perdait pas une occasion de nous tourmenter. Rien d’étonnant vu son absence de grade, les plus bas niveaux avaient toujours tendance à se venger sur leurs rares inférieurs.

— Hey, poupée, tu ferais mieux de te préoccuper de ton cul, la provoqua ma voisine. Ça sent pas bon cette histoire.

Comme pour lui donner raison, une explosion déclencha une sonnerie d’avarie. Merde, il s’agissait bien d’une attaque en bonne et due forme, pas d’un coup de semonce. Mais zut à la fin, que venaient-ils faire dans ce quadrant de la galaxie ? Une seconde détonation vida le couloir de ses occupants. La situation devait être vraiment grave s’ils avaient besoin de tous les bras disponibles.

— T’es au courant de quelque chose ?

La prisonnière rit de plus belle. Elle croupissait déjà au fond de sa geôle lorsqu’ils m’avaient arrêtée, mais j’avais entendu des rumeurs sur son compte.

— Moi ? Voyons, je ne suis qu’une simple femme d’affaires.

— Une contrebandière !

— Si tu veux : je suis une femme d’affaires imaginative. Et puis, ton ancien capitaine ne se montrait pas si bégueule lorsque je lui livrais sa liqueur de pava malgré le blocus. Mais bon, lui ne s’est pas fait prendre.

Mes dents grincèrent à la mention du commandant Kan'i Chtol Sol. Nous avions fait nos classes ensemble et c’était bien là une de ses caractéristiques : il ne se faisait jamais prendre. Il savait comment faire pour toujours s’en sortir, quelles cartes jouer et lesquelles sacrifier. Était-ce ce qu’il avait eu en tête en m’envoyant sur une mission suicide ? Se débarrasser d’un élément qui mettait à mal ses précieuses statistiques ?

— J’ai entendu dire que tu fricotais avec les Mneriens.

— Pure diffamation ! Certains ont juste voulu détourner l’attention de leurs propres malversations.

Une nouvelle secousse noya ma réponse acerbe. Cette fois, il ne s’agissait plus d’une déflagration isolée, mais de toute une série d’impacts. Le navire de transport militaire, pourtant lourdement blindé, peinait à encaisser le choc. Des étincelles grésillaient là où les circuits s’étaient rompus et de la fumée noire s’échappait de la grille d’aération.

— La bonne nouvelle, ironisa la criminelle, c’est que nous n’aurons pas à nous inquiéter de notre avenir bien longtemps.

— Ne dis pas n’importe quoi ! Nous sommes l’Empire cantien, rien ne nous résiste.

Elle ricana sans rien ajouter. Qu’aurait-elle pu objecter de toute manière ? En moins de deux cents ans de conquête spatiale, nous avions déjà soumis trois races extracantiennes et colonisé une centaine de planètes. Le Conglomérat Mnerien se montrait seulement un peu plus coriace, cependant lui aussi finirait par reconnaître notre suprématie. Tôt ou tard.

En attendant, j’admettais à contrecœur qu’ils représentaient un défi inédit pour notre peuple. Quand nous les avions découverts, quinze ans plus tôt, ils venaient juste d’envoyer leurs premiers satellites sur orbite. Nos dirigeants les avaient considérés comme un autre fruit à cueillir, mais les autochtones avaient été d’un avis divergent.

En deux ans, ils avaient mis fin à leurs guerres intestines pour nous jeter dehors. Deux ans plus tard, ils se lançaient à notre poursuite en se servant de notre propre technologie. Quelle sale race, ces Mneriens ! Nos xénobiologistes penchaient pour une origine simienne, moi j’aurais parié plutôt sur les ânes.

— Ce sont des enfants à côté de nous, renchéris-je machinalement. Ils n’ont aucune chance.

— Eh bien, pour une rebelle, je te trouve bien endoctrinée. On croirait entendre un agent de la propagande.

Sa moquerie me mit mal à l’aise. Une rebelle, moi ? Ce n’était pas ainsi que je me voyais. Je ne contestais pas la validité du système, je constatais juste mon incapacité à m’y conformer. Un vacarme infernal dissipa toute autre considération et me ramena au présent. Une stridulation de ferraille froissée, déchirée. Les alarmes qui s’allumaient en cascade. Et en bruit de fond, n’était-ce pas des hurlements ?

