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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : Cameron Salvadore à Chapitre 3 : Cameron Salvadore
Chapitre 0 — Chapitre 1 : Cameron Salvadore
  1. Chapitre 1 : Cameron Salvadore
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Belle de nuit · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

Lire Belle de nuit en ligne gratuitement Chapitre 1 : Cameron Salvadore

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Enchaîné au mur, l’homme dont le visage n’est plus qu’une bouillie indéfinie pleurniche.

— Je suis désolé… je…

Je lève mon index pour lui intimer de se taire. Il m’obéit. Mon bras droit, le fier Alejandro, m’observe patiemment. Il adore punir les resquilleurs. Son costard à trois mille dollars est fichu, par chance, nous avons un excellent teinturier. Mes yeux trouvent ceux de ce porc qui a osé poser les doigts sur ma petite sœur. Lynne est en faculté de sciences politiques et ce type s’est dit qu’il pouvait la côtoyer et mettre ses sales pattes sur elle.

— As-tu compris ta méprise, Brett ?

— Oui… oui, je suis…

J’avance vers lui et empoigne ses cheveux. Nos iris se rejoignent. Je grimace de dégoût. Dans mon dos, je fais signe à Alejandro de me donner son poignard.

— Je veux t’entendre le dire avec toute ta sincérité, Brett.

— Cameron, pardonne-moi mon acte…

À peine ai-je l’arme blanche au creux de la paume, je l’enfonce dans le thorax du jeune homme. Il écarquille les yeux et meurt sur le coup. Je le lâche, essuie la lame sur son polo bas de gamme et me tourne vers mon ami pour le lui rendre.

— Je veux qu’on double la surveillance de ma sœur, dis-je.

— Came…

Je le coupe et l’agrippe par le col. Mon ton est glacial.

— Tu as quelque chose à redire ?

— Non, désolé. Je fais ça tout de suite.

En retrouvant mon calme, je réajuste son costume.

— Fais aussi intervenir le service de nettoyage.

— D’accord.

Je quitte la cave lugubre en empruntant les escaliers pour rejoindre la grange. C’est fort pratique d’avoir ce sous-sol à cet endroit, ça permet de faire un nombre phénoménal de trucs sans être dérangé. Ma famille l’utilise déjà pour un tas d’affaires toutes plus illégales que ce qui vient de s’y dérouler. Des ballots de paille cachent légèrement la trappe. Je retrouve l’air libre en quelques enjambées. Le soleil brille de mille feux. Il fait chaud, mais c’est encore supportable.

— Cameron ?

Je me retourne vers Gordon qui arrive vers moi. Aujourd’hui, il est habillé plus sobrement qu’à l’accoutumée.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Il y a une fête au centre-ville, Austin aimerait que tu viennes, m’explique-t-il.

— OK.

Je plante mon ami là et emprunte le parvis gravillonné pour rentrer dans la maison familiale. À peine ai-je passé la porte, ma mère m’observe. Sa prestance est sans égale. Ses longs cheveux sombres lui donnent une allure froide et austère. Si j’en ai hérité, les miens sont bien plus courts. Dans son tailleur blanc, elle continue de me scruter.

— Ce problème est-il réglé ? se renseigne-t-elle d’un ton intraitable.

— Absolument.

Un fin sourire perce sur ses lèvres. Elle m’approche. Ses deux mains froides se posent en coupe sur mon visage et elle embrasse mon front.

— Merci, mio pulcino.

— Je te laisse, des affaires m’attendent.

J’abandonne ma mère dans le hall et jette un coup d’œil aux escaliers.

— Ne t’en fais pas, je prends soin de ta sœur.

Lentement, j’acquiesce et sors de la maison. Je grimpe dans mon Aston Martin DBS Superleggera, un cadeau de ma mère. J’adore ce coupé exotique. C’est l’un des sept exemplaires qu’a conduit James Bond. Je démarre sans attendre et fonce jusqu’à mon appartement. La nuit commence à tomber sur la ville de Stonebroke Galyons. Je vais chez moi pour me préparer à cette nuit de folie.

