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La Perle - Tome 1 : Et si demain... · Alice Lipsey

Lire La Perle - Tome 1 : Et si demain... en ligne gratuitement Chapitre premier

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Il n’y a rien de tel qu’un café pris face à un magnifique lever de soleil sur l’océan pour se détendre. En particulier quand le souvenir d’une énième dispute avec Vanessa me fait encore mal au cœur. J’ai l’impression que nous passons notre temps à nous quereller, puis à nous réconcilier sous les draps. C’est nul comme relation. Puéril. Stérile. Et je doute que cela nous mène vraiment quelque part. 

Mais elle m’énerve aussi ! Elle possède toutes les qualités requises pour se construire une carrière à la hauteur de ses ambitions et ne les utilise pas, ou d’une manière si sporadique que cela revient au même. Pourtant, avec tout ce qu’elle sait sur la communication digitale, elle pourrait facilement devenir une community manager très en vue dans South Beach. Seulement, madame n’a aucune envie de percer là-dedans. Comme elle ne cesse de me le rappeler, elle ne met ses talents à notre service que pour nous dépanner. Elle, ce qu’elle veut, c’est devenir influenceuse et signer des contrats avec des marques prestigieuses. Hélas, jusqu’à présent et en dépit de ses efforts, elle n’a décroché aucun partenariat sérieux. Cela l’agace et la frustre au point qu’elle en devient jalouse, car moi, pendant ce temps, je vis mon rêve à fond. Tout devient alors prétexte à des remarques, des piques, des reproches et des disputes parfois tellement violentes, que les murs en tremblent.

Je parie que cette fois encore, Lucille a tout entendu… 

— Oh, toi, tu as une petite mine. Qu’est-ce qui ne va pas ?

Toujours très matinale, Margaux, mon amie et associée, s’installe à côté de moi et plonge son regard interrogateur dans le mien. 

— Je te le donne dans le mille. 

Instantanément, ses traits se durcissent. Margaux n’a jamais fait mystère qu’elle n’aimait pas Vanessa. Au-delà de nous trouver mal assorties, elle lui reproche de prendre son travail à La Perle par-dessus la jambe. Or rien n’est plus sacré pour Margaux que cet hôtel ; elle ne vit que pour lui. Savoir que Vanessa s’en fiche, que son efficacité dépend de ses humeurs et de l’ambiance dans mon couple, la rend dingue.

— Cette femme est un poids mort, Chloé, quand le réaliseras-tu ? 

— Vanessa n’est pas si nulle que ça. Elle a beaucoup de qualités.  

— Apparemment, elles ne te suffisent plus. Regarde ta tête !  

Pour éviter de lui répondre, je plonge mon nez dans ma tasse de café. 

— Nous gratifiera-t-elle de sa présence aujourd’hui ou compte-t-elle faire la morte et bouder dans son coin ? Tu n’es pas sans savoir que d’ici peu, La Perle va accueillir un évènement très important et que son succès dépendra presque entièrement de sa couverture médiatique.

— Je le sais, Margaux. Je le sais.

— Elle s’en occupe ? Entre deux selfies postés sur Instagram, je veux dire. Elle a planifié des posts ? Est entrée en contact avec des romancières ? Elle fait son job?

— Vanessa peut être pénible parfois, mais elle connaît son travail ! Elle ne nous plantera pas, je te le promets. 

— Je l’espère, Chloé, me retourne-t-elle sèchement. La Perle a besoin de toute la visibilité possible, et ce salon littéraire en est une occasion parfaite. Nous ne pouvons pas nous permettre de passer à côté. 

