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📖 Extrait gratuit — Exploration – Chapitre 1 à Exploration – Chapitre 6
Chapitre 1 — Exploration – Chapitre 1
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Exploration · Olin Torvingen

Lire Exploration en ligne gratuitement Exploration – Chapitre 1

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1 – Les mille regards

La forêt luxuriante d’Entrelombre, pleine de pépiements d’oiseaux, de bourdonnements d’insectes et de pas discrets des biches, se déployait autour de la Peredhel. Eowyn n’était pas inquiète pour autant, mais intriguée par ce qui l’observait. Qu’est-ce que c’était ?

Lorsqu’elle était arrivée devant Entrelombre, l’excitation de pouvoir en délimiter les frontières pour enrichir la connaissance géographique du Royaume où elle se trouvait, avait accaparé toute son attention. La demi-elfe essuya son front en tendant l’oreille.

Elle l’avait au bord des lèvres...

Pendant une seconde, elle pensait avoir trouvé le mot adéquat et la seconde d’après, il avait disparu. Quelque chose ou quelqu’un, comme mille regards braqués sur elle, venus de tous les côtés, mais issus de la même origine et Eowyn avait l’impression de connaître cette présence. De pouvoir lui donner un nom.

La forêt d’Entrelombre était vivante, disait-on. Ou hantée… Eowyn commençait à le croire. 

Se refusant à utiliser sa dague, la Peredhel avait recours à des sorts basiques pour écarter les obstacles devant elle, tant la végétation était dense. Les arbres, plus grands et plus sinueux, dégageaient une aura mystérieuse. Le craquement de leurs troncs sonnait plus comme un langage que de l'évaporation de l'eau qu’ils contenaient. L’atmosphère était très différente des plaines et des montagnes qu’elle avait franchies pour arriver au cœur de ses bois gigantesques. Le clapotis des petits ruisseaux qui répondait aux chants des grenouilles lui était familier. L’odeur de la terre, des feuilles et du bois en décomposition, l’humidité dans l’air, la couleur des lichens et des champignons, l’étaient aussi, en partie. En partie seulement. Le nombre de mandragores regroupées à proximité des chênes, signifiant à son œil aguerri à quel point la magie habitait ces lieux, n’était pas non plus ce qui tracassait l’aventurière.

Tous ses sens étaient en éveil, à l’affût du moindre indice qui lèverait le voile sur ces mille regards qui attisaient sa curiosité.

Quelle créature pouvait être capable d’échapper à son odorat, à sa vue, à ses pouvoirs ? Quel être pouvait mettre autant d’intensité dans ses mille regards sans pour autant la terroriser ? Eowyn avait l’impression de le savoir, de l’avoir appris dans un livre ou de l’avoir déjà expérimenté. Elle connaissait les sensations, sans parvenir à les verbaliser. Tout restait au bord de ses lèvres, dans le non-dit. Eowyn n’avait pas le talent d’un trouvère, mais elle avait peu l’habitude de manquer de mots. Ne pas pouvoir définir quelque chose, c’était faire face à l’inconnu et pour une demi-elfe ayant parcouru l’ensemble des Royaumes, avant que la Catanoir ne les dévore. C’était agaçant.

Les mille regards la surveillaient intensément.

Il n’y avait pas un seul moment où elle ne sentait pas leur attention rivée sur elle, de tous côtés. Eowyn, habituellement si seule, commençait à apprécier cette présence autour d’elle. Ils hésitaient à décider ce qu’elle devait faire de cette curieuse Peredhel, vêtue de la tunique des sorcières du Nord et la demi-elfe s’en amusait ! Elle avait appris à les taquiner de temps à autre. Elle sentait leur questionnement silencieux qui se transformait en mise en garde lorsque la demi-elfe tendait sa main vers une fleur ou qu’elle saisissait son arc à la vue d’une fouine ou d’un oiseau. Eowyn avait renoncé à chasser, mais les mille regards l’ignoraient et elle aimait susciter leur réaction. Elle repensa au moment où elle avait envisagé de se baigner dans une rivière. Elle avait senti leur intérêt, puis leur déception lorsque la demi-elfe avait finalement renoncé, à cause de la température de l’eau. Amusée, flattée et perplexe à la fois, Eowyn avait hâte de trouver une autre occasion de provoquer son espion.

Eowyn s’arrêta, ôta son chapeau et le rangea, avec son manteau, au fond de son sac et sentit les mille regards approuver. Elle commença à se demander si l’air, qui devenait plus chaud et plus humide, n’était pas de son fait, puis repoussa cette idée grotesque. Elle s’essuya le front et libéra sa chevelure qui tomba sur ses épaules. Elle la tressa grossièrement et reprit sa route. Cacher le roux inopportun de ses cheveux n’avait que peu de sens ici et elle était curieuse de savoir si elle pourrait percevoir une réaction des mille regards qui l'espionnaient.

