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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : Terry Davenport à Chapitre 3 : Terry Davenport
Chapitre 0 — Chapitre 1 : Terry Davenport
  1. Chapitre 1 : Terry Davenport
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Le dernier Vœu · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

Lire Le dernier Vœu en ligne gratuitement Chapitre 1 : Terry Davenport

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La sonnette de la porte d’entrée retentit pour la troisième fois. Il n’y a pas idée d’être aussi agaçant !

— J’arrive, bon sang ! Arrêtez d’appuyer sur le bouton !

Ma voix se brise dans le hall. J’avance aussi vite que possible. Pas parce que je veux éviter au livreur d’attendre, il le mériterait bien ! Mais parce que j’ai trois verres de rouge dans chaque patte et que du haut de mes quatre-vingt-huit ans, je ne supporte toujours pas le vin. Ni le eggnog. Cette année encore, ils ont essayé de m’en vendre jusque devant ma porte.

J’évite de justesse de me prendre les pieds dans ce maudit tapis dans le hall. J’aurais dû m’en débarrasser et je l’aurais brûlé s’il ne provenait pas de la maison historique.

Un long soupir provient du couloir. Je suis vieille, mais mes oreilles vont très bien ! Le type s’impatiente sur le palier. Sous le fin interstice, je le vois bouger les pieds sur le tapis molletonné. Personne ne lui a appris les bonnes manières ? Avant que ce jeune plein d’ambition et d’empressement n’ait le malheur de sonner une nouvelle fois, j’atteins la poignée.

— Bonjour, madame…

— Ôtez vos pieds de là, vous allez l’abîmer !

Il recule d’un pas en m’observant avec étonnement lorsque je lui tape sur les pieds avec ma canne. J’aime être vieille ! Personne n’ose plus me reprendre sur mes mots ou mon attitude. Sans doute se disent-ils que de toute façon je passerai bientôt l’arme à gauche. D’ici là, je compte bien continuer de marquer les esprits.

— … Davenport. Votre commande pour la soirée.

— J’espère que vous n’avez pas secoué ça dans tous les sens !

— Non, madame. Je vous souhaite de belles fêtes.

— Crétin, va.

Je récupère ma livraison, lève ma canne et lui frappe une dernière fois les talons pour qu’il déguerpisse.

— Mais… Vous êtes…

Je claque la porte. Il s’en remettra. On verra quand il aura mon âge s’il a toujours la joie de Noël au cœur. Foutue fête ! Ceux qui ne l’aiment pas n’ont aucun moyen d’y échapper ! Dès que Thanksgiving est passé, tout le monde n’a qu’une idée en tête : préparer son sapin. À New York, plus que partout ailleurs, l’atmosphère change du tout au tout. La ville décore les façades, les rues et les buildings à coup de guirlandes électriques qui consomment outrageusement les budgets des contribuables. Et qui remplit les caisses ? Moi ! Je t’en foutrais de l’esprit de Noël…

Devant la table du salon où mon verre est à moitié vide, je déballe le dîner commandé chez le traiteur. Ce n’est pas parce que c’est le réveillon que je me suis décidée à me faire du bien. Seulement, c’est mon anniversaire, ce vingt-quatre décembre. Cette année, je n’ai pas choisi entre la pièce de bœuf et la dinde farcie. J’ai pris les deux ! Qui sait combien de temps encore je pourrai avoir du plaisir à profiter d’un pareil repas ? Pour accompagner le tout comme il se doit, je n’ai fait aucune impasse. Ce sera haricots verts accompagnés d’une crème de champignons, d’oignons frits et d’une purée de patates douces avec une sauce aux canneberges.

Le dos courbé, les paumes appuyées contre la surface lisse du verre, j’étudie le souper gargantuesque et m’en vais sur le fauteuil. J’abandonne ma canne pour emporter la bouteille de vin et le dessert. J’ai toujours raffolé des tartes à la citrouille. Sans aucune souplesse, je me laisse tomber sur l’assise. De gros flocons virevoltent devant la baie vitrée. Je les adore autant que je les déteste. Avec un soupçon de curiosité et de vapeurs d’alcool, j’en suis le flottement. Ils sont beaucoup plus épais dans le Wisconsin. Tout est bien plus prononcé là-bas : la neige, la température hivernale et les blizzards.

Angel… Une vie n’aura pas suffi à apaiser mes regrets. Je m’efforce de détourner les yeux de l’horizon nocturne pour m’arracher aux souvenirs toujours aussi frais qui refont surface chaque année à cette période.

Ce vin est aussi âcre que moi. J’aurais dû en commander un autre. Avant de déposer la bouteille sur le sol, je prends une gorgée au goulot. Ce soir, c’est mon quatre-vingt-huitième Noël. Je me souviens du plus beau que j’ai vécu comme si c’était hier. J’en avais soixante ans de moins et tout ce temps n’a pas suffi à me faire oublier. Je n’ai plus fêté un seul d’entre eux après ça. C’était bien mieux comme ça !

J’attrape la part de tarte avec une main tremblante et croque dedans. Mon imagination divague un peu et c’est bien agréable. Cet état cotonneux m’a toujours plu, je dois bien l’avouer. Quand j’étais jeune, j’aimais fumer un peu d’herbe et je paierais cher pour le faire encore une fois avant de passer l’arme à gauche. Le vin n’a pas le même effet, mais au moins, j’en oublie ces professionnels qui s’inquiètent trop pour moi. Leurs petites voix agaçantes disparaissent de mon esprit. Les remontrances, ce sera pour un autre jour ! Les seules que j’ai toujours aimées étaient celles d’Angel de toute façon. Rien ne saurait me pousser à l’oublier. Le vague à l’âme, je sirote mon verre en laissant mes plus doux souvenirs me bercer.

