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L'équation de l'éternité · Melissa Brayden , Axelle Asfosh
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Il y a des jours qui ne paraissent pas importants jusqu’à ce qu’ils le deviennent. Quand notre respiration change si soudainement qu’on ne comprend pas ce qui vient de se passer. Il suffit d’une seule seconde pour que l’univers décide qu’il est temps de tout renverser dans un fracas assourdissant.
C’est exactement ce qui arriva à Bethany Cahill, un jeudi après-midi d’apparence parfaitement ordinaire, à la clinique en périphérie de Los Angeles. Après un déjeuner composé de comptes rendus, de quelques appels, de tranches de pomme avec du beurre de cacahuète et d’un Red Bull — d’accord, deux —, elle avait repris la consultation des patients dans le cabinet de médecine familiale qu’elle avait ouvert quatre ans plus tôt avec deux camarades de fac de médecine : Thea et Veronica. Bethany était la plus discrète du trio, mais elle était ravie de partager son quotidien avec les deux personnes auprès desquelles elle s’était sentie le plus à sa place ces dernières années. À la vie, à la mort. C’était comme ça entre elles. Elles avaient survécu ensemble aux épreuves redoutables des études de médecine et en étaient sorties vivantes, bras dessus bras dessous. Impossible de créer un lien plus solide.
— Je vais partir tôt, dit-elle à Thea, la plus vive et la plus drôle du groupe.
C’était celle qui mettait toujours l’ambiance. Beth expira, évacuant sa journée.
— Ma dernière patiente a annulé il y a dix minutes, et je n’ai pas la moindre nourriture dans mon réfrigérateur.
Thea posa un dossier sur son bureau, l’écoutant tout en la fixant de ses yeux marron accusateurs.
— C’est injuste. Il me reste encore deux patients, et j’aimerais venir avec toi. Je crois que je n’ai pas mis les pieds dans un supermarché depuis 2003. Ou 2004 ?
Elle ajusta ses longues tresses sombres, attachées en queue-de-cheval pour le travail. Bethany ne la voyait presque jamais ainsi en dehors des journées de consultation, mais Thea avait un vrai sens du style. Personne ne portait la blouse comme elle. Elle était irrésistiblement sexy lorsqu’elle la portait avec un maquillage complet et des talons, et faisait savante lorsqu’elle enfilait ses lunettes vert forêt. Bravo à Thea pour cette dualité. Elle l’avait parfaitement maîtrisée.
— Comme toujours, tu exagères. Tu veux que je te prenne quelque chose ? demanda Bethany. Je peux te prendre du pain perdu surgelé.
C’était une allusion à leurs nuits de révision, quand elles enfournaient ces tranches dans le grille-pain à deux heures du matin pour satisfaire une envie de sucre réconfortant quand leurs cerveaux refusaient d’apprendre quoi que ce soit de plus. C’était leur nourriture de survie.
— Tu pourras en picorer entre deux patients, comme un petit doudou savoureux. Tu seras tellement adorable.
— Vendu. Et je ne plaisante pas en disant oui. Prends-moi une boîte et apporte-la demain.
— Tu en auras six.
Une voix s’éleva du bureau voisin. Veronica Tam.
— Je vous entends parler de pain perdu, et maintenant je ne pense plus qu’à ça. Allez vous faire voir, toutes les deux. Nourrissez-moi aussi.
C’était leur intrépide alpha. Veronica était l’ambitieuse, la visionnaire, et souvent celle qu’il fallait canaliser quand ses idées dépassaient un peu les moyens de leur modeste cabinet en périphérie de Los Angeles. Elles avaient dû la convaincre de renoncer lorsqu’elle avait décidé qu’elles devaient absolument ajouter un barista dans leur hall d’entrée.
— Nos rendez-vous doubleraient, et mon taux de caféine atteindrait un niveau agréablement proche de celui où je n’aurais plus jamais besoin de dormir. Imaginez.
Il se trouvait qu’elle avait les cheveux les plus magnifiques et les plus somptueux de toute la stratosphère, d’un noir de jais, et comme elle le savait, elle les balançait souvent pour appuyer ses propos. À la fac, Les Trois Brunes étaient une force académique.
— Viens avec moi, lança Bethany. Tu sais bien que je ne gère pas la foule. Tu t’occuperas de faire la loi. Moi, j’attraperai discrètement les snacks.
— Impossible. J’ai rendez-vous avec l’électricien à cinq heures, cria Veronica en retour. Les lumières de la salle de pause clignotent encore, et ça me hante la nuit. Je vois même ces néons me narguer dans mes rêves.
— Elle refuse d’admettre ma théorie du code extraterrestre, commenta Thea avec un grand sérieux. Jouons à mon jeu préféré : « Cassé ou foulé ? » Venez. Maintenant.
