Chapitre 1 — Chapitre 1
- Chapitre 1
- 🔒 Chapitre 2
L'étrange affaire Isaline Ottinger · Mady D
Lire L'étrange affaire Isaline Ottinger en ligne gratuitement Chapitre 1
Vues : 3 534 vues
« L’enfer, c’est les autres »
Jean-Paul Sartre
Bon, allez, à la douche !
Isaline peine à se réveiller ce matin. Elle tourne mollement sa tête vers la porte, puis vers la pendule qui orne sa cellule. Elle n’a pas vu l’heure défiler, il est grand temps de se lever et d’aller prendre soin de son hygiène, comme tous les matins depuis son incarcération, une dizaine d’années auparavant.
La prisonnière se lève de sa chaise, se saisit de sa trousse de toilette et de sa carte « d’identité pénitentiaire ». Chaque détenue se doit de détenir ce document qui mentionne son numéro d’écrou et arbore une photo dès qu’elle sort de sa cellule, car les surveillantes peuvent vérifier leur identité à n’importe quel moment. La concernant, cela arrive très rarement, uniquement par les nouvelles surveillantes. Il faut dire qu’elle est assez connue et que son identité est vite établie auprès du personnel pénitentiaire récemment arrivé.
Isaline se targue de demeurer assez solitaire et assez indépendante dans le monde carcéral. Elle reste de son côté le plus possible et on lui fiche la paix désormais. Elle a œuvré pour cela en arborant très rapidement l’attitude adaptée. Après un bizutage musclé à son arrivée, la détenue a compris les règles et s’est confectionné un masque, nécessaire pour survivre en ces lieux.
Une surveillante pénitentiaire en poste depuis plus de trente ans observe la prisonnière se diriger tranquillement vers les sanitaires. Pour des raisons évidentes de sécurité, les prénoms de celles qui veillent à la sécurité des condamnées restent secrets. Cependant, les détenues ne sont pas atteintes de surdité et ne sont pas toutes dénuées de cervelle. Isaline sait que celle-ci se prénomme Sofia. L’incarcérée la tolère et la respecte, car elle figure parmi les plus sympathiques du contingent. Isaline l’ignore, mais la relative bienveillance de Sofia résulte de son prochain départ à la retraite.
Cette année, le seul objectif de la matonne est d’atteindre la date de son départ à la retraite tranquillement. Grand-mère dans le civil, son projet principal est de s’occuper quasiment à plein temps de sa petite-fille, âgée de quelques mois. Elle se montre par conséquent encore plus douce avec les femmes emprisonnées à l’approche de sa date de délivrance.
La plupart des surveillantes pénitentiaires ne sont pas méchantes et prennent leur travail à cœur, cependant, comme dans tout corps de métier, les brebis galeuses existent. Une parfaite illustration de cette engeance sévit ici d’ailleurs. Isaline secoue la tête pour s’empêcher de penser à cette femme à qui elle réglerait bien son compte et se concentre sur Sofia en train de l’interpeller, justement.
— Bonjour madame Ottinger.
Isaline répond du bout des lèvres pour rester polie.
— Bonjour, surveillante.
Une fois dépassée, Sofia secoue la tête et soupire, réalisant le surnom parfaitement adapté à cette détenue.
« Le cactus » ! C’est ainsi qu’est surnommée la femme peu loquace. Sofia poursuit sa route. Ici, pas d’escorte pour les déplacements anodins comme se rendre aux sanitaires, au réfectoire ou aux ateliers pour travailler. Sa tâche principale consiste à assurer la sécurité des femmes incarcérées. Elle ne les encadre qu’en cas de visites ou de démarches particulières à effectuer. Ainsi, chaque détenue vaque à ses occupations comme bon lui semble au sein des couloirs du centre de détention.
Isaline déambule en direction des sanitaires et croise quelques codétenues. Un seul de ses regards sur les autres femmes les incite à détourner le leur rapidement. Le cactus leur fait peur, et il y a de quoi !
En effet, la détenue possède un physique assez atypique. Plus grande que la moyenne du haut de son mètre soixante-quinze, elle possède par ailleurs quelques kilos superflus situés au niveau du ventre et des cuisses. Cependant, ce n’est pas son aspect qui impressionne le plus, c’est son caractère qui fait toute la différence.
