Close To The Edge - Tome I · Kyrian Malone
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Sarah avait refusé de signer ses prochains contrats. La raison était simple : toutes les rumeurs ayant attrait à une relation avec son partenaire de tournage, Matt Peterson, l’avaient usée. Chaque interview donnée avait amené la même question : Etait-elle avec « lui » ? Elle avait passé le plus clair de son temps à se justifier, à démentir chaque "qu’en-dira-t-on" auprès des journalistes. Voyager et partir en tournée pour promouvoir la sortie d’un film faisait partie intégrante du boulot d’acteur, mais voir constamment sa vie privée mise en avant et se faire épier en permanence par les journalistes l’avait agacée.
Sarah était consciente de ne pouvoir empêcher les médias d’extrapoler, mais avait décidé de ne pas tourner la suite de ces films et de ne plus collaborer avec son partenaire afin d’étouffer ces rumeurs. Son agent n’avait pas tardé à l’appeler pour lui faire part d’un autre projet : la productrice renommée Faith Ryan souhaitait la rencontrer. Cet appel avait soulagé ses inquiétudes. Si elle avait démissionné du rôle phare du personnage de Jill Sullivan dans la saga écrite par Robert Hatfield, sa carrière d’actrice ne s’arrêterait pas et sa vie privée se détacherait de ce dernier grand rôle.
Après s’être garée sur le parking privé des bureaux de la Riverside – Maison de production Hollywoodienne – elle entra dans un bâtiment et se présenta à l’accueil tout en ôtant sa capuche :
— Salut, j’ai rendez-vous avec Faith Ryan.
Elle lança un regard sur sa montre et arqua les sourcils.
— Depuis cinq minutes en fait.
L’assistante lui sourit, appuya sur la touche d’un téléphone et entendit :
— Oui ?
— Mademoiselle Leary est arrivée madame.
— J’arrive.
L’assistante raccrocha et la fixa de nouveau.
— Elle arrive…
Sarah n’eut pas besoin d’attendre plus de quelques secondes avant de voir arriver Faith Ryan. L’allure de cette dernière était plutôt décontractée : jeans, chemise cintrée, baskets, ce qui différait de certains directeurs de maison de production en costume. Elle la vit s’approcher, lui sourire et serra la main qu’elle lui tendait.
— Bonjour Sarah.
Faith ajouta en indiquant une porte un peu plus loin.
— Suis-moi, on va pas discuter dans le hall…
Sarah la suivit et pénétra dans un petit salon aux murs décorés de quelques grandes affiches de films tournés dans ces studios. Faith prit deux petites bouteilles d’eau dans un petit frigo posé près des canapés et les amena sur la table basse.
— Assieds-toi.
Sarah s’exécuta en ayant suivi Faith des yeux. Dans son métier, elle était amenée à rencontrer beaucoup de personnes, à se faire une idée de leur personnalité dès les premiers regards et dès les premiers mots échangés. Elle se disait que cette productrice avait davantage l’allure d’une actrice. Faith Ryan était non seulement d’une beauté redoutable à en rendre jalouse plus d’une, mais son charisme s’imposait et l’impressionnait. Sarah pinça un léger sourire :
— Je peux mettre un visage sur votre nom maintenant… Je vous avais imaginée moins amicale en fait.
Faith afficha un sourire amusé sur cette réplique qu’elle n’avait pas attendue. Sarah Leary faisait partie des actrices du moment. Elle était encore jeune mais sa carrière ne faisait que commencer. Certes, ses derniers longs-métrages l’avaient propulsées au rang de star médiatique duquel beaucoup retombaient lourdement. Elle prit la bouteille, but quelques gorgées et la détailla un instant.
— Je le suis peut-être pas, qui sait…
Elle se redressa en reprenant son sérieux.
— J’ai un projet à te proposer… Je sais pas si ton agent t’a expliqué, je crois que c’est un rôle qui te plaira si je t’ai bien cernée… Il faut d’abord que je sache si tu t’es déjà engagée ailleurs. Je me suis laissée dire que tu ne prolongeais pas ton contrat pour la saga d’Hatfield.
— J’ai rien pour l’instant.
Sarah saisit sa bouteille, se cala dos au canapé et la garda posée sur le bas de son ventre.
