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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : Chiara-Luna Severino à Chapitre 3 : Chiara-Luna Severino
Chapitre 0 — Chapitre 1 : Chiara-Luna Severino
  1. Chapitre 1 : Chiara-Luna Severino
  2. 🔒 Chapitre 2 : Jesse Delille
  3. 🔒 Chapitre 3 : Chiara-Luna Severino
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Avec toi, loin de tout · Emilia Sullivan

Lire Avec toi, loin de tout en ligne gratuitement Chapitre 1 : Chiara-Luna Severino

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— Chiara-Luna ! Cette fois, c’est trop ! tonna ma mère. À ton âge, j’étais déjà cheffe d’équipe dans un laboratoire pharmaceutique. Je ne m’amusais pas à organiser des fêtes chez mes parents pendant leur absence. Non, mais regarde l’état du Renoir ! Il est souillé de bière et de je ne sais quelle autre substance. Ça me dégoûte.

J’écoutais ses sermons habituels avec la même envie que j’avais de me pendre. Chacun de ses mots entrait et sortait de mes oreilles sans que j’y prête la moindre attention. La conversation était stérile, et j’en avais assez. Avec tout l’argent qu’elle possédait, elle pouvait s’en acheter dix des maisons semblables à celle-ci. Depuis toute petite, j’étais conditionnée à obéir aux désirs de mes parents, une norme qu’ils trouvaient parfaitement naturelle.

— Quand tu as obtenu ton doctorat, j’étais fière de toi. J’imaginais que tu trouverais un emploi stable et que tu le conserverais. Mais au lieu de cela, tu m’as fait honte. Tu as été renvoyée pour abandon de poste et tu as préféré jouir de notre fortune sans lever le petit doigt. La vraie vie ne fonctionne pas ainsi, ma chère. À ta place, ta grand-mère ne m’aurait jamais laissé agir de la sorte, crois-moi ! Tu as eu de la chance d’être sa petite-fille.

— Oui, eh bien, elle n’est plus là et tu n’es pas elle ! Alors tu peux garder tes remarques pour toi, chère mère.

Dans un mélange d’exaspération et de colère, je tournai les talons et m’avançai résolument vers la sortie. J’avais besoin de prendre l’air. Il était hors de question de rester une seconde de plus avec elle dans cette pièce.

— J’en ai assez de ton comportement de princesse pourrie gâtée ces dernières années, reprit-elle avec dédain. Tu as bien changé. Et c’est à cause de cette…

— Elle n’a rien fait, la coupai-je d’un ton tranchant. Ce n’est pas parce que tu ne l’aimes pas que Diane est toujours fautive.

— Soit, comme tu veux. De toute façon, ton père et moi avons pris une décision.

Ces mots ne présageaient rien de bon. Je stoppai ma marche nette et fis volte-face. Son regard en disait long sur la suite des évènements, une perspective qui ne m’annonçait rien de bon.

— Tu ne peux plus rester ici. Tu vas déménager.

— Quoi ! m’étranglai-je. Mais je vais aller où ? Tu ne peux pas me faire ça !

— Tu iras dans la maison de campagne de ta grand-mère. Petite, tu adorais passer tes journées là-bas. Ça te changera.

— Comment ça ? Mais…

— Nous n’y avons pas remis les pieds depuis son décès l’année dernière, me coupa-t-elle. Il y aura donc un peu de nettoyage à faire. Mais j’ai la certitude que tu sauras te débrouiller. À vingt-huit ans, tu dois être autonome après tout, n’est-ce pas ? C’est ce que tu n’arrêtes pas de me rabâcher.

Discuter ne servait à rien dans l’immédiat. Je serrai les poings et sortis en claquant la porte, ignorant les cris de ma mère qui m’appelait. Une fois dans la rue, je pris mon BlackBerry dans ma poche et envoyai un message à Diane, ma meilleure amie, lui demandant de me rejoindre à notre endroit habituel. Malgré l’heure tardive et la fraîcheur de ce dernier jour de mars, je savais que je pouvais compter sur elle à tout moment du jour où de la nuit.