Pourtant, plusieurs personnes de son ancienne vie, celle de sa liberté, celle de son relatif bonheur, peuvent témoigner de l’atout majeur de la détenue, son sourire. Quand Isaline sourit, elle irradie. Des fossettes se creusent et laissent apparaître une dentition parfaite, blanche et éclatante. Outre ses yeux d’un vert à la limite du marron noisette, Isaline séduit par ce signe affable. Bon nombre de ses conquêtes masculines ou féminines peuvent le confirmer, car il est difficile de résister à son charme.
Pour autant, malgré le nombre d’années d’incarcération du cactus, personne ne peut se targuer de l’avoir vue montrer sa carte de charme, même les surveillantes les plus anciennes. Au sein de la prison, et ce, depuis ses premiers jours, Isaline conserve une attitude froide, lointaine, hautaine même, après son tabassage en règle. De plus, grâce à ses centimètres en plus lui conférant une certaine hauteur, elle se plaît à impressionner les autres condamnées. Son regard se révèle perçant, sa répartie, piquante, ou ses actes, percutants si on la cherche trop, d’où son surnom.
La détenue connaît son sobriquet, mais elle laisse courir. Au sein d’un centre de détention, surtout pour purger une lourde peine, mieux vaut se faire craindre, cela éloigne les détenues les plus dangereuses et évite bien des tracas. Quoique !
Isaline a connu son lot d’ennuis depuis son arrivée à Rennes, vestiges de sa fougue et de sa jeunesse. Elle n’a plus besoin d’avoir recours à de la violence verbale ou physique dorénavant, car sa réputation la précède. Cependant, personne ne sait le prix payé pour obtenir ce respect de la part de ses pairs. La détenue n’incarne pas réellement le statut de psychopathe qu’on lui prête, elle est humaine et animée de sentiments, elle aussi. Pourtant elle les cache depuis longtemps, sans doute parce qu’elle ne comprend toujours pas, malgré les années écoulées, toutes les facettes de sa personnalité complexe.
Ainsi, les nouvelles détenues sont vite briefées par les anciennes à son sujet, mais certaines viennent vérifier tout de même. En repensant à une jeune femme nouvellement incarcérée qui a sans doute voulu « marquer son territoire » en se frottant à Isaline, le cactus émet un soupir. Non, elle ne prend aucun plaisir à exercer la violence, pourtant… eh bien, il s’avère que c’est plus fort qu’elle. Contrariée très fort, elle n’a pas d’autre choix, elle doit répondre voire surenchérir. C’est ainsi depuis toujours. Comme pour cette nouvelle arrivée, par exemple. Y repenser la laisse amère.
— Hey, toi ! Le cactus !
À l’époque, sous l’invective énoncée de façon moqueuse, la détenue interpellée ne se retourne pas. Cependant, les nombreuses tentatives de la nouvelle incarcérée pour attirer son attention finissent par porteur leurs fruits. Isaline est agacée. Malgré les « chut, tais-toi ! » ou autres « mais t’es malade, hein ! », la nouvelle souhaite montrer sa volonté de devenir un caïd au sein de la prison. Pour elle, il est temps pour les anciennes de laisser le flambeau aux plus jeunes, donc s’il faut s’en prendre à l’une des détenues les plus dangereuses pour cela, soit, Brenda y consent. Elle n’en mène pas large, ne sachant pas trop à quoi s’attendre de la part du cactus, mais hors de question de faire machine arrière, maintenant. Elle a été trop loin, il faut assumer !
Lentement, Isaline tourne la tête en direction de l’effrontée, insistante. Tant pis pour elle ! La balade tranquille dans la cour de la prison tourne au duel rangé. Les deux femmes se font face et s’affrontent du regard. Brenda ne perd pas le nord, prête à montrer sa supériorité et à y aller franchement. Elle poursuit sa provocation à l’encontre d’Isaline.
— Ouais, toi, le cactus de mes deux ! Viens donc me montrer ce que tu vaux, la vieille !
Autour d’elles, des visages se secouent, mais personne ne tente de dissuader l’imprudente. De l’autre côté, personne non plus ne signifie à Isaline de laisser tomber, que cela n’en vaut pas la peine.