— Et mon agent, Glenn, a organisé une conférence de presse pour rendre ma démission officielle.
Elle rajouta d’un signe de son pouce vers la porte :
— Et tant que j’y suis, y’a des journalistes à l’entrée qui m’ont suivie, je vous le dis si vous avez dans l’idée de sortir du bureau avec un ami et de le tenir par la main…
Faith ne quittait pas son léger sourire sur cette référence aux dernières rumeurs qui concernaient la jeune actrice et son ancien collègue. Elle connaissait le fonctionnement des journalistes, savait les inconvénients des métiers du show-business, même si elle n’était pas elle-même une actrice. Elle se ravissait de comprendre que Sarah avait favorisé son entrevue avec elle plutôt qu’avec d’autres maisons.
— Je prépare le tournage d’un prochain film où tu seras en tête d’affiche, du moins, si tu signes… Le rôle que tu auras n’a rien à voir avec ce que t’as fait dans la saga… Le personnage est bi et certaines scènes sont plus ou moins explicites avec une autre femme. Avant que tu répondes, j’aimerais d’abord que tu puisses lire le scénar’, t’en imprégner et ensuite tu pourras me dire si t’acceptes ou pas.
Sarah leva les sourcils et saisit un dossier de feuilles reliées que lui tendait Faith.
— J’ai aucun préjugé…
Sarah vérifia la taille du script qu’elle devrait apprendre et demanda :
— Vous me résumez mon rôle, hormis le côté bi ? Le film parle de quoi ?
Faith jeta un regard sur sa montre et se leva.
— Tu vas jouer la fille d’un flic qui craque pour une femme peu fréquentable…
Faith fixa l’actrice devant elle et poursuivit.
— Il est midi passé, je te propose d’en discuter en mangeant…
Sarah acquiesça d’un signe de tête et se leva en gardant le script en main.
— Vous savez que j’ai tourné un film où j’avais un rôle à peu près similaire côté tendance sexuelle ?
Faith acquiesça et saisit sa veste qu’elle enfila.
— Je sais, j’ai vu ce film… C’est juste que mon scénario comporte des scènes sans retenue, sans le côté tabou du coming-out.
— Sans retenue, ça implique de tourner nue ?
Faith lui ouvrit la porte en la détaillant. Elle espérait sincèrement que Sarah serait d’accord pour tourner ce film parce que son allure correspondait à celle exacte du personnage imaginé.
— Disons que ce serait préférable, mais ça peut s’arranger.
— Et qui sera l’autre actrice ?
Faith entraîna l’actrice jusqu’à un quatre-quatre et répondit.
— Kate Mitchell.
Sur cette réponse Sarah s’arrêta devant la voiture et ses yeux restèrent sur la productrice pour s’assurer qu’elle avait bien entendu.
— C’est vrai ?
Faith releva son regard sur la jeune actrice et répondit.
— Elle a déjà signé et elle connaît le scénario. Elle sait déjà que tu es celle à qui je propose le rôle.
Elle entra dans la voiture, attendit que Sarah se soit installée et démarra.
— Kate est sympa, si tu signes, tu devrais pas avoir de problème d’entente avec elle, d’autant qu’elle est très professionnelle.
Sarah connaissait l’autre actrice britannique qui avait aux alentours de trente-cinq ans. Une belle femme mariée d’ailleurs à un producteur, très talentueuse et reconnue à Hollywood. Sarah avait vu la plupart de ses films et si Kate Mitchell n’était pas médiatisée comme elle-même l’était actuellement, celle-ci n’en était pas moins l’une des meilleures actrices en vogue depuis quelques années. Elle reconnaissait son talent sans aucune hésitation, sans parler de sa beauté. Sarah se sentit plus nerveuse… D’avoir joué avec les plus grands quand elle était jeune n’était pas comparable à ce qu’on lui demanderait de faire cette fois. Elle frotta ses mains sur son jeans en voyant les journalistes postés devant l’entrée des studios depuis des heures. Elle se redressa un peu et sortit son paquet de cigarettes de la poche de son jeans :
— Je peux fumer ?
Faith ouvrit la vitre de Sarah et répondit.
— C’est pas interdit.
