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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : Livia Allen à Chapitre 3 : Livia Allen
Chapitre 1 — Chapitre 1 : Livia Allen
  1. Chapitre 1 : Livia Allen
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  3. 🔒 Chapitre 3 : Livia Allen
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Love Elysium Club · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

Lire Love Elysium Club en ligne gratuitement Chapitre 1 : Livia Allen

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L’enseigne du Love Elysium Club est allumée. Qu’il fasse jour ou nuit, il n’y a aucune différence. Le club de strip-tease est ouvert non-stop. Je commence à dix-neuf heures et termine aux alentours de trois heures du matin. C’est la troisième année que je bosse ici quatre jours par semaine. Je n’ai rien trouvé de mieux pour concilier ma vie de mère célibataire et la nécessité d’avoir suffisamment d’argent pour subvenir à nos besoins. Je compte parmi les plus payées par soirée désormais, mais ça n’a pas toujours été le cas. Avant de réussir à avoir mille dollars par nuit, j’ai trimé. Physiquement comme mentalement.

— Salut, Nova.

— Hey, Caden. Tout se passe bien ?

— Ils n’ont pas terminé de fêter le Nouvel An, m’indique platement le videur.

— Je vois. Comme chaque année.

Ce type est une armoire à glace. Pas le genre qui prête à rire. Ses traits sont toujours lisses et concentrés. Je l’aime bien. Afro-américain, le mètre quatre-vingt-dix, des bras aussi larges que des cuisses, il est tout en muscles vêtu de son ensemble noir surmonté de lunettes de soleil. Il trie les clients sur le volet. Rasé de près et crâne glabre, il respecte les standards de l’établissement. Après un signe de tête, il m’ouvre la porte.

Habillée de ma veste épaisse remontée sous mes oreilles, je pénètre dans le club. Les mois de novembre et décembre sont les plus lucratifs. Les pourboires coulent à flots. Les célibataires s’en donnent à cœur joie et les groupes de touristes ne cessent de visiter Las Vegas. La période est dorée pour nous. J’ai cumulé un max d’heures pour mettre de l’argent de côté.

Et je ne compte pas m’arrêter là.

Perchée sur mes talons aiguilles, je traverse le hall couvert d’un tapis. L’ambiance festive flotte dans l’air. Avec le temps, j’ai appris à percevoir l’état d’esprit des clients et de la soirée qui s’annonce dès que j’ai un pied ici. Des regards curieux s’orientent dans ma direction, celui des autres danseuses aussi. On ne peut pas dire que nous sommes amies. C’est tout le contraire. Certaines n’hésitent pas à faire des coups bas pour avoir plus de tickets VIP, de clients ou de danses à table. Il y a des soirs où nous sommes plus nombreuses que les clients. Ces soirs-là, je ne repars jamais sans mes billets. Les efforts que j’ai dû fournir pour me faire une place m’ont coûté beaucoup de temps, d’énergie, d’argent aussi. Il a fallu que je suive des cours de pole dance pour diversifier mes shows et gagner plus. J’étais sportive, mais quand même. Cette discipline ne ressemble à aucune autre. Je ne compte plus le nombre de bleus, de brûlures et de fois où je me suis amoché les genoux sur du work-floor.

En approchant des vestiaires, je surprends le manager sur mes talons. Un grand et bel homme avec un soupçon de Henri Cavill. Mais il n’a pas du tout la morale de Superman. La pensée m’amuse. Ses cheveux noirs sont juste assez longs pour former un accroche-cœur sur son front.

— Nova ! s’écrie-t-il, joyeux et ivre.

— Salut, Howard. La journée a été bonne ?

— Plus que ça. C’est de la folie, on attendait plus que toi.

La flatterie me plaît, mais il est cruellement sérieux. Son long visage à la mâchoire carrée est couvert par la naissance fine d’une barbe. Ça ne lui ressemble pas. Depuis quand n’a-t-il pas vu le jour ?