Dans le couloir, la fumée envahissait désormais le plafond ; l’odeur de combustion âcre trahissait des dégâts importants. Pour la première fois, j’envisageai réellement une défaite. Mais que faisait le reste de la flotte ? Les trois astronefs de combat qui nous escortaient auraient dû neutraliser un unique adversaire sans coup férir. Pourtant, la chaleur continuait de grimper, ma respiration se fit plus rapide pour contrer la hausse brutale de température.

Soudain, les lumières s’éteignirent d’un coup en même temps que se déclencha le système anti-incendie. La seconde suivante, un cliquetis sec retentit et la porte de mon cachot s’ouvrit devant moi. L’indécision me paralysa. Était-ce un piège ou l’unique occasion d’échapper à mon destin ? Une tête à la tignasse gris anthracite me réveilla de ma léthargie. Ses yeux bleu nuit brillaient dans la pénombre ainsi que ses dents dévoilées par un rictus.

— Eh bien, gamine, tu attends quoi ? Une invitation ?

Prudente, je scrutai les environs avant de fouler à mon tour la coursive.

— Tu ferais mieux de te dépêcher ! J’ignore de combien de temps nous disposons, mais la liberté est à portée de main.

Pour quoi faire ? Ce n’était pas comme si nous pouvions quitter le navire. Depuis un siècle, les transporteurs de prisonniers étaient dépourvus de navettes de secours, justement pour éviter ce genre d’évasion. Croire que nous pouvions, à deux seulement, nous emparer d’un vaisseau entier relevait de la gageure.

Quoi qu’il en soit, je suivis la femme lorsqu’elle s’éloigna en direction de la salle de navigation. En revanche, j’ignorais si j’agissais pour l’empêcher de commettre une folie ou au contraire pour la soutenir. La liberté… une notion obscure, vilipendée par la sagesse populaire, et néanmoins étrangement attractive. Serait-ce si mal de ne plus participer au Grand Jeu ? De juste vivre sans se soucier de la compétition acharnée à laquelle se livraient mes congénères ?

— Eh bien, ça en fait une de moins sur notre chemin. Tiens, tu sais te servir de ça, j’imagine ?

Alors qu’elle me tendait une matraque électrique, je remarquai la présence d’un cadavre à terre. Son visage était à moitié calciné, mais je reconnus tout de même la garde sadique. Je contractai les mâchoires avant de me reprendre. Je n’allais pas pleurer sur son sort et acceptai l’arme avec un hochement de tête.

— Et toi ?

— Oh, moi, je préfère ce joujou.

Elle brandit un taser, ravie de son effet. Je l’étais beaucoup moins. Je n’aimais pas savoir une femme comme elle ainsi équipée, surtout quand je ne disposais que d’une simple matraque. Je ne lui faisais pas confiance, elle puait la duplicité. Et puis, il y avait ce doute, insidieux, obsédant… Quel intérêt auraient eu les Mneriens à s’en prendre à un convoi pénitentiaire composé d’appareils de seconde classe ? Nous ne représentions aucune valeur stratégique, sauf si… sauf s’ils venaient pour quelqu’un et non pour quelque chose.

— Allez, gamine, bouge-toi les fesses, il n’est pas temps de lambiner.

Je poursuivis ma route avec davantage de réserve. Les corps inertes que nous croisions n’arrangeaient en rien ma suspicion. Ni la nonchalance avec laquelle elle avait achevé deux hommes mal en point, mais respirant toujours. Trop groggy pour se défendre, ils n’avaient eu aucune chance quand elle avait déchiqueté leurs gorges de ses griffes acérées.

L’odeur de la mort planait autour de nous. À mesure que les sirènes se taisaient, le silence de la machinerie devenait de plus en plus flagrant. Nos pas résonnèrent de manière anxiogène dans le corridor, comme si nous étions les seuls êtres vivants à bord. Pourquoi les Mneriens ne finissaient-ils pas le travail ?