Elle alluma la lampe derrière la boîte d’observation fixée au mur. Bethany examina la radio de la main droite d’une femme, plissant les yeux et inclinant la tête car il s’agissait d’une lecture difficile. Jusqu’à ce qu’elle repère la fine ligne d’une fracture discrète sur le cinquième métacarpien.
— J’ai gagné. Juste là. Une fracture fine.
— Œil d’Aigle Cahill, lança Thea en éteignant la lampe. En cas de doute, je m’en remets toujours à toi.
— Ma récompense ? Une balade dans le rayon surgelés. Je file.
— Tu vas nous manquer, cria Veronica. Et on ne dira pas le moindre mal de toi.
— Ni de tes chaussures bizarres de la semaine dernière, ajouta Thea.
Bethany fronça les sourcils. La mode, c’était compliqué quand on n’avait presque pas de temps libre.
— Elles étaient confortables. Désolée que tu n’apprécies pas la fausse fourrure sur les chaussures.
— Y a-t-il quelqu’un que tu connais qui apprécie ça ? demanda Thea en glissant une mèche rebelle derrière son oreille.
— Sans commentaire.
Bethany lança un baiser à Veronica en passant devant son bureau ouvert et sortit enfin dans la lumière du soleil californien bien mérité. Ah, le monde des vivants. Elle n’y passait pas assez de temps, et le simple fait d’enfiler ses lunettes de soleil, au milieu de cet agréable après-midi d’avril, lui fit se promettre de changer ça. De profiter de sa condition d’être humain pour explorer la ville et tisser des liens avec ses semblables. Parce que, honnêtement, ça faisait du bien.
À trente ans, elle avait passé bien trop de temps le nez dans des manuels ou des dossiers médicaux. Il lui fallait un bronzage. Une amante. Même une simple pédicure ferait l’affaire. Quelque chose. Sa vie était organisée à l’extrême, même pour son esprit rationnel. Faire les courses en fin d’après-midi représentait déjà un petit bouleversement qu’elle devrait s’autoriser plus souvent.
Elle gara son Range Rover gris, plutôt fière d’elle. Une cliente diurne, pour une fois. Le bourreau de travail qu’elle était venait d’être mis au placard pour la journée.
— Je vais prendre celui-ci, dit-elle à la femme chargée de distribuer les chariots.
— Passez une bonne journée, répondit la dame.
Bethany marqua une pause. Elle devait dire ça à tout le monde, mais aujourd’hui, la phrase la toucha.
— Merci.
Elle poussa son grand chariot dans le magasin et observa la profusion des denrées alignées sur les étagères. Magnifique. En parlant de nourriture, elle se promit d’appeler son père plus tard pour vérifier qu’il prenait bien son traitement contre le cholestérol. Sa compagne, qui vivait avec lui, était une cuisinière hors pair, mais ça n’arrangeait pas vraiment ses analyses. Oh, des Pop-Tarts à la fraise.
— Je ne vais pas me priver, murmura-t-elle.
— Vous êtes infirmière ? demanda un petit garçon en apercevant sa blouse.
Ses grands yeux bruns papillonnaient dans sa direction.
— Je suis médecin, lui répondit-elle.
Elle espérait que les stéréotypes de genre finiraient par disparaître du milieu médical. Un enfant à la fois.
— Sa tante est infirmière, expliqua vite sa mère.
— Aucun souci. On adore les infirmières. Elles ne sont pas assez reconnues.
— Vous aimez ça ? demanda le garçon.
Elle regarda la boîte de Pop-Tarts à la fraise dans sa main.
— Ce sont mes préférées. Il m’arrive d’en manger deux d’un coup. Et toi ?
Il hocha la tête, les yeux ronds.
— Passez une bonne journée, leur lança-t-elle en regardant la mère, qui, résignée, attrapait une boîte.
Ce gamin lui en devait une.
— Au revoir ! cria-t-il, tout joyeux, comme s’il avait gagné un lot à la fête foraine.
Elle lui adressa un tape-m’en-cinq mental.
De bonne humeur, elle tourna dans l’allée suivante, assez certaine d’y trouver son granola préféré, quand elle manqua de percuter un autre chariot qui arrivait de l’autre côté.
— Oups, c’est ma faute. Désolée !
— Non, la mienne. J’étais dans le mauvais…
Les mots s’interrompirent net quand le regard de la conductrice du chariot atterrit sur le visage de Bethany.
Bethany s’immobilisa face à un visage qu’elle n’avait pas vu depuis des années. Comme une véritable rayure sur un disque vinyle, son après-midi décontracté et léger s’était arrêté net. Ce n’était pas Reid. Ça ne pouvait pas l’être. Les néons au-dessus de leurs têtes, silencieux une seconde plus tôt, se mirent à vibrer comme un millier d’abeilles en colère. C’était un bruit assourdissant, ce qui était de circonstance, car en face d’elle, c’était bien Reid Thatcher. Les mêmes boucles châtain clair. Les mêmes yeux vert forêt capables de la percer à jour d’un seul regard.
