Chapitre 2 — Chapitre 2
Making Monster - Saison 1 · Kyrian Malone , Jamie Leigh
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Paris – France – Deux semaines plus tard.
Assise sur la banquette arrière d’un taxi parisien, JJ voyait défiler les immeubles de part et d’autre des rues étroites. L’automne habillait quelques trop rares arbres de leurs couleurs jaunes orangées et rendait cette ville plus froide qu’elle n’y paraissait. La ville de la mode, de la haute couture n’était pas à la hauteur de l’image que JJ s’en était faite. En cette seconde, Paris n’avait rien de la ville romantique tant dépeinte sur les dépliants touristiques. JJ ne se rendait pas à la Tour Eiffel ou au Champ-de-Mars même si le lieu du rendez-vous d’Emily se trouvait dans le septième arrondissement de la ville, non loin du Quai d’Orsay. Des détritus, des papiers sales et des mégots de cigarettes jonchaient les trottoirs peu entretenus.
Le chauffeur s’arrêta, Rue de l’Université et indiqua à JJ l’emplacement du café. JJ lui tendit quelques billets et quitta la voiture en ramenant son sac à main sur l’épaule. Elle se dirigea sans attendre vers son lieu de rendez-vous, anxieuse mais aussi impatiente de revoir Emily. 14 jours étaient passés depuis qu’elle l’avait vue à l’appartement de Washington et Emily ne lui avait plus donné de nouvelles. JJ s’en était retrouvée inquiète et incertaine. Elle s’arrêta un court instant en regardant vers les tables en terrasse et rajusta les pans de son manteau avant de voir Emily assise à l’une d’elles. Son cœur battant, elle n’attendit pas pour s’approcher et son regard croisa enfin le sien. La mine d’Emily semblait plus fébrile, plus fatiguée que la dernière fois. Elle devinait aux traits creusés d’Emily qu’elle avait perdu du poids et préféra ne pas s’attarder sur son état et elle sortit de son sac à main une grande enveloppe qu’elle posa devant elle.
— Je t’ai fait faire trois passeports de trois pays différents et j’ai ouvert trois comptes associés où j’ai viré l’argent avant de fermer le compte que tu m’as ouvert.
Emily jeta un œil sur l’enveloppe que JJ venait de poser devant elle et la détailla. Le temps qui les séparait de leur dernière rencontre semblait avoir duré des années. Pourtant, Jennifer n’avait pas changé contrairement à elle. Pour la première fois depuis quinze jours, elle retrouvait quelques émotions agréables face à JJ et en oubliait le reste. Elle saisit l’enveloppe et répondit :
— Merci.
Elle l’ouvrit, jeta un œil à l’intérieur sans rien en sortir et releva ses yeux sur son ancienne collègue. Elle avait longuement pensé à elle, s’était souvenue de leur relation dissimulée, de leurs rendez-vous intimes à la dérobée. Elle aurait volontiers prolongé ce face à face, au moins jusqu’au lendemain, mais ne le pouvait. Doyle avait déjà dû comprendre la supercherie et il ne tarderait pas à se lancer à sa poursuite. Elle avait eu raison de faire confiance à JJ, à sa discrétion et se rassurait encore de la voir devant elle.
— Comment vas-tu ? demanda-t-elle pour résumer la foule de questions qui lui venait en tête.
JJ avait craint qu’Emily se lève et reparte mais le fait qu’elle reste la rassurait.
— Je vais bien… Je suis descendue à un petit hôtel près de la gare. Mais c’est à toi que je devrais poser la question.
Une question qu’Emily aurait préféré éviter pour ne pas avoir à épiloguer sur des états d’âme quelconques. Elle jeta un œil à l’entour et reporta son regard sur JJ dont elle appréciait toujours les traits féminins et rassurants.
— As-tu donné une réponse à Hotch ? demanda-t-elle.
