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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : Projet Universalis à Chapitre 2 : Expérience CRISPR-FIRE
Chapitre 1 — Chapitre 1 : Projet Universalis
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La survivante · Alexia Damyl

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Sous-sol secret de l’hôpital militaire de Barcelone, quelques jours auparavant.

— Professeur, avons-nous vraiment le droit ?

— Non seulement nous l’avons mais c’est aussi un devoir envers notre pays Martin.

— Nous n’avons pas son consentement libre et éclairé… et cela me chagrine.

— Son engagement pour son pays en était un, Martin. Cessez de vous aiguillonner les méninges !

Je m’éveille. Un rayon de soleil ardent brûle la moitié gauche de mon visage. Autour de moi, le bruit du ressac et les cris des goélands forment une mélodie lancinante. Depuis quand suis-je allongée sur cette plage ? La peau de mes lèvres est tiraillée par la soif. Je les humecte avec ma langue, elle aussi asséchée. Suis-je la rescapée d’un naufrage ? Je soulève mon tee-shirt et vérifie rapidement mon intégrité corporelle tout en me redressant, non sans peine. Pas une seule égratignure ! Tout semble à sa place bien que mon côté droit soit engourdi. Je ne sais pas où je suis mais je n’arrive pas à détacher mon regard du bleu turquoise des flots. Mes pieds nus foulent un sable presque blanc. L’écume argentée des vagues vient déposer ici et là quelques coquillages dont la nacre réfléchit les rayons du soleil, une branche polie par la mer ou un petit monticule d’algues noires, sèches. Je relève mon pantalon jusqu’à mi-mollet et fais un pas dans l’eau cristalline, aveuglée par tant de luminosité. Le bleu très clair s’étend à perte de vue ; au loin le cyan devient un peu plus marqué avant de s’assombrir à l’horizon, contre des falaises que je devine à peine. Le ciel bleu vif est ourdi par quelques nuages blancs. Les ongles de mes orteils commencent à virer au violet. Je sors de ces eaux paradisiaques mais trop fraîches à mon goût et scrute les alentours.

Est-ce le soleil qui m’a tapé sur la tête ? Je ne sais pas où je suis, ni vraiment qui je suis. Je sais que j’ai vingt ans, que je m’appelle Luna. Une voix dans ma tête me répète que je dois vivre. À part ça, aucun souvenir.

Je m’éloigne de cet endroit trop à découvert. Quelle étrange pensée ! Suis-je en danger ? Je reconnais les plantes grasses qui m’entourent : des figuiers de Barbarie ressemblant étrangement à des cactus sans leurs fruits. Ici et là, des rosettes de feuilles succulentes typiques des agaves. Certaines, en fleurs, s’élèvent à plusieurs mètres au-dessus du sol. Les belles floraisons d’Aloe Vera forment des sortes de plumeaux rouges tout autour de moi. À n’en pas douter, je suis sur la Costa Blanca, cette végétation ne me tromperait pas. Si ? Elle est typique de cette région d’Espagne, et au vu des températures douces et de l’avancement de la flore, nous sommes sûrement au mois de mars. Avril serait plus chaud et février sûrement plus froid, à moins que ce ne soit une année exceptionnelle ? Quelle année déjà ?

Je suis un sentier de terre tracé par des hommes c’est certain. Je longe des étangs bordés de pins où quelques canards mandarins font trempette. Les mâles sont particulièrement beaux avec leur bec rouge flamboyant, les lunettes blanches et jaunes qui semblent être dessinées autour de leurs yeux et leur gosier strié de teintes allant du beige au brun foncé. S’ils ont encore ce plumage, c’est que la période de reproduction n’est pas passée. J’avais vu juste, le printemps n’est pas encore là ! J’arrive le long de salins. Je repère les carreaux, ces bassins de faible profondeur dans lesquels est récolté le sel, obtenu par évaporation de l’eau de mer grâce à l’action combinée du soleil et du vent. Je regarde tout ce réseau de barrages, vannes et canaux. Les teintes rosées de l’eau dénotent de la présence de l’algue Dunaliella salina et d’une forte salinité.

