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Cœurs de femmes - Amour interdit entre recrue et lieutenante · Megguy B , Bella Doré

Lire Cœurs de femmes - Amour interdit entre recrue et lieutenante en ligne gratuitement Chapitre 1

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Ses yeux m’achèvent à petit feu,

Je me couche devant tant de bleu

Et je me noie avec délice au plus profond de leurs abysses

J’entends j’écoute ce qu’elle me dit

J’écoute quand elle se tait aussi

Sa voix est comme un thé chinois corsé et doux à la fois

Anaïs – Elle me plaît – 2008

Ça y est… J’y suis… Une nouvelle aventure commence pour moi. J’ai encore du mal à y croire. Je dois avouer que c’est un rêve que je n’aurais jamais imaginé réaliser un jour, mais voilà, la vie est pleine de surprises…

Nous sommes aux premiers jours de mars, la journée est très ensoleillée, mais fraîche : c’est bientôt le printemps. Je viens de quitter ma Bretagne natale pour une nouvelle région que je ne connais pas : le Centre-Val de Loire, plus précisément le Perche. Je gare ma 2008 gris amazonite sur le parking qui fait face à une immense grille noire en fer forgé, unique frontière entre l’Unité d’Instruction et d’Intervention de la Sécurité Civile et le reste de la ville.

L’UIISC, comme le veut le jargon qui sera bientôt le mien.

Je descends de ma voiture et une appréhension s’empare de moi, je me sens si petite devant cet imposant portail. L’espace de quelques secondes, je ne peux m’empêcher de me demander si ce n’est pas une énorme bêtise de le franchir. Il n’est pas trop tard, je peux encore faire demi-tour, mais me ravise. Je suis plus courageuse que cela et ne suis pas du genre à changer d’avis comme une girouette. Un jeune soldat en uniforme m’accueille devant le poste de garde :

— Bonjour, lui dis-je avec politesse, Léna Rivat, j’ai rendez-vous avec le sergent-chef Barbier.

— Vos papiers s’il vous plaît ! me commande-t-il.

— Tenez !

Je lui tends ma carte d’identité.

— Vous avez votre convocation ?

Je lui donne le fameux papier sur lequel est noté mon rendez-vous : aujourd’hui à 14 h, pour être incorporée chez les FORMISC, après avoir réussi haut la main les tests me permettant d’intégrer l’armée de terre.

— Très bien, vous pouvez entrer. Il y a un parking un peu plus loin sur votre droite, vous y retrouverez les nouvelles recrues, Mademoiselle, ajoute-t-il en me toisant de haut en bas.

C’est avec un mélange de stress et d’excitation que je suis ses ordres et remonte en voiture avant de rouler sur quelques mètres, pour enfin garer mon SUV à l’endroit qu’il m’a indiqué. Je me saisis de mon bagage et m’avance vers un grand bâtiment en briques claires, au pied duquel attend une demi-douzaine de jeunes. Il s’agit certainement du nouveau contingent, celui que je dois intégrer. Des garçons et des filles de mon âge, je dirais entre 18 et 25 ans, qui ont décidé de mettre leur vie au service de leur pays. Tout comme moi, ils arrivent tout droit du monde civil et viennent de s’engager, par conviction ou non, dans l’armée de Terre.

Un vieux soldat poivre et sel à l’air aigri s’approche de nous :

— Bonjour, Mesdemoiselles et Messieurs, aboie-t-il. Je suis le sergent-chef Barbier de la Cellule Instruction : bienvenue à l’UIISC. Mon rôle : vous emmener faire le tour du propriétaire.

Cet homme est loin d’être accueillant, j’espère que le reste du régiment sera plus chaleureux que lui!

— Commençons par un tour sur la place d’Armes, afin de vous plonger dans le bain, continue-t-il en se lançant d’un pas décidé.

Mon bagage sur le dos, je lui emboîte le pas, tout comme mes nouveaux camarades. Certains sont chargés comme des baudets, moi je ne possède qu’un petit sac de voyage avec le strict nécessaire. Je dois dire que j’ai quitté ma région un peu précipitamment quand j’ai reçu mon affectation : le lendemain, j’arpentais déjà les routes en laissant ma vie derrière moi, impatiente de commencer celle-ci. Nous contournons le bâtiment principal avant de nous engager sur une pente sinueuse qui nous mène devant plusieurs casernements. Un peu plus loin, un grand édifice de style moderne aux vitres teintées se dresse face à nous, le sergent-chef s’arrête :

— Voici le lieu où vous prendrez vos repas, explique-t-il, à 19 h précise à l’Ordinaire. À l’étage se situe le Mess, les officiers et les sous-officiers y prennent le leur le midi. Juste en face, vous pouvez admirer notre place d’Armes, positionnée en plein cœur du régiment, c’est ici que nous effectuons la montée des couleurs, les passations de commandement et les cérémonies officielles comme la fin des classes.

