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Là où voudra battre mon cœur · Marion Courtieux
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Mes pensées se perdent par-delà la fenêtre de mon appartement, je retourne à mes rêveries jubilatoires d’une autre vie jusqu’à ce qu’un cri me ramène à moi.
— Punaise Lou, combien de fois vais-je te dire de virer tes chaussettes de la salle de bains ? Sérieux, tu es chiante avec ça !
La voix faussement méchante de ma meilleure amie m’arrive depuis l’étage. Je souris au rire qui perce dans son intonation et m’abstiens de répondre, comme à mon habitude. Finalement, l’agacer est l’une des choses que je fais le mieux depuis que nous avons emménagé ensemble il y a trois ans. Ma meilleure amie est une fille du Sud au caractère bien trempé que j’ai eu la chance de rencontrer pendant mes années lycée. Notre complicité est née de nos différences et de l’admiration que je vouais à sa capacité de fédérer, son intelligence et sa sociabilité.
Je la regarde descendre les marches qui mènent vers le salon, une serviette jaune enroulée sur la tête qui laisse échapper quelques mèches de sa longue chevelure brune. Une autre autour du corps met en valeur sa peau hâlée hérissée par l’air frais de l’hiver. Elle m’annonce qu’elle va faire chauffer l’eau pour les pâtes et que dans vingt minutes « c’est prêt ». Cette autorité lui va bien, sous couvert de directive elle a toujours pris soin de moi. Discrète dans sa façon de s’assurer que je m’alimente, que je ne m’ennuie pas, que mon moral est bon, elle ne laisse pour autant plus rien au hasard. Et si le monde en est dupe, nous, nous le savons. Je lui souris et elle me fait un clin d’œil azur avant de remonter vers les chambres. Je me tourne vers l’écran de mon ordinateur où les photos en miniature attendent de passer à la retouche et j’en sélectionne une, espérant la finir avant que l’eau ne bouille.
— Bon, mange, tu ne peux pas continuer comme ça ! Tu es rachitique, ta peau est terne, en plus tu ne fais rien de tes soirées mis à part travailler tes photos encore et encore. Ça commence à être lassant !
Je lève les yeux de mon assiette de pâtes bolo insipide et dévisage ma colocataire sans rien dire. Qu’est-ce qu’il lui arrive tout à coup ? Je suis un peu décontenancée par ce changement soudain d’attitude et je la connais trop bien pour imaginer que cela est gratuit. Pourtant je n’ai pas envie de me lancer dans un débat ce soir.
— Inès, ça va là, je suis fatiguée ! Laisse-moi un peu tranquille s’il te plaît !
— Écoute-moi ! Mais écoute-moi bien, lance-t-elle avec le regard déterminé que je ne lui connais que trop. Tu sais que je t’aime, ça va faire dix ans qu’on se connaît. On ne vit ensemble que depuis trois ans et pourtant j’ai l’impression que l’on ne s’est jamais quittées ! Ce que je veux te dire, Lou, c’est que je suis ton amie. Et je m’inquiète pour toi…
— Ah non hein, par pitié, pas le laïus sur « photographe, ce n’est pas un vrai métier et tu ne vas pas bosser chez McDo toute ta vie… », m’énerve-je.
— Non… non, ne t’inquiète pas ! Ça va peut-être te surprendre, mais ce soir j’innove, dit-elle pleine d’ironie avant de reprendre avec plus de sérieux. Dans six mois, on va célébrer tes vingt-cinq ans ! Et cette année, ma vieille, je te préviens, tu ne vas pas y échapper. C’est moi qui organise.
— Inès, oublie ! Tout de suite ! Je déteste fêter mon anniversaire et tu le sais, ce n’est même pas la peine d’y penser !
La voix tremblante de panique à la simple idée qu’elle aille au bout de sa démarche, je l’implore du regard de changer d’avis mais rien n’y fait.