J’ai l’impression d’avoir ingéré une encyclopédie, comment suis-je au courant de toutes ces choses ? Suis-je botaniste, éthologue ou quelque chose de ce genre ? Voilà des questions qui vont devoir attendre avant de trouver une réponse. Je marche prudemment jusqu’au bâtiment qui jouxte les montagnes de sel, pyramides de cristal aux allures de chapiteaux. La porte n’est pas verrouillée mais je ne trouve personne à l’intérieur. Étrange ! Je repère la boutique de souvenirs, achalandée en sels aux divers parfums mais pas seulement. Ce n’est peut-être pas sûr, mais je meurs de faim et de soif. Je pioche un soda dans le réfrigérateur qui semble fonctionner correctement et le bois d’un trait, avant d’engloutir une pastilla qui semblait n’attendre que moi. Requinquée par les glucides contenus dans la boisson, je décide d’emprunter un grand sac à dos à l’effigie de la saunerie et de le bourrer de provisions glanées dans le réfrigérateur et sur la gondole devant la caisse. Je m’équipe d’espadrilles en vente dans le magasin. Si quelqu’un revient, je ferai en sorte de rembourser ma dette. Je ne crois pas être une voleuse de grands chemins habituellement. Une sorte d’intuition résonne dans ma tête : je dois survivre après un grand désastre. Mais lequel ? Si seulement je connaissais la menace qui plane, je pourrais essayer de la prévenir. J’ai beau me creuser les méninges, c’est le néant complet à ce sujet. Je dois éclaircir ce mystère, j’ai besoin de comprendre ce qui s’est passé. Pour cela, il me faut trouver de l’aide. Je quitte donc ma caverne d’Ali Baba à contrecœur ; j’y reviendrai m’approvisionner en cas de besoin. Une sorte de tricycle d’un marchand de glace paraît avoir été abandonné là. J’enfourche ce drôle de vélo qui me permettra d’avancer plus vite. J’arpente la route bosselée qui part des marais salants jusqu’à une intersection. Chaque irrégularité de la route est amplifiée par mon triporteur. J’en aurais presque la nausée. Un panneau rouillé indique une ville à quelques kilomètres. En quelques coups de pédale, j’arrive dans cette ville fantôme. Les rues sont larges, entourées de maisons blanches aux volets verts et clos. Pas âme qui vive ! Du moins, en apparence. J’ai l’impression d’être entrée dans un décor de cinéma, style cowboy ou pire, zombie. Un shérif va-t-il arriver de nulle part et me provoquer en duel ? La main d’un mort-vivant va-t-elle sortir du sable pour m’attraper la jambe ? Je ne suis pas armée, si ce n’est de bouteilles d’eau et de quelques victuailles, qui ne pèseraient pas lourd en cas d’attaque.

Je perçois une accélération de mon pouls, je peux même le sentir battre dans mes tempes. Quelques gouttes de sueur glissent entre mes omoplates. Le silence qui règne dans ce western spaghetti me glace le sang. Je découvre une boulangerie. La porte est ouverte. J’entre le plus discrètement possible. Personne. Je tente un « Hé, ho », auquel seul mon écho répond. Je remonte sur mon véhicule de fortune et entreprends de faire un tour de la ville. Les rues se succèdent et se ressemblent toutes. Quelques échoppes singulières marquent ma progression.

Essoufflée, je m’arrête devant des portes choisies au hasard, frappe, entre. Les habitants semblent s’être volatilisés, laissant derrière eux des tâches à moitié achevées. La scène est irréelle, du linge est encore étendu sur les terrasses. La table est dressée. Sur le gaz un faitout contenant sûrement un ragoût, j’aperçois les feuilles de laurier en surface. Ne pas céder à la panique, bien que d’un point de vue rationnel, tout ça puisse sembler très angoissant. J’essaie de trouver une explication logique à cette journée… ce doit être un cauchemar et je vais me réveiller. Sinon, de mémoire de terrien, cette situation n’a encore, a priori, jamais été décrite. Je ne sais pas d’où je tire mon savoir, mais je suis capable de balayer en quelques secondes les époques passées, de la préhistoire au Moyen-âge en passant par l’Antiquité et je n’ai jamais entendu parler d’un tel phénomène. Peut-être suis-je historienne ?