Son cœur se mit à battre fort et vite, mais il fut un temps où il battait uniquement pour Reid, lié au sien pour ce qui devait être pour toujours. Leur toujours. Une tout autre époque dans sa vie.
— Bethany.
Un silence.
— Waouh.
Reid, dans une version plus raffinée d’elle-même, ouvrit la bouche, la referma.
— Je ne sais même pas quoi dire.
— Salut.
De son côté, c’était le seul mot qui avait réussi à faire surface. Reid avait remporté la manche. Elle avait réussi à en produire plus. Aussi inefficace que cela puisse paraître, Bethany essayait à la fois de respirer et de trouver son chemin dans cette conversation totalement imprévue. Qui s’engage dans une allée en s’attendant à tomber sur des paquets de Lucky Charms et de Cap’n Crunch, pour finalement percuter son premier amour du lycée ? Correction : son seul amour. Autrement dit : la fille qui avait brisé son bonheur, mais n’avait jamais vraiment quitté ses pensées, malgré toutes les tentatives pour l’en chasser. À cet instant, tout son être était tendu, en alerte, sur la défensive. Ses sens aussi étaient décuplés. Les sons revenaient en échos ; ses doigts sentaient le moindre centimètre de métal du chariot. Sa bouche s’était asséchée. Elle tenta de compenser. Impossible. Où se trouvait le bouton d’éjection, déjà ?
Finalement, elle articula :
— Qu’est-ce qui t’amène chez BeLeaf Foods ?
Reid fixa le contenu du chariot, comme si son esprit n’avait pas encore tout à fait assimilé la situation. Elles étaient toutes les deux en pleine improvisation.
— Des courses pour un frigo désespérément vide ?
— Logique.
Bethany sourit. Elle parvenait à donner l’illusion d’être simplement une personne en croisant une autre. Pas de quoi en faire un drame. Sauf que sa cage thoracique refusait obstinément de se détendre. La tension l’oppressait. Sa peau était tendue, rigide et impénétrable. Sa main droite trembla. Elle la couvrit de la gauche.
— Moi aussi.
Elle désigna l’allée derrière Reid.
— En route vers les céréales. Programme palpitant.
— D’accord. Je te dégage le passage.
Reid orienta son chariot vers la gauche pour que Bethany puisse aller à droite. Elle était toujours identique, mais c’était une femme désormais. La jeune fille avait disparu. Elle avait grandi. Elle devait toujours utiliser le même shampoing à la prune, car Bethany se retrouva aussitôt projetée dans la chambre de Reid, fixant son regard, respirant ce parfum qui l’avait toujours transportée ailleurs. L’effet fut brutal, comme une porte claquée en plein visage.
— Alors, tu es de passage ? demanda Bethany, les chariots côte à côte.
— Non.
Une petite hésitation.
— En fait, j’ai emménagé à Los Angeles le mois dernier, mais les prix de l’immobilier…
— … sont fous, alors tu vis ici et tu fais la route chaque jour jusqu’à la ville ?
C’était surréaliste. Où était la caméra cachée ? Sérieusement.
— Exactement. Oui.
— Bienvenue au club.
Ce que cette nouvelle impliquait la percuta de plein fouet. Reid allait donc réapparaître dans le secteur de Los Angeles. À y fourmiller. À y vivre. À être Reid, avec son visage parfait et son sourire addictif. Wow. Il était possible qu’elles retombent l’une sur l’autre dans un magasin, au détour d’un restaurant ou d’un événement. L’esprit de Bethany bourdonna. Avaient-elles encore des amis communs ? Elle était presque sûre de tous les avoir laissés à Reid, il y a onze ans. Ils n’avaient jamais vraiment été les siens, après tout. Le monde semblait tourner. La pièce tourbillonna.
— Je suis vraiment contente de te revoir, Bethany.
Reid fixa le chariot, secouant légèrement la tête.
— Honnêtement, je ne pensais pas que ça arriverait un jour.
— Oui, moi non plus. Contente de te voir aussi.
Était-ce vrai ? Elle avala sa salive, se souvenant avec une netteté déconcertante de la sensation d’embrasser ces lèvres, désormais maquillées d’une teinte plus mature. Elles avaient le goût de la cerise, autrefois. Était-ce toujours le cas ? Elle secoua la tête pour s’arracher à cette idée, chassa l’image de Reid qui passait près d’elle en uniforme sur le tapis de cheerleading où elles travaillaient ensemble, leurs corps poussés à bout vers un même objectif. Les regards secrets qu’elles s’échangeaient, ce qu’elles signifiaient l’une pour l’autre, ce qu’elles avaient fait la nuit précédente.
— Je devrais y aller. Bon retour.
— Attends.
