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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : Carla Hartman à Chapitre 3 : Carla Hartman
Chapitre 0 — Chapitre 1 : Carla Hartman
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Ma femme à moi · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

Lire Ma femme à moi en ligne gratuitement Chapitre 1 : Carla Hartman

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— Vous dites n’importe quoi !

— T’as trente-trois ans. Je fais seulement remarquer que c’est un drôle d’âge pour un enterrement de vie de jeune fille.

Peyton mime les guillemets sur le mot « jeune».

— T’exagères !

Je m’offusque, mais je n'ai la compassion d’aucune d’entre elles. Mes trois amies autour de la table sont de mèche, ce soir. Cette virée à Las Vegas est la plus folle nuit de ma vie. Elles ont mis la barre haut. Depuis dix-huit heures, nous écumons les endroits branchés de la Cité du jeu et du vice. Nous avons perdu une fortune au casino, nous avons profité trois fois d’un show de striptease, et nous voilà dans un sixième bar haut de gamme.

— Peut-être que ça te portera chance, se moque Margaret.

Hilare, je lève ma quatrième Piña Colada. Sonya me scrute avec attention lorsque j’avale une nouvelle gorgée. Un frisson naît à la base de mon dos. L’alcool prend-il des degrés à mesure que je bois ? Ce cocktail a l’air différent des autres.

— Il est meilleur comme ça, non ? interroge Sonya.

— Qu’est-ce que vous avez fait ?

Peyton replace une mèche de ses cheveux blonds fraîchement coupés derrière son oreille d’un geste élégant.

— J’ai demandé au barman de te servir une double dose d’alcool à chaque commande.

— Tu as quoi ?

Assise face aux trois trentenaires, j’observe les verres sur la table. Ces femmes sont intelligentes, puissantes, mystérieuses aussi. Il ne vaut mieux pas douter d’elles. Chacune dans leur domaine, elles sont des requins. Et ce soir, elles ont décidé de s’amuser.

— Ne te fais pas prier, Carla. C’est ta seule nuit de folie avant…

Peyton jette un coup d’œil aux femmes à ses côtés.

— … la fin des temps.

Si ces mots étaient sortis de la bouche de Sonya, ils auraient eu un autre impact. Cette dernière est fidèle. Peyton beaucoup moins. Margaret m’encourage à boire encore une gorgée.

— Quand même, tu as tiré le gros lot, glisse-t-elle. Un bon quinquagénaire plein aux as, fou amoureux de toi…

— Ne dis pas ça. On s’aime.

— Vraiment ? argue Peyton en m’envoyant un coup d’œil profond.

Franche, loyale envers ses amies, elle est aussi une femme fatale. Ce soir, elle porte une robe rouge de luxe, mettant en avant son cou dégagé, une peau laiteuse et des courbes dessinées. Elle ne va pas rentrer à l’hôtel avec nous !

— Bien sûr, vraiment ! Vous connaissez mon histoire. Je ne comprends pas que vous doutiez.

— Chérie, on sait comment les hommes de son genre fonctionnent.

— Roosevelt est différent. Vous savez bien qu’il a fait le premier pas.

L’argument ne prend auprès d’aucune d’elles.

— Il a annoncé notre mariage en pleine réunion, dis-je avec conviction. C’est moi qui ne voulais pas.

— Peyton te taquine, intervient Sonya. Vous faites un superbe couple. Toi, une femme du plus bel âge, taillée comme une star du cinéma. Lui, un charmant homme charismatique qui s’est embelli avec les années.

— Multimilliardaire, chuchote Margaret.

— Votre histoire va encourager l’amour au travail, je vous le dis ! Dès que vous aurez fait la une des tabloïds, beaucoup vont vouloir harponner leur boss.

Je remue la tête en les laissant bavasser. Ce cocktail est drôlement bon. Je m’en délecte en scrutant l’espace lounge, tamisé ce qu’il faut pour se sentir à l’aise et dans un cocon intimiste malgré l’espace de la salle. Sonya s’adosse au canapé noir et penche la tête vers le bar.

— Oui, elle, murmure Peyton.

Margaret envoie une œillade aiguisée dans la direction qu’observent les deux autres. Elles reviennent vers moi avec un air inquisiteur.

— Pourquoi tu réponds au contact visuel de cette femme au comptoir ?

— Pardon ?

Margaret glisse deux doigts sur mon menton et oriente mon regard dans l’axe souhaité.

— Vous êtes insortables, les filles, dis-je, sourire aux lèvres.

— Elle t’admire encore plus, souligne Peyton.

— J’aime sa coiffure ! C’est audacieux, très nordique, cette coupe rasée sur les abords du crâne et cette mèche teinte en violet pastel…

— Audacieux ? se moque Sonya.

— J’aurais plutôt dit lesbien, éclaire Peyton.

— La soirée va peut-être devenir intéressante, murmure Margaret.

J’inspire lourdement, les fixe tour à tour et repose mon verre.

— Qu’est-ce que vous fabriquez ?

— La tradition, Carla, rappelle Sonya.

— Je suis si choquée de te voir les encourager à…

— À ?

Elles sont folles à lier ! Je les aime de tout mon cœur, mais parfois elles ne savent pas s’arrêter.

— À son enterrement de vie de jeune fille, Margaret a passé la nuit avec une rock-star qu’on était allées voir pour un show privé, explique Sonya.

Cette histoire-là, je ne la connaissais pas ! Je cherche la confirmation auprès de Margaret. Ses cheveux châtains tombent en cascade sur ses épaules et ondulent avec style contre sa robe noire. Je bondis sur la banquette lorsqu’elle hoche la tête.

— Nan !