La détenue sait pertinemment qu’il vaudrait mieux oublier, agir comme si elle n’avait rien entendu. Cependant, cela fait un bon moment que personne ne la cherche, il est sans doute temps de rappeler aux détenues la nécessité de se tenir à distance d’elle. Isaline plisse les yeux et ancre son regard vert dans celui de la jeunette qui se trémousse comme si la victoire lui était déjà acquise.
Quand faut y aller, faut y aller !
Elle respire fort, libérant ainsi la colère en elle et répond à la provocation afin d’inciter la jeune à venir à elle.
— Viens, toi, plutôt, petite connasse déplumée !
Intriguée par cette insulte particulière, non conforme à ses codes, Brenda s’exécute néanmoins. Tout prétexte est bon pour foncer dans le lard. La confrontation avec cette détenue plus toute jeune ne peut pas être pire que les règlements de compte quotidiens au pied de sa cité. Avec un mauvais rictus au coin de la bouche, Brenda fonce vers Isaline qui, tel un roc, ne bouge pas. Elle attend l’assaut de son adversaire. La jeune femme tenant son prénom d’une héroïne de série des années quatre-vingt-dix s’approche à grande vitesse et, au moment où elle lève le poing pour toucher Isaline au plexus, cette dernière fait un pas de côté et tend son long bras.
TCHAAAAAK ! Une manchette vient stopper net la nouvelle dans son élan, et, sous la force d’inertie, la fait s’aplatir lourdement au sol et sur le dos, de surcroît.
Isaline lui lance un regard de dédain, jugeant inutile de s’acharner sur la péronnelle. La jeune devrait avoir compris la leçon. Effectivement, au sol, Brenda n’en mène pas large. Non seulement elle a du mal à respirer sous l’effet du coup reçu en plein sur la glotte, mais elle a aussi du mal à expirer puisqu’elle a eu le souffle coupé en tombant sur le dos. Doublé gagnant pour le cactus !
Cependant, comme sous l’effet d’un déclic incontrôlé, Isaline n’en reste pas là. Un besoin de s’acharner, de se défouler, de faire passer une fois pour toutes l’envie à cette pimbêche de s’en prendre à elle la submerge. Comme si la colère avait gagné un cran supplémentaire, la détenue revient vers sa victime et utilise alors ses poings et ses pieds pour littéralement passer à tabac la jeune femme déjà mal en point. Les coups pleuvent, assortis de cris de douleur de la nouvelle arrivée. Isaline ne voit rien et n’entend rien, seuls ses membres agissent, son cerveau est sur « off ».
Les surveillantes n’ont pas assisté au début de l’échauffourée, mais elles perçoivent l’attroupement se former autour d’Isaline. Le temps pour elles de parvenir à hauteur des détenues, le mal est fait, Brenda se trouve par terre, quasiment inanimée. Il faut deux surveillantes pour immobiliser Isaline, ou tout au moins l’empêcher de continuer à assener des coups. Des renforts sont appelés et trois autres surveillantes viennent prêter main-forte pour emmener la provocatrice infortunée vers l’infirmerie tandis que l’assaillante victorieuse est conduite en quartier d’isolement. Comme après chaque épisode de colère et de violence extrême, Isaline tremble et retient son envie de vomir. Elle ne peut pas se laisser aller à exprimer son ressenti, pas ici. Cependant, ses pensées s’activent.
Oh mon Dieu, qu’est-ce que j’ai encore fait ? Pourquoi je ne me suis pas arrêtée ?
Elle n’éprouve aucune fierté à agir ainsi et se dégoûte presque dans ces moments-là, mais elle connaît également son impuissance à juguler son tempérament. La fautive restera plusieurs semaines à l’isolement comme suite à ses exactions. Brenda se remettra de ses blessures, mais difficilement. Elle ne marchera plus jamais comme avant l’altercation, car Isaline lui a fracturé le bassin. Les conditions de détention en quartier d’isolement sont terribles et le cactus paie le prix de ses actes. Elle traverse des périodes d’angoisse, mais se raccroche au bénéfice, à savoir continuer à jouir d’une tranquillité retrouvée, la seule chose qu’elle demande.
