Jusqu'au bout de la nuit · Charlotte Kay
Lire Jusqu'au bout de la nuit en ligne gratuitement Chapitre 1
Vues : 2 943 vues
* Rachel *
Paris, quartier de la Défense.
Mais qu’est-ce que je fais ici ? se demande pour la dixième fois la jeune femme accoudée au bar. Dans quel guêpier je me suis fourrée ? Je n’aurais jamais dû écouter Gab, un rendez-vous arrangé avec une parfaite inconnue, ce n’est vraiment pas mon genre ! Elle soupire, indécise. Mais maintenant que je suis là… Avalant deux gorgées de son verre de vin blanc, elle se remémore sa conversation avec Gabriel, son colocataire et – accessoirement – son frère jumeau.
Rachel était rentrée un soir, fatiguée après une journée de réunion avec un client exigeant et une seule envie en tête : prendre une bonne douche et aller au lit. Malheureusement, son frère l’attendait au salon. « Faut que je te parle ! », lui avait-il annoncé, tout excité. Elle avait levé les yeux au ciel, comme souvent avec Gab, et songé que c’était elle qui avait hérité de toute la maturité. Il l’avait convaincue – je me demande bien comment ! – d’accepter un rendez-vous avec la meilleure amie de sa petite amie à lui.
Le toussotement de la serveuse la sort de sa rêverie. Son verre est vide et la femme repose sa question :
— Vous en voulez un autre ?
— Oui, merci, répond Rachel avec un sourire d’excuse.
Une fois resservie, elle commence à s’impatienter. Non seulement c’est une parfaite inconnue, mais elle est en retard, super ! Ses doigts tambourinent sur le comptoir sans qu’elle s’en rende compte et elle se retourne pour surveiller la porte d’entrée.
Elle ne connaît pas le bar dans lequel elle se trouve, Gab ayant décrété qu’il fallait un terrain neutre, propice selon lui à une première rencontre. Ben voyons ! Il s’agit du bar d’un hôtel situé à la limite de la Défense, le quartier d’affaires parisien. Gabriel et sa petite amie, Pénélope, l’avaient soi-disant choisi parce qu’il n’était pas loin de la tour où travaille Rachel.
« C’est uniquement pour te faciliter la vie, comme c’est ton premier rendez-vous arrangé », avait prétendu son frère avec une mauvaise foi évidente.
Tu parles, ils ont dû se trouver malins, ces deux-là ! songe Rachel, de plus en plus impatiente. Cinq minutes, et je rentre.
* Sam *
Je suis en retard, merde ! Sam a traîné chez elle, pas motivée pour un énième rencard avec une inconnue. Comme si ça ne suffisait pas, elle s’était trompée de sens en montant dans le métro, distraite par ses réflexions sur la façon dont elle allait pouvoir écourter une soirée qui n’avait pas commencé. Bref.
Sam passe la porte et marque un temps d’arrêt, autant pour se calmer que pour observer autour d’elle et trouver son rendez-vous. Une belle brune au visage fin et aux yeux bleus, paraît-il. Mouais. Armée de cette vague description, Sam a peur de ne pas la reconnaître, mais le bar à la lumière tamisée est quasiment vide. Elle repère la seule femme, pour l’heure gracieusement accoudée au comptoir. Ah, voilà ! On ne voit d’elle qu’un dos et des cheveux foncés, mais ça suffit à l’intriguer. Il se dégage de la femme une impression d’élégance éthérée tandis qu’elle bouge le bras pour lever son verre et en boire une gorgée, fascinant Sam par la fluidité de son geste.
Se reprenant, elle s’avance d’un pas assuré vers le comptoir. Arrivée à hauteur de l’inconnue qui semble perdue dans ses pensées, elle se pare de sa voix de velours et l’interpelle poliment :
— Bonsoir, tu dois être Rachel ? Je suis Sam, l’amie de Pénélope et de Gabriel.
La femme ne paraît pas déconcertée par sa présence et la regarde en acquiesçant du menton. Dommage, songe Sam, dépitée, car elle aurait aimé la surprendre. Il faut croire qu’elle m’avait repérée ! Rachel se lève pour saluer Sam, le sourire aux lèvres. De nouveau, celle-ci est éblouie par la grâce de l’inconnue.
— Sam, c’est le diminutif de quelque chose ? demande Rachel, rompant sans le savoir le charme du moment.
