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Le sel dans le frigo · Alexia Damyl

Lire Le sel dans le frigo en ligne gratuitement Prologue

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« Je ne suis qu’une imbécile allongée sur le dos. J’me refais le film, le début était beau, puis je t’imagine jouer sur ton piano. Une mélodie expire dans un écho. J’ai tout gâché, je sais. Je sais, j’ai tout gâché. »

Le reste – Clara Luciani (2021)

Je mets le sel dans le frigo, j’ai dans la tête des airs entêtants de vieilles rengaines qui nous reliaient, j’ai perdu l’appétit. Je croyais pouvoir me passer de toi, mais tu me suis quand je te fuis. La raison me dit que tu n’es pas faite pour moi, tu es bien trop instable comme personne. Sans foi ni loi. Que respectes-tu ? Je te hais de n’avoir aucune valeur. Comment pourrais-je te faire confiance alors même que tu vis chaque jour comme s’il était le dernier, comme s’il n’y avait jamais aucune conséquence à tes actes ? Tu es irresponsable à un point que le monde entier t’envie. Mais ce serait une belle pagaille, l’anarchie si chacun t’imitait. Je te hais d’être venue me tirer de mon cocon tranquille. Je te hais parce que je t’aime, car qu’est-ce que la haine sinon une autre forme d’amour ? Je te hais parce que tu m’as fait me sentir pleinement moi, parce que tu m’as ouverte au monde et aux sentiments et que ça n’aurait jamais dû s’arrêter. Je pourrais te chanter que « des étés de porcelaine, j’en ai connu après toi, sans que jamais ne revienne le goût que tu leur donnas ». Tu es partie en laissant un trou béant dans ma vie.

Une semaine. Une putain de semaine à t’aimer. Toi et moi, on savait le jeu dangereux. On s’était dit que la souffrance était inéluctable et pourtant on a foncé, têtes baissées, à se brûler les ailes. « I have never forgotten, that one summer you were mine ». Foutue chanson qui ne me quitte plus. Jour et nuit, elle me hante, et toi à travers elle. Tu es partie en me disant que le prix à payer si je voulais te suivre était sans doute important, mais qu’il serait bien plus élevé si je restais là. Mon cœur t’a crue, mon esprit a balayé d’un revers de main ces propos dictés par ta folie. Tu es cinglée, totalement barrée, et nous étions de joyeuses timbrées ensemble. Personne ne peut le comprendre mieux que nous.

Alors qu’est-ce que je suis censée faire ? Et toi, où es-tu maintenant ? Tu jubiles de loin. Bravo, tu as bien réussi à foutre le bordel. Au fond, tu n’es bonne qu’à ça, alors pourquoi ? Pourquoi cette envie de me tirer de là, de tout laisser en plan pour te rejoindre là où tu ne m’attends pas ? Je suis une mère de famille, je me dois d’être stable. Dis-moi, qu’est-ce que les étoiles ont prévu pour moi alors que j’ai perdu mon équilibre à l’instant où je t’ai quittée ?

Je me morigène… Personne n’agit comme tu l’as fait, surtout pas en prétendant aimer l’autre. On ne plante pas un poignard dans le dos d’une femme qui est toute sa vie, ou alors si ? Devient-on folle d’amour au point de vouloir anéantir l’autre et tout ce qu’elle a construit ? Si tu étais là, tu me chanterais Requiem pour un fou, et je reprendrais à tue-tête. « Je n’étais qu’un fou, et par amour, elle a fait de moi un fou, un fou d’amour ». On s’en moque de la justesse, toi et moi, on n’a jamais eu honte de faire tomber la pluie avec nos fausses notes.

Au départ, tout était plus simple, car tu m’avais fait trop mal pour que je te pardonne. Alors je t’ai rangée quelque part, dans un coin abandonné de mon esprit, le plus loin possible de mon cœur. J’ai fait comme si tu n’avais jamais existé, comme si notre parenthèse dorée n’avait été qu’un rêve, chassé par le cauchemar que tu m’as fait vivre. Tu aurais juste pu t’en aller, comme une personne ordinaire, mais tu n’es pas de celles-là. Toi, tes entrées sont remarquées et tu sors sur le tapis rouge. Huée ou adulée, cela t’est bien égal, du moment que tu ne passes pas inaperçue. Quand j’y repense, je me dis que tu es une foutue égoïste. Une sacrée malade ! Je dois l’être aussi pour m’abaisser à dépérir sans toi.

Réseaux sociaux de mes deux. De mes deux quoi ? Ovaires ? Sans eux, jamais tu n’aurais pu réapparaître, mais là, tu pousses le vice. Il faut que tu te rappelles à moi. Quel toupet de venir commenter mes publications ! Rien ne t’arrête, je le sais. Et elle ? Celle avec qui tu affiches ton bonheur sur les mêmes réseaux ? Elle en pense quoi, de tes interventions ? Oh, je te vois de là, prendre tes grands airs. Tu n’es pas la seule à fureter sur le profil de l’autre. Je ne l’avais pas fait jusqu’à présent. J’avais cru que je pourrais t’oublier, et puis j’ai vu tes quelques mots, laissés au gré du vent sous une photo de moi. Je savais que je ne devais pas, mais la tentation a été plus forte que ma pauvre volonté. J’ai cliqué et je l’ai vue. Votre bonheur m’a éclaté en plein cœur. Si ça n’est pas de l’ambivalence de dire de telles inepties, alors quoi ? J’aurais voulu que tu m’appartiennes jusqu’à la fin des temps, alors que j’étais retournée à ma vie bien rangée d’épouse et mère de famille modèle ? Je voulais juste… au fond, je ne sais pas… que tu sois heureuse et peut-être avec moi.

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