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Ton livre sur Lez Fix ? · 🧪 Bêta V08.279
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📖 Extrait gratuit — I à Chapitre 1
Chapitre 1 — I
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La boite · Anna Staffort

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Vendredi 17 Novembre, 18h30, Quartier Bacalan, Bordeaux

Je l’avoue, je n’étais pas vraiment rassuré… Le stress a des effets curieusement paradoxaux sur le corps : mes mains étaient aussi moites que ma bouche était sèche ! J’aurais vendu père et mère pour un verre de ce bon vieux Jack – avec modération bien sûr. Mon inconfort était au plus haut point et tous mes sens en alerte. Mon cerveau en ébullition, mes pensées filaient aussi vite que le sang dans mes veines. Dans ma main droite, je tenais fermement cette maudite mallette à code et dans la gauche je traînais mon flingue, froid comme la pierre, coincé dans la poche de mon blouson. Je ne voulais pas qu’on puisse me voir avec une arme. Peu de risque : à cette époque de l’année, il faisait déjà bien noir et dans ce quartier aux airs parfois lugubres de la vieille base sous-marine bordelaise, il y avait peu de monde. Il faisait froid en ce mois de novembre mais mon agitation et le rythme rapide que je donnais à mes jambes me réchauffaient.

J’approchais de ma destination et mon cœur semblait le savoir, vu les bonds qu’il faisait à présent dans ma poitrine. J’allais prendre la rue à droite lorsque j’entendis des pas. M’adossant au mur, je glissai le long des briques rougeâtres jusqu’au coin et penchai légèrement la tête pour jeter un œil dans la ruelle. Un mec. Un seul, pensai-je.

Il arpentait la rue de long en large, montant la garde devant l’entrée du bâtiment. Grand, musclé, vêtu entièrement de noir et d’un simple bonnet, il était très certainement bien armé mais aucun équipement n’était visible, bien dissimulé sous son épaisse doudoune.

Je reprenais mon souffle, analysant rapidement la situation. Plan A : j’y vais, les mains en l’air et je coopère gentiment mais je suis à sa merci. Plan B : je garde l’avantage de la surprise. Plan C : il est encore temps de faire demi-tour et de tout annuler. Vraiment ? Non. À ce stade, je n’ai plus le choix. Et autant garder le peu de contrôle qu’il me reste sur toute cette embrouille. Alors j’attendis qu’il me tourne le dos et à pas de loup, je le suivis. Je sortis mon arme de ma poche et la pointai droit devant sa tête. J’avais choisi le plan B.

Dès qu’il se retourna, il s’immobilisa face à mon canon mais étrangement, il n’y avait aucune surprise ou peur dans ses yeux d’un bleu glacial.

— Salut mon gros, le provoquais-je. Tu mets tes jolies mains bien en l’air et tu m’amènes à lui gentiment.

Il obtempéra et se dirigea vers la porte du hangar situé quelques mètres derrière lui. Il frappa trois coups rapides suivis de deux plus espacés. À ce moment, j’aurais dû me douter que quelque chose clochait et que mon plan n’était pas vraiment idéal.

Une main fit basculer l’œilleton et un iris vert suspicieux nous fixa sans rien dire.

— Préviens-le qu’il est arrivé, lui lança calmement mon otage, que je trouvai bien trop détendu compte tenu de la situation.

J’aurais voulu lancer un « Ouais ! Et que ça saute ! » pour montrer que c’était moi qui avais le flingue mais l’œil était déjà parti et le judas refermé.

Après une bonne demi-heure à attendre dans le froid – en réalité, il ne s’était écoulé que quelques secondes mais le silence était si pesant que le temps me parut bien plus long – la lourde porte s’ouvrit. Un étroit couloir aux murs ternes, baigné d’une lumière blafarde projetée par des néons gris se révélait sous mes yeux. Je déglutis difficilement en dénombrant tous les sbires, armés jusqu’aux dents, en faction le long des parois écaillées. À ce moment-là, je compris que détenir une arme ne m’avantageait pas vraiment mais je continuais à la serrer fortement, plus pour me rassurer et contenir mes tremblements naissants, que pour impressionner mes hôtes.

La fin du couloir débouchait sur une immense pièce poussiéreuse, sale, sûrement une vieille usine désaffectée ou un ancien hangar à bateaux. Des tags recouvraient les murs et les vitres des grandes fenêtres en acier noir étaient souvent brisées. L’air glacial était aussi mordant qu’à l’extérieur. Ce n’était pas habitable, du moins par d’autres que des squatteurs. Comme dans le couloir, une quinzaine de gardes étaient positionnés le long des murs. On aurait dit des clones, impassibles et prêts à obéir à ses ordres.

Il était assis au centre de la pièce derrière un bureau en fer, posé sur un tapis crasseux, lisant son journal à travers de petites lunettes rondes. Sur le rebord du meuble, je distinguais une petite machine grise que j’imaginais être une imprimante, sans comprendre à ce moment-là son utilité. Il ne releva même pas la tête alors que j’étais là, braquant son homme de main, qui d’ailleurs ôtait rapidement son bonnet en signe de respect et de soumission à l’autorité, découvrant un crâne lisse et brillant. J’étais stupéfait de constater que mon entrée n’émouvait vraiment personne.