Reid fit volte-face, abandonnant son chariot pour la suivre. Elle n’avait pas fini, mais Bethany, si. C’en était trop, et elle n’arrivait pas à comprendre comment organiser le déferlement de ses anciennes émotions qui la mitraillaient pour obtenir son attention. Elle avait environ 3,8 secondes avant que son sang-froid ne la quitte, et préférait être à bonne distance de Reid quand ça arriverait.
— C’est peut-être totalement déplacé. Mais c’est étrange d’être là, face à face, sans rien dire de plus. Tu ne trouves pas ?
Bethany serra la poignée rouge de son chariot.
— Si, un peu. C’est juste que je suis noyée sous le travail en ce moment, et je ne suis passée ici que pour attraper un paquet de Pop-Tarts avant de m’y remettre. J’en avais vraiment besoin. Un besoin urgent de Pop-Tarts, ça ne plaisante pas.
Quelle remarque absurde. Elle consulta sa montre, comme un cliché ambulant.
— Et je suis déjà en retard.
Reid se dégonfla.
— Je comprends. Pas de souci.
Puis :
— Attends !
Elle fouilla dans son sac, et Bethany vit qu’il était rempli d’objets divers, en vrac à l’intérieur. Reid, c’était toujours l’improvisation, le chaos, ce qui contrastait nettement avec l’organisation rigide de Bethany.
— Tiens. Si jamais tu veux qu’on rattrape le temps perdu.
Sa carte de visite.
— Euh, prends soin de toi, d’accord ?
C’était une phrase banale, mais le regard de Reid prouvait qu’elle le pensait. Elle avait toujours été une personne protectrice.
— Toi aussi, répondit Bethany sans se retourner.
Elle n’était pas fière de ce moment, de fuir la scène, incapable d’en affronter davantage. Elle avait besoin de prendre un grand bol d’air frais, et de le faire lentement, seule. Avec une paille, si possible. Elle abandonna son chariot à moitié plein, sacrifiant les courses qu’elle avait été si excitée à l’idée de faire, et quitta le supermarché en courant, comme une gamine terrorisée sortant d’une maison hantée.
Elle aurait pu rentrer chez elle, mettre l’expérience entière de côté, mais vu l’état de son cerveau, elle savait que ses chances de réussite étaient minces. À la place, elle conduisit droit vers la clinique, espérant s’ensevelir sous des dossiers patients et des e-mails. N’importe quoi qui puisse occuper son esprit. Vu que la circulation avait été mauvaise dans les deux sens, la clinique devait être fermée, et tout le monde devait être rentré pour la journée.
Enfin, presque tout le monde.
Bethany tremblait lorsqu’elle rejoignit son bureau. Elle utilisa sa clé et, une fois à l’intérieur, inspira une grande goulée d’air, à présent en sécurité derrière les murs qu’elle connaissait si bien. Quel tourbillon. Un instant, elle parlait de pâtisseries avec un enfant, et celui d’après, la seule personne qu’elle ait jamais vraiment aimée la fixait comme un fantôme avec un chariot de courses.
— Pourquoi t’es revenue ici ? demanda Thea alors que Bethany passait devant son bureau ouvert.
Sa queue de cheval avait disparu et ses tresses sombres tombaient librement, bien en dessous de ses épaules.
Bethany fit demi-tour et s’arrêta sur le seuil.
— Je viens de vivre une expérience traumatisante et j’avais besoin de me perdre dans le travail. Je crois que je tremble. Je tremble, non ? Je n’en suis toujours pas certaine.
— Dans ce cas, entre. Laisse-moi décider. Ça a été une après-midi ennuyeuse, et je suis médecin.
Lorsque Bethany s’assit, Thea perdit aussitôt son ton léger.
— Oh. Je plaisantais, mais à voir ta tête, toi non. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Ses sourcils se froncèrent, et elle se pencha vers elle.
— Tu te souviens que tu essayais toujours de me caser à la fac de médecine ? Chaque fois que tu croisais une lesbienne ou une bisexuelle, tu voulais jouer les entremetteuses ?
— J’étais nulle à ça. Tu n’as jamais aimé aucune d’entre elles. Même celle, intelligente, avec les seins toujours en évidence, celle qui inspirait des rêves érotiques, même à moi.
— Tu te souviens pourquoi aucune ne m’intéressait ?
Thea hocha la tête. Elle n’oubliait jamais rien, ce qui lui avait valu des notes parfaites à l’école.
— Syndrome du cœur brisé.
— Elle était au supermarché.
Thea se redressa d’un coup.
— Reid était là ? Ton premier amour ?
— Tu te souviens même de son nom ? Comment ?
— Tu l’as assez répété. Parfois même dans ton sommeil.
Elles avaient partagé une chambre à la fac, mais Bethany ignorait qu’elle murmurait le nom de Reid la nuit. Humiliant et pathétique.
