🧪 Aperçu desktop en essai — visible uniquement dans ton navigateur · désactiver
Ton livre sur Lez Fix ? · 🧪 Bêta V08.279
i
L'application peut contenir des erreurs, n'hésitez pas à nous écrire pour nous envoyer vos commentaires.
📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : Rose Northern à Chapitre 3 : Rose Northern
Chapitre 1 — Chapitre 1 : Rose Northern
  1. Chapitre 1 : Rose Northern
  2. 🔒 Chapitre 2 : Prudence Badders
  3. 🔒 Chapitre 3 : Rose Northern
Ce livre vous plaît ? 🌐 Site officiel Acheter sur Amazon

Douceur Britannique · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

Lire Douceur Britannique en ligne gratuitement Chapitre 1 : Rose Northern

Vues : 3 530 vues

— Tout se passera bien, madame Northern. Prenez le temps dont vous avez besoin. L’équipe et moi-même gérerons la boutique en vous adressant des bilans aussi souvent que nécessaire pour que vous soyez rassurée.

— Merci, Sophia. Envoyez-moi un mail en fin de semaine.

— Ce sera fait.

La sous-directrice de la cave à vin échange un long regard avec moi. Je lui fais confiance. Elle sait ce que j’apprécie et ce que je n’aime pas. Nous travaillons dans le même esprit et, au fond, je ne me fais aucun souci pour mes affaires. Elle va se surpasser. Sophia bosse avec moi depuis cinq ans. Elle a été la première personne que j’ai recrutée lorsque l’endroit a ouvert sur le front de mer de Sacramento. Le coin est parfait, touristique et très fréquenté toute l’année. De nombreux restaurants alentour passent commande auprès de nous. Des personnalités viennent également chercher des vins plus prestigieux pour lesquels notre enseigne est connue. Les bénéfices ne cessent de croître.

— Encore toutes mes condoléances pour votre père, m’adresse-t-elle plus bas. Bon courage pour les affaires qui vous attendent.

— Merci.

Il va m’en falloir. Trois semaines sont passées depuis la disparition soudaine de mon père. Un infarctus. Il est sorti de ma vie aussi vite qu’il y est entré le jour de ma naissance. J’ai du mal à le réaliser. Je croyais que nous aurions le temps. Le temps de parler, de partager de nouveaux souvenirs, de nous réconcilier, de discuter de mon projet de grossesse. La sonnerie de mon téléphone coupe court à mes pensées. Mes employés se remettent à leur poste. Je décroche.

— Zoe, je vous écoute.

— Le chauffeur de votre père est arrivé. Il vous attend.

— Merci.

L’assistante de mon père est une femme incroyable. J’ai d’excellents souvenirs auprès d’elle. Madame Butcher travaille pour ma famille depuis toujours. À mes yeux, elle en fait partie. Elle m’a rappelé que les vendanges commencent au domaine et que je devrais faire acte de présence pour encourager les personnes qui y travaillent. Ils sont cinquante à s’occuper toute l’année de ce domaine. Une centaine de plus sont là pour la saison. Je n’ai jamais aimé me promener, ni dans les vignes ni dans le chai. La fabrication du vin ne me passionne pas. Rien dans les affaires de mon père ne m’intéresse. J’ai ouvert cette cave après en avoir terminé avec mon école de commerce pour lui faire plaisir. La démarche n’a pas eu l’effet escompté. Il était persuadé qu’après ma petite crise, comme il l’appelait, je rentrerais à San Francisco où il me plongerait dans le grand bain. J’en avais décidé autrement et comme toujours, il aura le dernier mot. Avant de mourir, il m’a désignée comme héritière de ses comptes en banque fournis par millions, mais aussi de ses affaires dans l’immobilier, les exploitations agricoles et je suis devenue présidente-directrice générale de la holding familiale. J’en ai le vertige. Shelton marche dans ses pas depuis toujours. Mon demi-frère aurait sans doute été un meilleur candidat que moi.

En quittant la cave à vin, je tais un soupir. Peut-on en vouloir à un mort ? Mon cœur se serre. Je suis tellement triste et en colère. Comment souhaite-t-il que je porte toutes ces responsabilités du jour au lendemain ? Comment suis-je censée être à la hauteur ? Je me sens trahie par sa disparition. Qu’il m’ait regardée toutes ces années avec la certitude que je réussirais un jour à lui succéder ne signifie pas que je suis prête ou que je le veux. Cet empire, c’est sa vie à lui.

— Madame Northern.

Le chauffeur se tient devant la Mercedes, les mains dans le dos. Il porte un costume impeccable et détaille l’environnement des yeux sans les poser sur moi.

— Merci, monsieur Petree.

Il m’ouvre la portière arrière avec un fin sourire. Gordon a trente-sept ans. Il travaille pour mon père depuis plusieurs années. Il n’allait nulle part sans son chauffeur privé.

— Vous pouvez m’appeler Gordon, madame.

— Entendu.