Elle détailla la jeune actrice près d’elle qui gardait une allure aussi décontractée que celle qu’elle avait remarquée sur quelques clichés de paparazzi. Un léger sourire étira ses lèvres en songeant à toute cette fureur médiatique autour de Sarah.
— Alors ? A quand le mariage avec le vampire de ces demoiselles ?
Sarah se mit à rire sur cette question qui avait le mérite d’être plus directe que celles posées habituellement. Elle alluma sa cigarette, aspira une bouffée libératrice et répondit :
— Seigneur, m’en parlez pas.
Faith ricana un peu sur cette réplique spontanée, lâchée par Sarah. Elle en était amusée même si ce genre de poids médiatique finissait par peser. A l’écart de la ville, non loin de ses studios, elle se gara sur le parking d’un restaurant. Sur le même ton de la plaisanterie, elle répondit.
— Le pauvre…
Sarah descendit du quatre-quatre, sa cigarette à la main, et rejoignit Faith devant le capot. Elle lança un rapide coup d’œil sur la devanture du restaurant et reporta son regard sur Faith en poursuivant.
— Je crois pas qu’il soit trop à plaindre.
Elle lui tendit son paquet :
— Vous en voulez une au fait ?
Faith se dirigea vers l’entrée du restaurant.
— Non, merci.
Elle attendit que Sarah jette son mégot et lança un regard sur les alentours. Au moins, elle n’y voyait aucun objectif de photographes cachés. Elle lui ouvrit la porte et la suivit à l’intérieur. Elle connaissait cet établissement pour sa discrétion. D’ailleurs, quelques acteurs ou collègues du métier y venaient manger. La baie vitrée donnait sur un parc et laissait entrer la lumière du soleil qui éclairait les lieux. Un homme s’approcha et les salua.
— Une table pour deux en terrasse ou à l’intérieur ?
Faith lui répondit.
— En terrasse.
Elle tourna les yeux sur Sarah et expliqua.
— Il y a aucun moyen pour les photographes de s’approcher de la terrasse si ça peut te rassurer.
Sarah acquiesça, sa main fermée autour de son bras. Elle était souvent gênée d’être en public et voyait quelques regards se tourner vers elle. L’un de ses défauts étaient de se ronger les ongles et elle se fichait bien de ceux voulant l’en dissuader. Elle suivit Faith jusqu’à l’extérieur et s’assit à la table présentée par le serveur.
— Vous désirez prendre un apéritif ?
— Un coca pour moi...
— Un Perrier s’il vous plaît.
Le serveur repartit sans attendre et Faith s’installa à la table après avoir pendu sa veste sur le dossier de sa chaise. Elle détailla Sarah et reprit :
— Comme je te disais, si tu veux pas tourner de scène de nu, je ferai appel à une doublure, mais pour ce qui est des scènes entre les deux personnages principaux, j’aurai besoin que tu sois à cent pour cent.
Sarah se demandait si elle serait capable de jouer ce rôle même sans connaître les détails du script. Elle réfléchissait et se sentait nerveuse à l’idée de relever ce défi. Pour toute autre actrice il en aurait été autrement, mais elle connaissait les raisons de son angoisse. Elle demanda :
— Et… Quand vous dites que certaines scènes sont sans retenues, je peux avoir un exemple pour me faire une idée ?
Le serveur leur posa leur commande et repartit. Faith but une gorgée d’eau gazeuse et répondit.
— Je veux faire un film qui intègre entièrement une relation entre femme dans l’intrigue sans pour autant passer par tous les clichés des films homos. J’aurais très bien pu y mettre un couple hétéro, mais je n’ai aucun intérêt à le faire. Ton personnage est bi et l’autre aussi. Toutes les deux sont passionnées par ce que la vie leur apporte. Il y aura des scènes de baisers, de relations charnelles sans pour autant que ça devienne lourd.
Sarah avait bien compris ce point qu’elle jugeait intéressant et qui lui était familier pour d’autres raisons personnelles. Seulement, ces dites scènes l’intriguaient.
— Relation charnelle, ça veut dire qu’on couchera ensemble c’est ça ?
Avec un air évident, Faith répondit.
