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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : Elle à Chapitre 3 : Eux
Chapitre 0 — Chapitre 1 : Elle
  1. Chapitre 1 : Elle
  2. 🔒 Chapitre 2 : Lui
  3. 🔒 Chapitre 3 : Eux
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Faux départ · Gaëlle Cathy

Lire Faux départ en ligne gratuitement Chapitre 1 : Elle

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Sidney profitait du soleil, allongée sur un banc du terrain de jeux Wood Street Park. Ses longs cheveux noirs tombant de part et d’autre de son visage. Les yeux fermés, écouteurs dans les oreilles, le bruit des enfants jouant, riant, recouvrant le son de sa musique dessinait un sourire sur ses lèvres. Ça la berçait. Le rire des enfants restait quelque chose de très précieux pour elle.

Elle inspira fort. Un temps radieux la réchauffait en ces tout derniers jours du mois d’août. Cela changerait vite. On l’avait prévenue à propos des longs hivers d’Ithaca, ici au nord de l’État de New York. Dès le mois d’octobre, les premières gelées apparaitraient tôt le matin, tandis qu’elle se rendrait au lycée.

Le lycée, elle refusait d’y penser et profitait de son samedi. Lundi arriverait bien assez tôt. Nouveau lycée, nouvelle ville, nouvelle vie. Elle tâcherait de faire de son mieux. Ces trois premières semaines se présentaient en demi-teinte.

Son sourire s’estompa. Elle se concentra sur ce qui allait. Ses frères Duncan et Logan, sa demi-sœur, la toute mignonne Erica, à peine quatre ans, et son demi-frère de six mois, Seth. Les chiens aussi, notamment son chien Gibson qu’elle se réjouissait d’avoir retrouvé.

En revanche, son père et Patricia… Cette dernière s’était montrée très gentille avec elle, pourtant Sidney n’ignorait pas que son arrivée dans leur vie créait un grand changement.

Le clash résidait entre son père et elle.

Elle secoua la tête, ne souhaitant pas y penser outre mesure. Elle se sentait bien sous le soleil, sur son banc, le rire des enfants autour d’elle couvrant les cris et le son des skateurs du skate park en face du terrain de jeux. En le traversant pour atteindre le parc, elle s’était retenue de s’y installer, cela lui paraissant vaguement familier, pourtant, elle n’avait plus remis les pieds dans un planchodrome depuis un an. Elle y avait passé un temps considérable avec ses amis ; pas tant sur les tracés eux-mêmes, mais dans la zone du skate park du quartier où elle vivait à Baltimore qui marquait le regroupement de dizaines d’adolescents. Cela signait aussi le déclenchement d’une spirale pour elle et beaucoup de ces jeunes désœuvrés. Ils étaient allés trop loin. Elle était allée trop loin, seulement, elle ne pouvait rien y changer. Or son père, lui, ne digérait pas.

Et voilà, déplora-t-elle en se redressant, assise, ses jambes de part et d’autre du banc.

— Keira ! appela un enfant.

Sidney soupira, elle venait de reproduire ce que son père accomplissait tous les jours ; ne pas la laisser oublier.

Parfois, pas une seconde ne passait sans qu’elle oublie. Elle craignait de ne jamais avoir de seconde chance. OK, troisième ou peut-être quatrième. Elle parvint à retrouver un léger sourire.

— Keira ! Keira ! Keira !

Keira, joli prénom, pensa-t-elle. La voix du petit garçon perçait ses pensées moroses. Pas commun non plus. Elle ne connaissait que l’actrice Keira Knightley avec ce prénom.

— Keira ! appela de nouveau l’enfant et Sidney tourna la tête dans sa direction.

Elle retint son souffle à la vue de la belle adolescente la fixant intensément, semble-t-il, indifférente aux appels du garçonnet, attendant sur une balançoire, sa peau mate comme celle de la jeune femme. Sans doute un petit frère, devina Sidney.

Qu’elle parvienne à former une pensée cohérente s’avérait déjà un miracle tant elle se trouvait figée, telle la jeune femme à trente mètres environ d’elle. Pourquoi la fixait-elle ainsi ? Et pourquoi elle-même ne parvenait-elle plus à détourner le regard ?

L’adolescente, typée indienne, paraissait sensiblement du même âge, seize ans, ou peut-être dix-sept. Elle portait un short marron clair évasé et une chemise blanche. Ses cheveux foncés, coupés au carré, étaient bouclés et méchés.

Sidney la trouvait vraiment belle. Elle lui rappelait une version adolescente de cette actrice qu’elle avait vue dans un film récemment. Quelle coïncidence ? souligna-t-elle. Ils avaient regardé « Mowgli : La Légende de la jungle » pour les enfants, Erica surtout. Sidney cherchait le nom de l’actrice. Elle savait qu’elle interprétait l’héroïne du film « Slumdog Millionnaire », toutefois son nom ne lui revenait pas. Elle le rechercherait en rentrant, se dit-elle intérieurement.

Pourquoi se fixaient-elles toujours ?

Sidney inspira une fois de plus, d’une douleur à la poitrine cette fois. Au souvenir d’Amy.

En une seconde, Sidney se trouvait dans cette église, peu inspirée par les sermons et prières du curé, sa foi chancelant depuis tellement d’années. Elle luttait toujours pourtant pour la conserver, pour que le Seigneur lui pardonne et l’aide à se pardonner. Puis cette sensation ce jour-là, cette force qui attira son regard sur la gauche et Amy, l’observant telle Keira à cet instant. Cet échange visuel si intense. Et le début de quelque chose de si beau, si fort, et si terrible, car qu’en restait-il sinon des regrets, des larmes et des ruines, comme tout ce qui l’entourait.

Sidney baissa la tête.

— Keira !

Cette fois, Keira réagit à la voix qui l’interpella. Un homme d’âge mûr, sans doute son père, au teint mat plus foncé que celui de Keira ou du petit garçon, la rejoignit. Une femme arriva, au teint plus clair elle aussi, vêtue d’un magnifique sari de soie, avec broderies. L’homme portait un simple jean foncé et une chemise bleue.

Sidney secoua la tête. Elle ne saisissait pas pourquoi elle s’était tant perdue depuis trente secondes, et elle s’efforcerait de ne pas comprendre. Elle devait reprendre à zéro ici, alors ce n’était pas le moment de tout ficher en l’air dès le départ.

— Ton frère attend depuis tout à l’heure que tu le pousses, Keira.

— Euh oui, désolée, maman.

Keira tourna une dernière fois la tête en direction de Sidney qui s’en allait. Elle ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil furtif en arrière. Leurs regards se croisèrent un bref instant avant que Sidney ne fixe de nouveau le chemin devant elle.

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