Chapitre 1 — Chapitre 1 – Effy MacKilgore
- Chapitre 1 – Effy MacKilgore
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Doxore · Lou Jazz & Cherylin A. Nash
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— L’université magique de Doxore est heureuse de vous accueillir, vous qui voulez poursuivre vos études.
Le discours de la directrice Evilian. Impossible d’y échapper, même si j’en ai fortement envie. J’enfonce mes écouteurs intra-auriculaires dans mes oreilles sans me faire remarquer et ne prête plus attention à ce qui m’entoure. Je fais semblant d’écouter. Madame Evilian se tourne vers les petits escaliers qui la conduisent à l’estrade de la grande salle de réception. D’après ce qu’on m’a dit, elle est ouverte deux fois dans l’année : aujourd’hui et pour le dernier bal magique. Des hommes et femmes, sûrement des professeurs, rejoignent la maigre blonde tirée à quatre épingles sur l’estrade. Je n’en prends pas plus la mesure que ça. Dire que ma cousine va à River-Valley, j’aurais préféré la suivre. Ça aurait été tellement mieux que d’être dans ce bain de foule d’Anglais qui ont un balai dans le cul. On dirait qu’ils vivent dans un autre monde. Ils sont austères, avec des manières bienveillantes seulement lorsque ça les arrange. Je n’aime pas l’hypocrisie et l’injustice.
Quand la masse d’étudiants se met en mouvement, je comprends que c’est le moment de sortir de cette salle. L’université de Doxore est immense, dans un style très médiéval. La structure fortifiée ne sert plus à défendre, mais à surveiller tout ce qui se passe dans l’enceinte. Un bref coup d’œil me suffit à le comprendre. Je n’aime pas ça. Moi, j’aime la liberté. En plus, il fait sombre et humide entre les murs, car il n’y a quasiment pas de fenêtres. L’endroit dégage une hauteur particulière du sol au plafond. J’aurais voulu rester aux États-Unis, mais non ! Me voilà à l’autre bout du monde, dans un pays que je ne connais que très peu. Tout ça parce que je dois faire corps avec les traditions familiales. Tous les premiers-nés de la famille MacKilgore ont suivi leurs études supérieures ici même. Il fallait que j’en sois…
Je suis les élèves pour me retrouver face à un panneau d’affichage où je cherche mon nom. Une fois fait, je lis mon plan du château pour voir où sont logés les étudiants de première année du cycle supérieur. J’espère que je ne vais pas partager ma chambre avec une fille bavarde ou chiante.
Quand je trouve enfin la bonne aile, le bon étage et le bon couloir, je souffle de soulagement. Je ne vais jamais me retrouver dans ce labyrinthe ! J’ouvre la porte en bois pour apercevoir la pièce. Putain ! Je ne m’attendais pas à ça ! C’est immense. Il y a deux grands lits à baldaquin, un de chaque côté, et tout le nécessaire pour bien travailler.
Je me dirige vers la droite. Ça m’inspire d'être à côté de la fenêtre. Je pose les yeux sur une malle en bois massive, une descente de lit épaisse et des tapisseries sur les murs. Il y a aussi une cheminée qui doit mesurer au moins deux mètres. C’est fou ! Finalement, je ne vais pas regretter d’être ici. Ma cousine doit avoir une minuscule chambre, elle.
Mon sac atterrit sur le matelas lorsque la porte s’ouvre à nouveau. Je me tourne avec un sourire, mais je déchante bien vite quand je vois qui est en face de moi. Des yeux verts plongent dans les miens. Avant même que je n’aie pu ouvrir la bouche, l’étudiante s’emporte.
— J’avais spécifiquement demandé de ne partager ma chambre avec personne !
Elle pince le nez et ajoute d’une façon désagréable :
— Tu dois être l’Américaine.
D’un mouvement de main, elle renvoie mon sac entre les miennes.
— Tu t’es trompée de chambre. Les domestiques sont au fond du couloir.
Sans que je n’aie pu protester, une nouvelle fille franchit le seuil de la pièce. Elle me jette un rapide coup d’œil avant de parler une langue qui m’est inconnue avec l’autre sorcière.
La porte s’ouvre encore une fois. Je découvre une vieille femme dans un tailleur bleu, des cheveux bouclés et de grosses lunettes rondes. Les deux élèves font une légère courbette à sa venue. La plus âgée y répond sans y faire attention. Elle s’arrête devant moi et me sourit amicalement.
— Bonjour, je suis l’intendante Beathag MacCalmain.
— Bonjour, dis-je poliment.
— Nous avons commis une erreur dans l’organisation. Vous n’êtes pas logée ici.
J’écoute son accent avec attention. Dans son dos, je vois la peste m’offrir un rictus narquois. J’attrape mon sac sans faire d’histoires.