— Bien sûr, plusieurs fois. Le personnage de Kate est une femme d’expérience qui n’a pas que de bons côtés. Les gens vont au cinéma pour voir des choses qu’ils ne peuvent pas faire en temps réel. Ils veulent de l’action, des scènes d’amours, ils veulent être surpris et le sexe n’est pas négligeable, surtout lors du montage des trailers.
Sarah pinça un léger sourire sur cette vérité déconcertante. Ce rôle la changerait du tout au tout et jouer avec Kate Mitchell serait un atout majeur pour sa carrière. Cependant, elle réalisa une chose importante en songeant que ce type de scénario lui était familier et pour cause… Elle demanda :
— Vous connaissez Hailey Newman ?
Sur cette question, Faith plissa les yeux, plus intriguée que jamais.
— Pourquoi ?
Sarah prit une courte pause et expliqua dans un signe de main.
— Ben votre scénario me fait penser à ses romans…
Faith se mit à rire légèrement sur cette remarque. Elle but un peu d’eau gazeuse et reprit.
— J’imagine, oui… Tu lis ses romans ?
Sarah dodelina de la tête.
— Je lis un tas de trucs et ce côté histoire homo noyée dans une vraie intrigue, c’est son style… Ca m’y fait penser.
Cette fois, Faith semblait amusée et toujours aussi intriguée par l’intérêt que Sarah portait à cet auteur qui n’écrivait que des histoires entre femmes. Elle croisa les bras sur la table.
— Et t’as lu combien de ses bouquins ?
Sarah arqua les sourcils sans pouvoir répondre instantanément. Elle avait sans doute lu toutes ses œuvres.
— Quelques uns, je sais pas.
Faith avait compris que Sarah appréciait donc les histoires entre femmes.
— Je connais cet auteur… Je la connais même très bien.
Sarah plissa les yeux, à son tour intriguée.
— Ah ouais ?
Elle pensa comprendre :
— C’est elle qui a écrit ce scénar, c’est ça ?
Faith afficha un air convaincu sur sa réponse.
— Non, le scénario est de moi… Disons qu’on a un peu la même vision des choses en terme d’imagination.
Sarah prit une courte pause et se retrouva plus impatiente de lire le script. Cependant, une question la travaillait et elle ne put s’empêcher de demander :
— Vous êtes gay ?
— C’est pas évident ?
Sarah détourna son regard, un léger sourire sur ses lèvres.
— Non, c’est pas évident.
Elle la regarda de nouveau.
— Quand on vous regarde vous avez pas la touche gay. Et vous avez du cran de me le dire comme ça.
Faith était amusée par la réaction spontanée de Sarah. Pourtant, elle ne se sentait nullement dérangée avec sa sexualité même si elle ne l’affichait pas dans tous les journaux.
— Je vois pas de raison de te le cacher.
Sarah se mordit le coin de sa lèvre sur cette réponse évidente formulée par la productrice. Elle leva un peu les épaules et prit son verre de soda.
— Ouais… Mais tout le monde doit pas penser comme vous.
Faith ne quittait pas son léger sourire en observant Sarah devant elle. Celle-ci semblait cacher d’innombrables choses, telle une adolescente qui se cherchait. En son sens, la jeune actrice l’était du haut de ses dix-neuf ans.
— J’ai pas pour habitude d’en faire une affaire d’état.
Sarah ne savait pas quoi répondre bien qu’elle eût ses idées sur le sujet. Elle songeait qu’en étant derrière la caméra et non sous les feux des projecteurs, protéger sa vie privée s’avérait moins contraignant. Le serveur revint et demanda :
— Vous avez choisi ?
Faith répondit la première.
— Comme d’habitude pour moi.
Sarah prit la carte, en retard dans sa commande et demanda curieuse :
— C’est quoi comme d’habitude ?
Le serveur répondit :
— Une salade Caesar accompagnée de ses toasts grillés.
Sarah referma sa carte et la tendit au jeune homme.
— Ben, mettez-moi la même chose.
