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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : La vie (Roxane) à Chapitre 3 : Drôle de destin (Roxane)
Chapitre 0 — Chapitre 1 : La vie (Roxane)
  1. Chapitre 1 : La vie (Roxane)
  2. 🔒 Chapitre 2 : Étonnante (Abby)
  3. 🔒 Chapitre 3 : Drôle de destin (Roxane)
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Juste une romance · Mélina DICCI

Lire Juste une romance en ligne gratuitement Chapitre 1 : La vie (Roxane)

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Extinction des feux. Les bureaux se vident peu à peu. Depuis ma fenêtre, Lyon s'étale pleinement à mes pieds, tel un décor de cinéma. La nuit plonge la ville dans l'obscurité. Me voilà encore la dernière sur place, comme souvent ces derniers mois. Plus je retarde le retour à la maison, plus cela me convient. La solitude me pèse trop. Alors que j'entends les portes de l'ascenseur s'ouvrir et se fermer au fond du couloir, je reconnais la voix de Lise non loin de là. Elle rit à gorge déployée en passant devant mon bureau, sans même sourciller une seconde. La lumière est pleinement allumée, elle n'a pas pu louper ma présence, et puis elle sait que je reste tard. Il ne s'agit pas d'un secret finalement. Complètement déconnectée de ma vie, je préfère me noyer dans le travail plutôt que d'affronter mon quotidien. Triste, morose, plat. Un vrai bonheur.

Lise s'en va, accompagnée, comme chaque soir, le silence retombe une fois qu'elle se trouve dans l'ascenseur. Mon cœur se brise, comme chaque soir également. Huit ans. Notre romance aura duré huit années, pleines de joie, de voyages, de projets, d'amour, de passion. Et puis un jour, un seul jour dans toute notre vie, ce jour… Lise me quitte. Comme ça. Elle me regarde un soir alors que nous rentrons du bureau, et sa bouche ne prononce que ces mots, durs, froids, sans émotion. Je pars. Rien que ça. Incrédule les trois premières minutes, je réalise subitement que ma vie s'effondre. Sans Lise, comment trouver l'envie de me lever le matin ? Comment continuer à venir travailler ? Comment… Je n'en sais rien. Anéantie, j'attends, j'espère, je la supplie de changer d'avis, de revenir, de nous laisser une chance, la seule et unique qui sauverait notre couple. Mais elle refuse, me cachant les vraies raisons de son départ, celles qu'elle aurait aimé dissimuler encore des mois durant.

Elle… Cette nouvelle conseillère clientèle arrivée trois mois auparavant dans nos locaux, rejoignant l'équipe. Sympathique, elle s'intègre à une vitesse incroyable et s'entend à merveille avec sa référente, Lise. D'ailleurs, je n'avais pas la moindre idée à quel point elles allaient bien s'entendre. Au-delà de toutes leurs espérances et à mon grand désarroi. Je n'avais aucune chance, moi qui depuis quelques mois suis larguée, fatiguée, ennuyeuse. Le divorce prononcé, Lise m'avoue s'en aller pour une autre. Si je m'y attendais largement, le coup de massue me tombe en pleine face, m'assommant durablement.

S'ensuit une longue, très longue traversée du désert. Un supplice, d'autant que je me vois dans l'obligation de supporter leurs minauderies à tout va au bureau et lors des soirées entre collègues. Un véritable enfer pour mes sens et surtout pour mon amour-propre. Toujours amoureuse, je traîne ma carcasse démunie entre ici, au bureau, et mon nouveau domicile, un appartement de quarante mètres carrés dans le premier arrondissement de Lyon. J'oscille en permanence entre le désir de tout casser dans le bureau de mon ex et l'idée de partir en cure pendant trois mois pour oublier tout le monde. Pour le moment, aucune de ces deux solutions ne me taraude assez pour que je passe à l'acte. Je préfère me noyer dans le travail et passer ma frustration à la salle de boxe tous les soirs.

D'ailleurs, en consultant l'heure tardive, je décide de m'y rendre sans attendre. Me défouler me fera le plus grand bien avant la journée chargée de demain. J'éteins mon PC, attrape au passage mon sac de sport avant de quitter le bureau. Le printemps tarde à s'installer sur la ville, comme en témoigne cet air froid qui enveloppe l'atmosphère. Je réajuste le col de ma veste en cuir et gagne à pied la salle qui se trouve à quelques encablures de là. À vingt-et-une heures passées, les lieux sont peu fréquentés. Une aubaine pour moi qui me montre de moins en moins sociable ces derniers temps. L'endroit sent le cuir des sacs de frappe et la sueur. J'enfile ma tenue, lace mes baskets, ajuste mes gants. J'ai envie de taper jusqu'à me faire mal aux poings. Seule femme ici, il m'arrive de me sentir mal à l'aise. Une fois dans ma séance, j'oublie les regards insistants des hommes. Première frappe, mon poignet me fait souffrir. Il faut dire que j'ai perdu du poids, pas moins de trois kilos en moins de trois semaines. Deuxième frappe, une douleur vive me prend au niveau du ventre. Mes abdominaux, à l'époque bien dessinés, ont fondu légèrement. Évidemment, manger deux fois moins n'aide pas. D'ordinaire très sportive, j'ai nettement ralenti le rythme depuis ma rupture. Le mois dernier, j'ai coupé ma belle chevelure blonde pour un carré long ondulé. J'aime beaucoup, ce changement me permet de voir la vie sous un autre angle. Malgré le temps qui passe, je reste accrochée à l'idée qu'un jour, Lise va revenir, se rendant compte de son erreur et, à genoux devant moi, me supplier de reprendre notre histoire là où elle s'est brutalement arrêtée.