Je me dirigeai alors vers le bord de l’eau, derrière la tour du Portalet et m’installai sur les rochers. Je remontai mes mains dans les manches de mon pull pour les réchauffer et les portai à mon visage. J’avais commis l’erreur de partir sans veste ou autre vêtement plus chaud, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même.

Fixant le large, je n’imaginais pas quitter cette mer que je connaissais depuis toujours. Le soleil et les plages estivales de Saint-Tropez me manqueraient bien trop. Il était impensable que je quitte cette vie pour m’installer dans un patelin paumé.

— Luna ? appela mon amie, qui venait d’arriver. Qu’est-ce qui se passe ?

— C’est mes parents. Ils disent que je suis allée trop loin avec cette fête et veulent que je déménage.

— Ils sont sérieux ? s’étonna-t-elle, prenant place à mes côtés. Et tu vas aller où ?

— Dans la maison de campagne de ma grand-mère…

— Oh merde, jura-t-elle, compatissante. Ma pauvre… Et c’est définitif ? Je veux dire, leur décision est prise ou tu peux encore essayer de te sauver ? Parce que je te vois mal vivre à la campagne.

— Moi non plus, ce serait l’enfer. Mais je vais me tenir tranquille et discuter avec ma mère demain. Je lui ferai les yeux doux et elle me laissera rester. Du moins, je l’espère.

J’avais toujours écouté ma mère concernant mes fréquentations, mes études, mon comportement, jusqu’à ce que je décide de ne plus lui obéir. Elle prétendait agir pour mon bien, mais je ne le voyais pas de la même façon. J’avais l’impression d’être une autre personne, étouffée par ses attentes. Elle m’avait même présenté à mon « petit ami », Joffrey. Il n’avait pas fait long feu. J’avais trop de répondant pour lui et il ne désirait pas une femme insoumise. Il était mal tombé avec moi. De toute façon, je ne l’avais jamais apprécié. En revanche, son cousin m’attirait beaucoup plus. Lorenzo, diplômé du conservatoire de Paris, jouait dans les plus grandes salles du monde. Je ne l’avais pas revu depuis près de deux ans.

À l’époque, tout le monde savait que je craquais pour lui. Il s’en doutait certainement, mais était trop concentré sur sa carrière pour s’embarrasser d’une femme. Selon les rumeurs, il était toujours célibataire. Peut-être avais-je une chance ? Du moins, si je restais dans les environs. En partant à des centaines de kilomètres dans le fin fond de la France, il était certain que je ne le reverrais jamais…

Le lendemain, après une nuit de réflexion, j’avais élaboré ma défense. Je devais plaider coupable, dire que j’avais conscience d’être allée trop loin et promettre que j’allais me ressaisir. Mon plan semblait parfait. Mais ma mère avait déjà tout organisé et ne semblait pas disposée à en discuter.

— Tu rigoles ? Demain ? m’emportai-je.

— En effet, répondit-elle d’un ton froid. Je ferai suivre tes effets personnels par un transporteur. Je te conseille de voir avec les déménageurs ce que tu veux emporter, ils arrivent dans une heure et trente minutes.

— Mais tu ne peux pas me faire ça ! Pas du jour au lendemain ! protestai-je, sentant la panique m’envahir.

— Tu te répètes, jeune fille. Je le peux et je le fais. Il est grand temps que tu apprennes ce qu’est la vie. Crois-tu que cela ait fait plaisir à ta grand-mère que tu n’ailles plus la voir ces dernières années ? Elle t’a beaucoup trop couvée dans ton enfance, probablement parce que tu es mon unique enfant, mais je te prie de croire que ce temps-là est révolu.

Utiliser ce détail pour me faire culpabiliser était un coup bas. Maintenant qu’elle n’était plus là, je regrettais amèrement de ne pas avoir été plus présente alors qu’elle avait toujours été la plus gentille des grands-mères…

— Quand tu arriveras là-bas, tu ne tarderas pas à te présenter à Jesse Delille, reprit-elle. Sa maison est juste de l’autre côté de la route, un grand domaine, tu ne pourras pas le manquer.