C’est pas vrai, pourquoi c’est à chaque fois la première question qu’on me pose ? Sam réprime un mouvement d’impatience, sans succès. Elle constate que Rachel le remarque et en perd le sourire. Reprends-toi, c’est pas de sa faute, après tout. Sam se jure que c’est le dernier rendez-vous de ce genre qu’elle accepte. Je préfère rester célibataire jusqu’à la fin de ma vie !
— C’est Sam tout court, rien derrière, répond-elle plus sèchement qu’elle ne l’aurait souhaité.
— Oh, je suis désolée ! s’excuse Rachel en rosissant. On doit te poser la question souvent, je n’y avais pas pensé.
— Mais la demoiselle est rarement aussi jolie, réplique Sam, tout ressentiment envolé devant l’expression adorablement contrite de Rachel.
Celle-ci devient écarlate et change de sujet, demandant à Sam ce qu’elle veut boire.
— Comme toi, ça sera parfait.
Rachel passe commande, tandis que Sam prend le temps de la détailler. La femme à côté d’elle, toujours debout, fait sa taille. Ou un peu moins, c’est difficile à dire avec mes talons. Elle est mince et porte un impeccable chemisier blanc rentré dans un pantalon de tailleur gris finement rayé de noir. Sam repère la veste assortie sur le tabouret à sa gauche et se demande ce que Rachel fait dans la vie. Nous allons vite le découvrir, se dit-elle en continuant son examen d’une discrétion modérée. Les cheveux bruns de la femme effleurent des épaules qu’elle devine bien dessinées et entourent un cou gracieux. Sam s’oblige à ne pas descendre vers sa poitrine et son regard croise celui de Rachel. Elle est saisie par la finesse de ses traits et par le bleu profond de ses yeux. Son rendez-vous se met soudain à rire.
* Rachel *
— Alors, tu me donnes combien ? plaisante Rachel.
— Mmm, réplique Sam du tac au tac, voyons… Un corps de rêve, de beaux yeux bleus, un visage aimable et souriant… Disons dix-sept sur vingt.
— Quoi, c’est tout ?
— C’est que tu as perdu des points avec mon prénom ! se désole faussement Sam.
— Quelle misère ! Bon, je vais devoir me rattraper, voilà tout.
Rachel invite Sam à s’installer sur un des canapés. Elle a le sentiment que la soirée va se passer mieux que prévu. Rachel est étonnée par le choix de son frère : Sam est plus grande qu’elle, elle a une chevelure châtain relevée en chignon, mais qu’elle devine assez longue. Rachel préfère en général les femmes androgynes aux cheveux courts. Ce n’est pas qu’elle a un genre, mais quand elle se repasse le film de sa vie depuis son coming-out, elle se rend compte qu’elle est attirée par un certain type de filles. Bon, OK, j’ai un genre ! Sam est différente, mais elle a beaucoup de charme. Sa robe met parfaitement ses formes en valeur, et je suis sûre qu’elle le sait !
— Et sinon, comment doit-on faire ? demande-t-elle en observant Sam par-dessus le rebord de son verre.
— C’est ton premier rendez-vous arrangé ? C’est mignon !
Sam sourit à Rachel et celle-ci comprend qu’elle plaisante.
— Moi pas ! reprend la jeune femme. Pénélope semble vouloir à tout prix me caser. Je suppose qu’on peut commencer par comparer nos notes, ça risque d’aller vite : ni Pen ni ton frère n’ont voulu m’en dire beaucoup sur toi. Ensuite, on va rester sur le classique, je pense.
— Le classique ? Parce qu’il en existe plusieurs sortes ?
Rachel est perplexe – je n’y comprends rien ! –, ce qui paraît amuser Sam, qui ne se fait pas prier pour continuer :
— Eh oui ! Il y a le classique, donc, ainsi que le coquin, le silencieux… Celui-là, c’est pas le top, ça se termine souvent vite et rarement bien. Tu me diras, le coquin, c’est pareil, parfois !
— Hum, va pour le classique, alors, réplique Rachel, pas démontée par les allusions à peine voilées de Sam. Comme je suis nouvelle dans ce domaine, je te laisse commencer, Sam tout court…
— Ah ! Je crois que je vais plutôt te faire parler de toi. Mon amie Pen, que je connais depuis la fac, tu le sais peut-être, non ?