— Il y a du monde, hmm ?

— C’est bondé. Les filles font du sup, me dit-il.

Je lève un sourcil. Si elles font des heures supplémentaires, elles prennent mes clients et mes pourboires.

— Ne fais pas cette tête, il y en aurait assez pour le double.

— Je ne partage pas, Thurman.

— T’en fais pas, j’ai des projets pour toi.

Si j’entends ce qu’il me dit, je n’aime pas les surprises. Les deux que j’ai eues dans ma vie m’ont suffi ! Deux tornades. Je ne me mettrai jamais plus avec un homme. Ça, c’est décidé depuis que j’ai appris la grossesse qui a amené Sean dans ma vie ! Si le club m’a enseigné quelque chose, c’est à avoir confiance en moi, à choisir ce que je veux, quand je veux, et à connaître mes limites dans le privé. Entre d’autres choses plus coquines… Fréquenter les salles du club et les autres filles m’a poussée à remettre en perspective bon nombre de choses et notamment ma sexualité. Mon esprit s’est ouvert à de nouvelles rêveries. Fantasmes. Mais à mon plus grand regret, je n’ai pas le temps de m’y pencher !

— Tu sors ou quoi ?

— Ou quoi ? répète-t-il, d’un ton bas dragueur.

— Dégage, Thurman.

Il retrousse les lèvres avec des pensées graveleuses que je préfère ignorer et quitte les vestiaires. Howard Thurman est présent pour nous briefer, pour nous rappeler les règles, pour nous répéter de faire du chiffre et pour orchestrer la soirée en organisant les passages sur la scène. Sans lui, la guerre serait déclarée.

Je me change pour enfiler ma tenue de scène et je ne laisse jamais rien traîner. Les coups bas ne sont jamais loin, même si j’ai de l’expérience. En fermant le casier qui m’est dédié, avec un bout de scotch sur lequel est écrit mon pseudonyme, j’entre dans le personnage que j’ai créé pour ce monde de nuit. Nova. Je laisse ma vie privée et ma situation au placard.

Couverte d’un fin peignoir noir, je rejoins la salle, toujours perchée sur mes talons hauts. Howard cherche mon regard. D’un signe discret, il désigne la place qui m’attend au pole dance. Je surprends les regards des clients en choisissant avec soin sur quelles épaules j’appose une caresse. Je collecte les sourires, les coups d’œil admiratifs, et jauge les hommes et les femmes qui me semblent les plus intéressants pour réussir ma soirée. Les jeunes sont tous rayés des possibilités. La plupart n’ont pas d’argent. Ceux que j’évite sont les vieux lourds.

Je me dirige vers la DJ. Nina a la charge de jouer nos chansons. Ce soir, elle maintient ses longs cheveux platine avec un foulard de motard. Sans doute un truc à son mec. Il passe la chercher tous les soirs à la même heure. Dire que ma mère m’a toujours interdit de fréquenter ce genre de gars ! Il est trop adorable.

— Hé, Nova ! Ça va ?

Elle baisse son casque autour de son cou. Son bandeau noir sans manche couvre sa poitrine, rien d’autre. Le pantalon blanc qu’elle a choisi brille sous les lumières bleues.

— Bien et toi ?

— Toujours avec la musique ! Qu’est-ce que tu veux ?

— Tu me joues une version longue de Nick Cave And The Bad Seeds - Red Right Hand.

— Ouh, ça va hoochi coochie !

Elle m’offre un sourire complice en approuvant ce choix musical.

— Merci.

Les autres danseuses m’étudient. Parfois, je me demande à quoi elles pensent. Nous arrivons toutes habillées sur scène et nous finissons toutes en string. Ce soir, elles ont raison d’être tendues. J’ai placé la barre haut en profitant de ma dernière journée shopping au rayon lingerie. J’ai dépensé plus de sept cents dollars pour me démarquer avec des tenues que mes clients n’oublieront pas.