— Je ne crois pas que j’aie fait ça, protesta-t-elle.
— Oh, mais si. Je n’en ai jamais parlé parce que je voyais bien que le sujet était sensible. N’importe qui pouvait le voir. On aurait dit qu’un nuage te tombait dessus chaque fois que tu la mentionnais.
Elle la scruta.
— Et, franchement, ça recommence.
Elle but une gorgée de son soda light.
— Tu as l’air d’avoir traversé un ouragan. Les petites lignes sur ton front sont visibles. Je ne les connais pas, celles-là. Ni ce regard fou. J’aime pas ça. Ton miroir n’aimera pas non plus.
Bethany porta aussitôt la main à son front pour le couvrir.
— Arrête. Oublie les rides.
Elle s’enfonça dans le fauteuil moelleux, diagonalement opposé au bureau de Thea.
— Mais tu n’as pas tort. Mon cœur bat à cent à l’heure.
— Ça va. Prends de grandes inspirations.
Elle avait dit ça d’un ton si calme que Bethany s’y accrocha, essayant d’en reproduire la sérénité. Ça aidait. Elle se sentait mieux. Elle suivit également le conseil de Thea. Inspiration lente. Expiration lente. Elles le firent ensemble, les yeux dans les yeux, et cela commença à fonctionner.
Une fois calmée et ses esprits retrouvés, Bethany esquissa un sourire.
— Merci. C’était bizarre.
— Je crois que ça s’appelle une petite crise de panique, ma chère amie. Je fais ces exercices de respiration avec ma sœur, Tasha. Elle en a souvent.
— Non ? Tu penses vraiment que c’en était une ?
Bethany avait toujours été fière de savoir garder son sang-froid en toute circonstance. Elle traversait les moments de pression intense avec un calme olympien. Elle pouvait facilement diagnostiquer une crise d’angoisse chez ses patients, mais la vivre de l’intérieur, c’était autre chose.
Thea écarquilla les yeux et afficha une expression qui disait : Regarde-toi, docteure Cahill.
Bethany se battit contre elle-même, perdue. Même les murs lui paraissaient étranges.
— Je veux dire, Reid, c’est Reid. Une grande partie de mon passé, mais je suis bien là où j’en suis maintenant. Tout ce qui s’est passé s’est passé pour une raison, non ? Ça m’a menée ici, et ma vie actuelle n’a rien de catastrophique. Je suis juste un peu surprise que la revoir ait déclenché une telle réaction.
— Et pourtant, c’est le cas.
Thea prit une bouteille d’eau du dernier tiroir de son bureau et la lui tendit.
— Tu es un être humain. Assume. Tremble un peu, perds ton souffle, pleure comme un enfant furieux s’il le faut. Laisse-toi ressentir ces émotions, qui sont sûrement tout à fait légitimes. Je te promets que ça va aller.
Bethany céda.
— J’imagine.
Elle fit doucement rouler ses épaules et déboucha la bouteille. L’eau lui fit du bien. Elle prit une très longue gorgée et laissa la fraîcheur du liquide l’apaiser.
— C’était inattendu. Absolument tout. Je suis un peu gênée.
— Ne le sois pas. On en a vu d’autres.
Bethany se leva, la bouteille presque vide à la main.
— Je vais bosser un peu, après tout. Ça m’aidera sûrement.
Elle doutait d’être très productive, mais il fallait essayer.
— Merci pour la discussion, et pour l’eau. Je crois que ça va, maintenant.
C’était un diagnostic expéditif, et elle le savait très bien.
— Non, ça ne va pas. Tu n’es pas en état de travailler. Rentre chez toi. Ne passe pas par la case départ. Ne te replonge pas dans les souvenirs difficiles de lycée. Qui a besoin de ça ? C’est ton associée et ta collègue qui te parle. Va manger de la glace et te faire un marathon de New York, police judiciaire, et à toute vitesse.
— Je regarde même pas cette série, rechigna-t-elle.
— Eh bien, commence, répliqua Thea. Je ne plaisante pas, B. Rentre chez toi.
Bethany secoua la tête, agacée.
— Tu es une vraie enquiquineuse, voilà ce que tu es.
Thea ouvrit les bras.
— Appelle-moi comme tu veux. J’ai raison. S’il y a bien une chose que je sais faire, c’est éviter les fantômes du passé. Mon ex ? Bloqué sur tous les réseaux, et c’est voulu. Il peut bien se demander comment je vais.
Elle baissa les bras.
— Bon, il y a aussi une ordonnance d’éloignement depuis qu’il a balancé des oranges contre le mur, donc mauvais exemple.
— Tu m’as jamais parlé des oranges.
— Et c’est mieux ainsi. Retiens juste qu’il a été géré. Est-ce que ton ex doit être gérée ?
— Pas pour maltraitance de fruits. Pour des décisions en matière de loyauté un peu discutables et dévastatrices, peut-être.
