Chapitre 0 — Chapitre 1 : Ivy
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Lundi 21 mai, 7 h 30 - Ivy’s Pearl – Tahiti
Je stationne ma Jeep sur le parking et m’accorde cinq minutes pour apprécier le paysage fabuleux qui s’offre à moi.
Mon île natale, Tahiti. De féériques lagons turquoise, tous plus paradisiaques les uns que les autres, un impressionnant relief d’origine volcanique tapissé d’une végétation luxuriante, une barrière de corail coiffée d’îlots propices au farniente et un bel éventail d’activités de loisirs terrestres et nautiques.
Il y a trente ans, mes parents ont choisi de venir passer des vacances dans ce paradis et ils n’en sont jamais repartis. Ils s’y sont installés, mariés et ont fondé une famille.
J’ai grandi dans ces lagons, j’ai découvert les perles du Pacifique et c’est tout naturellement que j’y ai consacré mes études. Je suis technicienne en perliculture et greffière d’huîtres perlières.
Mon bébé à moi ? Ma ferme, dans laquelle nous cultivons la perle de Tahiti. C’est une perle qui est cultivée exclusivement dans nos lagons polynésiens, dans l’huître à lèvres noires, la Pinctada Margaritifera.
Je m’avance le long du ponton qui mène à la ferme. Maëlle, ma meilleure amie et associée, est déjà là.
Nous nous étreignons et elle me salue d’un long bisou sur la joue.
Nous avons grandi ensemble sur cette île. Maëlle est océanologue, elle se concentre sur l’exploitation des ressources et la protection de l’environnement marin. En particulier les barrières de corail. C’est sans surprise qu’elle m’a suivie dans mon projet avec beaucoup d’intérêt.
Matahi et Teina, mes employés, sont en train d’installer les collecteurs dans le lagon.
Ces derniers permettent aux gamètes mâles et femelles de se mélanger afin de donner naissance à des larves de nacres, les naissains. Ces morceaux de plastique noir, attachés à des cordes, captent les larves qui s’y accrochent pour grandir.
— Teiki a terminé de retirer les larves. Il est en train de les percer et de les suspendre au chapelet.
— C’est parfait, tout se passe à merveille, comme toujours.
Je suis contente de mon équipe, constituée uniquement de Polynésiens, ils connaissent le lagon par cœur et protègent leur île avec dévouement.
— Maëlle, tu veux de l’aide pour nettoyer les huîtres ?
Maëlle, aidée de trois collègues, enlève toutes les coquilles, mollusques et algues qui se collent aux huîtres et perturbent leur bon développement.
— Non, merci. Par contre j’ai une surprise pour toi. Suis-moi.
Elle m’attrape par la main et m’entraîne en courant vers la deuxième cabane. Mon laboratoire.
— Tu les as sorties ? Alors ?
— Oui, ce matin ! C’est toi la greffière, alors à toi l’honneur !
Deux ans que j’attends de pouvoir sortir les dernières huîtres porteuses de l’eau pour la récolte. Je m’avance vers mes coquillages avec une certaine appréhension.
J’effectue une incision pour y extraire la perle. Si l’huître mère est saine et que je juge la qualité de la perle satisfaisante, je pourrais à nouveau greffer avec un nucléus à taille identique.
Si elle n’est pas satisfaisante, le processus est arrêté et la nacre sera utilisée dans l’artisanat ou dans la conception d’objet de décoration.
Maëlle m’observe, je vois bien qu’elle retient son souffle en attendant mon verdict.
Je respire profondément et inspecte la perle que je viens de collecter, je la rince et la dépose dans un tambour pour qu’elle soit nettoyée et lustrée.
Elle s’impatiente derrière moi, je la connais par cœur, intérieurement, elle est en train de bouillir.
— Alors ? Ivy ?
Je me retourne avant de hurler de joie :
— On a réussi, on a réussi !!!
Elle me saute dans les bras et je nous fais tourner sur nous-mêmes.
— On l’a fait, Poenui ! Encore et encore ! T’es la meilleure.
