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Escort Girl · Kyrian Malone , Jamie Leigh

Lire Escort Girl en ligne gratuitement Chapitre 1

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Lana Queen était nerveuse. Depuis le début de la matinée, elle s'impatientait, son regard guettant les aiguilles de sa montre ou de la grande horloge du salon. Elle était rentrée chez elle en fin de journée, dans sa vaste demeure située à quelques kilomètres du centre-ville de Northfolk. Elle attendait, incertaine, un verre de scotch à la main, mesurant qu'il lui était désormais impossible de revenir sur sa décision.

La jeune femme qu'elle attendait arriverait d'une minute à l'autre de l'aéroport de Boston où son chauffeur était parti la chercher. Mais Lana ne savait plus... Avait-elle eu raison de faire appel à Monsieur Gold pour lui permettre de rencontrer cette jeune femme, cette dame de compagnie, comme elle le lui avait demandé ? Une femme qu'elle avait choisie parmi tant d'autres en feuilletant un simple album photo qu'on lui avait présenté. Monsieur Gold lui avait assuré une discrétion indéfectible et des "prestations" de qualité de la part de l'agence avec laquelle elle traiterait. Alors Lana s'était résolue à accepter son offre le temps d'un week-end. Elle avait payé une somme totalement indécente pour que cette agence de Boston lui communique les coordonnées de la jeune femme qu'elle avait contactée par e-mail. Par la suite, un simple appel avait suffi à convenir de la durée et du coût du contrat, du moins, de la période d'essai, car Lana n'était pas femme à s'engager sur du long terme sans avoir, au préalable, testé le produit qu'on lui vendait.

Et si Madame le Maire de Northfolk était impitoyable en affaires, il en était tout autre en relations humaines, ce qui lui valait d'être l'une des femmes les plus détestables et détestées de la ville à qui les habitants devaient tout.

Elle sursauta quand on frappa à la porte, arrachée à ses pensées troublées et posa son verre sur la table basse du salon. Elle rajusta sa robe moulante et marcha jusqu'à l'entrée tandis que ses talons hauts résonnaient sur le parquet à chacun de ses pas. Sa main sur la poignée, elle prit une légère inspiration et ouvrit avant de poser son regard sur la jeune femme dont elle n'avait vu que les photos et entendu que la voix. Celle-ci était telle que présentée sur les clichés. Assurée, le regard franc, elle avait tout juste vingt-huit ans. Blonde, ses cheveux longs tombaient sur ses épaules couvertes d'une veste en cuir rouge, ses yeux bleus la fixant avec assurance :

— Vous devez être Lana Queen... dit-elle d'un léger sourire.

La concernée mesura combien cette situation était gênante et les raisons en étaient légitimes. Elle acquiesça :

— Oui, en effet, et vous devez être Emma Leary...

Elle ouvrit plus grand, lançant un regard vers la route afin de s'assurer que personne n’était témoin de l'arrivée de son invitée particulière.

— Entrez, je vous en prie...

La jeune femme s'exécuta et Lana ne put s'empêcher de parcourir sa silhouette d'un coup d'œil avant de refermer. Elle avait encore du mal à croire à la présence de la jeune femme chez elle, et ce, pour toute la durée du week-end, à moins qu'elle n’en décide autrement. Elle glissa ses mains sur le tissu de sa robe et expliqua :

— Je vous ai fait préparer une chambre à l'étage.

Emma parcourut les lieux d'un regard attentif et esquissa un sourire amusé sur cette dernière remarque. Elle reposa les yeux sur sa cliente du week-end et prit le temps de la détailler. Lana avait tout d'une femme d'affaires à l'autorité débordante. Droite, vêtue d'une robe haute couture, de talons hors de prix, Madame Queen oscillait entre froideur et sensualité torride. Une véritable contradiction tout comme sa présence dans sa belle maison. Une femme qui, à première vue, ne songerait pas une seule seconde à outrepasser des limites, mais qui, en réalité, faisait appel à ses services...

— Une chambre ? répéta-t-elle.

Son sac d'affaires à la main, elle approcha lentement de sa cliente.

— Vous avez payé pour deux jours seulement, précisa-t-elle. Vous êtes sûre de vouloir que je passe mes deux seules nuits dans cette chambre ?

La nervosité de Lana venait de se transformer en gêne extrême sur cette approche inattendue. Elle était troublée, pourtant consciente des services proposés par la jeune femme. Mais sa pudeur et son manque de contact humain depuis un nombre incalculable d'années, la perdaient. Elle avait vu plusieurs photos d'Emma, mais se retrouver en face d'elle concrétisait ses attentes et la jeune femme était bien plus belle, bien plus charismatique qu'elle ne s'y était attendue. Son regard remonta de ses lèvres à son regard bleu :

— Je... Je vous ai dit que je souhaitais avant toute chose faire votre connaissance.

Emma ne la quitta pas des yeux comme elle gardait un petit sourire aussi charmeur qu'amusé. Après tout, elle était ici pour faire plaisir à Lana, lui donner entière satisfaction pendant deux jours. Elle n'était pas étonnée de lire un soupçon de confusion dans le regard brun pénétrant de sa cliente.

— Il existe plusieurs façons de faire connaissance avec moi, répondit-elle en ôtant sa veste de cuir. Laquelle vous vient à l'esprit en premier ?

Comment Lana pouvait-elle répondre à cette question en toute connaissance de cause ? Cette jeune femme était effectivement présente pour lui faire plaisir, ce qui entraînait de multiples analogies. En la voyant se dévêtir, poser sa veste sur le portemanteau de l'entrée, Lana parcourut une nouvelle fois la silhouette d'Emma. Athlétique, mince, la jeune femme prenait grand soin de son corps. Son allure de "garçon manqué" était encore plus évidente en face à face que sur les photos. Elle chassa de ses pensées les quelques images suggestives qui lui étaient venues en tête sur cette dernière question et répondit :

— Et bien... Nous pourrions déjà prendre un verre dans mon salon...

Elle passa devant elle.

— J'ai un très bon scotch importé d'Irlande.

— OK, répondit Emma en la suivant.

Lana devait s'occuper les mains afin de calmer sa nervosité qu'elle espérait suffisamment discrète pour ne pas paraître idiote. Elle récupéra un verre, y versa le liquide couleur ambre avant de le tendre à son invitée qu'elle ne pouvait s'empêcher de détailler. Lana n'arrivait à croire qu'elle avait eu l'audace de payer une escorte-girl pour lui tenir compagnie le temps d'un week-end.

— J'ai bien compris que je ne devais pas poser de questions privées, tenta-t-elle, mais...

C'était plus fort qu'elle.

— Faites-vous ce travail depuis longtemps ?

Emma ramena le verre sous son nez et respira les parfums de l'alcool. En effet, Madame Queen ne s'épargnait rien en termes de confort ou de plaisirs... Ses services, ajoutés au whisky importé, aux vêtements qui l'habillaient, représentaient déjà une belle petite somme, plus d'un an de salaire pour une personne d'un niveau social modéré. Elle goûta le whisky et répondit avec un regard suggestif :

— Assez pour répondre à toutes vos demandes et vous combler à la hauteur de votre investissement.