— Considère-toi chanceuse.
Bethany s’inclina légèrement.
— Tu restes la meilleure associée et amie du monde. Merci de m’avoir remis les idées en place. Je vais aller chercher ce fameux New York, police judiciaire dont tu parles sur Google.
— T’es tellement bizarre.
— Je plaisante. J’en ai entendu parler. À peu près.
— Apprends à être quelqu’un de frivole. Fais-toi plaisir. Tu l’as mérité.
Bethany esquissa un demi-sourire.
— Pas sûre que ce soit vraiment amusant. J’ai essayé une fois. Ça m’a pas réussi. Bonne nuit, Thea.
— Bonne nuit, B.
Bethany rentra chez elle, dans sa grande maison à étage dotée de toutes les commodités possibles et imaginables. Elle n’hésitait pas à s’en vanter, car elle avait travaillé très dur pour l’acquérir et c’était sa seule véritable folie. Vivre à Mission Viejo lui offrait des prix immobiliers plus avantageux, un plus grand choix de sentiers de randonnée et une culture locale, tout en lui permettant d’accéder à des clients de Los Angeles, qui étaient financièrement essentiels à son activité.
Elle lança ses clés sur le comptoir de sa maison au style contemporain, sa fierté absolue, construite seulement quatre ans plus tôt sur un terrain où se dressait jadis une ruine rachetée par un promoteur immobilier. Désormais, le nouveau bâtiment, avec ses vastes pièces, ses vues magnifiques et ses systèmes automatisés de son et de lumière, était entièrement à elle. Cependant, elle ne passait pas assez de temps ici pour réellement profiter de tous ces avantages. Peut-être qu’en regardant davantage New York, police judiciaire, elle apprendrait à s’y poser. C’était un nouvel objectif.
Bethany exécuta une roulade avant sur son canapé, l’un des rares restes de ses cours de gymnastique, abandonnés depuis longtemps désormais. Elle se mit à faire défiler l’écran de son téléphone sans réfléchir. Sa boîte mail lui signala qu’elle avait deux bouchées d’une application de rencontres qu’elle ouvrait rarement. Les bouchées vinrent. Elle les supprima. Les bouchées vinrent. Elle passa à autre chose.
Mais ce soir, elle était intriguée, et avait le sentiment urgent qu’elle avait quelque chose à prouver. Peut-être que Reid avait réveillé quelque chose en elle, lui rappelant qu’elle avait été romantique, autrefois. Ou peut-être Thea. Peu importait. Elle ouvrit l’appli, celle avec le logo de deux dauphins entrelacés au niveau du cou, ce qui formait un cœur. Un choix intéressant de logo. Elle consulta ses notifications. Les profils des femmes semblaient inoffensifs, alors elle envoya un message à la dernière personne qui avait pris une bouchée.
Le lendemain matin, elle reçut une réponse. Waouh. Ce truc marchait.
Oui, la femme en question voulait prendre un café avec elle, et elle était libre cette semaine. Eh bien, c’était excitant. Bethany avait un vrai rendez-vous. En préparant son déjeuner, elle prit un instant pour s’émerveiller. Les choses avançaient. Elle rejoignait enfin le reste du monde. Les rencontres en ligne, c’était finalement plus simple qu’elle ne l’avait imaginé. Elle tapa une réponse, proposa le lendemain après-midi, et envoya le message. Bam. Elle était une célibataire ordinaire dans le monde moderne des rencontres amoureuses et se sentait comme une rebelle. Et pourquoi ne pas sauter le pas ? Elle avait un trou dans son emploi du temps et pouvait bien mettre ses tâches administratives en pause pour un putain de jour pour prendre un café avec cette femme, Hélène, ce qui était un très joli prénom. Sexy, même. En plus, non seulement Thea prendrait le relais pour ses patients de dernière minute, mais elle l’encouragerait également. Veronica applaudirait sans doute l’effort. Et même son père serait content, lorsqu’ils en discuteraient lors de leur appel du jeudi soir. La journée commençait bien.
Elle enfila sa veste légère en cuir noir, rabattit la capuche et glissa les mains dans les poches en se dirigeant vers sa voiture. Du bout des doigts, elle effleura un petit carré de carton qui la figea net. Elle baissa les yeux. La carte de Reid était dans sa main. Le nom de Reid. Son numéro. Celui qu’elle lui avait laissé, au cas où elle accepterait qu’elles se reparlent un jour. Elle sembla doucement se vider de son air, comme un ballon qui se dégonfle.
— Reid Thatcher, murmura-t-elle pour elle-même, sentant tout son corps se tendre. Merde.
