Ce désir dans nos veines · Kyrian Malone
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* * *
Dissimulée dans l’ombre du musée, un sourire malicieux se dessina sur les lèvres de Kate. Sa silhouette fine se détachait dans la pénombre, mais son identité restait un mystère. Une cagoule noire enveloppait son visage, cachant ses traits délicats et sa chevelure blonde, ne laissant à découvert que ses yeux d’un bleu intense et subtilement maquillés.
Elle inséra des écouteurs dans ses oreilles, s’écarta du mur et examina une fenêtre discrète en hauteur. La mélodie qui s’échappait résonnait de façon harmonieuse et lui évoquait une chorégraphie bien maîtrisée. De sa ceinture, elle détacha un pistolet spécial et le pointa vers le bâtiment en face.
Elle visa avec précision et la flèche s’ancra dans le bois dans un bruit étouffé. Elle actionna un mécanisme sur le pistolet et en un instant, fut tirée vers la fenêtre. Suspendue en l’air, elle récupéra une fiole, vaporisa un liquide sur les barreaux qui devinrent aussitôt fragiles. Elle les brisa délicatement et les rangea dans sa botte.
Chaque mouvement était exécuté avec une discrétion absolue. Immédiatement, elle utilisa le miroir sorti de sa poche arrière, l’introduisant prudemment dans la pièce pour repérer les caméras, marquées par des lumières rouges clignotantes.
Après avoir terminé son inspection, Kate replaça illico la cagoule sur son visage. Avec une agilité féline, elle se propulsa dans la salle et atterrit en silence sur ses pieds.
Elle balaya les lieux du regard, évaluant la trajectoire des objectifs et le temps qu’elle aurait pour se faufiler jusqu’au précieux bijou enfermé sous une coupole de verre. Chaque seconde comptait. Elle prit une profonde inspiration, se concentra, attendit le moment propice, puis se lança. Elle contourna habilement le dôme, se cachant derrière lui. Tout était orchestré à la perfection, chaque mouvement calibré au millième de seconde.
La précision était la clef de sa réussite. Rapidement, elle sortit un petit outil de sa poche, retira les vis qu’elle rangea soigneusement dans sa botte, puis ouvrit le compartiment abritant le système d’alarme. Ses doigts agiles manipulèrent les fils électriques avec minutie. Elle les intervertit avec précaution, puis elle se redressa, gardant un œil sur la caméra, tout en surveillant sa montre.
Avec une délicatesse maîtrisée, Kate souleva la voûte de verre, saisissant la pierre d’un vert éclatant. Elle ouvrit rapidement le zipper de son haut, nichant la gemme précieuse contre sa peau, puis referma sa tenue, assurant la sécurité de son trésor. Elle reposa le dôme avec soin, se pencha pour revisser chaque vis à sa place initiale, tout en faisant le décompte mental des secondes qui s’égrainaient.
D’un mouvement vif, elle se redressa, se dirigea vers la lucarne et, d’un bond agile, s’y accrocha. Elle se hissa avec une aisance remarquable, s’arrêtant un instant pour évaluer la situation. Elle éteignit son lecteur audio et apprécia le silence qui régnait. Aucune alarme, aucune sirène ne retentissait.
Un sourire triomphant se dessina sous sa cagoule. Elle sortit une petite carte de sa poche et l’abandonna sur le sol, laissant sa marque avant de s’évaporer dans la nuit.
* * *
Prison de Fairview
Deux hommes vêtus de costumes impeccables marchaient d’un pas déterminé dans le couloir de la, escortés par un gardien.
Ils pénétrèrent dans une des salles des visites, une pièce austère aux murs d’un jaune fané. Ils prirent place à l’extrémité de la table solitaire qui trônait au centre.
L’un ajusta sa cravate avec précision, tandis que le second s’adossa à sa chaise.
— Elle refusera, c’est certain, murmura le premier.
— Tu verras, elle n’aura pas le choix, rétorqua l’autre.
Jeffrey Levingston et Andrew Curtis étaient des agents fédéraux de la division des fraudes de Los Angeles, dépêchés pour une série de cambriolages audacieux.
La porte s’ouvrit avec lenteur, révélant une femme à la chevelure brune et luxuriante. Malgré son environnement carcéral, elle dégageait une aura de force et de confiance couplée à une beauté renversante. Ses menottes scintillaient à la lumière blafarde, mais sa démarche restait gracieuse et assurée. Ses yeux noisette scrutèrent les deux hommes, son visage exprimant une sérénité inébranlable. Elle prit place en face d’eux, un rictus narquois ourlant ses lèvres.