Une heure plus tard, apprêtée pour l’occasion, je franchis la porte de l’habitation de mon ami Austin. C’est un fêtard invétéré. Nous avons eu nos plus belles soirées ici. Des filles en petite tenue munies d’un plateau passent entre les convives. Il y a de l’alcool, mais aussi et surtout de la drogue, en pilule ou en poudre.

Le haut du gratin est là, je me faufile entre les danseurs pour rejoindre Austin près du bar. Dans son costume italien, un verre à la main, il drague une brune décolorée. Quand il m’aperçoit, il congédie la starlette d’une tape sur les fesses. Elle s’éloigne en gloussant comme une dinde. Austin me fait face avec un sourire fier. Je comprends qu’il a déjà bien profité de sa soirée.

— Cameron ! Je suis content de te voir ici !

Il se tourne vers le bar pour me servir un shot de Patrón, ma marque préférée de tequila. Il a quelque chose à me demander. Je n’aime pas ça. Alors que mes doigts se saisissent du verre, je le confronte.

— Qu’est-ce que tu veux ?

— Il faut qu’on investisse et qu’on se diversifie. Autorise-moi à faire des affrontements de chiens.

Ma mâchoire se serre. Je ne sais pas combien de fois je lui ai dit que je refusais qu’on trempe dans ce genre de business. Je trouve ça répugnant. Ces pauvres bêtes n’ont rien demandé. Austin se charge déjà des combats illégaux. Cela ne lui rapporte-t-il donc pas assez d’argent ? Il n’a qu’à se montrer créatif ! Quand j’ai repris le contrôle des affaires de mon père, c’est le seul secteur que j’ai fermé. Et depuis, il ne cesse de vouloir le rouvrir. Mes yeux plongent dans le bleu des siens. Il perd son sourire.

— Combien de fois va-t-il falloir que je te dise non pour que tu comprennes ?

— Cameron, ça rapporterait un paquet de fric et ça coûterait bien moins qu’avec des hommes.

— Ne me fais pas répéter, j’ai horreur de ça.

Irritée par cette conversation stérile, je vide mon verre et fais volte-face. Je quitte la fête sur les nerfs. Putain ! Moi qui voulais me détendre ! Je prends les escaliers pour passer mes exaspérations.

Au volant de mon Aston, j’enfonce l’accélérateur. D’une main, j’enclenche l’autoradio. Les puissants baffles crachent du bon son. Égarée dans mes humeurs noires, je me trompe de route. J’atterris dans un quartier du Downtown où je n’ai que très rarement mis les pieds. Mes yeux s’attardent sur les fleurs de trottoir qui attendent, le regard perdu dans le vague. Au feu rouge, l’une d’entre elles s’avance vers ma voiture. Elle m’indique de baisser ma vitre. J’obtempère. La blonde aux pupilles dilatées m’observe avec un sourire évocateur.

— Tu as besoin d’un peu de compagnie ?

Dans son dos, je découvre une jeune femme. Elle semble différente des autres. Devant mon manque de réponse, la prostituée se retourne et me dit :

— Elle est bien moins douée que moi, mon chou.

— C’est elle que je veux.

La catin souffle.

— Elle ne bosse pas ici, ses tarifs sont exorbitants.

— C’est elle ou personne.

De mauvaise humeur, elle fait un bruit de bouche et se tourne vers la jeune femme. Elle lui adresse un signe l’invitant à approcher.

— C’est pour toi.

— Je ne travaille pas, murmure-t-elle d’une voix douce.

Dans sa fine veste, la plus jeune des deux femmes m’accorde un coup d’œil discret.

— C’est ton jour de chance, minette. Bouge vite tes petites fesses, tu me fais de l’ombre !

— Ça va, ne t’énerve pas.

Une nouvelle fois, celle qui est le mieux coiffée me jette un regard. Elle n’a pas du tout les mêmes vêtements que les femmes du secteur. Elle prend soin d’elle et n’a rien d’aussi aguicheur ou outrageant. À bonne distance de ma portière, elle m’adresse un signe de tête.

— C’est la vôtre ?

— Absolument. Grimpe.

— Je prends la moitié d’avance, annonce-t-elle sur ses positions.

— D’accord, c’est combien ?

Je me saisis de mon portefeuille dans la poche intérieure de ma veste.

— Six cents.

Avec un beau regard souligné, ses yeux bifurquent sur mes mains.

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