Elle repoussa ses cheveux blonds d'un mouvement de tête et reposa ses yeux bleus sur elle.

— À vous de voir ce que vous voulez faire de moi...

Lana sentit un long frisson. Ce dernier était sans doute trop brûlant pour qu'elle soit capable de dire quoi que ce soit. Ses joues empourprées, elle s'apprêta à répondre, mais se reprit en détournant son regard, visiblement gênée. Elle se recoiffa d'un geste de la main avant de dire enfin :

— Vous... Vous êtes très directe Miss Leary.

Elle prit une légère inspiration avant de reposer ses yeux sur Emma, incapable d'imaginer qu'elle avait effectivement le droit de décider ce qu'elle "voulait faire d'elle".

— Mais comme je vous l'ai dit au téléphone, je n'ai pas l'habitude d'avoir recours à ce genre de service et tout cela est... Nouveau... Pour moi... Vous comprenez ?

Emma but une autre gorgée de whisky, compréhensive. Madame Queen avait effectivement quelques réserves, d'évidentes retenues face à elle. Comme quelques-uns de ses clients, Lana gardait ses distances au premier abord, mais Emma savait qu'il n'était question que de temps. Après un premier contact, de petits gestes rassurants, Madame Queen délaisserait sûrement ses bonnes manières de grande dame pour s'abandonner à quelques fantasmes...

— Je comprends, répondit-elle.

Elle fit quelques pas dans la pièce, le verre à la main, et balada ses yeux sur les meubles, les bibelots, la décoration de ce large salon. Tout le confort y était, sobre, classique, sans débordement outrancier, chaque chose reflétait sa propriétaire et son petit côté ordonné et distant vis-à-vis de la vie. Parce qu'un intérieur parlait pour la personne, Emma avait l'habitude de cerner ses clients en jetant quelques coups d'œil curieux à l'aménagement de leur demeure.

— Je suis réputée pour mettre les gens à l'aise, ajouta-t-elle en prenant une pomme dans un saladier de verre. M'adapter en toutes circonstances.

Elle se tourna vers elle et la détailla à nouveau. Elle avait eu de la chance, Madame Queen était d'une beauté indéniable, aussi séduisante qu'inaccessible, un véritable défi, une carapace qui ne demandait qu'à être percée.

— Mais ce que je pourrais vous dire sur moi n'enlèvera pas pour autant vos retenues. Et si vous me laissiez faire le premier pas, je suis sûre que vous ferez tous les autres...

Lana l'avait suivie des yeux et ses sourcils s'étaient levés sur ces derniers mots. Laisser Mademoiselle Leary faire le premier pas était une idée aussi troublante que de l'avoir imaginée dans son lit tous ces longs derniers jours d'attente. La présence de cette jeune femme blonde chez elle rendait le fantasme à la fois plus réel et plus inaccessible. Une folie que Lana avait les moyens de se payer à outrance, mais qui la paralysait maintenant sur le fait accompli. Il ne s'agissait plus de gagner des élections, d'obtenir des contrats de construction pour sa société. Il était question de vie privée et Madame le Maire n'en avait plus depuis bien des années. Son téléphone sonna à cet instant et l'arracha à la fois à ses réflexions et sa contemplation. Elle récupéra son téléphone posé sur la table basse.

— Excusez-moi je dois répondre.

Elle décrocha :

— Queen ?

Son interlocuteur n'était autre qu'un de ses secrétaires détaché à la gestion de ses biens immobiliers en ville. Tout en l'écoutant, elle continuait de suivre du regard son invitée qui parcourait les tranches des livres de sa bibliothèque. Le sien évaluait sa silhouette, ses formes, sa tenue, son allure dans son jeans moulant, son débardeur léger, son incroyable talent à être si décontractée alors qu'elle était excessivement tendue. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, Lana n'avait jamais connu pareil trouble en présence d'une autre femme. Son assistant l'interpella :

# Madame Queen ? Vous êtes toujours là ?

— Oui, dites-leur que je dois réfléchir, répondit-elle d'un ton plus froid, et envoyez-moi les détails par e-mail... Et inutile de me rappeler avant lundi, Clyde, je ne serai pas disponible.

# Bien Madame.

Lana raccrocha sans avoir réellement écouté les explications de son assistant. Son regard demeurait irrémédiablement captivé, attiré par la blonde à quelques mètres d'elle.

— Souhaitez-vous déjeuner avec moi ? tenta-t-elle.

Emma posa son verre sur une petite table près du canapé et glissa ses mains dans les poches arrière de son jeans. Elle avait senti les yeux de Lana sur elle, avait deviné son intérêt pour son corps. Après tout, elle en prenait assez soin pour savoir qu'il attirait les regards. Tel était le but de son travail... Suggérer des idées indécentes dans la tête de ses clients lui apportait argent et réputation.

— Vous proposez, je suis, répondit-elle sans hésiter.

Lana était gênée par tant de "facilité" et reformula :

— Je voulais surtout savoir si vous aviez faim et si, de ce fait, il vous ferait plaisir de déjeuner en ma compagnie...

Emma marqua une pause sur cette précision de la part de sa cliente. Son sourire réapparut en constatant qu'en plus de vouloir obtenir tout ce qu'elle désirait, Lana voulait aussi connaître son avis sur elle.

— Alors j'ai faim, répondit-elle, j'aimerais beaucoup déjeuner avec vous et je suis impatiente de vous montrer à quel point vous avez eu raison de faire appel à moi...

Amusée et joueuse, elle la désigna du doigt avant d'ajouter :

— Et vous êtes le genre de femme avec qui j'aurai plaisir à... travailler. Déjeunons, ça vous mettra en appétit.

Lana voulut croire que cette réponse était un compliment sur sa personne, sur son physique. Mais rares étaient les fois où on la complimentait, même si elle savait être une très belle femme. La situation était inhabituelle à ses yeux, de ce fait, ses réflexions et ses capacités d'analyses le devenaient tout autant.

— Bien, conclut-elle à ses propres pensées.

Elle marcha vers les baies vitrées de la demeure et les ouvrit, celles-ci donnant sur une grande terrasse où trônait une table non loin de la piscine et du jacuzzi.

— Faite comme chez vous, je reviens.

Lana s'éloigna vers la cuisine, l'esprit incroyablement embrumé par ce qui était en train de se passer sous son toit et qui, pour la première fois, lui semblait totalement hors de contrôle. Accueillir cette jeune femme chez elle était de loin l'un de ses projets les plus fous. Mais dans ce cas précis, il n'était pas question de travail, de compromis d'achat ou de vente, de signature de contrat valant des millions. L'idée qu'Emma soit là pour elle était à la fois excitante et absolument effrayante, car jamais personne n'avait partagé sa vie, même l'espace d'un week-end. Lana était de ces femmes hyperactives, dépendantes de son travail, de ses activités professionnelles et cette option d'escort-girl avait semblé idéale pour changer sa routine et s'offrir un peu de divertissement. Mais maintenant sur le fait accompli, face à Miss Leary, Lana se découvrait moins entreprenante et assurée qu'en affaires.