— Ah, Tom et Jerry ! Qu’est-ce qui vous amène dans mon humble demeure, messieurs ?
Jeff se redressa et s’accouda sur la table, face à elle.
— Tu te plais ici, Diana ?
Diana Price, 38 ans, emprisonnée pour vol depuis cinq ans conserva un sourire ironique :
— J’ai des copines adorables, les repas sont délicieux, et le plus sympa, ce sont les balades quotidiennes autour du lac dans la cour ! Vous devriez essayer !
Puis elle reprit un air sérieux et ses traits se firent plus froids :
— Trêve de plaisanteries. Qu’est-ce que vous me voulez ?
Andrew répondit d’une voix sereine :
— Nous avons quelque chose à te proposer. Et ça risque de t’intéresser.
— Vous m’avez mise au placard pour les vingt-cinq prochaines années, je vous rappelle.
— Du calme, Diana ! Écoute d’abord ce qu’on a à t’offrir.
La concernée se cala sur sa chaise et les regarda à tour de rôle :
— Je suis tout ouïe.
— Nous sommes sur une affaire très importante et plus qu’épineuse en ce moment.
Il posa un dossier sur la table et l’ouvrit.
— Il semblerait que tu aies de la concurrence dehors.
Diana leva un sourcil, étonnée et incrédule.
— Vraiment ? Et qui est ce génie ?
Ce fut à Jeffrey de prendre la parole :
— Justement, nous ne le savons pas. Nous n’avons pas encore pu l’identifier. Aucune empreinte, aucune trace laissée derrière, du travail de pro.
— Et ça vous met les nerfs à vif, je suppose !
Andrew croisa les bras et acquiesça :
— Tu supposes bien.
— D’accord, mais je ne vois pas ce que je viens faire dans votre enquête.
Jeff sut que ses paroles attireraient toute l’attention de la détenue :
— Précisément, son mode opératoire est similaire au tien.
Diana fronça les sourcils et se redressa. Effectivement, l’agent piquait toute sa curiosité :
— Comment ça ?
— Il ne s’attaque qu’aux objets rares ayant beaucoup de valeur, aux endroits très protégés. Et surtout, il a le don de rester invisible. Il se faufile comme un chat. Personne ne le voit, personne ne l’entend.
Diana ne put réfréner un sourire plutôt fier.
— Alors j’ai un fan !
— Nous avons besoin de toi, reprit Andrew.
Diana ricana :
— De moi ? répéta-t-elle ironique. Vous rêvez ! Vous pouvez vous la mettre où je pense votre aide !
Les deux hommes se regardèrent puis Jeff tourna son attention vers Diana Price.
— Si tu acceptes de nous soutenir et si nous parvenons à coincer notre cible, toutes tes charges seront annulées et tu seras libre.
Diana les examina à tour de rôle. Cette offre plus que généreuse signifiait que leur voleur avait fait beaucoup plus de vagues et de dégâts qu’elle en avait fait. Elle se pinça les lèvres, méfiante, mais toutefois plongée dans une profonde réflexion. Cette proposition n’était pas dénuée d’intérêt. Cependant, elle connaissait les deux agents et n’oubliait pas la lourde sentence qui pesait sur elle.
— Qui me dit qu’une fois que vous l’aurez, vous ne me renverrez pas entre quatre murs ?
Andrew glissa devant elle un document :
— Cet accord signé.… Tu peux le lire, il y est écrit notre engagement et le tien. Il va de soi que ce contrat prendra effet uniquement si nous coinçons notre voleur.
Diana baissa les yeux sur la feuille qu’elle parcourut avec attention. Les deux hommes n’avaient pas menti et l’offre était alléchante. Elle les regarda :
— Vous vous doutez que je vais montrer ça à mon avocat pour vérifier sa validité. Et…
Elle prit une courte inspiration de satisfaction :
— … si c’est conforme, j’accepterai de vous aider.
Les deux agents sourirent, satisfaits et Andrew se leva.
— Ça tombe bien, maître Wilson est déjà au courant et nous lui avons demandé de venir.
Il s’éloigna vers la porte et une femme entra. Diana la reconnaissait, c’était bien l’avocate qui l’avait représentée lors de son procès.
— Bonjour, Diana, dit cette dernière. J’ai lu votre accord, il est bel est bien conforme et assure que vous serez libérée si l’individu recherché est arrêté. Vous n’avez plus qu’à signer et vous sortirez dès aujourd’hui en conditionnelle.
