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📖 Extrait gratuit — Prologue à 6 – Ashley Smith
Chapitre 0 — Prologue
  1. Prologue
  2. 🔒 1 – Lena Vandersson
  3. 🔒 2 – Ashley Smith
  4. 🔒 3 – Lena Vandersson
  5. 🔒 4 – Ashley Smith
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  7. 🔒 6 – Ashley Smith
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Délivre-moi · Michelle Bourque

Lire Délivre-moi en ligne gratuitement Prologue

Vues : 3 432 vues

“Tous ces enfants qui attendent d’être heureux

Comme à leur anniversaire, leur jour à eux

Disciplinés, humanisés pour affronter notre société

À qui l’on exige de ne rien dire, de ne pas bouger”

Mad World (Pentatonix)

Lena Vandersson

Mercredi 18 octobre, J-7

Ambassade de Finlande, Vancouver

— Puis-je vous débarrasser de votre sac, mademoiselle ?

Le chauffeur attitré de ma mère prend délicatement le sac à dos que je porte à l’épaule pour m’aider à descendre de la voiture.

— Merci, William.

Mon sourire en dit long et Will n’est pas dupe. Il me connaît par cœur et sait pertinemment que je cache une grimace derrière ma façade.

— J’espère que vous vous sentirez ici chez vous. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à faire appel à moi.

— Qui d’autre pourrait bien venir courir à mon secours ? le taquiné-je en lui assénant un léger coup de poing sur le bras. Vous êtes bien le seul qui avez toujours été là pour moi, William. Même ma mère ne vous arrive pas à la cheville.

— Vous savez que son travail est très prenant, mademoiselle. Et le mien, c’est d’être là pour vous en tout temps. Que ce soit pour assurer votre sécurité ou veiller à votre bien-être, vous pouvez compter sur moi.

Cet homme sage a voué sa vie professionnelle à ma mère et il continue à lui être loyal, peu importe ce que les gens peuvent lui reprocher.

— Merci, Will. J’espère que j’aimerai cette ville plus que celle d’avant... elle m’a laissé un goût amer, vous savez.

— Je sais, mais je suis convaincu que vous y trouverez votre bonheur, mademoiselle, me dit-il avec un regard bienveillant accompagné de son sourire réconfortant.

Sans trop croire à ses dernières paroles, je contemple un point imaginaire au loin. Je ne suis jamais parvenue à trouver ma place dans ce vaste monde, alors pourquoi est-ce que je la trouverais ici ? En quoi cette métropole serait-elle différente de toutes les autres qui m’ont hébergée ?

Je ne me suis jamais sentie chez moi, sauf dans notre demeure d’Helsinki. Et ça, c’était avant que ma mère n’adopte sa vie frénétique d’ambassadrice de Finlande. Je revois l’allée centrale devant la maison avec ses arbres centenaires ornés de leur feuillage touffu en guise de haie d’honneur. Le calme de la campagne qui invite les oiseaux à chanter, les odeurs de la nature environnante. Puis, ma meilleure amie Anna que j’ai revue trop peu de fois depuis... Tous ces souvenirs… Cette vie me manque au plus haut point.

Je ne comprendrai jamais les raisons qui ont poussé ma mère à devenir la représentante du pays en terre étrangère. Peut-être est-ce dû à son désir d’aider, son ouverture d’esprit ou sa droiture… quoi qu’il en soit, elle impose cette folie à toute sa famille. J’éprouve encore aujourd’hui beaucoup de difficulté à accepter sa décision. Mais qu’est-ce que je fais encore ici, sous son emprise ?

— Ma mère arrive quand ? soupiré-je.

— D’ici une semaine, tout au plus. Vous aurez le loisir de vous installer comme bon vous semble et de visiter les environs avant que la garde rapprochée n’arrive. Si vous le désirez, je peux vous conduire aux endroits qui retiennent votre intérêt.

— D’accord. Vous pourriez débuter par les lieux touristiques ? J’aimerais découvrir le pays sous un autre angle que les soirées mondaines organisées par ma très chère mère, lui dis-je en grimaçant.

— Je le ferai avec joie, mademoiselle.

— Vous savez Will, je préfère de loin vos balades à ces événements où je sers de divertissement pour les invités.

Il rit, ignorant mon dernier commentaire. Ce gentleman, qui approche de la soixantaine, est notre chauffeur privé depuis plus de vingt ans. Il m’a vue grandir et sait très bien que je déteste ce cirque diplomatique. Tous ces secrets, les gardes du corps et les déménagements fréquents finiront par avoir ma peau.

Pendant que William transporte les bagages à l’intérieur, je me retourne pour observer le paysage autour de moi. Des arbres flamboyants de couleurs, une température douce et légèrement humide. Ça ressemble donc à ça, l’automne canadien ! Je foule le sol d’un nouveau pays, d’une nouvelle ville, mais la même vie suffocante s’offre à moi.