Quand elle rejoignit Emma sur la terrasse, celle-ci avait profité de l'eau réchauffée de la piscine. Ses vêtements laissés sur les margelles au bord du bassin, elle avait plongé en sous-vêtements. Revenue du côté de la table après avoir nagé quelques longueurs, Emma s'accouda au rebord et posa les yeux sur Lana qui venait de déposer des plats et des couverts.

— Je n’ai pas pu résister à votre piscine, fit-elle.

Elle s'appuya au rebord et s'aida de ses bras pour sortir de la piscine. Elle essora ses cheveux blonds et s'approcha sans se soucier de son corps entièrement mouillé.

— Vous êtes un peu pâle, vous devriez quitter votre robe et me rejoindre dans l'eau... Depuis quand vous n'avez pas profité de votre belle terrasse ensoleillée ?

Lana avait manqué de lâcher le plateau avec les assiettes et les plats qu'elle venait de poser sur la table. Diable qu'Emma Leary était attirante, son corps à peine recouvert de ses sous-vêtements. Avait-elle seulement conscience de ses charmes ? Certainement, se disait Lana en essayant de se reprendre. Elle avait suivi le lent chemin d'une goutte d'eau qui avait longé son cou, le haut de son torse, le galbe de sa poitrine avant de mourir dans le tissu humide de son soutien-gorge. Lana cligna des paupières, détournant son regard brun brûlé par la vision du corps d'Emma.

— Je n'ai pas beaucoup de temps pour cela, dit-elle.

Elle tenta un léger sourire en posant les assiettes.

— Mais c'est un réel plaisir de vous voir vous y baigner.

Emma esquissa un léger sourire, tout à fait consciente de l'effet qu'elle avait sur Lana. Au moins, l'attirance était présente et le désir bien réel d'après ce qu'elle lisait dans le regard fuyant de son hôtesse. Elle l'aida à dresser la table et récupéra sa paire de lunettes de soleil qu'elle gardait pendue au col de son débardeur.

— Tant pis pour vous, alors, commenta-t-elle.

Puisque Lana prenait place autour de la table, elle fit de même et s'assit près d'elle en ajustant les lunettes sur le nez. De toute évidence, Madame Queen aimait les bonnes choses dans divers domaines. Une salade de tomates assortie de mozzarella accompagnait un filet de saumon grillé aux herbes. Les parfums savoureux éveillaient l'appétit autant que les papilles.

— Vous êtes une fine cuisinière en plus d'être une femme d'affaires ou vous avez commandé tout ça chez votre traiteur ?

Un autre compliment qui troublait Lana. À force d'être détestée des habitants de sa propre ville, elle en oubliait certains de ses talents. L'avantage avec son invitée extraordinairement attirante était que celle-ci ne la connaissait pas telle que les gens de Northfolk la connaissaient.

— Je cuisine, confia-t-elle. C'est une des rares activités qui me détendent.

Elle commença à manger, incapable de ne pas relever ses yeux fascinés sur Emma.

— Et vous, que faites-vous quand vous ne travaillez pas ? demanda-t-elle.

Emma goûta un morceau de tomate avec un peu de mozzarella. Elle appréciait la bonne cuisine quand elle avait l'occasion d'en manger. Une fois de plus, Lana se montrait curieuse sur sa vie privée. Une vie qu'elle tenait à dissimuler, à garder à l'écart de son travail.

— Du sport, répondit-elle quand même. J'essaie d'entretenir mon outil de travail...

Un petit sourire suivit sa remarque au sujet de son corps et elle demanda sans tarder :

— Mais parlez-moi de ces rares choses qui vous détendent en dehors de la cuisine... Ou de ce qui vous fait plaisir en général.

Elle se redressa, releva ses lunettes sur ses cheveux humides et posa ses yeux bleus sur son hôtesse au charisme étourdissant. Elle avait envie de creuser, d'en apprendre davantage.

— Une femme avec autant de pouvoir, d'argent et de stature doit bien avoir quelques fantasmes... Quelques envies encore inassouvies. Sinon, je ne serais pas là.

Ce sujet accentuait la gêne de Madame le Maire autant que le regard bleu et pénétrant de son invitée qui semblait à l'aise en toutes circonstances. Lana n'était guère habituée à ce genre de déjeuner plus intime, à des rendez-vous galants ou des tête-à-tête aussi envoûtants.

— Je ne fréquente personne, s'empressa-t-elle de dire. Je n'ai pas eu de relation amoureuse depuis des années.

Elle baissa ses yeux sur sa fourchette et songea aux fantasmes inassouvis auxquels Miss Leary faisait référence.

— C'est un de mes collaborateurs qui m'a suggéré de faire appel à cette société à Boston.

Elle la regarda et justifia :

— Je ne voulais pas au début... Je n'ai jamais eu recours à ce genre de pratique.

Après une pause, elle récupéra son verre de vin blanc et ajouta en relevant son regard brun sur Emma :

— Mais ma curiosité m'a poussée à feuilleter le catalogue et j'ai vu votre photo.

Une fois de plus, Emma lisait autant de confusion que de pudeur sur les traits de Lana. Un trait de caractère que peu de personnes devaient voir chez sa cliente. Parce qu'en dehors de ce déjeuner en tête-à-tête avec elle, Lana devait se montrer implacable et autoritaire dans chacune de ses relations. Mais à travers ses retenues évidentes, elle devinait des envies, des désirs flagrants dans la tête de sa cliente.

— Détendez-vous, la rassura-t-elle après avoir bu un peu de vin. Et profitez... Vous n'avez aucun compte à rendre, aucune excuse à donner. Et tout ce que vous direz et ferez pendant ces deux jours ne sortira pas de chez vous.

Elle reposa le verre de vin, intriguée par les explications de Lana. Elle tourna un peu la chaise vers elle et demanda :

— Pourquoi vous m'avez choisie ?

Lana plissa les yeux sur cette question très directe qui exigeait bien sûr une réponse similaire. Un très léger sourire dessina ses lèvres et elle récupéra son paquet de cigarettes posé sur le plateau dans l'espoir de reprendre un peu de contenance.

— Vous êtes très belle, confessa-t-elle en amenant la cigarette à ses lèvres...

Elle aspira une bouffée et s'accouda à sa chaise, incapable de ne pas contempler la blonde près d'elle.

— Mais au-delà de la beauté, vous dégagez quelque chose de différent...

Le regard d'Emma sur Lana se fit plus malicieux sur ce compliment. Madame Queen avait tout d'une femme, d'une grande dame au sens strict du terme. Élégante, séduisante et bien éduquée, elle dissimulait tous ses vices derrière des traits ténébreux et charismatiques. Les femmes de pouvoir ayant réussi à grimper au plus haut niveau social avaient ce genre d'image, cette inébranlable carapace imperméable. Mais Lana se trouvait en sa présence, une escorte-girl avec quelques expériences en matière de psychologie humaine. Elle reprit son verre et but une gorgée avant de répondre :

— C'est vrai que je n'ai pas grand-chose en commun avec pas mal de mes collègues qui traitent avec les hommes... Eux veulent se faire cajoler et moi, je n'ai rien d'une mère. Et les femmes telles que vous cherchent à déchaîner ce qu'elles gardent en elles tous les jours sans devoir se confronter au sexe fort. On n'est pas nombreuses à traiter avec les femmes parce qu'avec vous, on doit se montrer particulièrement solides... Quelques traits masculins dans un corps féminin. Ça doit être ce qui me différencie des autres. Qu'en pensez-vous ? À quel genre de fantasme devrai-je répondre avec vous, Madame Queen ?