— Tu sais notre secret à toutes les trois, intervient Peyton. On en a toute un qui date de notre enterrement de vie de jeune fille. Ce soir, tu dois faire une folie !

— Ou vous allez m’exclure de la bande ? dis-je, amusée.

Aucune inflexion n’apparaît sur leurs lèvres. Le visage de mes amies est fermé. La dose d’alcool qui gagne mes veines ne m’aide pas à rester concentrée longtemps, mais elles ne plaisantent pas. Comment n’ai-je pas vu venir cette situation ? Sonya nous a fait traverser le pays pour retrouver son premier amour. Peyton a fini la nuit avec deux danseurs que nous avons eu du mal à sortir de sa chambre d’hôtel à San Diego.

— Je ne vais pas tromper Roosevelt.

Margaret m’encourage à boire une nouvelle fois.

— Ça ne compte pas.

— Peyton a raison, étaye Sonya. Cette soirée doit être l’occasion de te libérer !

— Me libérer de quoi ? Je vais très bien, les filles.

Peyton se penche dans ma direction en posant ses coudes sur la table. Ses iris bleus affrontent les miens avec une étincelle de malice piquante.

— Il n’y a vraiment rien que tu as envie de réaliser avant de passer l’anneau à ton doigt ?

L’insistance dont elle fait preuve me tord le ventre. Comment peut-elle insinuer un doute dans mon esprit avec si peu d’efforts ? Mon regard bifurque par-dessus son épaule, vers cette femme qui ne manque pas de surprendre mon coup d’œil.

— Ouh… T’as tiré un nouveau gros lot, Carla, chuchote Margaret.

Je me redresse et me fige en découvrant cette inconnue s’emparer d’une Piña Colada avant de venir à notre table. Elle est plutôt grande. Je ne l’aurais pas cru en la voyant assise sur son tabouret. Avec un costume de marque noir composé d’un pantalon droit et d’une veste ouverte sur chemise blanche, elle avance d’un pas assuré.

— Bonsoir.

Peyton me donne un coup de pied discret sous la table. J’offre un sourire à l’inconnue, qui ne me quitte pas des yeux. Mes amies n’en manquent pas une miette. Quel âge peut-elle bien avoir ? À n’en pas douter, elle est plus jeune que moi. Je suis troublée, je n’ai partagé ce genre de regard appuyé avec aucune femme avant ce soir. Celle qui se tient devant moi a quelque chose de beau, pénétrant, diablement attirant.

— J’ai pensé qu’il vous faudrait un autre verre.

— Merci.

— Prenez-le avec elle, intervient Margaret.

En face de moi, mes amies quittent la banquette avec un air complice. Elles ne sont pas sérieuses !

— Amuse-toi bien, m’adresse Peyton.

Non !

— Elles sont sympas vos copines.

Tandis que mes supposées amies s’éloignent pour continuer de boire au bar, la nouvelle venue s’assoit à mes côtés.

— Enterrement de vie de jeune fille ?

— Vous êtes observatrice.

Et moi, j’ai trop bu pour tenir ce face-à-face sans me laisser happer par la beauté dévorante de ses yeux verts.

— L’auréole vous a trahie.

— L’auré… Oh !

J’avais complètement oublié cet apparat ridicule que m’a imposé la triade infernale ! En tâtant le serre-tête, je me sens prendre des couleurs. N’importe quoi ! Aucune femme ne m’a jamais mise dans ce genre d’état, à la limite entre curiosité et excitation. Pour trouver une dose de courage, j’écarte mon verre vide et m’empare de celui qu’elle m’a offert.

— Mes amies sont folles, dis-je sincèrement. Nous avons une tradition un peu spéciale pour ce genre de soirées.

— Je suis tout ouïe.

Elle passe une main dans sa mèche pastel sans quitter mon regard. Ses yeux sont exigeants, soulignés et encadrés par des sourcils parfaitement entretenus dans une courbe accrocheuse. Cette femme m’intrigue. À moins que ce ne soit le rhum. La double dose de rhum !

— Je vous fais perdre vos mots ?

Combien de temps l’ai-je fixée sans poursuivre la discussion ? La proximité qu’elle choisit d’imposer entre nous est idéale si je rêvais d’être abordée. Pas trop loin pour être entendue, pas trop proche pour paraître envahissante. Je profite de l’odeur de son parfum. Une marque française, je suppose, ambrée, épicée, avec une note de vanille absolue très enivrante.

— Elles veulent que je vive une folie, que nous partagions un secret jusqu’à la fin des temps. Vous voyez, la femme la plus à gauche. Sonya…

Pendant que j’oriente mon verre dans sa direction, je perçois le bras chaleureux déplacé sur le dossier de la banquette derrière moi. La distance qui me sépare de la cliente s’amenuise. Des frissons courent sur ma peau. Je devrais m’éloigner, mais l’attraction qu’elle impose me prend au piège de ses filets. La proposition de mes amies me semble de moins en moins dénuée de sens, mais ma raison n’a pas encore dit son dernier mot.

— Elle a retrouvé son premier amour cette nuit-là. Et tenez, Margaret a terminé avec un chanteur après son concert.

— Et vous voulez la finir avec une femme. Moi.

Je penche la tête vers elle sans précipitation.

En ai-je envie ? De plus en plus à mesure que mes yeux parcourent son beau visage régulier. Avec une femme, c’est moins grave. Non ? Ma raison flambe. Nous nous jaugeons intensément.

— Vous m’offrez cette nuit ?

— Oui.

La personnalité forte de cette femme me prend de court, tout comme sa main sur la mienne. Elle lie nos doigts avec un contact distingué et m’invite à quitter la banquette. Je m’abstiens de jeter un dernier coup d’œil au bar. Les filles ont raison, j’ai droit à une nuit de folie avant la fin des temps.

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