J’acquiesce parce que j’en ai parfaitement conscience. Comme Margaux, je suis viscéralement attachée à cet hôtel que nous avons racheté voilà deux ans et pour lequel nous nous battons tous les jours. Notre ambition depuis le début est affichée : nous voulons le transformer en un lieu réputé, réservé aux femmes et surtout à celles qui nous ressemblent, les lesbiennes. La première étape est qu’il soit connu de tout South Beach, le quartier où il est implanté et qui regorge déjà d’hôtels gay friendly, puis de Miami Beach. Quand nous y serons parvenues, alors nous en ferons un incontournable de Miami, puis de tout l’État et qui sait, peut-être de tout le pays. La route est certes encore très longue, mais nous y croyons toutes les deux. Notre vision va même au-delà, car nous aimerions y organiser des conférences, des repas d’affaires et même des mariages.

Si nous y parvenons, ce sera un énorme pas en avant pour toute notre communauté. Si nous échouons, nous nous retrouverons toutes les deux à la rue, sans le moindre sou puisque nous avons investi tout ce que nous avions dans ce projet. Autant dire que l’option deux est inenvisageable.  

Je suis confiante et motivée par tout ça, même si les résultats ne suivent pas pour le moment. Après plusieurs mois de fermeture pour travaux et rénovation, La Perle a en effet rouvert ses portes à la fin de l’année dernière, sans attirer les foules. Je me dis que ce n’est qu’une question de temps et que d’ici peu, notre hôtel affichera complet. Il suffit pour cela de faire preuve de patience… et d’éviter toute personne se mettant en travers de notre chemin. 

— Je veux tout comme toi que ce salon soit couronné de succès, Margaux. Vanessa va assurer, j’y veillerai. 

Margaux m’adresse un regard dubitatif, puis sort son téléphone et me lit quelques avis postés par des clientes qui ont séjourné chez nous. Leur enthousiasme nous met à toutes les deux du baume au cœur.  

— Ça va le faire, promis, martelé-je en lui adressant un sourire déterminé. 

Ses lèvres tressautent à peine. Je ne lui en demande pas davantage. C’est Margaux après tout, venant d’elle, c’est déjà beaucoup. 

Tout le temps que nous discutions, je n’ai pas prêté attention aux clientes qui sont venues prendre leur petit-déjeuner dans le patio, mon coup de cœur. Bien plus qu’une terrasse, c’est un petit jardin bordé de fleurs et d’arbustes, menant directement à notre plage privée. J’adore y prendre mon café, en écoutant le chant des oiseaux ; je gage qu’elles aussi.

Il y a trois couples ce matin, des femmes qui ont toutes dépassé la trentaine. Ma tasse à la main, je m’en vais les saluer et me présenter. Tant que j’y suis, je les interroge sur leur séjour sans me montrer trop intrusive, et leur en dévoile un peu plus sur La Perle et ses atouts. Je leur parle du projet, mais aussi des travaux, de ce que nous avions imaginé pour le patio, de la plage et des environs. Certaines connaissent déjà Miami Beach, d’autres viennent en Floride pour la première fois. Toutes sont ravies d’avoir réservé chez nous. Elles adorent la décoration des chambres, les aménagements de l’hôtel, et notre accueil.

— Si un jour on se marie, on saura où venir, me confie l’une d’elles, en prenant la main de sa partenaire.

Elle m’adresse un clin d’œil avant de rire. Je souris à mon tour, aux anges.

Et puisque les bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules, voir la navette reliant l’aéroport de Miami aux hôtels de Miami Beach se garer devant La Perle me réjouit : c’est le signe que d’autres personnes ont réservé.

Tandis que Dana décharge leurs bagages, je termine mon café.  

— Ola querida mía ! me lance-t-elle en me faisant un signe de la main. 

— Salut, Dana. 

Repérant les deux clients dans son véhicule, je me contente de lui répondre et de la laisser filer.

— Salut, Dana. 

J’aime beaucoup cette femme. Elle est toujours souriante, et a de l’énergie à revendre. Elle est en plus très au fait de tout ce qui se passe dans le coin. Par chance, elle et moi sommes de très bonnes amies, ce qui me permet d’avoir la primeur de ses confidences…

— Oh, mon Dieu, dites-moi que je rêve ! Chloé ? Chloé Duplessis ? 