Emma devrait bientôt cesser de prononcer le mot "fantasme", songeait Madame le Maire, car il n'était point question de vices ou d'assouvissements quelconques de sa part. Or, ces paroles lui faisaient naître malgré elle tout un tas d'idées déplacées qui accentuaient cet état inhabituel dans lequel son invitée la mettait. Plus gênée, elle s'efforça de préciser :

— Je suis bien consciente du genre de services que vous proposez à vos clients Miss Leary, mais je ne suis pas...

Elle plia sa serviette et reformula :

— Je n'attends pas que vous répondiez à mes... Fantasmes. Je voulais vous rencontrer, ajouta-t-elle en la regardant. J'avais envie de vous connaître, de passer un moment avec vous...

Emma rit un peu sur ces paroles. Lana s'évertuait à rester dans les limites du raisonnable en toutes circonstances. Elle n'avait pas été aveugle et avait bien surpris l'étincelle d'un désir flagrant dans les yeux bruns de son hôtesse.

— Alors vous avez fait appel à moi parce que vous manquiez de gens à qui parler ?

Elle se redressa et piocha la dernière tomate dans son assiette.

— D'accord, ajouta-t-elle sans attendre de réponse. Ce n'est pas habituel, mais parlons...

Elle releva les yeux sur elle et reprit :

— De quoi voulez-vous discuter ? Politique, économie, sports, business, immobilier ? Je sais parler d'autres choses que de sexe si vous tenez à garder vos idées intimes pour vous...

Lana ne doutait pas des "ressources" de la jeune femme. Elle n'était pas naïve, devinait sans mal que ce genre d'escorte-girl ne se contentait pas d'être belle. Un week-end à trente mille dollars valait au moins le plaisir de pouvoir échanger de nombreuses conversations sur divers sujets. Et Madame le Maire avait également envie de connaître les centres d'intérêt de son invitée.

— Aimez-vous la peinture ? demanda-t-elle.

Emma prit deux ou trois secondes avant de répondre. Elle se cala contre le dossier de la chaise, les bras étendus sur l'accoudoir, le verre de vin dans une main.

— Je connais mes classiques. Mais vous connaissez les règles de l'escort, n'est-ce pas ? Je ne répondrai pas à vos questions si elles deviennent trop personnelles.

Cette règle était particulièrement agaçante, songeait Lana d'un regard qui révélait son désaccord. Elle reprit :

— Je vous demande simplement si vous aimez la peinture, pas de me montrer vos photos de famille.

Elle récupéra son verre.

— Et cette règle est ridicule si vous voulez mon avis !

Emma esquissa un autre sourire devant cet agacement palpable. Lana avait sûrement l'habitude d'obtenir tout ce qu'elle désirait et ne se heurtait pas souvent à des refus ou des objections.

— Vous peignez ? demanda-t-elle sans tenir compte sa dernière remarque.

— Oui, je peins ! répondit Madame Queen sur un ton toujours agacé.

Elle se leva afin de débarrasser.

— Et vous demander de poser pour moi serait sûrement trop personnel, je suppose, alors je ne vous le demanderai pas !

Emma se mit à ricaner cette fois devant la réaction agacée de son hôtesse. Lana démontrait un côté opposé à tout ce qu'elle souhaitait dégager dans sa belle robe. Une petite fille qui exigeait qu'on réponde à ses caprices, voilà à qui ressemblait Madame Queen en cette seconde. Alors, Emma l'observa rassembler les couverts sur la table et se leva, amusée :

— Ma vie personnelle est privée, mais mon corps est à vous pour deux jours alors si voulez que je pose, je poserai... Il suffisait simplement de me le demander...

Une fois encore, Lana manqua de renverser assiettes et couverts du plateau. Son regard accusateur remonta sur la blonde. Celle-ci faisait-elle exprès de la provoquer à chaque fois qu'elle tenait quelque chose ? "Mon corps est à vous", lui disait-elle. Dire ce genre de chose de façon si directe était déplacé, mais diable que Lana en avait senti un doux et brûlant frisson.

— Nous verrons, répondit-elle. Voulez-vous un café, un thé, une tisane ? À moins que répondre à cette question soit aussi une façon indirecte de me donner des renseignements privés sur vos goûts en matière de boissons chaudes ?

Heureusement, Emma avait l'habitude de se confronter à toutes sortes de caractères dans son métier. Et Lana montrait ses limites à travers cette nouvelle accusation. Elle la suivit avec les plats et balada ses yeux sur sa silhouette moulée dans sa robe élégante.

— Un café noir sans sucre, répondit-elle.

Elle déposa les plats sur le plan de travail au milieu d'une grande et belle cuisine aux couleurs écrues et blanches. Elle s'appuya contre le rebord toujours en sous-vêtements après s'être baignée.

— Vous êtes toujours aussi capricieuse ou c'est juste avec moi ? demanda-t-elle pour taquiner.

Madame Queen glissa deux capsules de café dans une machine à Espresso dernier modèle avant de se tourner vers Miss Leary. Bien sûr, son regard ne put faire autrement que de se balader sur sa silhouette, ses jambes musclées, son ventre plat, ses épaules et ses bras entretenus certainement par la musculation. Ce qu'elle avait sous les yeux, Lana l'avait vu en photo, et la réalité était bien plus envoûtante et perturbante qu'elle n'aurait pu l'imaginer.

— Je ne suis pas capricieuse, se défendit-elle. Et même si je comprends et conçois que vous imposiez des règles à vos clients, ce que je fais également dans mon travail, je m'efforce de les adapter quand, par exemple, certains de mes acquéreurs se montrent particulièrement conciliants et ne cherchent pas à négocier mes tarifs !

Elle se tourna vers les deux tasses fumantes tandis que d'agréables parfums de cafés embaumaient la cuisine.

— Et je suis très conciliante puisque je n'abuse pas de votre... Gentillesse.

Emma n'avait pas bougé et gardait un sourire amusé par les réactions défensives de sa cliente. Elles n'étaient destinées qu'à dissimuler une nervosité qui lui faisait honte et la ramenait au même rang que le commun des mortels. Des femmes du genre de Madame Queen n'aimaient pas se voir ainsi vulnérables, affaiblies par des désirs incontrôlables. Lana lui tendit sa tasse et Emma se redressa. Sa main saisit l'objet, le déposa sur le plan de travail et l'autre glissa sur sa joue avant qu'elle ne l'embrasse. Si Lana s'évertuait à garder ses distances, Emma était là pour les effacer, faire disparaître les retenues et débrider les esprits échauffés. Alors le baiser fut sensuel parce qu'Emma n'avait aucune difficulté à l'approfondir. Les lèvres de sa cliente, pulpeuses et parfumées, éveillaient ses envies et rendaient ce travail beaucoup plus intéressant. Sa main libre lui ôta la tasse de la sienne pour la poser sur le rebord de la cuisine. Sans rompre le baiser, elle la poussa contre le marbre et murmura :

— Vous devriez... Je suis là pour ça.

