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L'étang secret · Gerri Hill , Julie Lezzie

Lire L'étang secret en ligne gratuitement Chapitre 1

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Lindsey McDermott avançait le long du sentier rocailleux, le labrador noir de quatre mois trottant à ses côtés. Elle se demandait combien de temps son cœur demeurerait lourd et creux, en parcourant ces chemins familiers. Autrefois y résonnaient des conversations animées et des éclats de rire… À présent, il ne restait rien que le vide d’un silence oppressant.

Enfin presque, admit-elle en baissant les yeux vers le chiot qui venait de lui rentrer dedans. Quand elle se l’autorisait, il arrivait à lui arracher un sourire avec ses pitreries. Et lorsqu’elle s’ouvrait aux sons environnants, elle pouvait entendre les cris des geais buissonniers et des corneilles qui l’invectivaient depuis les arbres. Elle pouvait percevoir le pépiement régulier des mésanges huppées et des mésanges à tête noire voletant entre les cèdres et les chênes, ainsi que le sifflement clair d’un cardinal chantant pour sa compagne. De temps à autre, le cri perçant et aigu d’une buse à queue rousse tournoyant dans le ciel la poussait à lever les yeux, dans l’espoir de l’apercevoir.

Mais c’était l’absence de bruits familiers chers à son cœur qui l’attristait le plus. Le rire des enfants qui se perdait dans les bois. Les taquineries entre son frère, sa sœur et leurs conjoints. La voix tonitruante de son père. Sa mère courant après les petits-enfants hilares. Le doux rire de sa grand-mère et les airs fredonnés par son grand-père durant leurs balades… Tous ces sons qui la hantaient désormais. Des échos du passé qui la poursuivaient depuis des mois. Des voix qu’elle n’entendrait plus jamais, mais qui résonneraient pour toujours dans ses oreilles.

Lindsey prit une profonde inspiration, maudissant la tournure de ses pensées. Presque tous les jours, elle arpentait les sentiers qui sillonnaient les terres de ses grands-parents – des sentiers qu’elle avait contribué à aménager au fil des ans. C’était une propriété idéale, nichée dans la région vallonnée de Hill Country, au Texas, encadrée d’un côté par les eaux fraîches et cristallines de la rivière Frio, et de l’autre par le petit ruisseau rocailleux de Buffalo Creek. Entre les deux s’étendait une vaste superficie de collines rocheuses, couvertes de chênes et de genévriers cendrés appelés « cèdres » par les locaux, ainsi que de figuiers de Barbarie, de mesquites épineux, de magnifiques lauriers des montagnes, d’érables à grandes dents et de vieux cyprès bordant à la fois la rivière et le ruisseau. Un paradis, avait coutume de dire sa grand-mère.

À présent, c’était son paradis, et Lindsey avait réalisé qu’il pouvait également être un endroit terriblement solitaire. De nouveau, elle se demanda si déménager ici n’avait pas été une erreur. Mais qu’aurait-elle pu faire d’autre ? Elle n’arrivait plus à faire face. Elle n’était plus capable de faire son travail. Bon sang, elle avait même du mal à trouver la force de continuer à vivre.

Sa vie avait été réduite en miettes, détruite, anéantie. Et elle n’avait qu’une envie, se cacher dans un endroit sombre en se retirant du monde. Combien de fois durant ses nuits sans sommeil avait-elle souhaité que tout s’arrête, priant pour ne pas voir se lever un autre jour misérable ? Mais le soleil n’avait cure de son désespoir et finissait indéniablement par poindre à l’horizon.

Elle continua de marcher, essayant de chasser ses pensées comme elle en avait l’habitude. Max attrapa un bâton qu’il portait fièrement tandis qu’ils avançaient sur leur chemin. Il fallait qu’elle passe plus de temps avec lui. Il adorait rapporter des objets et elle avait retrouvé une vieille balle de tennis dans l’abri de jardin. Quand elle parvenait à rassembler un peu d’entrain – et d’envie – elle la lui lançait le soir. C’était un chien intelligent, débordant d’énergie, et Lindsey savait qu’elle devrait profiter de sa jeunesse pour lui faire acquérir quelques bases d’éducation. Jusqu’à présent, il maîtrisait la commande « assis », qu’il exécutait pendant tout juste trois secondes, et avait appris à donner la patte, ce qui était devenu son nouveau jeu préféré. Bien sûr, le mot qui captait le plus son attention restait « balle », et, même lorsqu’elle ne la lui demandait pas, il allait souvent trouver la vieille balle jaune délavé pour la lui apporter.