Ce n’est pas tant parce qu’on m’appelle que je sursaute, c’est surtout parce que je crois reconnaître la voix et que je me dis que c’est impossible. Pourtant, lorsque je me retourne, le doute n’est plus permis. 

— Louise ? articulé-je en écarquillant les yeux. Louise Chantel ?  

Un sourire immense fend son visage tandis qu’elle hoche la tête.

— Louise Chantel ! répété-je, complètement hébétée. Mon Dieu, mais que fais-tu à Miami Beach ? 

— Je suis en vacances, pardi ! Si je m’attendais à tomber sur toi ! Quelle énorme et superbe surprise !  

— Mais carrément ! 

Reposant ma tasse un peu n’importe où, je m’élance vers elle pour l’étreindre et l’embrasser. 

— Ne me dis pas que tu es en vacances toi aussi, ce serait trop incroyable ! 

— Et non. Je vis ici. 

D’incrédulité, ses yeux d’un superbe bleu marin s’arrondissent.

— Sérieusement ? 

— Absolument.  

— Tu habites vraiment en Floride ? 

— Oui ! gloussé-je. 

— Waouh ! Quelle chance tu as ! 

— Je reconnais que cet endroit est très agréable. La mer, le soleil… il y a pire sur Terre. Et toi alors ?  

— Moi, c’est plutôt Paris, le quinzième et les tours de La Défense. 

— Aïe, grimacé-je, on est tout de suite très loin de la carte postale. 

Je n’en reviens pas. Louise Chantel. Mon amie de lycée. Ma meilleure amie. Celle avec qui j’ai partagé tellement d’aventures et de souvenirs. Celle aussi, qui, sans le savoir, m’a brisé le cœur.  

— Tu n’as pas changé. 

Sa voix me ramène rapidement au présent ; pour chasser quelques souvenirs, je fais le clown. 

— Un peu quand même. J’ai pris onze ans dans les dents et mes cheveux sont blonds, tu as vu ? 

— C’est vrai. Cette couleur te va d’ailleurs très bien. 

— Merci… 

Je me retiens de lui dire qu’elle en revanche est la même que dans ma mémoire. Plus belle encore et ses yeux… bon sang ce regard marin ! Il m’a tellement hantée ! 

— Qu’est-ce que… ma voix faiblit sous le coup d’une émotion un peu forte, qu’est-ce que tu fais à La Perle ?

— J’y ai réservé une chambre pour une semaine, répond Louise avec un naturel désarmant. 

En soi, pas de quoi être surprise, sauf quand on connaît Louise et que l’on sait quel genre d’hôtel est le mien. 

— Mais euh… enfin… tu es avec quelqu’un ? 

Elle fronce les sourcils. 

— Non, pourquoi ?  

Ne sait-elle donc pas où elle a mis les pieds ? 

— J’ai cherché sur Internet et celui-ci offrait le meilleur rapport qualité prix, alors j’ai sauté sur l’occasion. Il a quelque chose de particulier ? Un truc que je devrais savoir ? enchaîne-t-elle en prenant un ton de conspiratrice. Les draps ne sont pas changés entre deux clients ? 

— Non, enfin si… 

— Tu y séjournes toi aussi ?  

— Non. 

Son expression devient confuse. Au même moment, Margaux fait irruption et s’immisce dans notre conversation sans crier gare. 

— Aucune nouvelle de Vanessa. Pourrais-je te parler un instant ? 

Sidérée par sa manière de nous interrompre, Louise toise Margaux d’un regard outré.

— Louise, m’empressé-je, je te présente Margaux, mon associée. Elle et moi dirigeons La Perle. 

Elle met une seconde ou deux à saisir ce que je viens de lui annoncer.

— Attends un peu… Tu veux dire que cet hôtel t’appartient ?  

— Il nous appartient à toutes les deux. Margaux, voici Louise Chantel, mon amie de lycée. 

Si elle est surprise, elle n’en montre rien.

— Ton amie de lycée ? 

— Oui. Tu te souviens peut-être…

Margaux me fixe longuement en silence. Oui, elle se rappelle. D’ailleurs, elle se tourne brutalement vers Louise. 