Ses cheveux n’étaient pas vraiment roux, mais plutôt acajou, aimait corriger sa marraine. « Acajou, ça peut très bien être la couleur de cheveux d’une sorcière respectable ! » Eowyn sourit tristement à ce vain mensonge, en entendant la voix de la sorcière du Nord, ronde et grave, dans sa tête. Malgré cette répartie facétieuse, c’était elle qui lui avait montré comment teinter ses cheveux ou les cacher sous son chapeau afin qu’on ne l’accuse pas d’être une magicienne ! Sa marraine l’avait recueillie à la mort de ses parents et lui avait enseigné un peu de sorcellerie. Mais elle l’avait perdue elle-aussi. Et lorsque son don s’était révélé, l’obligeant à voyager sans cesse, elle avait réalisé qu’elle était seule et qu’elle devrait apprendre à s’y habituer.

Seule. Non.

Son corps se figea immédiatement, les sens en alerte, pour n’entendre finalement que le tambourinement de son cœur affolé dans toutes les parois de son corps. Elle n’avait pas vraiment peur, analysa-t-elle, découvrant qu’elle avait saisi sa dague. Elle avait été surprise.

Elle observa silencieusement les alentours, sans rien voir d’anormal, en replaçant son arme dans son fourreau. La voix était celle des mille regards qu’elle sentait sur elle en permanence, elle en était sûre. Sa présence s’était intensifiée au moment où la voix avait tenté de la réconforter, puis s’était presque évanouie. Eowyn regretta sa vive réaction. Elle aurait dû essayer de répondre au lieu de réagir si brusquement. 

Un parfum de fruits rouges passa sous ses narines. Étonnée, elle le suivit, jusqu’à un cercle de frênes, espérant que les grands ours n’auraient pas la même idée. Au centre, trônait un arbuste couvert de mûres sombres et appétissantes. Eowyn se mit à saliver, se souvenant qu’elle n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Elle s’était tout d’abord inquiétée de son manque d’appétit, si contraire à sa nature, mais comme elle ne se sentait pas affaiblie, elle avait décidé de ne pas y attacher d’importance. Peut-être que dans les conditions difficiles qu’elle traversait, les qualités de ses origines elfiques finissaient par se révéler ? Elle repoussa cette idée grotesque, observant l’arbuste de loin, tout en humidifiant ses lèvres devant ces petites grappes brunes. Une légère brise la poussait doucement dans le dos et elle surprit sa jambe initier un pas sans son accord. 

Le cercle de frênes était trop parfait ! Ça ressemblait à un piège, ça ne pouvait pas être autre chose. C’était le premier mûrier qu’elle rencontrait depuis qu’elle parcourait Entrelombre ! Dans les forêts où la magie était plus présente que tous les insectes réunis, les dryades et les fae enlevaient les femmes enceintes et leurraient les jeunes enfants pour les attirer dans leurs griffes. Eowyn ne savait pas bien si tous ces contes étaient vrais, mais sa raison et son bon sens lui disaient de passer son chemin. Elle n’arrivait pas à quitter les fruits de ses yeux. Elle déglutit douloureusement en se forçant à les fermer et au prix d’un effort colossal, elle reprit son chemin dans la direction opposée.

Après plusieurs heures de marche, elle se retourna vivement, la main sur sa dague, un cri de surprise mourut dans sa gorge. Quelque chose venait de courir là-bas. Elle avait entendu les feuilles d’un if bouger. Son cœur cogna dans ses tempes et ses cheveux s’étaient hérissés sous l’effet de la peur. Des oiseaux, des écureuils, ça aurait pu être n’importe quoi ! Oui, mais c’était trop rapide et ça sentait la chair en décomposition. Rien de comparable avec la douce observation des mille regards, son espion mystérieux, qu’Eowyn avait décidé d’appeler « le murmure de la forêt » depuis qu’il s’était adressé à elle.

La chose s’était conduite comme un prédateur ! Elle dégageait une aura malfaisante et une exhalaison qui lui rappelait la Catanoir. Elle avait été si rapide ! Et maintenant, la présence furtive avait disparu, comment était-ce possible !

Eowyn avait toujours été persuadée que ses origines elfiques et ses pouvoirs étaient suffisants pour la sortir des mauvais pas. Se retrouver dans la peau d’une proie l’avait fait paniquer. Elle se cala contre le tronc d’un arbre pour reprendre son calme et réalisa qu’elle n’avait pas été la seule à avoir peur. Le « murmure de la forêt » avait été effrayé également. Elle caressa machinalement le tronc de l’arbre qui la soutenait. Elle aurait presque pu sentir une main se poser sur son épaule pour l’apaiser et elle ferma les yeux pour profiter de la sensation. Alors qu’elle glissait dans une rêverie semblable à un songe éveillé, la main descendit en douceur de son triceps jusque derrière son dos, dessinant ses muscles, appréciant les formes de son corps, prête à enserrer sa taille pour... Eowyn ouvrit des yeux ronds et frissonna. Elle secoua la tête et déglutit. Est-ce qu’elle imaginait les choses ou bien était-elle juste seule depuis trop longtemps ? Elle exhala et se remit en marche, inquiète d’être restée immobile en plein milieu du danger. Elle se souvenait du piège des mûres. Elle devait rester sur ses gardes. Elle avançait désormais en masquant ses traces et ne dormait qu’aux cimes des arbres. Avant de s’abandonner au sommeil, la Peredhel chantonnait à voix basse des charmes de protection et installait des pièges mineurs, de peur d’attirer ou de réveiller de plus grands sortilèges. 

Exploration

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