Cette fois, il n’était plus question de frissons ou de simples bouffées de chaleur dans le corps fébrile de Lana. Ce dernier s'était éveillé sur le rapprochement de son invitée et le contact de ses lèvres l'avait fait trembler. Elle perdait le contrôle de ses émotions, de son esprit, de son être tout entier face à pareil assaut et tant de sensualité. Lana ne savait dire à quand remontait la dernière fois qu'on l'avait embrassée de la sorte, l'eut-on un jour embrassée ainsi... Elle ne put alors que refermer ses lèvres sur celles de la blonde dont les parfums sucrés accentuaient l'état second dans lequel Emma la mettait... Piégée contre le comptoir, son corps à moitié dénudé contre le sien, comment pouvait-elle lutter tandis que sa main venait de se fermer fébrilement sur sa hanche, mesurant ainsi la douceur de sa peau. Un léger soupir lui échappa...

— Miss Leary... Attendez...

Elle la vit se reculer, percevant de doux et délicieux vertiges accompagner les frissons qui parcouraient ses membres. Sa main sur le haut de son torse nu, ses doigts étaient à peine refermés sur sa peau tannée. Son regard dans le sien avait certainement changé d'étincelle, non plus accusateur, mais brillant en sondant les prunelles bleues d'Emma.

— Je pensais que... Que nous pourrions prendre le temps.

Emma reprit le sourire sur cette suggestion peu étonnante de la part de Lana. Celle-ci avait-elle conscience des raisons de sa présence ici ? En général, ses clients ou clientes n'avaient pas pour habitude de la repousser ainsi. Mais tester les limites de Madame Queen et jouer avec ses désirs qu'elle voyait pétiller dans ses yeux ajouterait un peu de piquant. Elle récupéra une fraise dans la corbeille de fruits posée sur le plan de travail et se recula.

— Je suis obligée de vous rappeler que vous n'avez que deux jours pour prendre le temps...

Elle croqua dans la fraise et s'appuya contre le rebord de la cuisine sans quitter Lana des yeux. Chacun de ses gestes ainsi que chaque regard lancé étaient destinés à l'allumer, à attiser des envies bien présentes dans la tête de sa cliente. Elle prit appui au rebord du plan de travail et s'y assit dessus avant de croiser les jambes, sans gêne.

— Vous êtes une femme surprenante, Lana... Vous faites appel à une agence d'escorte underground et vous voulez prendre le temps...

Elle jeta un regard sur la fraise déjà entamée et la ramena entre ses lèvres pour la terminer. Le jus sucré du fruit garda son corps au chaud après le baiser qu'elle avait volé à sa cliente. La fraise était certainement l'un des fruits les plus sensuels en termes d'érotisme.

— Si vous voulez garder le contrôle, il suffit de me le dire, je vous laisserai prendre les choses en main.

Elle ramena sa main en arrière pour s'y appuyer et posa l'autre sur sa cuisse dénudée. Son regard rivé sur Lana, elle croisait le sien baladeur et vagabond et s'en régalait.

— Vous l'avez déjà fait avec une autre femme ?

Madame le Maire suffoquait à présent. Elle avait elle-même mis fin à ce baiser et un vent de fraîcheur avait soudainement contrasté avec la température de son corps suivant le baiser incroyable qu'Emma lui avait offert. Appuyée au comptoir, son regard avait bien sûr suivi les mouvements de la blonde, de la façon dont elle s'était assise à cette fraise qui était remontée à ses lèvres délicieuses. Comment était-il possible de dégager autant de sensualité, se demandait Lana.

— Oui, dit-elle... Il y a très longtemps.

Elle récupéra sa tasse et en but une gorgée avant de reprendre.

— Mais je ne rentrerai pas dans les détails.

Emma devina sans mal que l'histoire avec cette autre femme s'était tristement terminée. Cela ne demandait pas d'énormes capacités intellectuelles pour savoir que le passé de Lana se composait de quelques expériences douloureuses en matière de relations amoureuses. Son travail équivalait aussi à combler certaines choses, à répondre à des manques comme à jouer parfois les confesseurs... Elle sauta du comptoir et récupéra une autre fraise.

— OK... Vous savez ce qu'on va faire puisque vous voulez prendre le temps... Vous allez quitter cette robe et venir avec moi dans votre piscine géante et chauffée...

Elle s'approcha à nouveau, le regard aussi suggestif que résolu.

— Parce que si je suis là, c'est aussi pour casser vos habitudes de femme d'affaires surmenée et prendre du bon temps.

Lana ne pourrait résister de toute façon. Cette jeune femme avait un pouvoir sur elle qui ne l'étonnait pas. Son choix dans le catalogue d'escorts avait été évident, rapide, elle n'avait vu qu'elle parmi toutes les autres qui, malgré leur beauté indéniable, ne dégageaient pas autant de charisme et d'assurance qu'Emma.

— Bien, vous avez raison, je dois me détendre.

Son regard partit un instant sur les lèvres de la blonde, frissonnant au seul souvenir de leur baiser et elle se reprit :

— Je vais me changer, je vous rejoins.

Elle s'éloigna du haut de ses talons qui résonnaient sur le parquet et laissa Emma seule dans la cuisine. Celle-ci n'avait pas manqué de la suivre des yeux jusqu'à la voir disparaître. Lana avait effectivement une carapace solide qu'elle parviendrait de toute façon à briser avec l'aide de quelques-uns de ses charmes. Elle repartit vers l'extérieur, sur la terrasse et n'attendit pas pour se glisser dans la piscine. Il lui tardait de poser les yeux sur le corps de sa cliente sans sa robe... Lana était une très belle femme, aux nombreux atouts incontournables et Emma ne comptait pas gâcher cette mission où elle n'aurait pas à se forcer... Elle étendit ses bras le long du rebord, adossée et posa des yeux intéressés sur Lana qui réapparaissait, vêtue d'un élégant peignoir... Son sourire revint sur ses lèvres tandis qu'elle la détaillait avec attention. Le nœud fut défait, le vêtement tomba de ses épaules dénudées et découvrit un corps aux formes généreuses et sensuelles. Comment une femme comme Lana pouvait-elle avoir besoin d'escort ? Emma ne prononça pas le moindre mot espérant étouffer cette pudeur et cette nervosité étonnante qu'elle lisait encore à travers les retenues de Madame Queen.

Cette dernière contourna le bassin jusqu'aux marches et les descendit une à une en regardant la blonde dont elle captait le léger sourire charmant. Elle ne savait dire si elle l'amusait ou si Miss Leary se moquait d'elle, mais Lana n'était pas totalement à l'aise. Avoir conscience d'être une belle femme ne lui ôtait pas sa gêne et sa pudeur pour autant, surtout que Miss Leary était généreusement payée pour jouer le rôle de l'amante charmée.