Arrivée devant le dernier sas, mon décompte s’élevait à sept dépouilles. La plupart des corps arboraient des traces de violence, brûlures, contusions, perforations, cependant certains paraissaient juste s’être endormis. Empoisonnés sûrement, quant à savoir si ça avait été accidentel ou non…

— Tu passes d’abord, chuchota la contrebandière.

— C’est toi qui as le taser !

— Oui, mais c’est toi la militaire.

— Je ne vois pas le rapport.

Si j’étais prisonnière ce jour-là, c’était bien que je tenais davantage à ma vie qu’à la gloire. Je ne comptais pas me jeter dans la gueule du loup pour ses beaux yeux. D’autant qu’elle ne m’avait toujours pas expliqué son plan.

— La peau de vache disait vrai, me railla-t-elle, ce n’est pas le courage qui t’étouffe.

— Ni la fierté, alors garde pour toi tes provocations. T’as voulu le taser, tu passes devant, point barre.

— Pleutre !

— Manipulatrice. Voilà, on est à ex æquo, t’es contente ? Maintenant, soit tu me files ce maudit truc, soit tu assumes ton choix.

Grognon, elle pénétra tout de même dans la salle où devait se trouver le poste de pilotage. Je m’avançai à sa suite, prête à lui prêter main-forte si nécessaire. Il devint rapidement évident que ce ne serait pas le cas. Les trois derniers membres de l’équipage gisaient sur leurs sièges. Leurs lèvres bleuies et le filet de sang au coin de leurs yeux laissaient peu de place au doute. Poison ! Heureusement dissipé, sans quoi nous serions déjà mortes.

Ici, les dégâts étaient plus importants qu’ailleurs, des poutres encombraient le passage et tout ce qui n’avait pas été boulonné jonchait désormais le sol. Mes narines frémirent en percevant les relents d’un produit chimique inconnu. Ma queue remua avec nervosité. Malgré mes efforts pour me contenir, je me sentis soudain acculée, sans en déterminer la raison. Quoique…

La verrière panoramique nous offrait une vue privilégiée sur l’affrontement toujours en cours. Je comprenais mieux les difficultés de mes compatriotes en contemplant le mastodonte qui nous avait pris pour cible. Au moins deux fois plus gros que le plus imposant de nos vaisseaux, sa coque était, en outre, parsemée de canons à l’aspect menaçant.

Après nous avoir mis hors service, ces derniers se focalisaient désormais sur notre escorte. Je poussai un juron quand une torpille passa près de notre position. Vu le modèle, les Mneriens ne se contenteraient pas d’immobiliser les autres navires du convoi.

— D’où sortent-ils cet engin ?

— Peu importe, non ? Le principal, c’est qu’on a de bonnes chances de s’en tirer.

Elle s’en « tirerait » peut-être, moi, c’était moins sûr. Si mes soupçons se confirmaient, nos « sauveurs » ne voudraient certainement pas laisser de témoins de leurs accointances. Dans un sursaut de volonté, je décidai de ne pas demeurer passive. Hors de question que je dépende de la bienveillance potentielle d’autrui, surtout maintenant que je n’avais plus rien à perdre.

Les consoles, bien que muettes, ne semblaient pas avoir subi trop de dommage. Sans doute une surtension les avait-elle mises hors service.

J’essayais de ne pas penser à des causes plus sérieuses. Je devais y croire sous peine de me jeter moi-même dans le vide intersidéral. À ce moment-là, je n’avais aucune idée de ce que je ferais d’un navire en état de marche. Devenir une intouchable était déjà terrible, mais un déserteur ? Eux étaient tués à vue, quand ils ne servaient pas de défouloir à l’entraînement des cadets. Ceci dit, de quelle autre option disposais-je alors qu’un vaisseau allié explosait juste sous nos yeux ?

— Je ne sais pas si je vais réussir à redémarrer ce bébé, avouai-je indécise.

— Pas grave, poupée, dès qu’ils en auront fini avec ces stupides matadors, ils viendront nous chercher. En attendant…

Elle n’acheva pas sa phrase. Assommée par la décharge de ma matraque, son corps s’effondra au sol dans un bruit mat. Abasourdi, mon regard passa de ma main à la femme évanouie. J’avais agi avant même de le décider ! Et zut, dans quel guêpier m’étais-je encore fourrée ?

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