Elle passa à autre chose et, pour essayer de ne pas laisser cette carte affecter sa bonne humeur, Bethany se concentra sur son travail et s’y perdit peu à peu alors que ses patients défilaient, les uns après les autres. Un ado avec une entorse à la cheville, un prof épuisé par le manque de sommeil, une consultation avec une vieille dame souffrant d’hypertension. Elle essayait de limiter les nouveaux patients, consciente de son emploi du temps déjà saturé, mais elle en acceptait encore quelques-uns, dont celui de treize heures.
En pleine cadence désormais, elle consulta le dossier accroché à la porte, laissé là par Todd, son infirmier.
— Rien à signaler, annonça-t-il en haussant les épaules alors qu’il approchait. Elle veut juste s’inscrire chez un nouveau médecin traitant, et tu lui as été recommandée.
Il eut un petit sourire.
— Elle voulait s’assurer que tu étais bien la docteure Cahill dont elle avait entendu parler. Elle t’a même décrite et tout.
Bethany sourit.
— Eh bien, j’aime bien être célèbre.
— Je savais que ça te plairait.
— C’est pour ça que je t’ai embauché.
Elle parcourut rapidement le reste du dossier pour repérer d’éventuels antécédents médicaux importants, le nez toujours plongé dans les papiers en entrant dans la salle d’examen.
— Madame…
Ses yeux remontèrent vers le haut du formulaire.
— Thatcher.
Prise dans la routine, elle avait manqué ce détail. Elle leva les yeux, et bam. Tout s’emboîta. Reid. Là, à son travail. L’air changea à nouveau, pour la seconde fois de la semaine. L’après-midi venait de basculer.
Elle se leva. Bethany la détailla, cette fois plus attentivement. Les différences. Les similarités. C’était toujours Reid, mais une Reid accomplie. Ce n’était plus l’adolescente de dix-huit ans d’il y a plus de dix ans. Elle était moins maladroite, ses boucles châtain clair parfaitement maîtrisées, son corps ne pouvait qu’être décrit comme plus féminin, mais tout le reste restait inchangé. Les yeux vert clair dont elle avait si souvent rêvé rencontrèrent les siens avec une excuse muette.
— J’imagine que tu ne t’attendais pas à me revoir, encore, mais je pensais que tu aurais vu mon nom sur le dossier avant de passer la porte. Ça n’a pas l’air d’être le cas. Salut.
— Je commencerai par le nom du patient, la prochaine fois.
Lorsque ces mots quittèrent ses lèvres, ils n’avaient rien de chaleureux, mais honnêtement, le simple fait de ne pas avoir tourné les talons et de ne pas s’être enfuie de la pièce était déjà une victoire. Mais elle avait eu un entraînement, cette fois. Son cœur cognait pourtant trop fort et son ventre se nouait désagréablement. Se retrouver là, seules, toutes les deux, dans cette petite pièce, provoquait en elle une bataille interne dans laquelle les bons souvenirs et les mauvais s’entrechoquaient sans pitié.
— Même si j’ai effectivement besoin d’un nouveau médecin, je dois avouer que ce n’est pas tout à fait la raison de ma venue aujourd’hui.
— D’accord, répondit-elle prudemment. Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?
Elle s’efforçait de ne rien laisser paraître de ce qui se passait à l’intérieur d’elle. Un chaos d’émotions indistinctes, dans un nuage tourbillonnant. Nostalgie. Colère. Joie. Douleur. Familiarité. Elle n’avait pas signé pour revivre ça. Elle n’en voulait pas.
— Qu’est-ce que je peux faire pour toi, Reid ?
— D’abord, ça m’a vraiment fait plaisir de te revoir l’autre jour.
Elle tendit la main. Bethany la prit. Erreur. Le contact enflamma ses émotions déjà intenses. Elle retira sa main aussitôt après la brève pression de Reid.
— Moi aussi, répondit-elle. Ça m’a ramenée des années en arrière.
Elle tenta de rester légère, de ne rien laisser paraître de sa panique, alors qu’elle n’arrivait à se concentrer sur rien d’autre que ça.
— Je ne savais pas si tu décrocherais si j’appelais, alors je me suis dit que j’allais venir en embuscade, inspirée par notre petite rencontre.
Elle marqua une pause.
— Je suis désolée. Je suis juste bouche bée. Je suis dans ton cabinet, là. Tu es médecin, Beth. C’est incroyable. C’est ce que tu as toujours voulu faire.
Beth. Bethany ravala ce nom et décida de passer outre. Personne ne l’appelait ainsi. Enfin, personne d’autre.
— Oui. Le chemin a été long, mais ça en valait la peine.
Les lèvres de Reid étaient restées parfaitement modelées et pleines. Comme un dessin. Elle avait l’habitude de les fixer indéfiniment. Pourquoi le temps n’avait-il pas fait preuve d’un peu de cruauté envers Reid, pour atténuer un peu son apparence ? Si quelque chose avait changé, c’était pour la rendre encore plus belle.