“Je ferme les yeux et je peux voirCe monde qui n’attend que moiCelui que je peux appeler chez moi”

A Million Dreams (P!nk)

Ashley Smith

Mardi 17 octobre

Musée des beaux-arts de Vancouver

— Je n’irai pas par quatre chemins, Ashley, commence mon directeur d’un air grave. Malgré votre talent d’enseignante, si nous ne parvenons pas à trouver davantage d’élèves, votre cours devra être suspendu. Ce serait des plus regrettable si vous voulez mon avis.

For God’s sake... Il ne manquait plus que ça... pensé-je en hochant la tête. Après avoir renoué avec un semblant de stabilité dans ma vie, voilà que je me retrouve à nouveau dans une situation précaire. Moi qui ai toujours craint de me faire virer parce que j’inverse encore le féminin du masculin de quelques mots. Le français est si compliqué pour la Britannique que je suis. Ce ne seront donc pas mes faiblesses de cette langue seconde qui causeront mon renvoi.

Les tableaux, la peinture, c’est ma vie. Ils m’ont toujours envoûtée depuis mon plus jeune âge. Chaque œuvre a son propre mystère que je dois décoder. Sa propre histoire à découvrir lorsque je prends le temps de l’observer attentivement. Les émotions qui s’en dégagent sont complexes, mais sublimes quand l’on parvient à se laisser emporter. J’aime peindre, mais j’aime encore plus observer, détailler et analyser les créations d’autrui. Certes, j’ai un bagage solide, mais trouver un autre emploi dans ce domaine est somme toute difficile. Après avoir proposé dans le passé de travailler à la restauration des œuvres du musée, j’avais essuyé un refus catégorique de mon patron sous prétexte que l’équipe était complète. Je ne veux pas que le chômage devienne ma réalité, je n’aurai pas le choix de trouver une solution rapidement.

— Donc, je devrai attendre votre confirmation à savoir s’il y aura un prochain cours ? demandé-je au directeur.

— En effet, Ashley. Je suis sincèrement désolé d’en arriver là, me dit monsieur Marshall d’un air réellement navré. Vous savez combien vous m’êtes chère. Il y a trop peu de gens qui possèdent vos connaissances et qui savent les transmettre avec autant de facilité. Comptez sur moi pour vous assigner une nouvelle classe dès que le quota sera franchi. Mais soyons réalistes, les inscriptions sont à la baisse depuis plusieurs mois. Il nous faudrait un miracle pour que la tendance change, avoue mon patron avec tristesse.

Tout comme son emploi de directeur du Musée des beaux-arts de Vancouver, Jim est très conservateur. Il accepte difficilement les changements. S’ils se produisent par surprise, il ne parvient pas à discerner et gérer toutes les conséquences. Tout doit être pesé et bien rodé. Malgré tout, je me lance.

— Il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer qu’il y a de moins en moins d’élèves. J’y ai longuement réfléchi et il m’est venu une idée pour laquelle j’aurais besoin de votre accord. J’aimerais afficher une annonce pour que le public s’inscrive en tout temps, pas uniquement lors de périodes prédéfinies.

— Vous voudriez que les élèves puissent s’acquitter de leurs douze semaines de cours, quand bon leur semble, en fonction de vos heures de disponibilité ? demande-t-il en me jetant un regard interrogateur et quelque peu méfiant.

— Of course !  Les élèves pourraient être libres de créer en fonction de leur envie et non de le faire dans un créneau imposé. Je suis consciente des implications que la démarche impose sur mes heures de travail, mais je suis prête à y faire face et à relever le défi. Qu’en dites-vous ?

Le cœur rempli d’espoir, je le regarde droit dans les yeux et soutiens son regard en guise de légère provocation. Il réfléchit à ma proposition quelques instants, puis répond :

— On peut faire un essai pour six mois. Nous verrons par la suite si votre idée est concluante. Toutefois, je vous laisserai gérer les horaires de tout un chacun. C’est votre idée après tout et je sais que vous y parviendrez sans mal.

En effet, après cinq ans à travailler sous sa supervision, Jim Marshall me connaît bien. Lorsque je propose quelque chose, c’est que j’ai pris le temps d’analyser les diverses possibilités sous toutes les coutures. Rien n’est laissé au hasard. Tout doit être minutieusement préparé si on veut s’assurer de la réussite d’un projet. Peu importe lequel. J’ai toujours eu plusieurs alternatives pour pallier un échec, ce n’est pas la potentielle perte de mon emploi qui allait me faire changer ma façon de faire.

— D’ici là, vous pouvez continuer comme vous le faites actuellement, ajoute le directeur. Vous avez donc un peu plus de trois mois pour ficeler votre approche personnalisée avec votre nouveau groupe.

— Merci beaucoup de votre confiance, monsieur Marshall. Je suis convaincue que cette nouvelle formule nous permettra d’attirer davantage de clientèle.

— J’y compte bien ! C’est votre emploi qui est en jeu après tout, dit-il en replongeant les yeux dans son livre de comptabilité.

Par sa réaction, je comprends qu’il m’invite de façon détournée à quitter la pièce. Satisfaite, je tourne les talons et me dirige avec hâte vers ma salle de classe pour y préparer le cours du lendemain.

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