— Aujourd’hui ? répéta Diana d’un air incrédule.
— Aujourd’hui, précisa Jeffrey. Non pas sans précaution, vous porterez un bracelet électronique, mais la bonne nouvelle, c’est que vous ne dormirez plus dans votre cellule ce soir.
Il lui tendit un stylo que Diana saisit avec une certaine réticence. Tout cela lui semblait presque trop beau pour être vrai. La présence rassurante de son avocate confirmait cependant le sérieux de leur proposition. Et après tout, elle n’avait rien à perdre à tenter de démasquer ce cambrioleur. Son regard se posa à nouveau sur le document, et après une brève hésitation, elle y inscrivit sa signature.
— Gardien ? appela Andrew.
Ce dernier entra.
— Vous pouvez enlever ses menottes à madame Price et l’emmener chercher ses effets personnels.
Puis s’adressant à Diana :
— Nous t’attendons à l’extérieur.
L’étonnement de Diana était évident.
En se réveillant ce matin, elle n’avait jamais imaginé retrouver sa liberté aussi rapidement. Peu après, elle troquait sa tenue carcérale d’un vert fade contre un jean bleu délavé, des baskets confortables et un haut violet ajusté qui soulignait élégamment sa silhouette.
Guidée par le gardien, elle se rendit dans un bureau où on lui restitua ses affaires : des lunettes de soleil, ses papiers d’identité et de l’argent liquide.
Après avoir paraphé quelques documents administratifs, elle franchit enfin les portes de la prison, se retrouvant face à l’imposante grille de l’établissement. Les deux agents l’attendaient patiemment à côté d’une berline noire banalisée.
— Vous auriez une cigarette ? demanda-t-elle.
Andrew lui tendit son paquet et Diana en ramena une à ses lèvres qu’il alluma. Elle aspira une longue bouffée et recracha la fumée.
— Et maintenant, on fait quoi ?
Les deux hommes sourirent et entrèrent dans la voiture.
— Tu nous accompagnes aux bureaux.
Diana s’installa à l’arrière, la fenêtre ouverte. Elle songeait déjà aux repas qu’elle comptait prendre, et à une quantité indécente de plaisirs qu’elle s’offrirait, seule ou à deux, dès qu’elle en aurait l’occasion.
— Super ! lança-t-elle d’un ton tout de même ironique. Je vais voir vos chouettes bureaux, là où vous tapez la causette en vous roulant les pouces.
— Tu vas devoir nous aider Diana, c’est le contrat, rappela Andrew. Par conséquent, tu nous accompagnes et nous pourrons te montrer ce que nous avons sur ce mystérieux voleur.
Diana promenait son regard par la vitre. Évoluer ailleurs qu’entre les murs verts de la prison ou le décor morose de la cour lui faisait un bien fou.
— Ah oui… le mystérieux voleur, répéta-t-elle. D’après vous c’est un fan ou juste un copycat ?
— Peut-être les deux.
Une question indispensable se posait pour Diana :
— Et en dehors de mes heures de travail, est-ce que je serai libre ?
— Pas totalement non. Comme on te l’a expliqué, tu porteras un bracelet électronique, tu auras un appartement, de l’argent pour vivre, tu pourras faire ce qu’il te plaira, à part, bien sûr, des choses illégales…
Et Andrew continua sur la même lancée :
— Telles que voler !
Diana ne commenta pas et se cala dos contre la banquette.
— Donc ce bracelet sera en quelque sorte une petite laisse pour suivre mes faits et gestes…
— Si tu avais pris le temps de lire notre accord, tu ne serais pas étonnée.
Jeff laissa échapper un rire.
— Tu ne pensais quand même pas qu’on te relâcherait sans précaution ?
Diana ravala sa joie, ses traits fermés. Elle n’allait pas non plus se plaindre. Si elle réussissait sa mission, elle serait légalement libre.
La sonnerie d’un portable résonna et interrompit le soudain silence dans le véhicule. Jeffrey décrocha son téléphone et répondit :
— Oui ?
— L’Émeraude de Guana a été volée cette nuit au Musée du Centre.
— On y va tout de suite.
Il mit fin à l’appel et s’adressa à Diana :
— Ton travail commence maintenant !
Celle-ci objecta :
— Et je n’ai même pas le droit à un café avant ?
— Tu le prendras après ton café, précisa Jeff.
* * *
Dix minutes plus tard, Andrew arrêtait la voiture en face des grandes marches du musée et ils rejoignirent le directeur qui les attendait dans l’enceinte de la bâtisse.