— Suivez-moi.
Nous quittons la luxueuse pièce pour nous diriger vers le fond du couloir. Oh génial ! Je vais peut-être bien regretter de ne pas être avec ma cousine dans sa petite chambre finalement. Je patiente jusqu’à ce que madame MacCalmain ouvre l’une des portes, mais on change soudain de corridor et on emprunte les escaliers. Nous montons un, puis deux étages supplémentaires. La vieille femme s’engage dans un couloir dont les bougies s’enflamment sur notre passage. Elle déverrouille une grande porte. Je m’attends à découvrir une chambre minuscule, mais c’est le contraire. Curieuse, je la précède.
— Voilà. Si vous avez le moindre problème, n’hésitez pas à venir me trouver. Mon bureau se situe trois niveaux en dessous du vôtre.
MacCalmain referme la porte après son départ. Je me tourne avec stupéfaction. Wouah ! Je n’arrive pas à y croire ! Elle fait la même taille que l’autre, mais j’y suis toute seule ! Je jette mon sac sur le lit et commence à prendre mes marques en marchant dans la pièce. Malle, bureau, miroir, commode, placards, fenêtres, rideaux et tapis, tout y est ! Je grimace soudain quand je vois l’uniforme noir de l’école. Dire que je vais devoir porter ça… Heureusement que j’ai pu demander à avoir un pantalon avec mon blazer. River-Valley ou ici, c’est pareil. Nos tenues sont réglementées. Je l’enfile une fois que toutes mes affaires sont rangées. Je ne vais pas pouvoir rentrer chez moi pendant les vacances. Je vais être coincée là jusqu’en juin. Par chance, j’ai vu qu’il y avait des bus. Je pourrais peut-être aller en ville les week-ends.
Une petite mélodie me fait sursauter. Elle annonce le repas du soir. Ça tombe bien ! Sans attendre, je prends la sortie pour rejoindre le réfectoire. Il n’y a pas l’ombre d’un chat dans les couloirs. Je dois descendre trois étages. L’exercice ne me fait pas peur, mais je suis la dernière à me présenter. Les doubles portes se referment juste après mon arrivée. Elles sont lourdes, font du bruit et poussent une masse d’air dans mes cheveux. Pour passer inaperçu, c’est loupé. De toute façon, ça m’est égal. Je détaille déjà l’endroit. C’est immense ! Il y a de nombreuses tables autour desquelles des jeunes femmes sont assises. Comme moi, elles portent leur uniforme. La plupart, avec des jupes. Ah oui, encore une différence avec l’université américaine. Doxore est une école non mixte. Pas que ça me dérange, mais les filles sont souvent bien plus garces que les mecs.
Je repère une table à l’écart, où personne n’est assis, et m’y dirige. Une deuxième sonnerie retentit. Tout le monde se lève. Je suis le mouvement, à la traîne. Au fond de la salle, je découvre le corps enseignant qui prend place. Mon attention s’arrête sur une femme qui semble bien plus jeune que les autres croûtons. Elle est rousse. C’est tout ce que je peux voir d’ici. Les étudiantes se rasseyent déjà. Je ne l’ai toujours pas quittée des yeux. Si c'est l’une de mes professeures, je vais avoir du mal à me concentrer.
— Bonjour, je suis…
Cette voix m’oblige à tourner la tête. Une fille se tient là. Elle semble mal à l’aise.
— … Misty Serrano. Puis-je prendre une place à ta table ?
— Ouais, bien sûr, vas-y.
Elle me sourit.
— Je te remercie.
Les plats sont servis de manière magique. Je commence à manger en faisant attention à l’endroit où mon regard se perd parce que je ne suis plus seule. L’étudiante agrippe une chaise en face de moi et s’y assied après m’avoir longuement observée. Sa gêne crève le plafond. Je la ressens d’ici sans faire d’effort, tout comme je perçois qu’elle va prendre la parole.
— Puis-je connaître ton nom ?
— Effy MacKilgore.
Ses yeux s’ouvrent.
— Comme le duc Gillebrìde MacKilgore.
— Ouais, c’est mon ancêtre.
— Vraiment ?
Lentement, j’opine de la tête. Ils sont trop étranges. Quand les miens ont débarqué sur le nouveau continent, les titres n’avaient plus trop d’importance. Ils sont devenus des mercenaires. Je sais qu’après l’obtention de nos pouvoirs magiques, la famille s’est divisée et que certains MacKilgore sont rentrés au pays. D’autres ont décidé de perpétuer nos traditions sur les nouvelles terres.
Misty m’interpelle encore.
— Ça doit te faire bizarre d’être là, toute seule.
— Mes parents me manquent, mais c’est une tradition que l’aînée vienne étudier ici. Et chez les MacKilgore, on ne déroge pas aux règles ancestrales.
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