Chapitre 1 — Chapitre 1
- Chapitre 1
- 🔒 Chapitre 2
- 🔒 Chapitre 3
- 🔒 Chapitre 4
Mafieuses · Lou Jazz & Cherylin A. Nash
Lire Mafieuses en ligne gratuitement Chapitre 1
Vues : 2 545 vues
Entre les rayonnages de la bibliothèque universitaire de Bradford, je suis une femme brune du regard. Dans l’atmosphère paisible du lieu, elle est assise à une table. Une lampe avec un abat-jour vert inonde le papier de son livre d’une lumière chaude. Elle est là depuis une bonne heure. Je l’observe patiemment tourner les pages. Morrigan O’Ceallaigh ne sait pas encore que notre rencontre va changer le cours de sa vie. Du haut de ses dix-neuf ans, elle étudie l’histoire. Elle n’a pas été difficile à trouver. Mon père avait consigné une fiche à son nom dans ses documents, ceux qu’il gardait précieusement dans son coffre-fort. Il y a six mois que je pleure sa disparition et que je prépare cette rencontre.
La chaise que la jeune femme recule donne le départ de cette grande mascarade. Elle se lève, réunit ses notes, les plonge dans son sac et emporte l’épais livre sous son bras. Je stoppe mes doigts sur la tranche d’une couverture en rejetant mes mèches blondes par-dessus mon épaule. Ses yeux bleus s’arrêtent sur les miens lorsqu’elle entre dans la section où je me trouve. Ses cheveux ondulés de façon naturelle sont brun foncé. Je n’ai pas de doute sur son identité. Elle a des sourcils expressifs, suivant une arcade parfaite. Morrigan a un charisme que j’avais décelé sur sa photo au premier regard. Elle est le genre de personne sur laquelle on se retourne.
Je prends la parole la première avec le sourire le plus agréable possible.
— Salut, tu es une habituée dans le domaine ?
De l’index, j’indique le titre de son livre. Je sais très bien où elle l’a dégoté. L’emplacement où elle doit le remettre est dans mon dos.
— Ce sont mes cours, annonce-t-elle.
— Je suis nouvelle ici. Je dois préparer une thèse sur l’idéation baroque, mais je ne trouve rien sur le sujet. Tu aurais peut-être une suggestion à me donner ?
Pour l’avoir suivie à plusieurs reprises avant de trouver un terrain de rencontre favorable, je sais que cette femme peut se montrer froide, en apparence. Une façade que je connais bien et que nous n’utilisons pas pour les mêmes raisons. Elle, elle n’aime pas les gens. Les interactions sociales l’ennuient. Moi, je dois être redoutable dans les affaires. Il n’y a pas de place pour les sentiments dans ce domaine.
Sans m’écarter du rayonnage, je l’observe avec attention avant de lui adresser un sourire. Comme je m’y attends, elle m’offre avec politesse :
— La bibliothèque est organisée par thèmes, donc tu devrais trouver ce que tu cherches un peu plus loin. Je vais te guider.
La jeune étudiante me conduit d’un pas lent à travers les rangées de livres. Elle me fait traverser tout l’édifice. De temps en temps, elle jette un regard bref par-dessus son épaule. Je me montre sous mon meilleur jour, et plus encore. Il est de notoriété publique qu’elle aime la gent féminine. J’ai pensé que ce serait une contrainte, parce que je n’ai pas d’expérience avec les femmes, mais ça pourrait se révéler un précieux atout si j’étais son type.
Un sourire se dessine sur les lèvres de la jeune adulte. Elle tend une main vers un rayonnage et m’annonce :
— Ton bonheur doit être ici. Bon courage.
Elle est sans doute pressée, ou du genre discret. Derrière ses paupières baissées, elle s’apprête déjà à s’éloigner.
— Attends ! Merci. Comment t’appelles-tu ?
— Morrigan Kelly.
Son regard s’attarde sur mon visage, elle m’observe un moment avant de questionner :
— Veux-tu que je t’aide à trouver les livres ?
— Oh… Ça m’aiderait beaucoup.
Je lui tends la main.
— Je me prénomme Sherine. Je viens d’arriver à Bradford.
Je tiens mes lèvres pincées en patientant jusqu’à ce qu’elle accepte ma main tendue. Morrigan s’en saisit avant de s’accroupir face à la rangée de livres la plus basse. Elle parcourt les titres minutieusement en inclinant la tête.
Fière de ses découvertes, elle s’empare de deux d’entre eux. Ils trouvent place sur mon bras gauche. Je lui offre un petit papier de la main droite en croisant son regard. Ses yeux bleus sont particuliers. On pourrait croire qu’elle porte des lentilles, mais ce n’est pas le cas.
Elle s’étonne :
— Tu me donnes ton numéro de téléphone ?
— Pour que tu m’appelles, oui. C’est à ça que ça sert, dis-je avec un sourire mutin. Merci pour ton aide, Morrigan.
— Pas de quoi, courage pour ton devoir.
— À toi aussi, pour les tiens.
J’arrive à la faire sourire avant mon départ. Les choses s’annoncent plutôt bien, si ce n’est ce nœud dans ma poitrine. La colère, la tristesse et la soif de venger la mort de mon père sont des émotions puissantes. En le perdant, mon unique repère dans cette vie s’est volatilisé. Je me sens vulnérable. Jamais je n’avais ressenti une pareille détresse et bientôt, je ne serais plus la seule. Mon père avait l’habitude de dire que dans les affaires comme en amitié les bons comptes sont ce qui entretient les relations. J’ai choisi de régler les miens de la façon dont il me l’a enseigné.
Curieuse de la suite ?
Continue à lire ou découvre où acheter « Mafieuses » en entier.
Voir où lire la suite →
Commentaires (0)
Connecte-toi ou crée un compte pour laisser un commentaire.
Aucun commentaire pour le moment. Sois la première à en laisser un.