Faith continuait d’observer l’actrice qu’elle emploierait si elle signait le contrat. De toute évidence, Sarah n’avait pas pour habitude de se donner un genre ou de trop réfléchir sur des choses qui n’en valaient pas la peine. Elle remarquait malgré tout ce brin d’insouciance à travers son attitude et son comportement. Quand le serveur s’éloigna, elle reprit leur discussion :
— Si tu travailles sur ce film je prévois une grosse promotion… Je vise la nomination aux Oscars.
Un petit sourire s’afficha sur les lèvres de Sarah qui ramena une cigarette à ses lèvres. Elle l’alluma et aspira une bouffée avant de regarder Faith :
— Broken Dreams en avait remporté l’année dernière non ?
Faith constatait que Sarah se tenait informée sur tous les autres films qui sortaient en dehors des siens.
— Oui.
— Meilleur scénario, meilleur acteur, meilleure bande originale et j’en oublie… Mais j’ai acheté l’album en fait, et j’adore Bruce Willis.
Faith ricana un peu sur cette conclusion.
— Et Al Pacino, tu aimes ?
Sarah eut une expression plus hésitante.
— C’est Old School1…
Faith se redressa.
— Ok…
Elle saisit son PDA2 dans la poche intérieure de sa veste et y tapota à l’aide d’un stylet. Elle demanda :
— De Niro ?
Sarah marqua une pause, ses yeux plissés sur Faith et accoudée à la table. Ses doigts pliés sur la descente de sa mâchoire, elle se demandait pourquoi la productrice prenait la peine de lui citer tous ces noms. Elle répondit sans grand intérêt :
— Bof…
Aussitôt, Faith reporta ses yeux sur son agenda posé sur la table.
— Ok… Bruce alors…
Sarah esquissa un petit sourire en comprenant enfin que Faith cherchait l’acteur qui aurait le rôle du père de son personnage.
— Attendez, vous demandez mon avis pour le casting ?
Faith releva ses yeux sur elle.
— Disons que j’en avais plusieurs en tête, alors autant te proposer puisque t’es là. Ca t’aidera peut-être à signer.
Sarah prit un sourire plus espiègle.
— Et vous pouvez engager Julia Roberts aussi ?
Faith réfléchit quelques secondes :
— Non, j’ai pas de personnage pour elle.
— Je plaisantais…
Sarah n’en revenait pas que ses demandes puissent être prises en considération. Dans un sens, avoir la possibilité de discuter « casting » avec un producteur était chose rare. Elle demanda :
— Le mieux c’est peut-être que je lise le script et on en reparlera non ?
— Oui… De toute façon, le casting n’est pas terminé et j’aurais besoin de ta réponse au plus tard la semaine prochaine.
Le serveur vint poser les assiettes et Sarah répondit en même temps.
— Je vous la donnerai demain, je lirai sûrement ce soir.
Faith remarquait aussi l’impatience de Sarah à vouloir connaître le scénario. Elle rangea son agenda électronique et détourna la conversation sur un sujet plus léger tout en affichant un petit air amusé.
— Tu veux toujours rien me confier de croustillant au sujet de ces rumeurs ?
Sarah était concentrée sur sa salade. Son couteau en main, elle ramenait les lardons grillés sur le rebord de l’assiette.
— Je sors pas avec Matt...
Elle ramena une tomate à ses lèvres et fixa Faith en expliquant d’un signe de sa fourchette :
— C’est un ami, comme d’autres acteurs de la saga mais y’a rien entre nous. Lui, il voudrait bien, je le sais, mais moi je veux pas.
Faith gardait son sourire en observant les manières de Sarah avec la nourriture puis à travers ses réponses. Cette discussion sonnait comme des conversations de lycéennes et l’amusait.
— Alors qui est l’heureux élu, si c’est pas Matt ?
— Y’a personne… J’ai eu des copains, mais ça a pas duré alors je reste seule pour l’instant et c’est pas plus mal.
Faith mangea sa bouchée et indiqua l’assiette de Sarah dans un signe de menton.
— Qu’est-ce qu’ils t’ont fait les lardons ?
Sarah sourit.
— Vous posez toujours autant de questions ?
— Ca m’aide et parfois, ça me donne des idées.
— Alors vous noterez que j’aime pas le porc et ça n’a rien à voir avec un quelconque régime ou une religion, je précise.