Le regard expert de Diana avait déjà scruté les alentours. D’après ce qu’elle avait compris, son alter ego s’était donc emparé de l’Émeraude de Guana, une pièce de choix pour un collectionneur. Elle valait au bas mot un bon million de dollars.
Le responsable les conduisit dans la salle où avait été exposé l’objet.
— Les caméras n’ont rien enregistré et…
Il leur montra le réceptacle de verre.
— … ce n’est pas tout… J’ignore ce qu’il a manigancé ou s’il trouve cela amusant, mais l’alarme se déclenche même quand on touche le couvercle alors que le bijou n’est plus sur son socle ! Nous attendons le technicien pour régler ce problème !
Diana souriait de satisfaction. Leur voleur avait un sens de l’humour douteux. Il les provoquait et leur démontrait ainsi son savoir-faire. Tout ce qu’elle aimait.
— Il se moque gentiment de vous, commenta-t-elle.
— Vous croyez ? lança le directeur d’un ton agacé.
Diana s’avança vers la coupable puis examina l’installation.
— Il a dû toucher aux fils. Votre suspect est un grand farceur !
Elle ouvrit le boîtier et étudia le système pour finalement décréter :
— C’est du travail de pro !
Elle interchangea les câbles qui avaient été manipulés et se redressa pour relever le couvercle sans que l’alarme ne se déclenche.
— Voilà, vous pourrez mettre un faux pour vos visiteurs.
Le directeur montra un emplacement en haut du mur :
— Le voleur est passé par la lucarne là-haut.
Mais Diana n’écoutait pas. Elle marchait dans la pièce, scrutait le moindre recoin, le moindre espace, la moindre fenêtre, baladant ses yeux experts entre celle-ci et la localisation du bijou.
De façon naturelle, différents scénarios se mettaient en place dans son esprit, imaginant comment leur malfrat s’y était pris.
— Vous pouvez vous écarter s’il vous plaît ? demanda-t-elle.
Les hommes s’éloignèrent comme exigé. Diana s’approcha du mur sous la lucarne et sans requérir d’autorisation, se hissa sur un premier meuble antique, une lourde bibliothèque qui ne vacilla pas d’un millimètre :
— Mais… que faites-vous ?! s’insurgea le directeur.
— C’est une experte, précisa Jeffrey pour le calmer. Si vous voulez retrouver votre bijou, laissez-la faire.
Diana arriva en haut des étagères jusqu’à la petite fenêtre.
— Alors, si tu es moi… se dit-elle à elle-même. Tu as du passer par-là, ce qui signifie…
L’espace était excessivement mince et la grille avait été enlevée avec grande minutie avant d’être remise à son emplacement d’origine.
— … que tu es une femme plutôt douée. J’espère que tu es mignonne au moins !
Diana se tourna et examina la pièce vue d’en haut.
— Pas de trace, le matériel dans la combi…
Elle bondit sur le sol d’un saut félin, se frotta les mains et son regard balaya les coins où étaient installées les caméras.
— … et tu t’es arrangée pour te faufiler jusqu’à la boîte pour éviter de déclencher les alarmes.
Elle marcha autour du piédestal où l’émeraude était exposée et fronça les sourcils, interpellée par un objet qui n’aurait pas dû se trouver là. Piégée sous le pied du socle, une carte de visite avait été abandonnée.
— Voyez-vous ça, commenta-t-elle. La lionne a laissé sa griffe.
Diana tourna le petit carton et put lire : Price. Jr .
Son rire dénota à la fois sa surprise et son amusement devant cette signature hors du commun. Elle se redressa puis regarda les trois hommes, l’air interrogatif :
— Vous aviez raison, cette voleuse est une fan !
Jeffrey fronça les sourcils et répéta :
— Cette voleuse ? Une femme ?
Diana montra la lucarne de la tête, avant de lui répondre :
— Essayez de passer par cette fenêtre sans vous coincer ce qui dépasse ! taquina-t-elle.
Puis le regardant, elle approuva :
— Évidemment que c’est une femme et en plus d’être souple, elle est douée.
Quelque peu agacé par ce commentaire, l’agent recentra :
— Est-ce que tu penses qu’elle aurait pu laisser des preuves derrière elle ?
— Aucune chance, dit Diana avec une certaine fierté. Vous ne trouverez ni empreinte ni ADN. Pas un cheveu, pas un poil. Pas même sur cette carte de visite. Je vais la garder si vous voulez bien.