*
Après la douche, la tâche du matin effectuée et le repas avalé, Isaline se prépare pour sa visite. Si elle manifestait ses émotions ouvertement, elle afficherait une mine réjouie, car c’est le jour de visite de sa marraine. Se tenant à ses principes, le cactus ne laisse rien paraître, mais n’en pense pas moins, car les venues de sa marraine sont toujours un moment apprécié. Face à cette amie de sa mère, le cactus peut se laisser un peu aller. Pas trop, au cas où les autres détenues l’observeraient, mais suffisamment pour montrer à sa visiteuse qu’elle n’a pas perdu tout sens d’humanité.
Dominique accueille sa filleule à bras ouverts.
— Bonjour ma chérie, comment vas-tu ?
Cette sempiternelle question, posée comme une simple introduction à l’échange et n’attendant pas de réponse précise, fait sourire Isaline. De façon intérieure, mais sourire quand même.
— Je vais bien, marraine, je vais bien, merci.
De même, comme au sein d’une valse dont les deux danseurs connaissent la chorégraphie par cœur, Isaline interroge sa parente à son tour.
— Et toi ? Pas de nouvelles de Cameron ?
Ce à quoi Dominique baisse les yeux et secoue la tête avec tristesse.
— Non, ma chérie, j’en suis navrée.
Cameron !
Penser à sa fille laisse toujours Isaline triste, même si elle a appris à gérer ce sentiment depuis bien longtemps. Elle continue à lui écrire, une lettre mensuelle, cependant elle n’a jamais de retour. La détenue s’en étonne peu vu l’éducation que sa gamine doit recevoir, mais elle s’imaginait une enfant pouvant développer son libre arbitre en grandissant et exprimant, peut-être, l’envie de voir sa mère.
Isaline soupire, elle continue à souffrir de cette absence de liens et, malgré l’habitude, chaque réponse usuelle de sa marraine la blesse, comme un coup de poignard en plein cœur. Pourtant, elle met quelques jours à digérer la nouvelle puis se remet à y croire à nouveau jusqu’à la prochaine visite. Le mythe de Sisyphe, en fait, tout le temps la même chose sans bénéfice immédiat.
Dominique tente à chaque fois également de minimiser les faits.
— Tu connais ton frère ! Il est très occupé et il oublie tout le temps ce qu’on lui dit et ce qu’il doit faire.
Isaline tâche de faire bonne figure devant sa marraine, mais elle aussi connaît son frère. Elle sait pertinemment que son modèle d’aîné fait exprès, soit de ne pas remettre son courrier à Cameron, soit de ne pas lui faire parvenir les lettres de sa fille, adolescente. La respiration d’Isaline devient plus saccadée sous le coup de la colère ressentie et montante à son encontre. Son sentiment à l’égard de son frère reste mitigé. La détenue n’a pas oublié la phrase prononcée par Jérémie le jour du verdict de ce procès qui a scellé son destin :
« Sois rassurée, Isaline, je prendrai soin de ta fille et l’élèverai comme la mienne... En revanche, toi, tu n’es plus ma sœur ! ».
Cette phrase continue à lui glacer le cœur même si la lame de douleur diminue au fil du temps s’écoulant inexorablement. Dominique ne peut pas l’ignorer non plus puisqu’elle était là, le jour de la sentence. Bienveillante, la seule amie de la famille encore en lien avec elle tente d’amoindrir la peine et éviter les conflits, comme quand ceux qu’elle appelle neveu et nièce étaient enfants.
Ils ne se sont jamais entendus, ces deux-là ! En même temps, comment partager des centres d’intérêt avec une différence d’âge de dix ans entre l’aîné et la benjamine ? Élevé tant bien que mal par sa mère, Jérémie a vu arriver une petite sœur, adulée dans les premiers temps. Puis, au fil des années, l’enfant s’est désintéressé de la gamine souriante, mais entrant dans des colères un peu trop rapidement et un peu trop profondément à son goût. Il saturait des griffures, claques et autres morsures infligées par sa petite sœur. Raisonnable, mature, il a tout de même suppléé l’éducation de leur mère commune en l’absence de leur père respectif, mais s’est montré ravi de quitter le nid familial quand l’heure fut venue.
Puisque Dominique n’a pas de nouvelles de sa fille à lui apporter, Isaline se lance, comme d’habitude, dans le récit des événements depuis la dernière visite de sa parente. Elle lui raconte un quotidien dénué d’intérêt réel, car au sein d’un centre de détention, la routine peut ronger. Quand on purge une longue peine, le temps semble long, très long, trop long même, parfois.