Il referme et s’installe derrière le volant. Deux heures me séparent du domaine de mon père. C’est un temps infini pour les pensées qui ne demandent qu’à se succéder dans mon esprit. Dans ma boutique, en m’efforçant de me tenir à ma routine habituelle, j’arrivais à m’accrocher. Le pourrai-je sur la propriété ? J’appuie sur le bouton de commande qui permet de relever la vitre de séparation dans l’habitacle de la voiture.

Je m’étais promis de lui annoncer être enceinte via une PMA lors de ma prochaine venue au domaine. Mon deuxième mois de grossesse ne devait pas se passer comme ça. Je suis à fleur de peau.

« Est-ce que ça va ? Tu tiens le coup ? »

Marina. Je souris.

« Il faut bien. Et toi, ça va ? »

« Ma cheffe n’est pas là aujourd’hui, c’est tranquille. Tu arrives à quelle heure ? »

« Onze heures et demie. »

« Courage, écris-moi si tu as besoin. Je t’embrasse. »

« Merci, moi aussi. »

Je verrouille mon téléphone. La présence de Marina est rassurante. Nous nous connaissons depuis notre cycle universitaire, et nous nous en sortons bien mieux en tant qu’amies que comme amantes. Ces dernières semaines, elle s’est montrée plus présente que jamais pour me soutenir et je sais qu’elle serait venue si elle avait pu s’absenter. Je peux le faire.

Bercée par la voiture, je pique un somme sur la banquette avant d’arriver au domaine, au nord de San Francisco. Le vignoble de mon père est une institution. Il n’a pas la renommée des grands médocs français, mais il a investi beaucoup d’argent pour se faire un nom sur le marché. Cette ferme qu’il a complètement restaurée lui a coûté une fortune. En plus d’une habitation de plusieurs centaines de mètres carrés, il y a un chai imposant où sont entreposés des tonneaux qu’il aimait admirer sur son passage. Mon père a également fait construire un cuvier. Il y a ici toutes les structures nécessaires pour récolter, transformer et embouteiller au domaine.

Gordon arrête le véhicule devant la façade de la demeure privée. Il n’y a que les Northern qui séjournent ici. Les employés présents sur le domaine pendant la saison ont leurs quartiers à l’écart de la maison. À l’heure qu’il est, il n’y a personne accoudé aux tables rondes disposées dans la cour. Tant mieux. Je détesterais prononcer un discours maintenant.

La portière de la voiture s’ouvre. L’assistante de mon père, Zoe Butcher, approche avec une main tendue. La quinquagénaire aux cheveux blonds m’offre un sourire charmant.

— Ravie de vous savoir bien arrivée parmi nous, madame Northern.

Jusqu’à il y a trois semaines, tout le monde m’appelait Rose. L’annonce de ce legs a bouleversé tout le monde, moi la première. Lorsqu’on m’appelle madame, c’est encore pire. Avec un sourire de convenance, je serre sa main. Le chauffeur s’éloigne et Zoe m’invite à la suivre dans la maison.

— Vous avez fait un bon voyage ?

— Ça a été, merci.

— J’ai demandé à Ambre de nous préparer quelque chose à manger avant votre rendez-vous.

— C’est gentil, mais je n’ai pas très faim.

Zoe m’adresse un regard indulgent et glisse une main sur mon bras dénudé.

— Vous mangerez ce que vous voudrez, venez.

La table a été dressée dans le salon. Mes yeux se posent sur la pièce avec nostalgie. Rien n’a changé ici. Il y a toujours plus de chaises qu’il n’en faut, du mobilier à faire pâlir des déménageurs, des tableaux, des objets de collection, des trophées de chasse.

Je m’installe en tentant de sauver les apparences jusqu’à ce que des assiettes de thon rouge nous soient servies. Je réprime une grimace en sachant pertinemment que je ferais mieux de ne pas y toucher.

— Les affaires se passent bien à la cave ? s’intéresse Zoe.

— Très bien, oui. Cette semaine, l’une de nos bouteilles a participé à une vente aux enchères en Suisse. Elle a atteint un prix désormais inscrit dans les esprits.

— Oh, votre père aurait été si fier d’entendre cette histoire.

Je me suis demandé si mon père et Zoe n’avaient pas eu une relation intime ces dernières années. Aucun des deux n’en a jamais rien dit, mais je sais que cette femme le comprenait mieux que personne. Mon père ne tarissait pas d’éloges à son égard lors des dîners auxquels je n’ai pas pu me soustraire.

— Pouvez-vous me rappeler à quelle heure Maître Badders sera ici ?

— Quatorze heures. Cela vous laissera le temps de vous reposer et de motiver les troupes de vendangeurs avant cette rencontre.

Elle suspend la course de ses couverts. Le regard indulgent de cette femme se pose une nouvelle fois sur moi.

— Maître Badders, fidèle ami de votre père, a confié le dossier des Northern à sa très chère fille. C’est elle l’avocate de la famille désormais.

— Oh, je vois.