Mon cœur bat la chamade, c’est si impressionnant de se retrouver là, presque oppressant en pensant aux centaines de soldats qui ont foulé ce sol. Serai-je à la hauteur de l’héritage militaire que me laisse papa? Pour le commun des mortels, c’est une place, avec en son centre un immense mât, à l’extrémité duquel sont accrochés le drapeau tricolore français et les fanions des différentes compagnies de l’Unité. Alors que pour les militaires, c’est bien plus que cela, c’est presque un lieu sacré.

Je réalise en me tenant debout, au milieu de cette grande esplanade chargée d’Histoire, que j’ai enfin intégré l’armée française.

— Autour de la place se trouvent les dortoirs, ajoute-t-il tel un guide touristique. Un par compagnie, les chambres et les étages ne sont pas mixtes comme vous pouvez vous en douter ! Vous y prendrez vos quartiers après la remise de vos paquetages.

Nous contournons la place d’Armes et arrivons derrière les dortoirs. De grands hangars nous font face, où sont entreposés une partie des véhicules de la Sécurité civile. Ces fameux véhicules rouge et jaune que l’on peut voir aux informations télévisées l’été, lorsque les feux de forêt font rage dans le Sud de la France. La taille des camions d’incendie est impressionnante, ils me font penser à des Monster Truck, ces énormes 4x4 américains aux roues disproportionnées qui écrasent tout sur leur passage. Je jette un regard vers les garçons et ne peux m’empêcher de sourire devant leurs yeux émerveillés, à l’instar d’enfants admirant de gros tracteurs.

Au détour de la visite, nous faisons une halte devant une construction à l’allure d’un vieil entrepôt.

— Voici le magasin du Corps, explique-t-il. Vous allez y percevoir vos paquetages.

Je suis le flot de tous ces futurs sapeurs-sauveteurs qui se précipitent à l’intérieur. Il flotte dans l’air une odeur de cuir et de renfermé, ce n’est pas plus accueillant que notre guide ; il fait sombre. Je me demande comment quelqu’un peut travailler dans une telle ambiance.

— Bonjour, jeunes gens, je suis l’adjudant Quentin, gronde une voix caverneuse qui provient de l’arrière d’immenses étagères. Tour à tour, vous vous présenterez à moi afin de prendre possession de votre paquetage. J’aurai besoin de votre taille de vêtements et de votre pointure.

Ce sont les garçons qui se précipitent en premier vers le comptoir. Ils doivent avoir hâte de récupérer leurs nouveaux joujoux. À mon tour, je me présente face à cet adjudant austère. Les cernes, qui encadrent ses grands yeux pers, illustrent la fatigue accumulée par ses années de carrière.

— Bonjour, articulé-je avec un sourire. Mademoiselle Rivat, taille 38 ou M pour les vêtements et 40 pour les chaussures, merci.

Une fois que nous avons tous reçu notre équipement – qui comprend, entre autres : cinq pantalons de treillis, quatre polos manches courtes et quatre manches longues, quatre tee-shirts, une paire de rangers, un béret, mais aussi un casque, une lampe frontale, des gants… – l’adjudant nous fait un topo.

— Ce matériel appartient au chef de corps, il vous est confié pour la durée de votre séjour ici, prenez-en grand soin, ordonne-t-il. En cas de perte ou de détérioration, des sanctions tomberont. Attendez-vous à des retenues sur solde !

*

Le chef Barbier nous emmène ensuite devant l’un des dortoirs près de la place d’Armes. À l’entrée est accrochée une plaque sur laquelle on peut lire : « 21e Compagnie ». Nous entrons :

— Voici vos quartiers. Merci de contourner la place d’Armes pour vous y rendre, sachez qu’il est strictement interdit de la traverser en dehors des cérémonies. Je vous laisse intégrer vos chambres, vos noms sont inscrits sur les portes. Je vous donne trente minutes pour vous changer, après quoi un soldat viendra vous chercher.

Voici donc ma résidence pour les deux prochaines années, enfin une fois mes deux mois de formation terminés. Moi qui suis fille unique, cela va me changer de devoir partager ma chambre, j’espère tomber sur une coloc’ sympa !