— Vous n'êtes pas obligée, vous savez...

Elle s'assit sur l'une des marches, l'eau du bassin lui arrivant en bas du ventre et elle ajouta :

— De faire semblant que je vous plais.

Emma secoua la tête, plus amusée que jamais cette fois.

— Je ne vous aurais pas embrassée si vous ne me plaisiez pas...

Lana était la cliente et celle qui avait payé pour l'amener ici, alors Emma devait aussi se plier à ses exigences. Son regard demeurait attiré par le corps de Lana sans y être forcé. Son maillot de bain noir épousait ses formes avec volupté, compressait une poitrine généreuse sans être débordante. Emma aimait les femmes, surtout les belles femmes... Elle quitta le rebord de la piscine et s'approcha d'elle en remontant les premières marches de l'escalier immergé. Elle la contourna et s'installa dans son dos. Si Lana gardait ses distances, son rôle était de les effacer. Ses mains glissèrent sur ses épaules, l'une d'elles écarta ses cheveux bruns avant que ses lèvres ne se posent sur sa peau. Un frisson courut le long de sa colonne vertébrale, témoin d'un plaisir réel, sans subterfuge.

— Et c'est vous qui repoussez mes avances depuis tout à l'heure...

Lana percevait à nouveau de chaudes sensations l'envahir, mêlées de frissons, de légers tremblements, mais surtout de désir. Sa tête penchée sur le côté, elle laissait libre cours aux lèvres de la blonde, n'arrivant à croire ce qui était en train de se passer. S'offrir les services d'une aussi belle femme était une folie qui pourtant épargnait bien des complications, songeait-elle. Même si la femme en question repartirait à la fin du week-end. Lana ne voulait y songer et les assauts de Miss Leary effaçaient peu à peu sa pudeur naturelle. La sentir dans son dos, ses baisers dans son cou, la faisaient frémir... Elle ramena sa main sur sa joue, ses doigts appréciant la douceur de sa peau.

— Je ne vous repousse pas, dit-elle d'une voix plus basse sous l'effet de ses frissons... Je m'efforce de ne pas brûler certaines étapes...

Brûler était le terme exact, songea Emma. Celle-ci ne tint pas rigueur des souhaits de Lana. Sa cliente semblait satisfaite et ravie de ses assauts, de ses prises d'initiative et c'était tout ce qui lui suffisait. Sa main quitta son bras, glissa sur son flanc et s'égara sur son ventre plat. Elle en frissonna. Sa paume caressait la peau de Madame Queen, telle de la soie, aussi douce que chaude. Ses baisers suivirent simplement ses envies au gré de sa découverte. Lana ne tarderait pas à se laisser aller, à débrider son esprit englué dans quelques principes moraux. Ses lèvres se fermèrent autour de son lobe. Du bout de sa langue, elle le taquina, pimenta ce moment dérobé à sa patronne.

— Avec moi... Il n'existe aucune étape... Aucune limite, souffla-t-elle à son oreille. Pas besoin de bonnes manières. Il n'y a que votre plaisir qui compte.

Son autre main défit l'attache de son haut sans bretelle, motivée par l'envie et le contact de leur corps devenus maintenant plus proches. Le vêtement flotta à la surface de l'eau et fut écarté par les vaguelettes. Emma se savait réceptive à ses propres gestes, à ce qu'elle découvrait de sa cliente. La chaleur montait, le souffle se perdait parfois entre deux baisers dans son cou. Exciter Lana devenait alors nécessaire, obligatoire, plus excitant que le plaisir lui-même. Sa main sur son ventre glissa sur sa hanche, retraça la finesse de ses courbes et atteignit sa cuisse qu'elle contourna lentement. Ses doigts s'y agrippèrent à peine et elle la lui releva pour l'écarter de l'autre, la reposer sur sa jambe.

— Dites-moi ce que vous voulez, murmura-t-elle encore.

Comment Lana pouvait-elle répondre ou même encore raisonner ? Ce qu'Emma provoquait en elle dépassait l'entendement. Son désir devenait plus fort, incontrôlable à chaque seconde, atteignait des limites insoupçonnées. La blonde l'effeuillait avec sensualité. Chacun de ses assauts la renversait. Il n'y avait plus qu'une seule réponse à ses derniers mots susurrés à son oreille. Elle voulait Miss Leary, incapable de reculer, de songer à autre chose. Son visage empourpré se tourna vers le sien, ses prunelles brunes transpirantes de désir cherchant le contact de ses yeux tandis que sa main demeurait sur sa joue.

— C'est vous que je veux, avoua-t-elle dans ses émotions devenues trop intenses. Je vous veux depuis que je vous ai vue sur ces clichés...

La chaleur devint alors étouffante sur les derniers mots de Lana. Enfin, celle-ci se révélait, se découvrait et laissait exprimer ses pensées intimes. Emma ne trouva rien à redire et l'embrassa à nouveau pour répondre à cette demande. Le plaisir n'avait pas à être simulé, les envies venaient d'elles-mêmes et d'innombrables idées naissaient dans sa tête. Sa main dans son dos descendit sur ses reins. Du bout des doigts, elle effleura sa peau humide avant de contourner son flanc. Le galbe de son sein passa sous son pouce, éveilla un autre frisson et le baiser devint alors plus passionné. Un soupir s'en échappa, conséquence excitante de ses assauts audacieux. Emma découvrait la poitrine de Lana du bout des doigts, sans avoir besoin du moindre regard. Sa langue s'immisça entre ses lèvres, trouva la sienne avant de se retirer. L'attiser ainsi accentuait son plaisir nullement forcé. Lana faisait preuve de charmes redoutables et même une professionnelle telle qu'Emma s'y laissait tenter. Mais les habitudes devaient être cassées, les envies dépassées, les souhaits exaucés.

— Comment vous me voulez ? soupira-t-elle contre ses lèvres.

Elle déposa un autre baiser sur ses lèvres parfumées avant d'ajouter d'une voix chaude :

— Dites-moi de quoi vous avez envie...

Sa main contourna sa cuisse, se glissa à l'intérieur, sous l'eau. Emma la sentit trembler contre elle. Elle prenait peu à peu possession de son corps, le parcourait avec lenteur et délicatesse, sans impatience, sans précipitation.

— J'en aurai envie de toute façon, ajouta-t-elle.

Miss Leary avait-elle conscience de ce qu'elle provoquait en elle, se demandait Lana. Il ne s'agissait plus de faire marche arrière ou d'émettre un quelconque recul à présent. Madame le Maire était à l'écoute de son corps, des sensations qu'Emma faisait naître. Ce baiser, ses caresses moins chastes, ses nouvelles paroles attisaient un feu déjà brûlant dans chaque cellule de son corps. Comment voulait-elle Emma ? De quoi avait-elle envie ? Et Miss Leary lui sous-entendait qu'elle la désirait en retour. Il n'en fallait pas moins à Lana pour décupler son désir. Tant de réponses venaient à ces questions pourtant simples, des réponses que son corps formulait en un besoin irrépressible de sentir Emma prendre possession d'elle. Alors Lana rompit à peine le baiser et son regard dans celui d'Emma révéla l'ardeur de son désir.