— C’est trop tard ! De toute manière, j’étais sûre que tu dirais ça, voilà pourquoi je te prépare dès à présent. Et puis dans tous les cas, tu ne vas pas pouvoir faire autrement. Je te rappelle qu’on vit ensemble et que tu n’as pas une thune ! Tu seras bien obligée de revenir si tu ne veux pas dormir sous un pont. Alors, accroche-toi à la nappe ma grande parce que ce jour-là, tu ne seras plus la même. Tu peux me faire confiance, je vais faire de toi une femme ! J’ai six mois…
Je replonge mon nez dans mon assiette, les pâtes ne sont pas plus appétissantes, tout juste un peu plus froides. Punaise, elle va le faire ! Je le vois à son regard qui pétille, aux petits bonds qu’elle fait sur sa chaise et à cette détermination qui la caractérise quand elle a une nouvelle idée en tête. Moi, je transpire d’anticipation, mais face à elle, je n’ai jamais pesé bien lourd dans la balance. Je suis consciente qu’elle le fait pour moi et dans le seul but de me rendre heureuse, mais je sais aussi qu’elle va bousculer toutes mes défenses et me pousser en dehors de ma zone de confort. Voilà des années que nous nous heurtons ainsi : elle, déterminée à me rendre plus libre ; moi, incapable de lui dire que ma liberté est ailleurs.
Moi, pour vous donner une idée, je suis l’opposé de ma meilleure amie. Un mètre soixante-treize pour cinquante kilogrammes à tout casser, un bonnet qui doit avoisiner le B avec de la mousse, une pointure quarante, la peau blafarde avec des taches de rousseur qui parsèment mon corps, des cheveux couleur carotte qui ont choisi de pousser en abondance et frisés. Je suis toujours voûtée pour essayer de ne pas trop dépasser les autres. Je n’ai ni répondant, ni superbe. Je ne suis à ma place que derrière l’objectif de mon appareil photo et il me le rend bien. Pour plus de détails, merci de venir au McDo entre huit heures et seize heures du lundi au samedi. Demandez « la muette, stand des frites » !
— Haha, tu ne dis plus rien, là ! reprend Inès, me sortant de mes pensées maussades. Ne fais pas cette tête de chien battu ! Ça te paraît peut-être insurmontable, mais je t’assure que ça ne l’est pas : tu es belle et je vais te le prouver !
— Pourquoi ? Pourquoi me fais-tu ça ? demandé-je, bien consciente qu’elle croit dur comme fer à ce qu’elle vient de me dire, et pourtant désespérée à l’idée de subir cet anniversaire.
— Parce que tu es ma meilleure amie et j’en ai marre que tu regardes toujours tes pompes sans jamais parler alors que tu es la personne la plus intéressante que je connaisse. Parce que j’ai envie de revenir un soir, te trouver avec un inconnu sur notre canapé et que tu me dises « Hé, au fait Inès, je te présente mon copain ! » Louna ! Sérieux, pourquoi n’as-tu jamais eu de mec ?
— Attends, c’est quoi cette question ? me révolté-je. Tu as vu ma tronche ? Je bosse tous les jours pour toucher une misère et quand je rentre, je retouche mes photos que personne ne veut. Je sens plus fort la frite que les rues de Bruxelles un soir de fête nationale ! Et toi, tu espères que je trouve un mec ?
— Je vais te transformer ! affirme-t-elle en pointant un doigt théâtral vers le plafond. J’ai préparé un programme pour ça ! Tu vas suivre des cours de maintien, je vais te faire relooker, te traîner chez le coiffeur et pour le maquillage, j’en fais mon affaire ! Après tout, ça, c’est mon domaine !
— Ha, ha, ha, bon, c’était très drôle tout ça, mais je ne prends pas. Et ouvre les yeux, les « rouquemoutes » ne sont pas très tendance ces temps-ci ! La mode, ce sont plutôt les femmes comme toi. Tu vois ? Brunes, bronzées, avenantes, souriantes, bref : caliente. Regarde-moi bien ! Tu aperçois un truc caliente en moi ? Louna, Inès ! Mes parents m’ont appelée Louna, « enfant de lune ». Il faut que je te fasse un dessin ?
Elle semble réfléchir, ce qui n’est jamais bon signe. Me voilà à reconsidérer ce que j’ai déblatéré pour trouver LE mot qui a pu faire éclater une bulle d’idée dans la tête de ma meilleure amie. Idée qui, comme toujours, conduira à ma perte… Je crains qu’il ne me reste alors que la fuite pour échapper à sa prochaine pensée brillante !