Rachel secoue négativement la tête. Pénélope, c’est la petite amie de son frère depuis bientôt un an, mais elle ne la connaît pas tant que ça. Rachel est une fille discrète ; elle n’a jamais voulu s’imposer, déclinant souvent les invitations aux soirées de Pénélope. Elle réfléchit un instant. Non, je ne me souviens pas l’avoir déjà vue, je ne crois pas que Gab m’en ait jamais parlé avant la semaine dernière.
— C’est vrai que je n’ai pas eu le plaisir de te croiser, chez Pen ou ailleurs, quand j’y pense. Ce qui est dommage ! continue Sam avec un clin d’œil. Donc, je disais, le peu qu’ils m’ont dit m’a donné envie de te connaître.
— C’est le but, j’imagine, vu que je ne sais rien non plus sur toi ! À part que tu es célibataire et que tu illustres des livres, notamment ceux pour enfants de Pénélope, je crois ?
Rachel regarde Sam avec candeur et espère que celle-ci va mordre à l’hameçon. Raconter sa vie la met mal à l’aise et elle préférerait que Sam lui parle d’elle. Vœu pieux : Sam ne se laisse pas avoir. Dommage, j’aurai essayé.
— Oh, tu n’aimes pas parler de toi, c’est ça ?
Rachel fronce inconsciemment les sourcils, contrariée d’être aussi transparente.
— Ne sois pas fâchée, reprend Sam en posant sa main sur celle de Rachel. Je suis comme toi là-dessus, donc je connais la manœuvre ! Écoute, je vais commencer, si ça peut t’aider à te sentir à l’aise, d’accord ?
Rachel hoche distraitement la tête, son esprit concentré sur la main chaude et douce de Sam, et sur l’étrange vague de regret qui l’envahit quand celle-ci la retire.
— Alors, reprend Sam après une gorgée de vin, j’ai vingt-huit ans, je suis dessinatrice et je travaille depuis trois ans pour les éditions du Petit Chapeau Rouge, qui publient Pen. J’illustre ses histoires, mais pas seulement. Quoi d’autre ? Je suis un cliché vivant : j’adore les chats, je pourrais passer mes journées rien qu’à m’occuper des deux miens, à les dessiner et à les prendre en photo ! J’aime aller au cinéma, moins lire. Je déteste le sport, mais me balader dans la nature, en mode tranquille, ça va. Ah oui, et j’habite le Marais, pas loin des Archives Nationales.
— C’est un quartier sympa, commente Rachel. Le bâtiment des Archives est magnifique, si les murs pouvaient parler, ils nous en raconteraient, des secrets !
— C’est ce que je me dis souvent. À ton tour, maintenant, conclut Sam avec un sourire encourageant. Tu ne vas pas y échapper. Cela dit, comme ça, on pourra passer à autre chose !
Rachel hausse un sourcil narquois.
— Passer à autre chose ?
Amusée, elle voit Sam devenir rouge pivoine. Elle éclate de rire, pas mécontente d’avoir fait rougir la jeune femme. Chacune son tour, non mais ! Elle se penche et tapote le genou de Sam pour la rassurer.
— Je plaisante. Je comprends ce que tu veux dire, il faut respecter un minimum les conventions sociales, et tout, et tout.
— Voilà, les conventions, c’est tout à fait ça !
— Dans ce cas… ! J’ai vingt-sept ans, j’habite avec mon frère jumeau dans le dix-septième, près du parc Monceau. J’aime lire, mais je manque de temps pour ça. Comme toi, je ne suis pas contre une balade à l’extérieur de Paris, quand la météo le permet, je connais d’ailleurs quelques endroits sympas. À part ça, je fais du sport pour me maintenir en forme, je vais à la piscine une fois par semaine.
— Tu ne trouves pas ça monotone, la piscine ? s’étonne Sam. J’ai essayé, mais j’ai trouvé ça ennuyeux !
— Non, du tout, ça me vide la tête, au contraire. Sinon, je suis assistante architecte pour Vidal Constructions, ce sont de gros chantiers BTP pour les entreprises, pas pour les particuliers.
— Ah, c’est pour ça que tu me parlais des murs des Archives Nationales !
— Oui, j’adore ce bâtiment, et le quartier, j’aimerais y habiter. Je suis un peu jalouse, avoue spontanément Rachel. Mais les loyers sont super chers, non ?
— Ne m’en parle pas ! J’ai de la chance, j’ai pu acheter, ma grand-mère m’a aidée. Sans elle, je n’aurais pas pu. Et je rembourse un crédit, tu penses. Mais je ne regrette pas, ce n’est pas grand, mais j’ai tout refait comme je le voulais. C’est appréciable, car je travaille chez moi.