De vagues souvenirs émergent dans mon esprit.

— Prudence, n’est-ce pas ?

— Oui, madame.

Son père est le meilleur ami du mien depuis des années. Je me rappelle avoir aperçu sa fille lors de repas organisés au domaine. Elle avait de beaux cheveux cuivrés. Le détail a suffisamment marqué mon esprit pour que je m’en souvienne aujourd’hui encore. Nous avons dû nous voir une poignée de fois.

Le vibreur de mon téléphone attire l’attention de madame Butcher. Je repousse le thon qui me fait de l’œil avec le revers de ma fourchette.

« Tu es bien arrivée ? Comment ça se passe ? »

« Oui, bien pour l’instant, mais je meurs de faim ! »

« La cuisinière est absente ? »

« Non, mais j’ai un régime strict. »

« Tu ne leur as pas dit pour le bébé ? »

Le regard discrètement curieux de ma voisine de table pèse sur la coque de mon mobile. Je lève les yeux dans sa direction en répondant à Marina.

« Non. »

Je le passe en silencieux et dépose l’appareil sur le coin de la table.

— Les saisonniers sont extraordinaires cette année, vous verrez. Il n’y a pas de quoi vous inquiéter. Certains d’entre eux ne parlent pas notre langue, alors mettez-y surtout beaucoup d’enthousiasme avec un beau sourire, me conseille-t-elle.

Mon père a toujours fait son possible pour aider les autres. Sur le domaine, il a employé de nombreuses personnes venues d’Amérique du Sud. Il conversait en espagnol et m’a tout appris de cette langue quand j’étais enfant. J’avais six ans lorsque nous jouions à discuter en espagnol durant des jours entiers. Ma mère n’y comprenait rien. Ça nous amusait d’avoir ce temps à nous.

— Rose ?

Je relève la tête, les yeux rougis.

— Excusez-moi.

Je repousse mon assiette à peine touchée pour aller me rafraîchir dans la salle de bains. Il n’y a personne à l’étage ni nulle part dans la résidence. Mes valises ont été déposées dans ma chambre. J’essaie de reprendre pied et de ne surtout pas me perdre en tristesse pour ce premier jour où l’on réclame ma présence.

À treize heures tapantes, je sors de la grande demeure. La vaste terrasse extérieure, décorée pour la soirée de guirlandes d’ampoules à lumière chaude, est noire de monde. Les discussions s’évaporent, le silence s’installe et les visages se tournent vers moi. Le trac cerne mon estomac. Quelle horreur ! J’ai toujours détesté toute cette attention. C’est même pour ça que j’ai arrêté la compétition équestre. Je n’aimais pas du tout ça. Moi, je préfère me promener avec les chiens dans le sous-bois.

Zoe s’approche de moi, tout comme les deux responsables de l’exploitation.

— Enchanté, madame Northern.

J’ignore leur nom. L’un d’eux appelle l’attention générale d’un mouvement du bras.

— Madame Northern est avec nous aujourd’hui.

Des applaudissements apparaissent aux quatre coins des tables.

— Arrêtez, dis-je doucement.

J’avance parmi la foule en taisant mes angoisses. Ils sont là pour faire vivre le domaine. Et moi aussi.

— Je vous remercie d’être venus travailler sur la propriété de mon père. Ce mois de vendange devrait faire honneur à ses investissements et j’espère que nous y parviendrons ensemble. Coupez les magnifiques grappes et faisons de ces efforts de beaux souvenirs.

— À la famille Northern !

Ils se lèvent avec un enthousiasme qui me prête à sourire. Avant qu’ils ne se réinstallent, je répète en espagnol et me retire.

— Vous avez été absolument incroyable, madame, murmure Zoe sur mes talons.

— Merci.

Nos chemins se séparent devant la maison.

— Vous n’entrez pas ?

— Je préfère profiter d’une balade avant de discuter affaires.

Elle acquiesce et je contourne le bâtiment. Au fil des ans, mon père a acheté les parcelles voisines à la ferme. Depuis, plus de six cents hectares nous isolent du reste du monde. Je prends la direction du chenil où les chiens de mon père sont choyés. Il en a trois et je me suis toujours mieux entendue avec eux qu’avec les membres de ma famille.

— Bonjour, mes beaux. On fait une balade ?

Je déverrouille les grandes cages. Le bouledogue remue dans tous les sens. Il est toujours aussi démonstratif. C’est si mignon.

— Bonjour Newton. J’ouvre à tes frères et on file !

Curieuse de la suite ?

Continue à lire ou découvre où acheter « Douceur Britannique » en entier.

Voir où lire la suite →

Commentaires (0)

Connecte-toi ou crée un compte pour laisser un commentaire.

Aucun commentaire pour le moment. Sois la première à en laisser un.

Ouvrir dans un nouvel onglet ↗

📅
Quand as-tu lu ce livre ?

Même approximatif, ça nous aide à avoir des statistiques plus justes.

Installer LezFix sur iPhone/iPad