— « Caliente ? » répète-t-elle, le regard au loin.
— Heu !? Oui, dis-je en m’enfonçant sur ma chaise, considérant sa petite taille, son corps fin aux formes voluptueuses de femme et la sensualité qui émane de chacun de ses gestes.
Le mot est le bon mais le voilà, le fameux mot de trop. Un immense sourire fend son visage alors que ses yeux bleus me transpercent. Je m’attends au pire…
— Tu sais quoi !? Oublie le cours de maintien ! Demain, je t’inscris à l’école de danse latine.
— Pardon ?
— Considère que c’est mon cadeau !
***
Ma nuit a été longue et difficile. J’ai repassé en boucle ma conversation avec Inès… « Pourquoi n’as-tu jamais eu de mec ? » C’est vrai ça, pourquoi ? Je n’ai pas le temps, et puis pas vraiment l’envie non plus. En fin de compte, si, j’aimerais pouvoir être comme tout le monde, pouvoir discuter, moi aussi, pendant les soirées entre filles. J’aimerais arrêter de faire croire que je comprends, alors que je n’ai jamais embrassé un homme de ma vie. Enfin si, une fois quand j’avais treize ans et qu’on jouait à « action ou vérité ». Grand moment à noter dans les annales, d’ailleurs ! Le garçon, ramené pour l’occasion par un cousin éloigné, avait la tête et la délicatesse d’un phacochère épileptique. C’est donc, sans réelle surprise mais avec un franc dégoût, que j’ai subi l’humour gras de ce dernier, qui n’a rien trouvé de mieux que de lâcher un pet au moment où il m’embrassait. Pet qui a certainement marqué son slip de façon aussi indélébile que ma mémoire.
Par chance, Inès est toujours là pour me porter secours en racontant l’une de ses nombreuses frasques et me préserve systématiquement des sollicitations curieuses. Je l’écoute, admirative, le sourire aux lèvres… Elle a cette capacité à me piquer de ses mots et me caresser du regard. Elle s’accorde toutes les libertés désobligeantes envers moi en public, mais ne laisse à personne d’autre l’opportunité de me mettre en porte-à-faux. Franchement, tant que j’aurai ma meilleure amie, à quoi pourrait bien me servir un mec ? Pourtant, je sens que ça lui ferait plaisir, ne serait-ce que pour ne plus devoir me couvrir. Et, bien que personne ne l’avoue, j’ai comme l’impression qu’être vierge à vingt-cinq ans s’apparente à avoir une maladie incurable ! Si c’est le cas, que l’on m’envoie un docteur, n’importe lequel fera l’affaire, pas besoin de diplôme pour soigner ce mal, semble-t-il. Mes pensées s’échappent comme à leur habitude mais je les rattrape à la volée, tout ça n’est plus le plus gros de mes problèmes car désormais il y a… des cours de danse latine ! Je n’y crois pas ! Mais comment vais-je faire ? Une fois, Inès m’a traînée dans une de ces séances bondées de vieilles peroxydées qui enchaînent les mouvements en suivant une prof super bien gaulée et branchée sur cent mille volts ! Je m’en souviens encore… Impossible de terminer le cours ! Tout sauf coordonnée, mais surtout ridicule, transpirante, rouge, je suis allée mourir de honte aux toilettes avant que l’infarctus ne m’emporte sous les yeux ébahis des quinquagénaires. Plus tard, elle a déplacé tous les meubles du salon, déterminée à m’apprendre la fameuse chorégraphie de la « danza kuduro ». Au bout de deux heures, elle a tenté sa chance avec le charleston et on a fini par bouffer des pop-corn devant Save the last dance. Je crois que j’étais plus déçue pour elle que pour moi. Elle n’arrêtait pas de me dire que je n’avais pas à m’en faire : « Il n’y a pas de mauvais élèves, il n’y a que de mauvais professeurs ».