C’est fou tous les sentiments contradictoires qui se bousculent dans ma tête. D’un côté, je suis excitée comme une puce à l’idée de commencer ma formation et de l’autre, j’ai si peur de ne pas être à la hauteur de la tâche qui m’attend.

Nous pénétrons dans nos quartiers. Je prends l’escalier, suivie de ma présumée colocataire – puisque nous ne sommes que deux féminines – dont je n’ai pas encore fait la connaissance. Mon nom est écrit sur la porte 122 qui est entrouverte. Je la pousse et découvre une pièce pas très grande, mais fonctionnelle. Face à moi une fenêtre, et de chaque côté de celle-ci, un lit, un bureau et une armoire.

— Bonjour, moi c’est Léna, et toi ? me présenté-je.

— Salut, moi c’est Moana, me répond une petite brune au teint coloré.

Je ne connais pas encore cette jeune femme, mais il émane d’elle beaucoup de douceur et de gentillesse, je la trouve solaire avec son visage si souriant.

— Tu as une préférence pour le droit ou le gauche ?

— Aucune importance, me répond-elle.

Je m’installe donc machinalement sur celui de droite, et m’attelle à vider ma valise lorsque soudain, je me ravise : il serait plus judicieux d’enfiler mon treillis pour commencer ! Je ne voudrais pas être en retard dès le premier jour. Je commence par sortir les vêtements de leur emballage plastique avant de me dévêtir. Après tout, nous sommes entre filles, alors pas de chichi ! J’ai à peine fini de lacer mes rangers qu’on frappe à la porte.

— Entrez !

— Bonjour, je suis la sergente Poulain, se présente-t-elle en nous dévisageant.

Sans un mot, elle inspecte nos treillis avec minutie, nous portons un uniforme militaire pour la première fois et nous avons dû nous planter à un moment, au vu de son air renfrogné.

— Vos tenues ne sont pas très réglementaires, soldats. Je vais vous donner quelques conseils : premièrement le polo toujours dans le pantalon. Ensuite, Mademoiselle, vous voudrez bien attacher vos cheveux, la nuque doit être bien dégagée, commande-t-elle à mon encontre avant de se tourner vers Moana. Et pour vous, le pantalon doit tomber bien au-dessus des rangers et non être rentré à l’intérieur, c’est clair ? 

— Très clair, Sergente ! répondons-nous d’une seule voix.

— Et surtout, dès que vous êtes à l’extérieur du bâtiment en treillis, vous devez toujours porter le béret, il s’agit d’un signe de respect.

Nous réajustons nos tenues avant de quitter notre chambre et reprenons l’escalier en sens inverse. Nos autres camarades nous attendent en bas. Nous suivons tous la sergente qui nous emmène vers le bâtiment abritant les bureaux de la 2e compagnie.

Face à nous se dresse un édifice des années 1870, en pierres blanches. Au-dessus de l’entrée trône fièrement l’insigne de la compagnie, de ma compagnie. J’entre, précédée de mes camarades. Nous traversons un long couloir et la salle de réunion apparaît devant nous.

C’est en passant le pas de la porte que je croise son regard pour la première fois. Je ne la connais pas, je ne l’ai jamais vue avant. Cependant, un frisson m’envahit, remontant le long de ma colonne vertébrale, quand je me présente face à elle.

Est-ce de l’intimidation, à la vue de cette femme à la silhouette svelte qui en impose derrière ses médailles de guerre, que je ressens? Ou bien suis-je troublée par ses grands yeux bleu azur qui m’inspectent de la tête aux pieds?

Elle est là, m’observant de son regard clair, son tricorne laissant deviner une chevelure brune parfaitement dissimulée. Je ne saurais dire s’ils sont longs ou courts. Je me sens si petite devant ce soldat à l’allure aussi athlétique qu’élégante. Ses fourreaux d’épaules m’indiquent qu’elle est lieutenante. Qui est cette femme, au teint pâle et à l’air arrogant?

— Garde à vous ! tonne-t-elle de sa voix puissante qui me fait sursauter.

Je m’exécute sans réfléchir ainsi que mes camarades. Son teint de porcelaine détonne avec la fermeté de sa voix. Puis, d’un ton plus calme, mais tout aussi solennel, elle ajoute :

— Repos !