Elle lui ébouriffa la tête avant de tenter de lui retirer le bâton de la gueule. Max serra les dents avec force et émit un grognement joueur en tirant pour se soustraire à elle.

C’est alors qu’elle entendit rire. Un rire d’enfant. D’abord, elle crut à une mauvaise blague. On aurait dit celui d’Éli, son neveu. Son cœur s’emballa et elle scruta les bois autour d’elle, s’attendant presque à le voir surgir par-derrière, le visage fendu de son sourire communicatif, pour se jeter dans ses bras. Mais non… les lieux étaient déserts. Pourtant, elle l’entendit de nouveau résonner à travers les arbres. Max se tourna, ses oreilles pendantes en alerte, le regard perdu dans la végétation.

Le chemin de randonnée qu’ils avaient emprunté ce jour-là se trouvait à l’est de la propriété, près du ruisseau. Comme à son habitude, elle avait pris le Kawasaki Mule de son grand-père pour rejoindre l’un des sentiers transversaux, point de départ pour effectuer une boucle d’une à deux heures selon l’itinéraire choisi.

Elle décida d’aller en direction du son pour en avoir le cœur net. Il était très probable qu’il provienne du cours d’eau. Celui-ci séparait la propriété de ses grands-parents de celle des Larson, sur l’autre versant. Les McDermott et les Larson ne s’étaient jamais entendus. Très jeune, elle avait appris à ne pas jouer près du ruisseau si la vieille Larson était dans les parages. C’était une mégère acariâtre et Lindsey devait l’admettre, elle en avait toujours eu peur. Elle se demanda si elle était encore de ce monde.

En approchant le ru, elle fit taire Max, le tenant fermement contre elle, alors que son regard balayait la berge. Ce qu’elle vit la stupéfia. Un garçonnet de huit ou dix ans lançait des cailloux dans l’eau. Un chiot de couleur sable, probablement un labrador comme Max, bondissait en essayant de les attraper, arrachant à l’enfant des éclats de rire. Lindsey resta figée à l’observer, tandis que les larmes lui montaient aux yeux. Éli aurait eu sept ans. Jett, neuf. Elle les revoyait jeter des pierres non pas ici, mais dans la rivière. Elle pouvait les visualiser se balancer à la corde avant de plonger dans l’eau glacée en s’esclaffant ou en s’éclaboussant dans l’étang.

La vue de ce garçon, avec ses cheveux blonds en bataille brillant au soleil, et de son chien bondissant à ses côtés, lui fit si mal qu’elle eut l’impression que son cœur se brisait une nouvelle fois. Max geignait à ses pieds, comme toujours lorsqu’elle pleurait. Elle recula, s’éloignant du ruisseau, les larmes coulant à flots le long de ses joues.

Elle retrouva le sentier, luttant pour repousser les pensées qui tentaient de l’assaillir, malgré tous ses efforts. L’appel téléphonique. Le choc. Les funérailles. Le vide… et la solitude.

Comme c’était souvent le cas, Lindsey s’effondra, impuissante face à ses émotions. Elle s’affaissa contre un arbre, les sanglots lui coupant presque le souffle. Le chiot se coucha à ses côtés, mordillant gentiment sa main pour la rassurer.

Lindsey resta ainsi, figée dans un espace intemporel, incapable de bouger. Lorsqu’elle se redressa enfin, elle ne sut dire combien de temps s’était écoulé. Cela pouvait aussi bien se compter en minutes comme en heures. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle y avait demeuré assez longtemps pour que sèchent ses larmes. Assez longtemps pour que le vide se referme de nouveau sur elle, en étouffant son cœur.

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