Le show commence sur le rythme lent et captivant de la musique. J’ai mis au point ce spectacle pour la nouvelle année. Le manager a été séduit, mais aussi les autres danseuses. Je l’ai vu jusque dans les yeux méprisants de la grande Kitty, reine de la nuit. Il m’a fallu du temps pour comprendre que ses reproches cachaient de l’admiration. Le jour où elle m’a proposé de mettre au point un show de pole dance en duo, j’ai compris.

La soirée démarre !

J’enchaîne quinze minutes de danse envoûtante dans l’ambiance tamisée de la salle. Ce temps demande de la concentration, de la technique et de l’attention. Le moment est propice pour capturer les regards profonds, l’attention des clients, et choisir vers lequel j’irai après ce passage sur scène.

Autour de la table, les hommes installés sont fascinés. Ce ne sont pas les seuls. Je m’amuse intérieurement à intriguer le plus grand nombre d’individus. Ce soir, c’est le jackpot ! Les demandes pour des danses privées pleuvent, les commandes de boisson aussi. Après deux verres de champagne, je signe au barman avec notre code secret pour qu’il remplace le pétillant par une boisson énergisante.

— Je veux la VIP room, réclame un client.

Mes lèvres s’étirent. Le body en dentelle noir a une coupe originale et ravageuse. J’étais sûre qu’il la demanderait. Maintenant qu’il a commandé quatre verres et aligné deux cents dollars, il va avoir droit à son moment privé. Je l’entraîne à ma suite à l’étage.

— Ta tenue est un délice pour les yeux.

— Merci. T’es pas mal non plus…

— Comment tu t’appelles ?

Je le pousse sur le fauteuil.

— T’es sûr que tu veux parler ?

C’est le cas de certains d’entre eux, mais pas lui. Je suis certaine qu’il n’a pas l’habitude de ce genre d’endroit et qu’il a vidé son compte épargne au distributeur ce soir. Je m’applique à lui offrir sa danse privée en veillant à ce que ses mains restent sur ses jambes avant de terminer ma soirée.

Le retour au vestiaire est calme. La plupart des filles vont rester aussi longtemps que possible. Surtout celles qui doivent faire leurs preuves. Moi, je dois avoir dépassé les mille cinq cents dollars. J’enfile mon collant, mon pantalon, et jette un coup d’œil sur l’ouverture de la porte.

— Je savais que tu serais là.

Comment ce type est arrivé ici ? Il me fixe avec un regard libidineux. C’est un client vers qui je ne suis pas allée, mais qui a observé le show de pole dance en début de soirée. De taille moyenne, il se tient un peu avachi, les cheveux bruns en bataille.

— Je veux ma danse aussi.

— Vous n’avez pas le droit d’être ici.

Ils foutent quoi, les vigiles ? D’habitude, je n’ai pas à ouvrir la bouche lorsque l’un d’eux ose me toucher en salle.

— J’ai du cash ! insiste-t-il.

— Je ne veux pas de ton fric.

Je me dépêche d’attraper mon débardeur. Il surgit dans mon dos et me plaque contre les casiers.

— Tu fais ça pour tout le monde. Tu le fais pour moi maintenant.

— Bouge !

Je le pousse. S’il y a une chose que je déteste, c’est cette façon dégradante de traiter mon travail. Le type ne semble pas décidé à en rester là. Nous en venons aux mains avant qu’il ne me pousse contre le banc. Il me plaque dos à l’assise de tout son poids. Mon cœur tambourine dans ma poitrine. Je me débats en scrutant les traits tendus de son visage.

— Tu ne le fais jamais pour moi, espèce de chienne…

Est-ce que je l’ai déjà vu ?

— Hé !

Caden !

Enfin !

Je m’écarte, le cœur battant à tout rompre. En deux enjambées, le videur l’attrape et le traîne hors du vestiaire.

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