***
Mon téléphone vibre. Je suis à cinq minutes du McDo. La semaine reprend à peine et je sens déjà la frite. Je commence à avoir une indigestion de ce job. Je voudrais tant vivre de mon art. La photographie, j’ai comme l’impression de l’avoir dans le sang. Elle est mon seul refuge et sans doute le seul domaine dans lequel je m’accorde un peu de légitimité. Pourtant, quoi que je fasse, mes photos ne sont pas retenues. Jamais ! Pas le temps, pas envie, en réunion, « Je peux lui dire que vous êtes passée ». Quelle que soit l’excuse, le résultat reste inchangé : je n’ai jamais vendu un seul cliché. J’attrape mon antiquité de mobile qui me tient en connexion avec ce monde et souris au nom qui s’affiche à l’écran : « Inès ».
Inès : Allez ma puce ! Courage pour ta semaine, tu devrais arriver dans 3 minutes à peu près. Je voulais m’excuser si je t’ai bousculée hier et te dire que je te love fort.
Louna : Roh, tu es au top ! Moi aussi je te love fort. T’inquiète, c’est oublié.
Inès : Ah ben ça, tu ne devrais pas ! J’étais sur Internet là, l’école ouvre à 9 h, mais la plupart des cours sont en soirée. Je pense que je vais regarder s’ils ont une place pour demain 18 h ! Allez, bonne journée !
Je me décompose et vois d’ici le sourire lumineux de ma meilleure amie… Demain à dix-huit heures, c’est beaucoup trop tôt ! C’est bien trop concret ! Je n’ai même pas de tenue ! Comment vais-je m’habiller d’ailleurs ? Mon pouls accélère, je n’imaginais pas que je craindrais autant d’être ridicule. Je me raisonne et finis par admettre que je n’ai rien à perdre. À tous les coups il n’y aura que des vieux. Je participe au premier cours, je dis que je ne suis définitivement pas faite pour ça et je n’y remets plus jamais les pieds ! Déjà, je cède au coiffeur et au maquillage, c’est quand même pas mal !
Je pousse la porte du restaurant avec la mécanique huilée d’une ancienne habitude : une habitude qui sent la friture et les produits d’entretien. Il me semble que mes cheveux sont gras dès l’instant que je franchis la porte où est inscrit en rouge : « réservé au personnel », et je salue en grognant ceux qui se veulent être mes collègues. Devant mon minuscule vestiaire, je me contorsionne pour enfiler ma tenue de lumière et essaie sans succès de caler ma tignasse sous la casquette estampillée malbouffe. Enfin, j’entre dans les cuisines, glisse ma carte d’employée forcée dans la pointeuse et je plonge dans l’huile pour les huit heures à venir.
***
Vers seize heures, je m’effondre enfin sur le canapé, zappe sur quelques chaînes déprimantes et finis par éteindre la télé en soufflant. Je me ronge les ongles et les sangs en pensant à Inès. J’espère qu’elle n’aura pas réussi à avoir le cours. Je vais devoir être patiente, elle finit à dix-huit heures. Au cas où, je pars en spéléo dans mon placard, à l’étage « affaires de sport ». Si ça n’a pas encore fossilisé, on s’en sortira bien ! J’arrive à dégotter un pantalon de jogging noir et un tee-shirt gris ample. Ça fera bien l’affaire ! J’ouvre mon ordinateur, recherche « Youtube », il faut tout de même que je m’aide un peu ! Après quelques minutes, nous voilà à la définition même d’un énorme échec. Non seulement les tutoriels pour débutants me semblent adressés à un public ayant déjà trois ans d’expérience en danse, mais désormais je sais que je préférerais être jetée nue dans un trou d’eau de banquise plutôt que de devoir aller à cette leçon. Pourtant, il serait trop dur pour moi de décevoir Inès. Elle est si bienveillante et si impliquée avec moi. Nos débuts n’ont pas été faciles, ses piques à répétition qu’elle me jetait comme des banderilles auraient dû me dissuader, mais l’attraction irraisonnée que j’avais envers elle m’a protégée de ses assauts. S’est ensuivi le temps de ses silences, ses regards bienveillants qui enlacent et protègent même à distance. Enfin, ses confidences. Ces mots quand nous sommes deux, cette fragilité qu’à aucun prix elle n’avouerait aux autres, cette confiance qu’elle m’a offerte, ce secret entre nous qui me fait me sentir privilégiée et que quoi qu’elle en montre, je suis assurée d’avoir tout son respect et son soutien. Cette relation intime qui n’appartient qu’à nous m’est bien trop précieuse pour que je risque de la perdre. Non, je ne peux décidément pas la décevoir.