— Après qu’on l’ait fait analyser ! interpella Jeff en lui tendant une pochette en plastique.
Diana se résigna à la glisser dedans et demanda :
— On peut aller le prendre maintenant ce café ?
Les deux agents parlèrent quelques minutes avec le directeur du musée avant de sortir. Ils firent un détour vers le drive d’un Starbucks à proximité et rejoignirent enfin les bureaux du F.B.I. sur Wilshire Drive.
* * *
Après être passée au détecteur de métaux et avoir obtenu un badge visiteur, Diana suivit ses deux nouveaux acolytes provisoires à travers les couloirs.
— C’est aussi chaleureux qu’en prison vos locaux ! Comment arrivez-vous à travailler dans des conditions pareilles sans tomber en dépression ?
Jeffrey ouvrit la porte de son bureau où ils entrèrent.
— Pour ta gouverne, tu n’es pas ici pour nous poser des questions ! Contente-toi de nous aider.
Andrew empoigna une archive avant de lui tendre.
— Tu as là l’énumération de tout ce que cette… femme, si c’en est une, a pu faire et tu as aussi une liste de tout ce qu’elle pourrait être en mesure de voler.
Diana prit le dossier et s’octroya une chaise, croisant les jambes afin de le feuilleter.
Elle devait impérativement dissimuler son enthousiasme et son intérêt pour la jeune femme qui rendait hommage à son œuvre. Elle retenait son sourire en parcourant l’inventaire des objets dérobés au cours des derniers mois. Leur suspecte avait un superbe C.V... N’importe quel cambrioleur de haut vol ou commanditaire accepterait de l’engager avec un tel palmarès.
Le musée du centre n’avait pas été la seule victime. Plusieurs galeries de Los Angeles avaient écopé du savoir-faire de la jeune prodige. Tout comme le musée Hammer et même le musée contemporain d’art moderne. Elle se retenait de souligner que leur voleuse était réellement douée pour s’être attaquée à des structures si prestigieuses. Si ça n’avait tenu qu’à elle, elle l’aurait embauchée pour d’autres missions.
Loin d’imaginer ce qui lui tramait dans la tête, Jeff posa une boîte sur son bureau et la poussa vers Diana :
— Ta plaque d’intervenante pour nos services, ainsi que tes clefs de voiture et celles de ton appartement, l’adresse est ici avec le descriptif et voici une enveloppe de deux cents dollars pour les faux frais.
Diana vérifia le document. Le F.B.I. traitait avec AirBnB, ça sonnait étrange, mais le trois pièces dont elle disposerait semblait confortable à la vue des photos.
— Si tu as besoin de matériel, descends voir Beckie au premier, précisa Jeffrey.
— Oh, et avant qu’on oublie…
Andrew approcha et lui montra le bracelet.
— Tu ne pars pas sans ça…
Le fichu traceur électronique. Diana l’avait oublié lui aussi. Elle laissa Andrew fermer cette horrible chose autour de sa cheville, forçant un sourire.
— C’est bien de constater que la confiance règne.
— Pour ta gouverne, tous tes faits et gestes seront suivis. Alors même si tu as le feu vert pour mener cette enquête comme tu l’entends, premièrement, tu ne fais rien d’illégal, et deuxièmement, tu nous fais ton rapport tous les jours, compris ?
Diana soupira en silence et récupéra les clefs, le badge et l’argent.
— OK… Je peux y aller ?
— Tu étudies ce dossier, souligna Jeffrey. On veut tes pronostics pour savoir où elle compte frapper. C’est clair ?
— C’est très clair.
— On t’a à l’œil ! insista Jeffrey.
Diana se dirigea vers la porte et répondit, sans se retourner :
— À plus tard les filles…
Elle quitta la pièce et fit un détour au premier étage pour rencontrer la fameuse Beckie.
Celle-ci lui fournit un téléphone dernier cri, un GPS, et même un gyrophare. Mais puisque les armes à feu n’étaient pas sur la liste des objets autorisés, elle devrait s’en procurer une par ses propres moyens.
Le jeu du chat et de la souris pourrait bientôt commencer.
Du moins, quand elle aurait fait décrocher de sa cheville cet horrible bracelet électronique supposé suivre ses faits et gestes. Diana refusait qu’on la trace comme un animal et elle savait précisément qui l’aiderait à enlever cette laisse qu’elle remettrait uniquement dans le cadre officiel de sa traque.
La liberté de cette fille contre la sienne : le deal était honnête, mais Diana n’avait aucune idée de ce qui l’attendait.
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