Isaline s’est interrogée plus d’une fois sur le sens de sa vie derrière les barreaux. Certes, ses conditions de détention sont presque enviables comparées aux horreurs décrites par les médias lors de reportages sur les conditions d’incarcération en maison d’arrêt par exemple. Cependant la réalité est la même, les détenues sont privées de leur liberté et leur destin se trouve entre les mains du juge et de leurs avocats.
Lors d’une période particulièrement sombre quelque temps après son incarcération, une tentative d’auto-strangulation avec les draps de son lit a conduit le cactus à l’infirmerie. Isaline réalisait à l’époque qu’elle n’allait pas voir grandir sa fille, car le tribunal venait de prononcer la déchéance de son autorité parentale sur l’être à qui elle avait donné la vie. C’est Jérémie qui a récupéré l’autorité parentale sur Cameron. Elle a mis très longtemps à digérer cette nouvelle, apprise par son avocat et corroborée par sa marraine lors d’une visite.
Une fois sortie de l’infirmerie de la prison où on la traite sans ménagement, arborant une marque sur le cou qui restera plusieurs jours, gardant une voix éraillée et des difficultés de déglutition lors des repas, Isaline décide de prendre les choses autrement, de faire de sa faiblesse une force. Elle veut rester en vie et se battre pour parvenir à revoir sa fille un jour. Cette décision la galvanise et motive son envie de se lever tous les jours.
Les propos de Dominique la ramènent à la réalité. Une fois de plus, sa marraine tente d’expliquer l’attitude de Jérémie et en profite pour sonder sa filleule.
— Tu sais, ma chérie, je crois que je ne comprendrai jamais. C’est une douleur à vie, j’avance tous les jours, mais je ne saisirai jamais ce qui t’a poussée à agir ainsi. Je sais que tu possèdes toutes les excuses du monde, que tu t’es sans doute protégée, mais je ne parviens pas à trouver une seule raison valable pour expliquer ce que tu as fait !
Isaline ne répond rien. Le fait que sa marraine tente de la pousser à expliquer son geste, ses crimes, ne constitue pas un fait isolé. Même lors de son procès, face à un aréopage de représentants de la justice, la prévenue n’a rien dit, alors ce n’est pas devant sa vieille marraine qu’elle va tout révéler malgré toute l’affection qu’elle lui porte. Comment pourrait-elle comprendre ce qu’elle-même ne saurait expliquer ?
Elle ne peut pas révéler quelque chose qu’elle ignore. En y repensant, cela simplifierait bien les choses d’admettre avoir agi sous le coup d’une perte partielle de raison, une altération de ses facultés mentales, comme le disent les avocats. Or, Isaline ne veut pas être déclarée irresponsable de ses actes, car il s’agirait d’avouer sa folie alors qu’elle ne l’est pas.
Cette certitude l’habite depuis longtemps, depuis toute petite, depuis l’époque où on lui reprochait ses actes de violence. Elle s’est toujours battue, au sens propre du terme, contre ceux qui la qualifiaient de folle, ce n’est pas pour accepter cette sentence de la part de la société. La détenue a accepté les examens médicaux et psychologiques et a accueilli le diagnostic posé. Selon le dernier psychiatre rencontré, elle souffre d’une forme de schizophrénie plutôt rare. Dont acte, elle est malade, le sait et vit avec cette pathologie tant bien que mal grâce à son traitement médicamenteux prescrit depuis son adolescence. Cependant, elle n’est pas folle, non ! Elle n’est pas sa mère !
La détenue détourne son regard triste de sa marraine et le laisse se perdre dans le vide. Elle comprend que son acte, le dernier, celui l’ayant conduite ici, peut choquer. Sa marraine a tout dit, se défendre, OK, mais elle n’aurait peut-être pas dû s’acharner. Cependant, Isaline ne peut rien dire, elle ne peut toujours pas expliquer le besoin impérieux qui l’a conduite à commettre son premier forfait, et, pire, à réitérer. Tout ça pour finir ici, entre quatre murs et en marge de la société.
Curieuse de la suite ?
Continue à lire ou découvre où acheter « L'étrange affaire Isaline Ottinger » en entier.
Voir où lire la suite →
Commentaires (0)
Connecte-toi ou crée un compte pour laisser un commentaire.
Aucun commentaire pour le moment. Sois la première à en laisser un.