Poenui est mon prénom polynésien, cela veut dire « la grande perle ».
L’équipe va être heureuse d’apprendre la nouvelle. Nous avons eu du mal les premières années, mais depuis trois ans, nous récoltons des perles magnifiques, de toutes nuances de couleurs. Les finances explosent et nous permettent d’améliorer confortablement la ferme, ainsi que le mode de vie de chacun.
Je passe le reste de la journée à récolter les perles, les rincer, les nettoyer et les polir.
— Hey, Poenui, je peux rentrer avec toi ? Je suis venue avec Matahi, mais il reste à la ferme cette nuit.
Maëlle est appuyée sur le chambranle de la porte. C’est une très belle femme, grande, la peau cuivrée, aux cheveux très noirs, ondulés. Elle attire le regard avec ses magnifiques tatouages.
Elle voit que je la détaille et dans un sourire je lui réponds :
— Oui avec plaisir, on passe chez moi, on se change et je t’invite au resto pour fêter notre réussite !
— Très bon programme, je te suis !
Nous regagnons la Jeep puis direction ma maison.
Après nous être changées, nous avons dîné dans un restaurant puis Maëlle m’a entraînée dans un pub pour finir la soirée.
— Tu veux boire quoi, Poenui ? me dit-elle en levant la voix pour couvrir le bruit de la musique.
— Un Bora-Bora !
— Quelle question ! On ne change pas les bonnes vieilles habitudes, n’est-ce pas ?
Nous rions, car il faut savoir que la première fois que nous avons bu avec Maëlle, nous avons pris notre première cuite avec ce cocktail ! Une soirée mémorable qui nous a valu un joli mal de tête le lendemain.
— Deux Bora-Bora, s’il te plaît ! demande-t-elle à la serveuse derrière le bar.
Nous sirotons nos boissons tout en observant la foule autour de nous. Le regard de Maëlle se pose sur une femme qui la fixe, elle aussi.
— Oh non, ma belle, pas celle-là je t’en prie, la supplié-je d’un air dépité.
— Pourquoi ? Tu la connais ?
— Miss Lara Croft ? Un peu, nous avons déjà travaillé ensemble, mais elle a sa réputation !
Maëlle éclate de rire en entendant le surnom que je viens de donner à sa belle inconnue.
— Dis-m’en plus !
— C’est Lara Sullivan, ancienne militaire à la retraite suite à un accident. C’est une croqueuse de femmes, Maëlle. Elle va t’attirer dans son lit et demain, elle ne saura même plus qui tu es !
— Hum… Et c’est un bon coup ? me demande-t-elle avec un air taquin.
— Maëlle !!!
— Oh ça va, je plaisante, elle ne t’a jamais prise dans ses filets ?
— Non et ça ne risque pas ! Je n’aime pas du tout le personnage.
— Elle est sexy pourtant !
Il est vrai que Lara est loin d’être désagréable à regarder. La fois où elle s’est retrouvée devant moi, sa combinaison sur les hanches et juste un haut de bikini pour cacher sa poitrine, je ne suis pas restée indifférente. Australienne, elle a vraiment le look à la Lara Croft, avec son débardeur et son short. Jusqu’à sa coiffure, une longue tresse châtain. Pour finir avec ses yeux d’un vert émeraude envoûtant. Je ne parle même pas de sa plastique parfaite, une belle poitrine, un corps musclé et bien dessiné. Elle fait tourner les têtes des hommes et des femmes. Malgré tout, d’après ce que je sais, elle ne se consacre qu’à la gent féminine.
— Oui, mais ça ne fait pas tout ! protesté-je en levant les yeux au ciel.
— Pour un soir, je prends ! Je ne rentrerai pas avec toi ce soir, Poenui !
— J’avais bien compris, sois prudente, s’il te plaît !
Je ne peux m’empêcher d’avoir une attitude protectrice envers Maëlle, depuis toujours, j’ai tenu le rôle de grande sœur. Et la savoir avec cette Lara me noue l’estomac.
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