— Je vais être audacieuse. Mais est-ce qu’on pourrait aller boire un verre, un de ces jours ?
Le sourire de Reid vacilla. Elle passa d’un pied sur l’autre. Elle était tout aussi nerveuse que Bethany, et ça se voyait.
— Oh.
Un silence.
— Tu sais, en ce moment c’est un peu la folie.
Elle attrapa machinalement le dossier de sa main droite avant de se corriger et d’utiliser la gauche. Reid suivit le mouvement sans un mot.
— Je comprends. Mais ça finira bien par se calmer, non ?
Un espoir venait de s’inviter dans la pièce. Comment cela pouvait-il être réel ?
— Ma vie est assez cadrée, Reid.
Ça calma les choses très rapidement.
— J’ai compris.
Son regard glissa vers le sol avant de revenir vers Bethany.
— Ça m’a vraiment fait plaisir de te revoir, Bethany. Je le pense.
— Ah oui ?
Elle hocha la tête.
— Moi aussi, ça m’a fait plaisir.
Elle hésita.
— Tu veux qu’on parle de ton dossier médical ? Je ne serais pas la bonne praticienne pour toi, mais j’ai deux excellentes collègues. Et toute une équipe derrière moi.
— Tu sais quoi ? Ça ira.
Reid attrapa son sac, ses joues prenant une teinte rosée, ce que Bethany détestait. Elle ne voulait pas mettre mal à l’aise qui que ce soit. Pas même Reid.
— Reid.
Elle porta une main à son front, en proie à un combat intérieur.
— C’est juste beaucoup pour moi. Te revoir.
Reid se redressa.
— Je sais. Mais si je t’avais appelée ? Envoyé un e-mail ? Tu m’aurais répondu ?
Elle connaissait la réponse, mais son esprit filait à toute vitesse, tâchant de trouver les mots justes, sans succès.
— C’est exactement ce que je pensais.
Elle inclina la tête, plongeant son regard dans celui de Bethany, comme si elle plongeait dans son âme. Merde. Reid avait ce don, encore aujourd’hui. Personne d’autre ne s’en approchait.
— Je veux qu’on parle. Je n’ai aucune raison de chambouler ta vie et je n’ai pas l’intention de te bouleverser. Un verre de vin. C’est quelque chose qu’on n’a jamais fait ensemble.
— La plupart des établissements refusent de servir les mineurs.
Bethany afficha un sourire, essayant de projeter un minimum de normalité dans ces retrouvailles qui n’avaient rien d’ordinaire. Elle avait passé des années à chasser Reid de ses pensées, enterrant, bannissant les souvenirs dont il valait mieux se passer, et en un instant imprévu, tout ce travail s’effondrait. Qu’avait-elle à perdre maintenant ? Elle était une femme adulte, établie et sûre d’elle. Elle devait aussi admettre qu’elle était curieuse à propos de Reid et de sa vie. Sa carte disait qu’elle travaillait dans le milieu académique. Qu’était-elle devenue ?
— On peut prendre un verre.
Wow.
Un sourire. Les yeux de Reid se plissèrent.
— C’est tout ce que je demande.
— Mon dernier rendez-vous devrait se terminer vers dix-sept heures. Il y a un restaurant en face. Hazel’s. Tu connais ?
— Je vais découvrir. Rendez-vous à dix-sept heures trente. Je paie.
Elle se retourna, mais ne dit rien. Son regard soutenait celui de Bethany, comme si elle prenait le temps de savourer l’instant après cette longue séparation, et, que Bethany le veuille ou non, ce moment la bouleversa.
— C’est quoi ce bordel ? murmura-t-elle dans la salle d’examen vide une fois qu’elle fut seule.
Elle avait entendu parler de la possibilité que le passé revienne vous hanter, mais ne l’avait jamais pris au sens littéral du terme jusqu’à cette semaine.
— Tout va bien, Dr Cahill ? demanda Todd. Besoin de quelque chose ? Un peu d’eau ?
— Hein ? fit-elle en touchant le mur du couloir. Oh. Non. Ça va. Je crois.
— Je vais quand même te chercher de l’eau, dit-il, la scrutant avec inquiétude.
— OK. Pourquoi pas ? Ça pourrait faire du bien.
Le fait était que Bethany ne voulait pas revivre ces années de lycée. Et pourtant, après cinq minutes seulement auprès de Reid, c’était exactement ce qu’elle faisait. L’intensité des nouvelles émotions, l’explosion de désir, d’envie, et la sensation d’être exactement là où elle devait être — juste pour que tout aille terriblement de travers. Elle vivait encore, à ce jour, avec les conséquences de l’implosion de « Reid et Bethany », et aucun sourire aimable ni verre de vin entre amies ne changerait jamais cela. Ce qui s’était passé s’était passé. L’histoire devait s’arrêter là. Et ce serait le cas.
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Commentaires (2)
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