— J'ai juste envie de vous, murmura-t-elle.

Son souffle était plus chaud, sa respiration, plus anarchique autant que les battements de son cœur dans sa poitrine. Elle se redressa à peine, se glissa sur Emma et ses doigts se faufilèrent jusqu'à sa nuque.

— J'ai envie de vous sentir en moi...

Cette fois, Emma sut qu'elle avait réussi. Lana avait repris le dessus, se décidait à exprimer ses envies sans plus songer à ses retenues. Installée sur elle, sa cliente lui démontrait toutes les raisons qui l'avaient poussée à faire appel à ses services. Son bras s'enroula autour de sa taille et ses lèvres repartirent sur sa peau brûlante. Elles recueillirent quelques gouttes d'eau jusqu'à atteindre son sein qu'elle n'avait fait que découvrir de ses doigts. Ce moment avait quelque chose de sensuel, passionné et intime. Lana semblait aussi sincère qu'authentique. Tels étaient les effets d'une relation charnelle. Les deux parties se livraient l'une à l'autre, perdaient alors la notion des circonstances ou de la réalité. Son rôle d'escorte n'existait plus et il ne subsistait qu'elle en tant que personne. Si Lana s'abandonnait, alors Emma n'aurait plus qu'à suivre et savourer cet instant en compagnie de sa cliente. Celle-ci révélait une beauté à toute épreuve, parfaitement irrésistible. Rares étaient les fois où Emma ressentait un désir véridique, sans effort ni artifices envers ses clients.

Dans l'eau, leurs corps trouvaient un peu de fraîcheur, l'air se tempérait et calmait les vagues de chaleur à chacune de leurs respirations. Une main s'égara entre les cuisses de Lana, écarta le maillot et ses doigts obéirent à son envie clairement prononcée, chaudement susurrée. Un nouveau soupir s'échappa, voilant le clapotis de l'eau contre le rebord de la piscine. Les lèvres d'Emma s'attardèrent sur son sein, renforcèrent les sensations. Elle pouvait sentir les doigts de sa partenaire se refermer autour de sa nuque. Elle guettait ses réactions enflammées, évidentes, écoutait ses demandes implicites. Ses caresses entre ses cuisses provoquaient l'effet escompté, un plaisir naissant encore contenu... Mais l'excitation ne demandait qu'à s'intensifier davantage. Alors Emma quitta son sein, déposa quelques baisers brûlants sur sa peau avant de la mordre à peine au niveau de son cou. Lui montrer un désir réciproque, une envie féroce décuplerait sûrement son extase, déchaînerait peut-être ses pensées intimes et enfouies.

— Dites-le encore, souffla-t-elle près de son oreille. Je veux vous entendre...

Lana s'enflammait et les températures estivales n'y étaient pour rien quant à la fièvre que son amante faisait naître. Ses doigts fermés dans ses cheveux dorés, elle n'avait d'autres choix que celui de s'abandonner à ses caresses, au plaisir grandissant que ses lèvres et ses doigts faisaient naître sur son intimité. Un léger soupir contenu s'évada de ses lèvres, révélateur d'une pudeur innée.

— J'ai envie de vous, répéta-t-elle... Je vous veux... En moi...

Et plus Lana sentait les doigts d'Emma entre ses lèvres intimes, exciter son clitoris, plus ce désir réclamait d'être assouvi, consumé jusqu'à l'extase la plus totale. Son regard dans le sien, elle sentit enfin ses doigts glisser lentement en elle. Le plaisir s'intensifia sans attendre, délirant, enfiévré sur les lents et sensuels va-et-vient que la blonde lui imposait. Lana ramena ses mains sur ses joues, vint taire un autre gémissement sur les lèvres d'Emma et susurra :

— Encore... Ne vous arrêtez pas...

Le plaisir faisait parler, libérait les envies, débridait les esprits les plus retenus. Enfin, Emma entendait le désir de Lana, le résultat de son approche délicate. À présent, elle pouvait exprimer le sien, délier sa langue et quelques-unes de ses pensées libertines. Parce qu'elle aimait ce qu'elle était en train de vivre, appréciait les doux gémissements étouffés qui s'échappaient des lèvres pulpeuses de son amante. Alors Madame Queen n'était plus la riche femme d'affaires renommée de la côte Est, mais une femme aux besoins trop longtemps inassouvis, aux envies folles. Emma prenait plaisir à la caresser et l'excitation n'avait nullement besoin d'être sollicitée ni renforcée. Ses doigts en elle, ses lèvres contre les siennes suffisaient à provoquer des émotions. Que de sensualité et de passion mélangées ne cherchant qu'à s'échapper de ce petit bout de femme aux parures élégantes, aux abords froids et autoritaires. Lana n'avait sûrement pas fait l'amour depuis longtemps et l'arrivée soudaine de son orgasme en fut une preuve irréfutable. Emma la sentit se crisper, effacer les derniers centimètres qui les séparaient pour taire son dernier soupir. Et même à cet instant, ses retenues demeuraient, de vieilles habitudes destinées à se protéger. Son corps se relâcha sur le sien après avoir tremblé une ultime fois. Le calme revint, le clapotis de l'eau reprit sa place en bruit de fond et Emma retira sa main... Le plaisir avait été pris, quelques envies assouvies, du moins, pour l'instant. D'un geste délicat, Emma glissa ses doigts dans les cheveux bruns de Lana qui gardait son visage enfoui dans son cou. Un léger sourire étira ses lèvres. Venait l'instant de lucidité, le moment où la conscience reprenait sa place avec la réalité. Quels seraient les prochains mots de Lana ? Quelle serait sa réaction ? Ces secondes suivant la première étreinte s'avéraient parfois difficiles pour la cliente. Alors Emma brisa le silence la première :

— C'est aussi une bonne manière de faire connaissance, vous ne trouvez pas ?

Lana sentait des vertiges incroyables perdurer après cette tempête de plaisirs. Elle n'avait pas été capable de retenir son extase. L'orgasme qui l'avait frappée avait été d'une intensité dont elle se souviendrait. Son visage se redressa, autant qu'elle reprenait ses esprits. La position dans laquelle elle se trouvait était des plus suggestives. Elle, qui n'avait jamais imaginé faire l'amour dans sa piscine, se retrouvait sur le fait accompli. Dieu merci, elle n'avait aucun vis-à-vis avec d'éventuels voisins, car son terrain était vaste. Son regard se reposa sur les traits ténébreux de Miss Leary tandis que son attirance envers elle demeurait intacte, pour ne pas dire renforcée par ce moment qu'elle venait de vivre dans ses bras. La jeune femme avait eu raison de ses retenues, de sa pudeur, avait su l'amener à outrepasser certaines de ses règles ou de sa morale.

— C'est une manière très agréable de faire connaissance, approuva-t-elle en glissant sa main sur sa joue.