— Ah oui, j’ai lu que tu avais hérité d’une silhouette mince, que tu ne faisais pas de sport et que tu te disais mince et flasque, même si tu mangeais n’importe quoi.
Sarah la désigna de sa fourchette.
— Si je signe, faudra prévoir des prises de vue au dessus de la ceinture me concernant.
Faith ricana encore et répondit.
— Je m’inquiète pas pour mes caméras, quant aux scènes, Kate sera la seule à en juger.
Sarah savait que ces scènes seraient éprouvantes, surtout face à Kate Mitchell. Elle soupira en y songeant tout en triant les lardons dissimulés sous quelques feuilles de salade. Dans ses pensées, elle avoua :
— Quand j’ai dû jouer des scènes suggestives avec Stacey, ça allait parce qu’on se connaissait et qu’elle était plus jeune, mais là…
Faith comprit aussitôt le fond de la pensée de Sarah et l’interrompit :
— Tu rencontreras Kate avant le tournage. Ca vous aidera à vous connaître, à savoir vos différents points de vue sur les scènes.
Sarah devait s’en soulager mais elle n’oubliait pas qui était l’actrice. Elle préféra changer de sujet et reporta son regard sur la productrice.
— Et vous avez jamais joué vous, je veux dire, avant de passer derrière la caméra ?
Faith continua de manger.
— J’ai fait du théâtre quand j’étais en fac, mais je suis vite passée en dehors de la scène, je m’y sens plus à l’aise.
— Moi j’étais nulle au lycée.
Faith rit de nouveau sur cette confession directe.
— Tu t’es rattrapée depuis.
— J’ai pas repris les cours et j’ai pas envie.
— Je crois que t’as plus besoin de t’inquiéter pour ton avenir maintenant.
Sarah lui sourit termina son repas avant d’écarter l’assiette.
— En fait j’aimerais bien écrire moi aussi… J’ai commencé d’ailleurs.
Sur cette nouvelle annonce, Faith fut intriguée et intéressée :
— Tu écris sur quoi ?
Formuler la réponse était chose plus délicate pour Sarah. Elle tenta pourtant :
— Pas de scénario, pas des romans non plus, des sortes de petites nouvelles ou des essais sur des intrigues qui me viennent parfois en tête…
Elle grimaça et termina :
— mais j’arrive pas au bout.
— Et j’aurai le droit de les lire ou c’est strictement confidentiel ?
Sarah pinça un léger sourire sur cette question qui la laissait toujours hésitante.
— C’est un peu privé en fait.
Faith arbora un sourire amusée.
— Et tu t’inspires des romans d’Hailey Newman ?
Sarah hésita davantage à répondre puisque cette question était clairement dirigée sur le contenu de ses petits récits.
— Pas tout à fait.
— Ok, alors on peut dire que tu t’essais aux histoires entre femmes sans vraiment savoir où tu vas.
Cette conclusion concluait trop clairement ce que Sarah tentait de détourner en vain. Elle en était gênée surtout en connaissant les orientations sexuelles de la productrice. Faith rajouta, amusée :
— J’ai écrit des scénarii avec des couples hétérosexuels et j’en n’ai pas honte.
— Oui mais vous, c’est pas pareil.
— Si tu veux un conseil pour l’écriture, essaie ce que tu veux écrire.
Sarah plissa les yeux, incertaine.
— Essayer ce que je veux écrire ?
Faith se cala contre le dossier de sa chaise et sortit un paquet de cigarettes.
— Pour mieux écrire une intrigue basée sur un couple, qu’il soit hétéro ou gay, tu dois l’essayer ou t’informer, sinon t’es pas crédible. J’ai couché avec des hommes, donc je sais quand même ce que ça fait d’être avec l’un d’entre eux.
Sarah secoua la tête, un sourire plus nerveux aux lèvres. Elle était de nature timide et cette discussion la mettait mal à l’aise. Elle sortit une cigarette de son paquet et se l’alluma.
— Vous pensez que Hailey Newman a essayé, elle ?
Faith ne put retenir un autre sourire et recracha la fumée de sa cigarette.
— J’en suis certaine.
— Alors vous la connaissez vraiment, je veux dire, vous lui avez parlé ?
Faith ramena sa cigarette sur le rebord du cendrier.