— Et vous êtes à La Perle parce que ? 

Mince qu’est-ce qu’elle est antipathique ! Elle pourrait prendre sur elle quand même. Que va penser Louise ?

— Parce que je suis en vacances… réplique sèchement Louise.

— Vous êtes lesbienne ? 

Je manque de m’étouffer.

— Margaux !  

— Si je suis quoi ? 

Louise est médusée ; navrée, gênée, je secoue la tête.

— Ne fais pas attention à elle, Louise. Elle a le don de dépasser les bornes quelquefois.

Malgré mes regards insistants, Margaux poursuit :

— La Perle est avant tout un hôtel lesbien. Si vous ne l’êtes pas vous-même, j’espère que la vue d’un couple de femmes ne vous offensera en aucune manière. Puis, sans

attendre de réponse, elle se tourne vers moi et m’ordonne:

 appelle Vanessa. Qu’elle ramène ses fesses au plus vite. 

Aussi rapidement qu’elle est venue, elle repart en faisant claquer ses talons aiguilles sur le sol marbré. 

— Ma parole, mais qui est cette horrible bonne femme ? Ta petite amie ? 

Je pouffe de rire tant cette idée me semble grotesque. Margaux et moi ? Jamais nous ne l’avons envisagé. Nous sommes de très bonnes amies et des partenaires en affaires, mais cela s’arrête là. 

— Mon associée. Elle possède la moitié de l’hôtel, moi l’autre. Elle est également mon amie. Margaux n’est pas le genre à avoir des petites amies.  

— Tu m’étonnes, ricane Louise. Je me demande qui supporterait un glaçon pareil. 

— Oh détrompe-toi, c’est un être remarquable. Seulement, elle ne permet pas à grand monde de s’en rendre compte. 

Louise hausse les épaules, l’air de dire qu’elle s’en moque. Son idée est formée, elle n’a pas l’intention d’en changer. 

— C’est vrai alors ? Cet hôtel est réservé aux lesbiennes ? 

— Pas réservé en tant que tel, mais c’est la clientèle que nous souhaitons attirer, oui. Nous sommes lesbiennes, le quartier est LGBT friendly… nous nous sommes dit que c’était une bonne idée. Toutes les lesbiennes du monde souhaitant visiter la Floride et Miami savent désormais qu’elles peuvent séjourner dans un hôtel qui les accueillera et les chouchoutera comme il le faut. 

Son regard se trouble, ses joues s’empourprent. 

— Dans ce cas, je ferais mieux de me trouver une chambre ailleurs. 

— Bien sûr que non, m’empressé-je. Tu es la bienvenue, Louise. Si tu savais comme je suis heureuse de te revoir ! 

— Est-ce certain que cela ne posera pas de problème ? Que ton associée ne va pas encore me sauter à la gorge comme à l’instant ?

— Tranquillise-toi, je vais lui dire de te ficher la paix.  

— On a le droit de séjourner dans ton hôtel sans être lesbienne, non ? 

— Bien sûr que oui, la rassuré-je une nouvelle fois. 

Mais je me demande quand même si elle a vraiment réservé ici en toute innocence. Après tout, qui de nos jours réserve une chambre sans lire les avis ? Même si nous étions la bonne affaire du mois, elle ne peut pas ne pas s’être renseignée avant d’avoir entré son numéro de carte de crédit. Et je doute, si elle l’a fait, qu’elle soit passée à côté de l’information qui apparaît partout quand il est question de La Perle : hôtel lesbien. Louise savait-elle où elle mettait les pieds ? Si oui, pourquoi, malgré tout, a-t-elle réservé ? Tandis que je l’accompagne jusqu’à la réception pour lui permettre de s’enregistrer, je me pose cette question.  

Je dois avouer que la réponse n’a rien d’évident, surtout quand on sait qu’elle a été mon premier amour et surtout, que c’est avec elle que j’ai eu ma première expérience sexuelle… 

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