Au moment où je décrète que demain je me jette sous un camion pour éviter l’épreuve du feu, la voix de ma colocataire m’arrive depuis l’entrée :
— Lou ! Lou, tu es là ?
— Oui, j’arrive !
— Habille-toi, je ne suis pas toute seule, lance-t-elle ironique.
— Heu… et moi je ne suis pas toute nue !
— T’as très bien compris !
Je descends l’escalier, frustrée de devoir m’affranchir de politesse alors que je souhaite simplement savoir ce que je fais ou ne fais pas demain.
— Ah ben non, t’as pas compris ! grommelle Inès en baissant les yeux à la vue de ma tenue, l’air désabusé.
Je jette un œil sur mon jean bleu pâle, mon pull noir difforme et mes baskets. Elle n’a peut-être pas tort, je ne suis pas à proprement parler sur mon trente-et-un mais la question qui se pose réellement est : « qui sont ces gens ? ». Je lève un sourcil interrogatif vers ma colocataire, attendant qu’elle me les introduise.
— Louna, je te présente Pierre, mon copain, et Damien, son meilleur ami…
Je me pare d’un air enjoué, je sais déjà que la soirée va être longue. Je connais Inès par cœur. Son mec n’est que de passage dans sa vie et le meilleur pote est le frais gibier qu’elle m’apporte sur un plateau. Pas peu fière de sa capture, elle se pavane en nous observant. On se lance dans d’interminables discussions qui ne me passionnent guère. Pourtant, Damien a l’air plutôt sympa, et ce matin, je disais justement que je ne serais pas regardante sur le produit. Je souris, participe aux débats et tâche de ne pas bâiller en attendant qu’ils prennent congé.
Minuit arrive enfin, et ils nous annoncent qu’ils vont devoir rentrer.
— Louana, c’est ça ? me demande Damien avant de sortir.
— Louna ! précisé-je.
— Ah pardon, dit-il un peu gêné. C’était un plaisir de faire ta connaissance.
— Pour moi aussi Damien, rentrez bien ! essayé-je d’abréger.
— Attends ! Ça te dirait qu’on aille boire un verre un de ces soirs ?
— Ben c’est-à-dire que…
Mon esprit tourne à cent à l’heure pour trouver une excuse un tant soit peu valable.
— Oui, elle veut bien ! lance Inès à la volée.
— Inès, laisse-la me répondre ! corrige Damien pour ma plus grande satisfaction et au désarroi d’Inès.
— Cette semaine, c’est compliqué…m’excuse-je sans me justifier.
— La semaine prochaine ? Disons… mardi ? insiste-t-il.
— Non ! Mardi, elle a cours de danse latine ! précise la brune sur mes talons.
— Ah ? C’est intéressant ça, tu en fais depuis longtemps ? lance Damien, l’air réellement intéressé.
— Heu, non pas vraiment… Mais disons mercredi, ça te va ? enchaîné-je à toute allure pour éviter d’aborder le sujet de la danse.
Il répond par la positive. Je lance un « bonne nuit » et claque la porte sans lui laisser le temps d’ajouter un mot, puis je me tourne vers mon amie qui rayonne comme un soleil.
— Haha ! Du coup demain, tu fais ton premier cours de danse ! Dix-huit heures sans faute, j’ai promis ! me précise-t-elle avec un air supérieur de mère. Mardi prochain, le deuxième, à la même heure. Et mercredi, tu revois Damien ! C’est plutôt une très bonne soirée, tout ça !
— Merci pour ce résumé glorieux de mes semaines à venir ! J’imagine que je te devrai un rapport.
Inès s’en va, un sourire aux lèvres, sans même relever ma réflexion, me laissant dans mes pensées.
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