Bien sûr, elle ne répondait pas à JJ, à la seule personne qui lui restait à présent, mais s’épancher aurait été une perte de temps. Elle avait opté pour une seconde question plutôt que d’avoir à mentir et JJ comprenait aisément qu’Emily préférait ne pas parler d’elle. Elle voyait celle-ci attentive aux quelques passants à l’entour, prudente et méfiante. Elle lui répondit sans la quitter des yeux :
— Hotch’ m’a relancée mais je n’ai rien décidé. Je sais que l’enquête n’avance pas. Pen’ me tient au courant et m’appelle dès qu’elle a un moment. Hotch’ a demandé à Spencer de prendre quelques jours de congés et Derek passe ses journées et ses nuits au bureau.
JJ marqua une courte pause et conclut d’une voix plus douce :
— Tu manques à tout le monde… Et tu me manques aussi.
Le regard d’Emily s’égara après cette dernière remarque. Elle sembla chanceler sous les émotions qui la traversaient. Depuis le retour de Doyle, elle s’était volontairement fermée, barricadée derrière des murailles. Ne rien ressentir, ne pas se lier, ni s’attacher protégeait les personnes comme elle. Après cinq ans dans l’équipe d’Hotchner, elle avait oublié ces réflexes appris au sein de la CIA. Comment pouvait-elle oublier JJ ? Comment pourrait-elle oublier ses amis ? Elle n’osait se permettre une seule pensée pour eux. Elle se pinça les lèvres et se redressa en reportant son regard sur JJ.
— Je te remercie pour l’enveloppe, fit-elle avant de se lever.
JJ l’imita sans attendre. Elle avait vu dans le regard d’Emily tout ce que celle-ci se refusait désormais de dire. JJ était la mieux placée pour connaître la brune, la savoir renfermée, secrète. Le passé d’Emily était plus lourd qu’aucun de leurs amis n’aurait pu l’imaginer mais JJ savait aussi reconnaître cette étincelle d’émotion, de peur et peine mêlée dans le regard d’Emily. Elle ramena sa main sur la sienne et la serra doucement :
— Attends, Em’…
JJ ne savait comment l’inciter à rester et elle demanda simplement dans l’espoir de gagner du temps.
— Rentre avec moi à l’hôtel.
Emily se sentit frissonner au contact de la main de JJ autour de la sienne. Une sensation revenue d’une autre époque, d’une autre vie. Le surnom que JJ était la seule à lui donner la renvoyait dans de bien trop agréables moments, des temps où elle ne craignait pas de perdre JJ au moindre débordement d’affection. Pourtant, ce diminutif lui rappelait combien la chaleur du corps de JJ contre le sien lui manquait. Cet instant d’hésitation démontrait autant de faiblesses, de sentiments interdits. Le regard bleu et perçant de JJ la déstabilisait comme il l’avait toujours fait, reflétait toutes les attentes et les craintes de l’ancien agent. Elle y voyait toute la peine qu’elle lui infligeait. Elle jeta un œil à l’entour, attentive au moindre regard suspect posé sur elles. Ses réflexions se mélangeaient, fusaient dans un sens ou un autre, envisageaient les pires hypothèses, comme les plus agréables conclusions d’une nuit de plus partagée avec JJ. Elle détourna les yeux et leva la main pour arrêter un taxi. Quand le véhicule fut à leur hauteur, elle ouvrit la portière arrière et releva les yeux sur JJ.
— Monte.