Alors que je divague dans mes rêveries, je vois l’écran de mon téléphone s’éclairer sur le sol près de mes pieds. Essoufflée, je retiens le sac de frappe pour pouvoir répondre :

— Allô ?

— Ouh toi, tu es à la salle de sport !

À l’autre bout du fil, Maéva. Mon meilleur soutien depuis mon divorce.

— Ouais, on ne peut rien te cacher !

— Tu sais, tu devrais plutôt sortir, faire des rencontres. C’est pas en restant le nez dans tes recueils de poèmes et les mains dans tes gants de boxe que tu vas trouver une nana avec qui t’éclater.

Mes lèvres s’étirent en un sourire contrit. Elle n’a pas tort, cependant, je refuse de jouer les coureuses de jupon à mon âge.

— Je ne sais pas si j’ai vraiment envie de me mêler à la foule.

— Je sais à quoi tu penses, gronde Maéva, mais oublie ! Tu n’as que trente-quatre ans, pas soixante ! Et même à cet âge-là, tu peux refaire ta vie, alors sors, bouge ! Essaie de t’ouvrir un peu !

Je soupire longuement. Cette pression que me met mon entourage pour que je rencontre une autre femme devient pénible. En ce qui concerne Maéva, je ne peux pas vraiment lui en vouloir. Meilleure amie de Lise, elle a assisté à notre bonheur, puis à la déchéance qui a été la mienne au moment de notre séparation. Son discours, bien qu'approchant dangereusement celui du reste de ma famille, résonne différemment en moi. Il m'incite à tourner la page, à aller de l'avant

— J’y penserai !

Maéva pouffe de rire. Qu’elle m’agace lorsqu’elle fait ça.

— Ouais, bon je t’appelais surtout pour te dire que demain on avait une grosse réunion. On va diviser le groupe de formation, je pense qu’on s’en sortira mieux comme ça.

— OK. Tu as les dossiers de tous les candidats ?

— J’ai tout ce qu’il te faut, ne t’en fais surtout pas !

— Avec toi, jamais !

— Et le soir, si tu veux, on ira boire un verre. Tu prendras un jus de tomates !

Je ricane à sa remarque. Me faire chambrer parce que je ne bois jamais d’alcool est devenu habituel.

— On fera comme ça ! Allez, je file à la douche, je vais essayer de dormir plus de trois heures cette nuit !

— T’as intérêt !

Sur ces belles paroles, nous raccrochons. Je ramasse mes affaires afin de rejoindre les vestiaires et prendre une bonne douche avant de rentrer chez moi. L'appartement que j'occupe se trouve à quelques rues de là, dans un immeuble très ancien.

En sortant de la salle, je réalise qu'il est déjà vingt-trois heures. Connaissant mon sommeil de ces dernières semaines, je risque de ne pas pouvoir fermer l'œil avant au moins deux heures du matin. La promesse faite à Maéva s'annonce compliquée à tenir. Tant pis, je resterai devant un mauvais film pour me faire oublier que je suis seule. Tout en rejoignant mon quartier, j'admire les lumières aux fenêtres des appartements situés au-dessus des boutiques de luxe. J'adore Lyon, malgré mon sud natal qui garde une place importante dans mon cœur. Arrivée ici par amour il y a huit ans, j'ai rapidement acheté un appartement avec Lise dans le prestigieux sixième arrondissement. S'ensuivent huit années formidables, ou presque. Les deux dernières résonnent comme une fin du monde lente et douloureuse. Je m'enferme dans mon monde, Lise dans le sien, un fossé énorme se crée entre nous. Incapable de nous comprendre, je sombre dans une espèce de dépression étrange. Lise refuse de me suivre, et un matin, elle m'annonce que ma façon trop ennuyeuse de vivre aura eu raison d'elle et de sa patience. Dès lors, je comprends que cette rupture est en grande partie de ma faute, et je passe l'année qui suit à me morfondre et à m'en persuader. Mon cœur s'arrête de battre à cet instant, avant de devenir fou en apprenant qu'elle en aime une autre. Accablée, je me réfugie chez Maéva, elle qui se propose de m'aider à reprendre ma vie en main. Une initiative qui ne plaît pas du tout à Lise. Mais tant pis, Maéva et moi avons toujours été très proches l'une de l'autre.

Enfin, mon immeuble apparaît au beau milieu des autres. Pas d'ascenseur pour moi, je termine donc ma journée avec une dernière séance de cardio. Au dernier étage se trouvent ces quarante mètres carrés que je loue, le seul bien trouvé sur le marché dans l'urgence de ma situation. Après des mois difficiles d'acclimatation, je crois pouvoir dire aujourd'hui que j'aime cet endroit. La porte grince en s'ouvrant, le velux donnant sur la partie nuit laisse entrer les rayons de la lune, baignant le lit d'une lumière bleutée. J'ai encore oublié de fermer la porte de la chambre. Dans la cuisine, je constate que le bar qui la sépare du salon est encore en désordre. J'ai laissé ma tasse de café sur le comptoir ce matin. Le réfrigérateur sur ma gauche fait beaucoup de bruit. La télévision aussi est en veille. Quelle idiote. J'allume, les murs blancs contrastent avec les poutres en bois brut du plafond. Cet appartement possède un certain cachet. J'ouvre la fenêtre qui donne sur la cour de l'immeuble. Le calme se mélange au son lointain de la rue et à la vie dans les appartements alentour. Une fois mes chaussures retirées, je m'affale dans mon canapé et me branche sur les chaînes câblées. Voilà une nouvelle journée qui se termine, sans nouvelles de Lise.

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