Un long silence s’installe, suivi d’un froid glacial dans l’intonation de sa voix :

— Je me présente, lieutenante Axelle Gayssac, votre chef de section. Dorénavant, vous serez sous mon commandement. Quand vous vous adressez à moi, vous devez dire « Lieutenante ». Ici, vous êtes au sein de l’UIISC : l’Unité d’Instruction et d’Intervention de la Sécurité Civile. Nous sommes rattachés à l’armée de terre. Nous ne sommes ni des pompiers ni des sapeurs-pompiers. Si tout se passe bien, à la fin de votre formation, vous serez des sapeurs-sauveteurs, des soldats non armés. Vous porterez le titre de Sapeur et vous vous engagerez à faire honneur à votre pays en toutes circonstances. Avez-vous des questions ?

Personne n’ose répondre. Au sein de la pièce, il règne un silence de cathédrale.

Quelle prestance et quelle élégance naturelle se dégagent d’elle dans sa T21 qu’elle arbore fièrement! Je vais effectuer mes classes sous son autorité; si elle m’impressionne autant, ça promet…

— Personne ? reprend-elle. Alors, rendez-vous demain matin à huit zéro zéro sur la place d’Armes. Ne soyez pas en retard. Vous avez quartier libre. Garde-à-vous ! Rompez les rangs.

*

Notre premier rendez-vous fixé, les dés sont jetés. Demain matin à 8 h, nous attaquons. C’est une gentille attention que de nous laisser le reste de l’après-midi pour nous installer et prendre nos marques, finalement il y a peut-être des personnes bienveillantes au sein de ce régiment !

Je retourne en chambre en compagnie de ma colocataire, afin de terminer de ranger nos affaires tranquillement, avant de retrouver les garçons pour le dîner à 19 h à l’Ordinaire.

— Nous n’avons pas eu le temps de faire plus ample connaissance avec tout ça, lancé-je à ma camarade. Je m’appelle Léna Rivat, j’ai vingt-trois ans et j’arrive de Saint-Malo en Bretagne.

— Moana Hauata, je viens tout juste de fêter mes vingt ans. Il y a encore quelques heures, j’étais dans l’avion en provenance de Tahiti, où vit ma famille. Grâce à l’armée, j’ai eu l’occasion de quitter mon île et de venir m’installer en métropole.

— Quelle chance tu as ! Je ne connais cette île qu’à travers des reportages télé, c’est bien dommage, d’ailleurs, car elle semble magnifique, ajouté-je en imaginant le sable fin, l’eau turquoise et les cocotiers. Ce doit être génial d’avoir grandi dans un tel cadre ?

— Oui, c’est plutôt plaisant, mais j’avais envie de découvrir la France, pays natal de mon père.

Tout en papotant, nous défaisons nos valises et nous installons dans cette petite chambre fonctionnelle.

— Que penses-tu de cette première découverte du régiment, Léna ? me questionne-t-elle.

— Cela m’impressionne, tous ces militaires et toutes ces médailles, mais le fait d’être en uniforme bleu à l’image des pompiers est moins intimidant que ceux camouflages, enfin, ce n’est que mon point de vue.

— J’ai repéré quelques beaux spécimens, et toi ? me demande-t-elle avec un petit clin d’œil.

Comment lui dire, sans lui faire peur, que les hommes ce n’est pas mon truc, que mon penchant va à la gent féminine? De toute façon, il vaut mieux que je garde cela secret, être une femme dans ce milieu ce n’est déjà pas simple, alors une lesbienne!

— Je n’ai même pas fait attention ! Si j’ai pris le chemin de l’armée, c’est pour suivre les traces de mon père, uniquement, le reste ne m’intéresse guère.

Mais je dois me l’avouer, cette lieutenante m’intrigue, quand je repense au frisson qui m’a envahie. Papa disait toujours que chaque ressenti a une signification.

— Ton père était militaire ? continue-t-elle.

— Oui ! Pilote de Canadair, il est décédé en mission alors que je n’avais que treize ans, continué-je d’un air attristé. Je me suis promis qu’un jour, je me retrouverai face au feu qu’il aimait tant combattre. Lui, il connaissait très bien ton île, pour y être allé à plusieurs reprises lorsqu’il apportait l’aide humanitaire après les tornades et les tsunamis.

— Je suis désolée pour ton papa, Léna. Je suis sûre que de là-haut, il doit être fier de l’hommage que tu lui rends.

Je lui offre un sourire pour la rassurer. Bien que cela m’affecte encore, l’absence de mon père est devenue une force pour affronter la vie, mais elle a aussi laissé un grand vide dans mon cœur.