JJ se pinça les lèvres et un léger sourire révéla son soulagement. Elle entra dans le taxi et Emily s’assit près d’elle avant que JJ ne donne l’adresse de l’hôtel où elle avait laissé sa valise. Elle regarda ensuite Emily près d’elle et glissa doucement sa main sur la sienne posée sur la banquette. JJ avait besoin de faire renaître ces contacts devenus trop rares, voire inexistants depuis sa mutation à Arlington. Ses doigts s’enlacèrent tendrement à ceux d’Emily…
*******
… et leurs lèvres se scellèrent l’instant d’après alors que JJ refermait la porte de la chambre à double tour. La blonde ne voulait plus perdre de temps, refusait de laisser passer d’autres semaines, d’autres mois creuser cette distance encombrante entre Emily et elle. JJ aurait pu perdre Emily et elle ne la laisserait pas disparaître comme elle l’avait fait la première fois. Elle percevait toute la passion d’Emily l’envahir, ses doigts défaire les boutons de son chemisier blanc, ses lèvres impatientes se régaler des siennes avec fougue et tendresse. JJ se sentait fiévreuse comme toutes ces fois où Emily et elle s’étaient retrouvées. Elle poussa doucement celle-ci vers le lit, vint s’asseoir sur elle à califourchon et l’aida à ôter son pull à col roulé noir qu’elle laissa choir sur le sol. Une large bande blanche entourait le ventre d’Emily et JJ devinait que ses blessures la faisaient encore souffrir. Elle préféra ne pas prêter d’attention au tatouage sur sa poitrine, la marque de Doyle lui rappelant son calvaire et les souffrances qu’elle avait endurées. Elle préféra revenir l’embrasser pour effacer ses maux qui l’atteignaient aussi. Loin de Quantico, de Washington et du Pentagone, JJ voulait croire que rien ni personne ne pourrait les atteindre. Elle voulait en avoir l’illusion jusqu’à demain, imaginer qu’elle et Emily pourraient partager leur première nuit entière l’une aux côtés de l’autre. Après tout, elles n’étaient plus agents au FBI, n’avaient plus d’obligation et JJ avait posé quelques jours de congés pour venir en Europe.
Elle sentit Emily la basculer sur le dos, perçut ses doigts fins parcourir son ventre dénudé, remonter sur sa poitrine qu’Emily avait pris soin de découvrir. JJ s’imprégnait de chaque seconde de cet instant, du regard pétillant d’Emily qu’elle revoyait comme les premiers jours. Ses doigts remontèrent à ses cheveux bruns et son regard bleu trouva ses prunelles noisette alors qu’un soupçon de calme semblait revenir les apaiser. Sa voix fut à la fois basse et tendre :
— Promets-moi de ne pas partir demain matin…
Ces mots sonnaient comme autant d’espérance de la part de JJ. Emily le voyait à travers son regard azur. Ses gestes suspendus, elle avait songé à partir avant l’aube, avant le réveil de JJ. Comment pourrait-elle lui promettre une chose qu’elle n’avait même pas envisagée ? Jamais, elles n’avaient passé une nuit entière dans les bras l’une de l’autre. Leurs anciennes fonctions respectives au sein du FBI ne leur avaient pas offert ce privilège. Cette fois, loin de Washington, du Bureau, de la folie de Doyle, elles pouvaient enfin prendre le temps de se redécouvrir. Emily brûlait au contact de la peau de JJ. Elle n’aurait pu espérer pareil moment en cette seconde.
— Je te le promets, fit-elle dans un murmure, de peur d’être entendue.
Elle renouvela le baiser, retrouva les lèvres de JJ de la plus tendre des façons. Elle voulait oublier, faire abstraction de l’extérieur, de la réalité, du lendemain, de ses obligations. Elle avait failli mourir sans avoir retrouvé le délice des lèvres de JJ. Elle ne savait même plus pour quelles raisons elles avaient décidé de stopper leur relation. Malgré les circonstances cauchemardesques, elles se retrouvaient en dépit de Doyle, au-delà des frontières.
Emily écartait les quelques douleurs provoquées par ses mouvements sur le corps de JJ. Celle-ci accaparait toute son attention et sa présence pansait chacune de ses plaies. Elle sentait les mains de JJ parcourir son dos, sa chevelure, ses doigts effleurer ses flancs, créer d’autres frissons et ces contacts étaient tout ce qui comptait à cette seconde. Son être se rappelait encore du plaisir connu dans les bras de la blonde. Elle en tremblait. Ses lèvres quittèrent les siennes et glissèrent dans son cou pour s’imprégner de ses parfums. Jusqu’à l’aube, Emily oublierait les raisons de leur présence à Paris…

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