Demeurant figé, dans un temps suspendu, j’attendais qu’il se passe quelque chose, essayant de déchiffrer le bonhomme face à moi. La cinquantaine, quelques poils gris-roux sur le caillou, plus petit que moi, il n’avait rien de l’image du parrain de la mafia que je m’attendais à rencontrer. Il tourna la dernière page de son journal, le replia tranquillement et le posa au coin du bureau. Alors, il releva sa tête et me toisa de ses petits yeux mesquins, en caressant sa moustache fine portée à la Salvador Dali. À ce moment, son regard me glaça le sang : je compris que sous ses allures de banquier modèle, cet homme était dangereux.

— Igor. Retourne à ton poste, annonça-t-il le plus simplement du monde, grignotant encore davantage ma sensation de maitriser la situation.

Je ne bronchais même pas, sidéré par ce qu’il se passait et laissais Igor repartir gentiment par là où nous étions arrivés. Mon bras toujours tendu, arme au poing, je me retrouvais à braquer le maître des lieux. Je m’en aperçus clairement lorsque ses gardes du corps, soudainement, s’éveillèrent de leur torpeur et braquèrent chacun leur flingue vers moi. Je menaçais leur patron et ça les avait réveillés.

— Si tu rangeais ton arme, nous pourrions commencer ?

Il était gonflé celui-là ! Je poireautais le temps qu’il finisse de lire sa feuille de chou et il sous-entendait que je le faisais attendre ! Joli renversement de rôles…

Je sentais ma nervosité et mon agacement pointer le bout de leur nez comme souvent lorsque je perdais pied. Si je baissais mon arme, ils pouvaient me dézinguer mais je n’avais plus vraiment le choix. Foutu plan B ! Il fallait que je fasse le malin, comme d’habitude et me voilà dans de beaux draps !

J’abdiquai. À la seconde où je baissai mon arme, un des gardes s’en saisit. J’étais totalement à leur merci. Curieusement, alors que je crus un instant que les chargeurs allaient se vider sur moi, ils baissèrent tous leurs bras et reprirent leur position de statue de sel.

— J’ai amené l’argent, débutais-je pour aborder les choses sérieuses et faire oublier mon insolente provocation.

— Voyons ça.

Je pris sa réponse comme une autorisation à m’avancer. Je posai ma mallette à plat sur le rebord du bureau et composai discrètement le code. Un clic retentit, signifiant l’ouverture du mécanisme. Je la retournai vers mon interlocuteur qui resta de marbre, comme insensible. Il y avait pourtant un sacré paquet de pognon là-dedans ! Contrairement à moi, ça ne devait pas être la première fois qu’autant d’argent lui passaient devant les yeux.

— Bien.

Comme s’il attendait ce mot, un des sbires s’avança et saisit les liasses pour les déposer sur le dessus de l’imprimante. Je compris alors mon erreur : la machine était une compteuse de billets. Elle avalait les coupures dans un bruit de mitraillette, alors que le cadran affichait un nombre de plus en plus grand.

— Je suis très content de cette nouvelle machine. J’ai dû investir : l’ancienne a rendu l’âme le mois dernier. Pour seulement quatre à cinq cents euros, tu peux avoir ce petit bijou. Vois-tu, elle analyse mille six cents billets par minutes et détecte même la présence de faux…

Je compris très bien le coup de pression qu’il cherchait à me mettre mais j’étais confiant.

— J’ignorais qu’on était au téléachat !

Il émit un petit rictus et ajouta sans réagir à ma provocation.

— Pendant que cette merveille fait son job, j’en profite pour te présenter le produit…

On aurait dit un vrai VRP, doublé d’un comptable. Le gars se prenait pour un représentant de produit comme s’il allait me vendre un aspirateur ou un nouveau robot-ménager !

Il glissa sa main dans la poche intérieure de sa veste de costume beige et en retira un petit sachet transparent dans lequel je la reconnus immédiatement : celle pour laquelle je faisais tous ces efforts. La fée blanche : la cocaïne.

Il posa l’échantillon juste devant moi et je l’ouvris pour la goûter. Immédiatement, je sentis l’effet familier sur mes gencives et cette sensation entre l’anesthésie et la crispation, caractéristique de la bonne came. Peut-être vingt ou vingt-cinq pour cent de pureté, pas mal, pensais-je.

Je savourais lorsque la machine stoppa son activité. D’un coup d’œil sur l’écran, je fus soulagé de constater que la somme était bien celle à laquelle je m’attendais : trois cent mille euros.

— J’en veux cinq kilos. Normalement j’en aurais demandé six. Mais nous savons tous les deux que le marché est en baisse. Tu m’aurais dit quatre, faisant croire que tu négocies et finalement, aurais accepté cinq, me laissant croire à un geste de ta part. Alors plutôt que perdre notre temps en tergiversations, accepte et restons-en là.

— Voyez-vous ça ! C’est qu’il a du vocabulaire et du cran ! Qui l’eut cru ?

Il se recula sur sa chaise et me toisa, un air malicieux de surprise sur le visage. Il reprit :

— Quand tu es arrivé, je me suis dit que j’avais encore affaire à une raclure de toxico, nerveux et paumé, agitant son flingue dans tous les sens comme s’il exhibait son pénis voulant pisser partout pour marquer son territoire et montrer qu’il est le plus fort. Apparemment, je me suis trompé. Et j’aime me tromper. C’est si rare. Ça pimente mon existence. Je te fais une fleur. Je ne vais pas trop te malmener et te manipuler. Je t’en donne ce que tu demandes. Cinq kilos.

Sur ces mots, un des gardes s’approcha et déposa un sac à dos noir devant son boss et regagna immédiatement son emplacement. Mon dealer dézippa la fermeture éclair et en sortit cinq gros pains blancs sur lesquels étaient inscrit au feutre noir « 1 kg ». Le compte était bon.

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