— Plusieurs fois…
Sarah en restait impressionnée. Elle marqua une pause durant laquelle elle aspira une bouffée de sa cigarette et demanda encore :
— Et elle est comment ?
Faith remarquait que Sarah accordait énormément d’intérêt à cet auteur.
— Tu veux la rencontrer ?
Un petit sourire étira les lèvres de Sarah sur cette question.
— Ben quand vous lisez un auteur, vous vous l’imaginez un peu, voyez ?
— Et comment tu te l’imagines ?
Sarah plissa les yeux, davantage concentrée sur l’image qu’elle avait créée de l’auteur en question.
— Un peu comme son personnage principal. Brune, les cheveux long, un brin arrogante et elle doit avoir un regard qui tue parce qu’elle appuie vachement sur le visuel dans ses descriptions.
Faith continuait d’observer Sarah dans ses réactions et son attitude.
— Tu risques peut-être d’être déçue en la voyant. Il vaut peut-être mieux en rester à ton image.
— Pourquoi ? Elle est blonde, sophistiquée et mal foutue ?
Faith se mit à rire sur cette description opposée.
— Non, j’ai pas dit ça.
Sarah sourit, ses yeux plissés et continua :
— Ou sinon, c’est l’autre perso récurrent, la blonde coincée que tous les mecs veulent avoir.
— Et tu préférerais qui ?
— La brune insolente.
— Pourquoi ?
Sarah leva les sourcils dans un air évident.
— Elle est plus sexy.
De nouveau, Faith ne put retenir un rire.
— Tu sais que t’es en train de parler d’un personnage que tu as purement imaginé toi… Pour d’autres personnes, elle peut tout aussi bien être détestable puisqu’elle est arrogante.
— Hailey la décrit comme arrogante et j’aime ce qu’elle dégage parce qu’elle est vraie. C’est pas comme dans la plupart des bouquins où les persos sont surfaits et sans défaut, au moins, Kristen Adams est réaliste.
— Danielle Reevers ne l’est pas ?
— Je préfère Kristen.
Faith avait bien compris que la préférence de Sarah se portait sur la brune. Elle se redressa, ravie d’avoir obtenu toutes ces informations et répondit.
— En fait, Hailey est effectivement brune… Je dirais qu’elle a les cheveux mi-longs, qu’elle est plutôt sympathique, mais je n’ai pas encore vu de côté arrogant. Peut-être qu’elle l’est, qui sait ?
Sarah garda ses yeux plissés en détaillant Faith.
— Elle a quel âge ?
— La trentaine.
— Vous la connaissez depuis longtemps ?
— Depuis que j’aime les femmes.
Sarah fronça les sourcils sur cette réponse à laquelle elle ne s’était attendue mais pensa comprendre et se redressa vivement :
— Attendez ! Vous êtes ensemble ?
Faith se mit à rire, définitivement amusée par cette discussion. Sarah devenait adorable avec ses questions.
— Non… Non… Je la connais, c’est tout. On a partagé quelques idées elle et moi.
Sarah se mordit le coin de sa lèvre et écrasa son mégot dans le cendrier.
— Ok… Et vous, vous préférez lequel de ses persos ?
— Je n’ai aucune préférence, je les aime tous
Faith répondait avec autant de sincérité qu’elle le pouvait et elle expliqua :
— Ca dépend de l’histoire, de la scène, du caractère de chaque personnage.
Sarah réfléchit un instant et demanda :
— Si je vous donne un de ses bouquins vous pourrez lui demander de me le signer ?
Dans un petit sourire, Faith répondit.
— Tu peux même m’amener tous les bouquins que t’as.
Sarah sourit mais pencha la tête sur le côté en sachant qu’elle se vendrait si elle le faisait.
— Un suffira...
Faith se résigna.
— Si un te suffit, alors…
Sarah lança un coup d’œil sur sa montre et fronça les sourcils.
— Je vais devoir retourner aux studios, j’ai rendez-vous avec Glenn.
Faith se leva et posa quelques billets sur la table avant d’enfiler sa veste. Cette petite entrevue avec l’actrice lui avait permis de la connaître plus personnellement et d’avoir une vision plus précise de son caractère.
— Je te ramène.
La suite te tente ?
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