Je poursuis mon exploration. J’entends un bruit dans la cour d’une hacienda. Je m’approche à pas feutrés. Le soleil est encore plus chaud qu’à mon réveil, heureusement une légère brise fouette mon visage et me rafraîchit un peu. Je profite de la végétation luxuriante du jardin pour me cacher derrière un oranger plein de fruits. J’avance un peu plus derrière un amandier recouvert de bourgeons et de quelques floraisons. Je hume l’air mais le parfum typique des fleurs d’amandiers n’emplit pas encore mes narines ; trop tôt dans la saison. Je me réfugie ensuite derrière un olivier au tronc large et sinueux, si bien qu’il semble avoir plusieurs troncs. Mes précautions n’ont pas suffi, je viens de faire fuir un groupe de chats errants. C’étaient donc eux que j’entendais plus tôt ! Au moins, je ne suis pas complètement seule derrière ces murs de pierre, il reste, a minima, quelques félins dans le village, des moineaux et des goélands en bord de mer. J’en déduis avec un certain soulagement que ce n’est pas un gaz mortel qui a emporté les habitants de ce village dont je ne reconnais pas le nom. Je ne suis pas un atlas de géographie mais je trouve cela bizarre. Je me dis également que ce ne doit pas être un virus qui est à l’origine du départ des habitants, sinon, ils seraient plutôt mis en quarantaine et je trouverais des corps. Le fait qu’ils semblent avoir fui subitement n’est pas des plus rassurants non plus. Je me demande vraiment ce qui a bien pu provoquer ce départ précipité. D’aucun n’a pris soin de verrouiller sa porte et de se prévenir des pillages. Ils sont donc bien tous partis… dans quel périmètre ? Devrais-je me cacher si j’aperçois quelqu’un ou au contraire demander de l’aide ? Apparemment, j’ai encore un peu de temps pour décider de mon attitude en cas de rencontre… Je profite d’un banc à l’ombre pour manger un sandwich dégoté dans la boulangerie visitée un peu plus tôt. Je retourne sur mes pas et remplis la glacière derrière ma selle de nourriture et de boissons plus ou moins rapidement périssables. Visiblement, je n’ai pas à m’en faire pour ça, du moins pour l’instant. Les maisons regorgent de choses à manger ou à boire et la nature aussi.

Je suis dans une épicerie. Je dérobe un couteau multifonctions que j’accroche à ma ceinture. Je prends aussi quelques bougies, un briquet et des allumettes. Pour le moment, j’imagine que c’est ce dont je vais avoir le plus besoin. Je repars en quête d’aide. En poursuivant mon chemin, je vais forcément tomber sur quelqu’un. Je ne suis pas certaine d’avoir le temps de bombyciner ici. Alors roule ma poule !

Je ne suis pas rassurée d’errer dans cette ville fantôme. Une théorie commence à se former dans mon esprit fécond : les habitants ont fui une menace et pour une raison obscure, je ne faisais pas partie des plans. On m’a droguée et abandonnée ici. Pour que j’en oublie jusqu’à ma vie passée, celui qui m’a fait ça n’y est pas allé de main morte avec la sédation ! J’envisage la moins pire de toutes mes hypothèses pour retrouver du courage. Si l’on m’a fait ingérer un cocktail de GHB associé à de l’alcool, je devrais retrouver mes souvenirs d’ici quelques heures… Cette idée me redonne le sourire.

Au fait, quel jour sommes-nous ? Je n’ai aucune idée de la date ! J’aperçois un kiosque à journaux. Je m’approche. Les papiers sont tous datés du 8 mars. Nous sommes donc après le 8 mars… mais combien de jours se sont écoulés exactement ?

Je veux tenter de rallier le village suivant. Ici, je ne me sens pas tranquille. En arrivant, même constat. Le désert humain. Déception après avoir pédalé au moins une bonne vingtaine de minutes. Combien de routes vais-je devoir parcourir pour retrouver un semblant de civilisation ? Peut-être que l’armée fait des essais nucléaires ici ? Cela leur ressemble bien de venir polluer un endroit si paradisiaque ! Si je m’en sors, j’aurais peut-être une queue de kangourou, ou des doigts en plus… Sinon, peut-être qu’un tsunami se prépare, auquel cas je devrais m’enfoncer dans les terres ou grimper en montagne… sauf si c’est un risque sismique ou volcanique que les gens ont fui… Pfff… équation insoluble pour l’instant, trop d’inconnues ! Quoi qu’il en soit, les animaux présents n’ont pas l’air de s’alarmer, la catastrophe naturelle n’est visiblement pas pour ce soir… Je fais confiance à leur instinct.

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