Alors qu’elle prend littéralement possession de cette chambre, je ne peux m’empêcher de rire en silence. Moana a rapporté des dizaines de photos de sa famille ainsi que des posters de son île. Elle s’affaire à personnaliser son espace de vie. De mon côté, je dépose juste sur la table de chevet un cliché de mes parents devant un Canadair. Mon père a fière allure dans sa tenue de pilote. J’ai fait le choix d’exécuter à la lettre un des préceptes de ma mère : avancer sans se retourner…

*

19 h. Accompagnée de Moana, je prends la direction de l’Ordinaire, passe près de la place d’Armes, éclairée en son centre par de grands projecteurs. Au seuil de la cantine, j’appréhende la foule. Une cinquantaine, peut-être même une centaine d’uniformes se presse. Mon regard perdu se balade dans cette assemblée bleu marine. Aucune tête ne m’est familière, c’est déstabilisant de n’avoir personne vers qui se tourner. Comment dois-je saluer chacun d’entre eux ? Je sais reconnaître les grades, pour les avoir étudiés en long en large et en travers avec papa. C’était un petit jeu entre nous quand nous étions invités à des cérémonies officielles, il m’interrogeait sur les titres de ses collègues. Par chance, une bonne odeur de poulet rôti vient me rassurer ! C’est agréable, ça m’ouvre l’appétit.

La sergente Poulain s’approche de nous alors que nous suivons la file pour récupérer notre repas. Elle nous indique la table où se trouvent, déjà installés, les garçons.

Je saisis un plateau et des couverts. En entrée, on nous propose un assortiment de charcuterie ou des tomates mozzarella, je choisis la seconde option quand je vois le plat principal. Mon nez ne m’avait pas trompée : poulet/frites. Je m’en lèche les babines, j’ai une faim de loup, j’avalerais un bœuf si je le pouvais. Mes yeux s’écarquillent devant le brownie sur son lit de crème anglaise. J’espère qu’ils ne vont pas nous servir des repas aussi copieux tous les jours, car à ce rythme, je vais devoir changer toute ma garde-robe.

Je prends place à côté d’un de mes camarades, il est immense, il doit mesurer un bon mètre quatre-vingt-dix. Assez balaise, une coupe militaire bien réglementaire et de grands yeux noisette, il me semble qu’il s’appelle Éthan.

Oh mon Dieu ! Il me dévisage ! Pourquoi me regarde-t-il avec insistance ? Ai-je quelque chose de coincé entre les dents ?

Calme-toi Léna, il s’agit juste d’un camarade qui t’observe. Mais je sais très bien à quoi il doit penser en me scrutant ainsi. En général, les hommes ne s’imaginent pas que je puisse aimer les femmes. Je suis bien trop féminine à leurs yeux pour être lesbienne. Encore un préjugé qui me dépasse.

La sergente de tout à l’heure s’approche de nous :

— Vous êtes bien installés ? articule-t-elle dans le brouhaha ambiant.

— Oui, lui répondons-nous tous en chœur.

— Pour info, continue-t-elle, à l’étage, vous trouverez le Bar des Sapeurs. Vous pouvez vous y rendre et vous retrouver autour d’un café ou vous détendre, mais la consommation d’alcool pour les jeunes recrues est interdite en semaine. Je vous souhaite un bon appétit.

À la fin du repas, je me lève avec mes camarades et nous débarrassons nos plateaux. C’est là, en me dirigeant vers la sortie, que je croise de nouveau le regard de cette femme, de ma cheffe de section pour être exacte, et toujours ce même frisson qui me parcourt, dans tout le corps… Cela me trouble. J’aimerais comprendre pourquoi. Pourquoi mon corps réagit-il ainsi à la vue de ce soldat ? Je suis soulagée de ne pas manger dans le même réfectoire qu’elle. Cette lieutenante aux abords froids et mystérieux m’intimide et m’attire à la fois.

Avec mes nouveaux amis, nous nous dirigeons vers le dortoir. Arrivée dans la chambre, j’opte pour une douche, histoire de me détendre sous l’eau chaude. Nous papotons un instant avec Moana et finissons par nous glisser sous nos couettes. Je me laisse rapidement enlacer par les bras de Morphée.

*

Demain, à l’aube, je commencerai cette aventure tant attendue. Demain, une nouvelle vie s’offre à moi. Moi qui ai choisi de mettre fin à ma cinquième année de médecine afin de réaliser un rêve ; suivre les traces de mon père, le colonel Rivat. Pilote chevronné de l’armée française qui a décidé de quitter les espaces aériens de terres hostiles pour se consacrer à un tout autre combat : les feux de forêt et les catastrophes naturelles.

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