Car malgré elle, Lana ne pouvait détourner son regard brillant des traits fins et insolents d'Emma. Elle eut alors l'audace de revenir l'embrasser dans un baiser moins empreint d'impatience ou de désir enfiévré, mais son baiser fut appuyé et délicat à la fois. Elle se recula, ses doigts glissant sur sa joue pour coincer une mèche dorée derrière l'oreille de son amante.

— Et j'ai aimé, avoua-t-elle...

Emma esquissa un sourire réjoui et charmé. C'était tout ce qu'elle voulait entendre de la part de son amante pour deux jours. Son regard brun pétillait encore, lui confiait mille autres envies que Lana devait garder tout au fond d'elle. Pour une femme à la réputation implacable, Lana révélait une fragilité et une sensibilité flagrantes. C'était encore un effet dû à une étreinte. Coucher avec une escorte n'exigeait rien, aucun engagement, aucune promesse. Alors le ou la cliente laissait simplement parler son corps.

— Je suis la meilleure, répondit-elle d'un ton léger.

Un bras enroulé autour de sa taille, elle récupéra son maillot flottant à la surface de l'eau et le lui présenta pendu au bout de son index.

— Et vous n’êtes pas mal non plus, finit-elle par confesser à son tour. D'ailleurs, on remet ça quand vous voulez...

Lana récupéra son haut de maillot tandis que ces seuls mots ravivaient déjà un désir indécent envers son invitée. Elle l'enfila, recouvrit sa poitrine qui avait été prise d'assaut par les lèvres de Miss Leary quelques minutes plus tôt.

— Ne me dites pas ce genre de choses, fit Lana.

Elle lui sourit enfin, d'un sourire léger, mais marqué d'émotions et d'attirance qu'Emma pouvait constater à travers ses prunelles brunes. Lana retourna l'embrasser, captivée par ses lèvres.

— Je pourrais vous prendre au mot, termina Madame le Maire.

Seulement, quand son téléphone sonna, ses traits se tendirent, cet appel l'arrachant à ce moment de détente, à des plaisirs qu'elle avait oubliés. Elle se releva, mais regarda Emma :

— Excusez-moi...

Elle quitta la piscine et marcha jusqu'à la table avant de prendre l'appareil qui continuait de sonner. Elle vérifia l'appel et décrocha d'un air sévère :

— Qu'y a-t-il encore Clyde ?

Emma se laissa retomber le long des marches de l'escalier de la piscine. Les bras étendus, elle laissait le soleil réchauffer sa peau pourtant bien marquée par le plaisir de son amante. Ce travail devenait de plus en plus intéressant, tout à fait à son goût. Elle finit par se redresser et quitta le bassin pour s'approcher lentement de sa cliente au téléphone. D'après ce qu'elle lisait sur ses traits tirés, sa conversation ne la satisfaisait guère. Peut-être pourrait-elle la dérider un peu ? Dans son dos, son bras reprit sa place autour de sa taille et sa main écarta ses cheveux bruns. Son corps se pressa au sien dans un frisson... Et si Lana la prenait aux mots comme elle venait de le lui dire ? Ses lèvres, mutines et vagabondes, repartirent à la conquête de son cou. Un sourire réapparut en sentant Lana se crisper légèrement.

Madame le Maire venait d'être troublée par cette approche à laquelle elle ne s'était guère attendue. Son assistant à l'autre bout de la ligne, elle perdait maintenant le fil de leur conversation. Mais au lieu de se reculer d'Emma Leary, de mettre un terme à ce câlin impromptu en plein appel professionnel, Lana s'agaça davantage après son assistant :

— Vous direz à mon père que je ne baisserai pas le prix et s'il souhaite négocier avec les acheteurs, qu'il m'appelle en personne.

# Je suis désolé, Madame Queen mais il a été très clair et étant propriétaire majoritaire, il est en droit de décider des termes de la vente. Comment voulez-vous que j'argumente ? Que dois-je lui dire ?

— Qu'il aille au diable ! répondit Lana.

Elle raccrocha, tendue et reposa son téléphone qu'elle aurait préféré éteindre, surtout en pareilles circonstances. Elle se tourna alors vers Emma qu'elle n'avait eue de cesse de sentir dans son dos, en oublia aussitôt l'appel de Clyde et les contrariétés associées à ses négociations. Tel était le pouvoir de la jeune femme sur elle, court-circuiter le cours de ses pensées, capturer son attention au moindre regard. En sentant Emma venir contre elle, sa main repartit sur sa joue, mesura la douceur de sa peau tandis que d'autres frissons de désir refaisaient surface.

— Vous m'empêchez de me concentrer, avoua-t-elle.

Le regard d'Emma refléta autant de malice que de satisfaction. Ses lèvres capturèrent les siennes dans un baiser provocateur et elle répondit :

— Fallait pas vous payer mes services...

Finalement, elle approfondit le contact puisque Lana succombait à ses avances. Emma avait raison de rappeler les raisons de sa présence ici. Lana avait déboursé une belle somme pour s'offrir ses services et Emma comptait se montrer professionnelle jusqu'au bout. Elle la poussa contre la table, la souleva à peine pour l'y asseoir.

— Dites-moi d'arrêter si ça ne vous plaît pas...

Lana s'enflammait une nouvelle fois. Elle avait enlacé aussitôt le cou de la blonde et sa main était partie sur son flanc pour la ramener entre ses cuisses. Comment résisterait-elle à d'autres avances de sa part si son invitée se montrait si entreprenante à son égard ?

— Je vous ne le dirai pas, susurra-t-elle dans le baiser d'un ton se voulant provocant.

Car Lana s'efforçait de garder le contrôle et voulait croire qu'elle plaisait à son amante. Qu'au-delà de ce "travail" d'escorte, Emma avait réellement envie d'elle. Percevait-elle ce désir brûlant autant que Madame le Maire s'y abandonnait ? Le souffle plus court et le regard plus brillant que jamais, Lana se recula et prit quelques secondes pour mieux détailler la jeune femme devant elle, prendre la mesure de cet instant, de ce qu’il s'était passé quelques minutes plus tôt dans la piscine, de ce qu’il pourrait se passer sur cette table si elle le souhaitait... Et Lana le voulait plus que tout, plus que tout elle désirait Emma. Elle retourna l'embrasser, laissa la blonde faire tomber le haut de son maillot de bain et sentit ses doigts agripper le bas qu'elle glissa le long de ses cuisses. Cette fois, Lana se retrouva nue et d'un geste de la main, elle fit tomber les quelques documents posés sur la table tandis qu'Emma la poussait à reculer, venant se glisser entre ses cuisses. Sentir sa peau, son corps chaud, ses parfums l'envahir tout entière décupla par mille fois les sensations qu'elle avait perçues dans la piscine. Lana pouvait bien suffoquer sous le poids de son désir, de la chaleur qu'Emma provoquait en elle, rien d'autre ne comptait que cet instant, que le corps de la blonde sur le sien, logé entre ses cuisses. Elle sentit ses baisers descendre dans son cou, bascula la tête en arrière tandis que sa main se refermait sur ses fesses musclées encore couvertes d'un tissu trop gênant.

— Vous allez me rendre folle, susurra-t-elle entre deux soupirs.

Escort Girl

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