Ce soir, je profite de cet appartement et du silence. J’aime par-dessus tout ne pas être dérangée. C’est même le critère qui m’a poussée à acheter ce logement. Le confort de vie, c’est bien l’unique chose pour laquelle j’ai toujours eu la plus grande attention. Résidence surveillée, lit électrique, fauteuil massant, appareils sportifs… Quoique ceux-là font plutôt de la figuration.

Avec la télécommande, je choisis un air de musique que j’adore. Les notes de guitare et de batterie reconnaissables entre mille envahissent la pièce. J’ai toujours aimé ce morceau de Motörhead. Ace of Spades est l’une de mes chansons préférées. Tout de suite, l’ambiance change et mes humeurs s’en voient bien meilleures. Je monte le son. Il faut bien ça pour contrer toutes les énergies trop positives qui imprègnent cet immeuble.

Le temps passe au rythme des titres et des gorgées de vin. Mon cœur est tantôt joyeux tantôt serré par la nostalgie. La vie à Tolborough n’était pas si mal. Je donnerais tout pour y revenir. L’ivresse rend tout plus flou, plus doux également… Je ferme les yeux.

— Terry ?

— Hum ?

Je relève la tête avec peine. Mes cervicales sont en vrac. Elles sont aussi refroidies parce que j’ai dû somnoler sur mon fauteuil. Je n’aime pas cette sensation.

— Quelle heure est-il ?

— Bonsoir, il est exactement minuit.

Cette grande blonde au visage serein ne me dit rien. Quel jour sommes-nous ? Je pose les yeux sur ce qui m’entoure. La bouteille de vin, le réveillon... Je n’attendais personne. Mon premier instinct serait de pester contre elle pour cette entrée intrusive, mais je n’y parviens pas. Ma maison est devenue un moulin et ce n’est sûrement pas de sa faute si cette jeune personne a été envoyée chez moi.

— Vous êtes là pour quoi ?

— Je suis venue à vous pour réaliser l’un des souhaits les plus chers à votre cœur.

— Vous avez pioché dans ma réserve, vous.

Elle rigole à ma suite, mais s’arrête bien vite. Non, elle n’a pas l’allure de quelqu’un qui se permet le moindre écart. Son visage serein est lisse, sérieux, chargé de compassion aussi. Mon cœur se serre. Je ne pensais pas qu’un jour quelqu’un pourrait m’observer avec cette même expression qu’Angel. Dans son ensemble clair impeccable, la jeune femme avance vers moi, les mains jointes. Je suis aussi tendue que fascinée. Mon cœur s’arrête un instant.

— Je suis une messagère envoyée sur Terre pour vous aider.

Cette fois c’est sûr, je dois rêver. Je me pince avec vigueur sur l’avant-bras et grimace à la douleur fulgurante qui finit de me réveiller.

— En aide ? Vous ne voyez pas que je vais très bien ?

Je pose les yeux sur la porte où j’aperçois les verrous bien fermés. Ils bifurquent sur sa silhouette gracieuse une nouvelle fois. Sa présence n’a rien d’inquiétant ou de menaçant. Je dirais même qu’elle a le don de commencer à me dégriser. Je ne l’aime pas du tout ! Quel est ce délire ?

— Je suis ici pour répondre à votre souhait, votre dernier vœu de Noël.

— Comment ça, mon dernier vœu de Noël ?

— Lorsque vous vous réveillerez, vous comprendrez tout, Terry.

— Mais je suis bien éveillée !

Je le suis ? Pour en être sûre, je me pince une nouvelle fois.

— Sacré bon sang ! Oui, je le suis !

— Fermez les yeux.

J’essaie de lutter, mais une force qui me dépasse m’invite à lui obéir. Une vague chaleur traverse ma poitrine. Elle est chaude, douce et se répand dans chacun de mes muscles. La tension diminue, tout comme l’incompréhension et la colère. Est-ce que ma dernière heure est venue ?

Le temps me paraît infiniment long tout à coup. Je n’ai plus aucune douleur. Mon état de fatigue et d’ébriété s’évapore. Je comprends que je me déplace aux rayons lumineux qui atteignent mes paupières. Je ne peux pas encore les ouvrir, mais je suis frappée par les odeurs familières flottant autour de moi. C’est impossible ! Je ne peux pas être chez moi. J’ouvre un œil, puis deux, lorsque j’entends des pas dans les escaliers. Ce ne sont pas n’importe lesquels. Ce sont ceux d’Angel dans la maison familiale à Tolborough. L’habitation historique a toujours eu des marches bruyantes au possible et je reconnaîtrais son pas entre mille. Qu’est-ce que je fais ici ? Mon cœur pique un sprint à mesure que le pas de mon amie bat la mesure dans la cage d’escaliers. Je reste figée au milieu de la pièce en découvrant le bureau où j’ai passé tant de moments à travailler sur le roman maudit. Avant que je n’aie le temps de m’y appesantir, la porte claque. Angel a les joues rouges. Ses cheveux sont aussi bleus que dans mes souvenirs. Ils sont en bataille. Pas parce qu’elle s’est levée il y a peu, mais parce qu’elle a dû courir. Elle tient son bonnet dans la main gauche et me fusille du regard.

— Putain, je n’arrive pas à y croire ! Génial comme cadeau de Noël, Terry !

Une larme roule sur ma joue. Ça ne peut pas être réel.

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