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Chapitre 1 — Chapitre 1 – Aénor Varton
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Hollywitch Waudins · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

Lire Hollywitch Waudins en ligne gratuitement Chapitre 1 – Aénor Varton

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Depuis plusieurs lunes, les forces obscures que nous appelons les Ténèbres libèrent de redoutables Waudins à l’est. Ma mère répète inlassablement que c’est pour mettre les hommes à l’épreuve. Je crois que depuis la mort de mon frère, elle ne trouve pas d’autre raison à sa disparition. Elle n’est plus la même depuis l’accident. Elle qui était si forte et directive a perdu de sa superbe. J’en suis inquiète. Personne ne sera jamais plus le même sans Conrad, mais c’est pour cette même raison que nous devons faire honneur à notre clan et prendre part à cette nouvelle bataille.

Ma mère, Emillane, et moi sommes face à face dans ses appartements du domaine. Elle est une femme plutôt grande, dotée d’une magie puissante. On dit de ma mère qu’elle a repoussé à elle seule le septième assaut des Ténèbres avant ma naissance, en 1430. Derrière son écritoire, elle vient de poser sa plume.

La famille Varton habite le Royaume de France depuis toujours. Ça fait vingt ans que je grandis dans l’éducation Varton, attendant le jour où je ferai honneur à mes ancêtres. Dans notre famille, c’est la sorcière la plus influente qui dirige le clan. Étant donné que je suis en passe de le devenir, j’ai suggéré à ma mère de me laisser sa place. Ce, depuis que les premiers événements nous ont été rapportés au sujet des Waudins. Elle refuse. Ces créatures menaçantes se multiplient. Rester ici, les bras croisés, me met hors de moi.

Ce n’est pas la première fois que le monde a affaire à ces créatures. Il se dit que d’autres les ont nommés Wendigos. Il n’en reste pas moins que ce sont des créatures dangereuses dont nous devons nous préserver. Ce que je sais d’elles, je l’ai appris dans ce qui est rapporté dans nos grimoires. On dit que ce sont des croque-mitaines, qui mangent adultes et enfants aux abords des forêts. Certains d’entre eux pourraient mesurer deux hommes de haut. Pourvus de puissants crocs et griffes charnues, ils seraient guidés par la violence et la soif de chairs humaines. On dit aussi que leurs cris peuvent vous glacer le sang, que leurs yeux sont rouge sang, et qu’ils sont particulièrement doués pour le camouflage.

— Tu n’as ni Dieu, ni Maître, Aénor.

Je garde mon sang-froid devant son ton accusateur, pour rétorquer aussitôt :

— C’est parce que vous étiez mon modèle que je suis tenace, mère.

Nous sommes interrompues dans une énième discussion lorsque mon père entre dans la pièce. L’homme de taille moyenne porte un courrier. Devant le regard sombre de ma mère, mon père détourne le regard. Il me soutient pour la passation de pouvoir, et ma mère le sait.

Néanmoins, il murmure :

— Navré, Emillane.

J’ouvre rapidement le mot qui nous a été apporté. Je fais remarquer :

— C’est la deuxième missive.

Assidûment, mes yeux clairs suivent les quelques lignes. Les nouvelles des chasseurs en région de Transylvanie ne sont pas bonnes. Le Mal n’a pas d’autre objectif que répandre la douleur et la perte. C’est ce qu’il va arriver si nous n’arrêtons pas ces Waudins. Les beaux jours sont de moins en moins nombreux. Je n’ose imaginer l’ampleur de la difficulté si nous devions prendre part au combat en plein hiver slave.

L’air grave, les sourcils froncés, je regarde ma mère pour lui apprendre :

— Les créatures ont progressé dans les Carpates. Certaines ont été arrêtées sur une colline qu’on appelle la Tampa, à proximité d’une ville dans le Pays de Bârsa.

Les non-dits pleuvent, et chacune tient sa position. Le face à face est intense, même si elle est assise face à moi. Nettement plus impulsive qu’elle, je reprends la parole la première :

— Nous devons y prendre part. Immédiatement ! Ce sera ma première décision.

— Aénor, tu vas vite en besogne. Le clan a besoin d’une sorcière réfléchie à sa tête. Que crois-tu que tu pourras apporter aux tiens lorsque tu seras au combat ?

— Notre famille s’investit pour une cause juste depuis des siècles. Je refuse de m’en tenir à l’écart parce que vous avez peur, mère.

Devant son silence, j’ajoute avec conviction :

— Assister les chasseurs est notre devoir, mais aussi notre force. Les générations à venir ne doivent pas perdre cette alliance. J’insiste, mère, soucieuse du bien des nôtres.

— Cela suffit, Aénor, réclame-t-elle.

Avec douceur, mon père pose une main sur mon épaule pour m’inviter à battre en retraite. J’ai un mouvement de recul. Faire face à ma mère, même si elle n’est pas au meilleur de sa forme, n’est pas une chose aisée. En plus, sa houppelande aux manches extrêmement longues et sombres lui donne une allure austère et inquiétante. Sous le rayon de lumière du soleil, les pierres qui ornent ses cheveux sont sa seule douceur apparente. Je n’aime pas me conduire ainsi à son égard.

J’assure encore :

— La mort de Conrad m’affecte autant que vous. La seule différence c’est que j’ai besoin de lui faire honneur et, pendant que nous discutons, d’honnêtes gens meurent ! J’irai, avec ou sans votre accord.

Les mots qui sortent de ma bouche sont vifs et passionnés. J’ai le souffle court et le cœur palpitant. Face à ma mère, je retiens tout de même ma respiration un instant. Cette fois, quelque chose a changé. Je le vois sur son visage, pendant une fraction de seconde.

Avec attention, elle replace ses longs cheveux blonds derrière ses épaules. Dans son regard, je vois passer cette étincelle qui lui manque ces derniers temps. Elle m’accorde, en accompagnant ses paroles d’un signe de main :

— Va et reviens-nous, Aénor. Dès lors, je réviserai ta demande.

Avec humilité, en exerçant une révérence, je la remercie. Il ne m’en faut pas plus pour me hâter vers la sortie. Je l’entends tout de même m’adresser :

— Sit magia te.

— La magie me ramènera, dis-je assurément.

C’est sans tarder que je retourne à mes appartements pour organiser mon voyage. Dès que mes affaires sont prêtes, je vais trouver Malorsie et Yselda. Cette dernière est la femme de mon défunt frère. C’est une sorcière valeureuse aux dons surprenants. Quant à Malo, elle est ma cousine germaine. J’ai confiance en elles. Nous sommes assez proches pour nous soutenir dans cette épreuve.

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