Je tentai de me canaliser pour ne pas élever la voix. Cela ne servirait à rien. Je pris une profonde inspiration et répondis d’un ton calme.

— Pourquoi devrais-je me présenter ?

— Le village a besoin d’un médecin généraliste. Si tu lui demandes, cette personne pourra t’indiquer où se trouve le cabinet médical. Une secrétaire t’y attendra, elle est au courant de ta venue. Les habitants sont contraints de se rendre dans la ville voisine pour consulter. Ils apprécieraient que tu prennes la relève. Cet emploi sera le dernier cadeau que je te ferai avec l’argent que j’ai viré sur ton compte. Tu as largement de quoi tenir le mois avec ça. Tu n’auras pas de loyers à payer, seulement tes consommations personnelles sur place. Une fois ton salaire perçu le mois suivant, tu devras te débrouiller seule.

Je serrai les dents et restai muette devant cet étalage de conneries. J’étais submergée par un mélange d’émotions : la colère, l’angoisse et la résignation. Ma mère était déterminée à me faire partir, peu importaient mes excuses ou mes promesses. Une fois de plus, elle s’arrogeait le droit de décider de ma vie sans me consulter. Je n’avais aucune issue de secours, aucune voie de repli. Je devais me taire et obéir comme d’habitude. La grande Giulia Severino avait parlé. Quiconque osait la contredire s’exposait à de terribles représailles.

Je me dirigeai vers ma chambre et textai Diane pour lui annoncer la nouvelle ahurissante. J’allais partir loin, sans avoir la moindre connaissance. Fini les sorties shopping avec les copines, fini le soleil, la plage et les amis. Mon téléphone serait mon seul moyen de garder le contact avec les autres. Fait chier!

Tout en maugréant continuellement, je rassemblai mes affaires dans les cartons que ma mère avait mis à ma disposition. Je ne pouvais qu’être impressionnée par sa rapidité d’exécution. Entre hier soir et ce matin, elle avait déjà tout planifié. C’était son super pouvoir ça, organiser les choses, comme ma vie, par exemple ! Mais à quoi bon m’énerver ? Je ne pouvais rien y changer. De toute façon, elle n’avait jamais pris le temps de m’écouter.

Ma chambre se vidait à vue d’œil et plus les objets disparaissaient, plus je ralentissais le mouvement. J’avais déjà été dans ce village de campagne dans mon enfance, mais je n’en gardais que des souvenirs flous, indéchiffrables. Peut-être était-ce mieux ainsi. Cette époque était bien loin derrière moi.

Diane arriva une heure plus tard et me prit dans ses bras. Les larmes me montaient aux yeux. Je n’avais connu que Saint-Tropez toute ma vie, et voir cette dernière s’empiler dans des cartons, prêts à quitter la ville était la pire chose qui puisse m’arriver.

— On restera en contact, je te le promets. Et puis, je viendrai te voir de temps en temps, d’accord ? tenta-t-elle pour me réconforter.

— Comment je vais faire là-bas ? C’est insensé… soufflai-je, désespérée.

Après m’avoir consolée, nous poursuivîmes ensemble l’empaquetage jusqu’à l’arrivée des déménageurs. J’avais gardé quelques tenues dans une valise, le temps que je déballe tout une fois arrivée à destination. Je devais aussi me préparer mentalement aux huit heures de route que j’allais devoir enchaîner demain matin, au volant de mon Alfa 147. J’allais être crevée et redoutais l’état de la maison. Presque un an s’était écoulé depuis le décès de ma grand-mère, et j’imaginais déjà la poussière qui avait pu s’accumuler. Ce qui me promettait de longues heures de nettoyage en perspective.

Le soir venu, j’envoyai un message groupé à tous mes amis pour leur annoncer mon départ. La plupart étaient dégoûtés que je parte, mentionnant que sans moi ce ne serait pas pareil. Ça me faisait plaisir et en même temps, nourrissait ma haine envers ma mère. J’étais bien entourée et devais tout quitter par sa faute. En même temps, qu’avais-je comme autre solution ? Sans revenu, impossible pour moi de louer un appartement ici, les loyers étaient hors de prix. L’idée de loger chez Diane ou une autre personne m’avait effleuré l’esprit, mais je n’avais jamais rien demandé à personne et me voyais mal le faire aujourd’hui. Je devais assumer mes responsabilités.