Rachel se demande, surprise, ce que peut faire dans la vie la grand-mère de Sam, pour avoir autant d’argent. Ou un héritage ? Enfin, peu importe.
— Ça nous aurait plu, avec mon frère, reprend Rachel. Cela dit, on est bien où on est, c’est le meilleur compromis qu’on a trouvé, entre son boulot et le mien. Je bosse à la Défense et Gab en addictologie à l’hôpital Fernand-Widal. Qu’est-ce que je pourrais te dire d’autre ? J’aime les chats, mais je n’en ai pas, Gab est allergique. Autrement, j’ai toujours su que j’étais lesbienne, je crois. J’ai eu quelques histoires, rarement sérieuses, mais aucune qui ne se soit finie en drame. Ma famille l’accepte sans problème depuis mon adolescence, pas de drame non plus de ce côté-là. Et toi ?
Elle sent Sam qui se tend à côté d’elle et se maudit pour avoir amené le sujet sur le tapis. Mais quelle idiote ! Ce n’est pas parce que tout a été nickel pour moi que c’est le cas pour tout le monde. Imbécile !
— Mince, c’est trop tôt pour ça ? demande Rachel, confuse devant le silence persistant de Sam.
Indécise sur ce qu’elle pourrait ajouter, elle préfère se taire et attrape son verre pour se donner une contenance.
* Sam *
Sam observe Rachel prendre son verre d’une main qui tremble un peu. Rachel a l’air de s’en vouloir. Alors qu’il n’y a aucune raison, c’est moi qui suis stupide de penser direct à Erica dès que j’entends les mots « drame » et « lesbienne » dans la même phrase ! Elle desserre les dents pour s’excuser :
— Non, ce n’est rien, pardonne-moi, tu as parlé de drame et ça m’a rappelé mon ex…
— C’est moi qui suis désolée. Mon coming-out a été facile et j’oublie que ce n’est pas le cas de tout le monde.
Sam sourit à Rachel pour lui montrer que tout va bien et constate avec joie que Rachel ne tarde pas à lui rendre un sourire qu’elle trouve magnifique. Il illumine son visage et fait briller ses yeux. Ils sont tellement beaux ! songe Sam, sous le charme, Erica aussitôt oubliée. Elle a envie d’embrasser Rachel ; elle a chaud et ses mains deviennent moites. Paniquée par cette subite montée de désir pour une femme qu’elle vient juste de rencontrer, Sam se lève pour aller se rafraîchir.
Eh bien, ça fait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Sam s’asperge le visage d’un peu d’eau froide. Mais elle est craquante ! J’espère qu’elle m’aime bien, au moins un peu… Bref, t’enflamme pas, ma fille, tu la connais à peine ! Elle s’essuie les mains et revient s’installer en face de Rachel qui n’a pas bougé et consulte son téléphone.
— Tu ne t’es pas enfuie, quelle bonne surprise ! plaisante Sam, rien que pour la voir encore lui sourire.
— Je suis désolée pour tout à l’heure, pas besoin d’en parler, OK ? On peut garder ça pour un prochain rendez-vous ? ajoute Rachel en haussant un sourcil interrogateur.
Oh oui, oui, oui ! Sam est ravie de voir son souhait exaucé. Elle m’apprécie !
Une fois le sujet sensible d’Erica éloigné, la conversation se poursuit et passe d’une chose à une autre avec beaucoup de naturel. Rachel étonne Sam : Pénélope et Gab l’ont décrite comme timide et discrète, particulièrement avec les gens qu’elle ne connaît pas. Pourtant, elle semble à l’aise et elles discutent librement, avec fluidité, de chats, de sport, de musique, d’art ou du dernier film d’action américain que Sam, qui les adore, est allée voir la semaine précédente au cinéma.
Minuit est passé quand Sam, voyant Rachel étouffer un bâillement pour la seconde fois, lui propose de mettre fin à la soirée.
— Il est tard, je crois qu’il est temps de rentrer.
Sam se lève et enfile sa veste. Rachel l’imite, mais se retient à elle en fermant les yeux.
— Rachel, ça va ? s’inquiète la jeune femme.
— Oui, désolée, un étourdissement, ça m’arrive, je n’ai rien avalé depuis ce matin.
— Tu veux manger quelque chose ? Ils doivent avoir des snacks, ici.
— Non merci, c’est passé.