Le lendemain matin, à sept heures, ma mère était déjà partie. Moi qui aurais cru avoir un tant soit peu d’affection de sa part le jour de mon départ, quelle désillusion. Un simple mot l’accompagnait.

« Je te souhaite une bonne route, ma fille. J’espère que cette fois-ci, tu sauras prendre ta vie en main. Ta mère»

On n’aurait pas pu faire plus froidement solennelle. L’amour inconditionnel de cette femme m’éblouissait chaque jour. Quant à mon père, il ne rentrerait que la semaine prochaine de son séminaire, et je ne m’attendais pas à recevoir de ses nouvelles. Rien d’étonnant. Il était rare que celui-ci me porte de l’attention en son absence, toujours accaparé par ses multiples occupations.

Je chargeai ma voiture avec ma valise et me rendis à la boulangerie du coin. Pour mon dernier petit déjeuner au bord de la Méditerranée, Diane et moi avions prévu de nous y retrouver. J’arrivai en avance et passai commande : deux crêpes au sucre, un expresso pour elle et un thé aux fruits rouges pour moi. Le temps que la vendeuse prépare le tout, mon amie arriva. Nous nous installâmes sur une des banquettes du fond et savourâmes ces derniers moments ensemble.

— Tu vas me manquer, tu sais, me confia-t-elle, avant de prendre une bouchée de sa crêpe.

— Tu n’as pas idée. S’il faut, je vais me faire assassiner dans mon sommeil ou me faire percuter par un élan. Qui sait quelles bêtes sauvages je vais y trouver.

— Ne dis pas de bêtises, il ne t’arrivera rien. Au pire, tu iras te réfugier chez ton voisin, plaisanta-t-elle. Peut-être tomberas-tu sur un homme à tout faire parfait, un Lorenzo de la campagne.

— Pfff… J’aurais aimé être là lors de son retour cet été. Avec la chance que j’ai, je ne le reverrai plus jamais.

— Ce que tu peux être défaitiste ! En plus, il n’y a pas que lui sur terre. Je sais que t’as flashé sur lui, mais ta vie sentimentale ne doit pas être à l’abandon à cause d’un seul homme.

— Je sais. De toute façon, je ne me fais pas d’illusions, je ne suis pas la seule non plus. Il n’aura pas de mal à trouver quelqu’un d’autre.

Finir vieille fille était peut-être ce qui m’attendait, mais me laisser abattre, très peu pour moi. Une fois notre petit déjeuner terminé, Diane m’accompagna jusque chez moi. Il était temps de se dire au revoir. Après une dernière étreinte, je déposai les clés de la maison dans la boîte aux lettres et montai dans ma voiture, qui allait être mon unique compagne pour les nombreuses heures de route à venir.

— Tu ne m’oublies pas, hein ? dit-elle en s’appuyant sur le bord de ma vitre baissée. Et tu m’envoies un message pour m’assurer que tu es bien arrivée en un seul morceau. Et tous les jours à venir.

— Bien évidemment, amies pour la vie, tu te souviens ? répondis-je avec un sourire.

— Amies pour la vie. Fais attention à toi, Luna.

— Promis, Didi.

Sur cet au revoir qui ressemblait plus à un adieu, je mis le contact et programmai le GPS que m’avait donné ma mère avant de prendre la route. Je n’avais aucune idée des difficultés qui m’attendaient et je m’efforçai de ne pas y penser dans l’immédiat. Pour me changer les idées, j’allumai mon lecteur CD et laissai l’album Let Go de Avril Lavigne encore en cours de lecture. Je zappai la musique Complicated qui m’aurait probablement encore plus déprimée et laissai place à Sk8er Boi. Sur cette note plus enjouée, je me concentrai sur la route et démarrai mon long périple à contrecœur.

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