Sam n’est qu’à demi convaincue, mais elle n’insiste pas. Elle lui propose de la raccompagner chez elle, elle n’a pas envie de quitter Rachel tout de suite. J’espère qu’elle va dire oui !
— Volontiers, accepte immédiatement Rachel.
Surprise, mais ravie, Sam profite de l’occasion et glisse son bras sous celui de Rachel, qui semble se laisser faire avec plaisir. Du moins, c’est l’impression que ça donne !
Elles avancent rapidement entre les immenses buildings qui composent le quartier de la Défense, que Sam trouve laids et sans âme. Elle s’interroge sur ce que Rachel en pense, mais elle ne veut pas rompre le silence agréable qui s’est installé entre elles. Elles grimpent dans le métro, toujours silencieuses. Sam a envie de revoir Rachel et réfléchit à un moyen de le lui demander.
Arrivée à destination, Sam la regarde, hésitante sur la suite. Bisous, pas bisous ? Rachel se penche alors vers elle et l’embrasse sur la joue en guise de dernier remerciement pour la soirée et le trajet.
— Je sais que ça te fait faire un détour, mais merci.
— On peut se revoir ? ose enfin Sam, sous le choc du contact des lèvres douces de Rachel sur son visage.
— Bien sûr, Sam tout court, ma carte est dans la poche de ta veste, mon portable perso est noté derrière !
Clairement fière de son coup, Rachel éclate de rire et passe la porte de son immeuble sans laisser le temps à Sam de répondre. Eh bien, je ne m’y attendais pas ! Elle paraît douce, presque effacée par instants, et surtout tellement sérieuse ! Le cœur léger d’avoir récupéré le numéro de sa belle, Sam s’éloigne d’un pas guilleret.
*
De retour chez elle, elle se sert un verre de whisky, son somnifère personnel, et se laisse tomber dans le canapé. Pour d’autres, ce sont des comprimés ou du sirop pour la toux, mais Sam préfère un doigt de whisky, souvent accompagné de la télévision ou de la radio en fond sonore, pour l’aider à se vider la tête avant de dormir. Clyde, son gros chat noir et blanc sur les genoux, et Bonnie, sa petite chatte noire sur le dossier derrière elle, Sam repense aux moments qu’elle vient de vivre. La soirée l’a épuisée, mais elle ne la regrette pas. Pas une seule seconde ! Rachel a touché quelque chose au fond d’elle, quelque chose qu’elle ne croyait pas retrouver après Erica, la soi-disant femme de sa vie.
Il se trouve que non, elle ne l’était pas. Sam n’a pas voulu en parler à Rachel parce qu’elle a honte de cette histoire. Elle a honte d’avoir été une telle idiote et de s’être laissé retourner le cerveau par une personne malsaine comme Erica. Elles sont restées cinq ans ensemble et, tout ce temps, elle en a été amoureuse. Erica était une femme possessive, jalouse à la limite de la folie. Et une camée de première. Dire que je me suis laissée embobiner dans tout ça ! À l’époque, Sam s’était coupée de tout et de tout le monde, jusqu’au jour où Erica avait dépassé les limites en obligeant Sam à jouer les femmes au foyer pour mieux la surveiller. Sam était prête à le faire – c’est ça le pire ! – mais Pénélope veillait au grain et l’avait forcée à s’éloigner. Elle avait protégé Sam d’Erica quand cette dernière avait essayé de la reconquérir, risquant sa vie pour sa meilleure amie. Erica est actuellement en prison, et la jeune femme espère de tout cœur qu’elle n’en sortira jamais.
Sam secoue brutalement la tête pour chasser ces images sombres qu’elle veut oublier. Elle réussit à les remplacer par d’autres, infiniment plus belles, de Rachel, de son corps fin, de son visage souriant et de ses yeux d’un bleu si profond que Sam n’a qu’une envie : s’y noyer et s’y perdre. Elle se sent bien et s’allonge sur le canapé pour continuer de rêver à sa gracieuse brune. Elle finit par s’endormir, le sourire aux lèvres et les joues rouges à cause des images qui lui passent par la tête.
La suite te tente ?
Tu viens de lire l'extrait gratuit de « Jusqu'au bout de la nuit ». Découvre la suite de l'histoire sur la fiche du livre.

Commentaires (0)
Connecte-toi ou crée un compte pour laisser un commentaire.
Aucun commentaire pour le moment. Sois la première à en laisser un.