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📖 Extrait gratuit — 1 – La station de métro à 6 – La colère
Chapitre 1 — 1 – La station de métro
  1. 1 – La station de métro
  2. 🔒 2 – Le CPE
  3. 🔒 3 – La page blanche
  4. 🔒 4 – La nouvelle
  5. 🔒 5 – La provocation
  6. 🔒 6 – La colère
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Morgan de toi · Tan Elbaz

Lire Morgan de toi en ligne gratuitement 1 – La station de métro

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L’éclairage trop vif sur le quai du métro a raison de mon mal de tête et me fait plisser les yeux. Une soirée entière à boire et à danser avec les collègues du lycée m’a mise à l’envers. Je ne sais plus trop comment je m’appelle. À cette heure-ci de la nuit, aucune importance, en vérité. Je veux juste retrouver mon lit. Demain, dimanche saura me réconforter. Quoique techniquement, nous sommes déjà dimanche. Il est minuit cinquante. L’heure des derniers métros et des derniers rescapés de la nuit parisienne. Je m’emmitoufle comme je peux dans mon chèche kaki, de manière à demeurer loin des regards. La nuit ne m’a jamais rassurée. Et le métro, davantage. Quelques personnes bien alcoolisées errent plus ou moins silencieusement sur le quai et j’évite d’hameçonner quelque regard que ce soit, mon pedigree ne me permettant certainement pas de me défendre le cas échéant. Mes jambes sont en coton, mon estomac noyé ; je ne paye pas cher de ma peau si un homme mal fagoté se décidait à m’ennuyer. Je ferme les yeux et niche mon menton au creux de mon chèche ; je suis bien. Une chanson de Charles Aznavour fait bercer le pavillon de mes oreilles. Je suis ailleurs, sans doute sur le port d’Amsterdam ou sur la baie de San Francisco, mais en aucun cas sur le quai pourri du métro parisien, à la forte odeur d’urine et de sueurs mélangées. Néanmoins, je rouvre une paupière de temps à autre, pour regarder le tableau numérique sur ma gauche et évaluer à combien de minutes encore, je devrais supporter avant d’embarquer dans la rame.

Quatre minutes encore. Encore une chanson. Toutes les personnes potentiellement bizarres sont loin de mon champ de vision, tant mieux. Cette fois-ci, j’aurais réussi à ne pas les aimanter. Je soupire longuement au souvenir de ma dernière virée nocturne en métro ; à ce mec complètement ivre qui voulait absolument me faire un strip-tease là sur le quai, pour me prouver à quel point il était bien bâti, et à quel point, il se foutait du regard des gens. Un haut-le-cœur absolument abject m’a retourné le résidu d’alcool du creux de mon estomac en gaz acide prêt à jaillir de mon gosier au moment où l’homme a défait sa ceinture. Tout, mais pas ça. J’étais déjà complètement ivre, mais alors en plus, avoir à me taper des images quelque peu exotiques à mon hygiène de vie me semblait ingérable. Je me suis levée à vitesse grand V, quittant le métro pour un taxi que j’ai dû abandonner à plus de huit cent mètres de chez moi, faute de deniers suffisants dans mes fonds de poches. Évidemment, la majorité de ma cagnotte avait joué au Professeur Chimie dans mon estomac. Dernière grimace et retour sur le quai. Une jeune fille aux cheveux blonds mi-longs est devant moi. Je ne l’ai pas vue arriver. Je la détaille de haut en bas entre mon chèche et ma mèche de cheveux et je me demande bien ce qu’elle peut foutre toute seule à une heure du matin dans la rue. Elle semble avoir quoi seize ou dix-sept ans, à tout casser, peut-être un petit peu plus. Probablement même, je ne vois pas quel type de parent peut laisser une jeune fille comme ça toute seule dans un environnement aussi peu sûr qu’une station de métro de nuit. Oui, d’accord, à la condition que ses parents soient au courant. Les mensonges que je débitais aux miens ne sont pas si vieux, au demeurant. Mais il faut croire que j’ai pris assez de plomb dans la tête entre temps. Preuve en est puisque j’ai du mal à détourner le regard de cette jeune fille. Je hoche la tête pour m’assurer que personne de potentiellement dangereux pour elle ne l’ait repérée et rassurée, je la regarde de nouveau. Elle ne semble pas s’être aperçue de ma présence et c’est tant mieux. Néanmoins, je lui trouve un comportement étrange. Elle semble être alcoolisée ou peut-être sous l’emprise de drogue, car ses gestes sont bizarres, ses bras ballants tantôt inactifs, tantôt agités de soubresauts curieux. J’ai une sensation bizarre. Elle n’a pas l’air d’aller bien et cela commence à me faire paniquer. Un coup d’œil au tableau numérique m’indique que le train est à l’approche. La jeune adolescente se retourne, tournant le dos aux rails. Un sourire curieux orne ses lèvres et je ne me laisse pas le temps de la réflexion. Ses yeux sont fermés, son sourire s’accentue. Elle recule d’un pas. Dieu du ciel, elle va se laisser tomber en arrière ! Je me précipite tandis qu’elle recule encore d’un pas. Le train entre en gare ; le bruit strident qu’il émet et le danger qui se dénude sous mes yeux me font dégriser immédiatement. J’attrape la jeune fille par le bombers et tire vers moi de toutes mes forces au moment où son dos se penche vers le vide. Elle tombe sur moi de tout son poids et je n’ai pas assez de forces pour me retenir. Je tombe à la renverse sous l’impact du choc, ma tête cognant sur le sol et elle se réceptionne sur moi. Le métro déverrouille ses portes et j’ai du mal à reprendre mes esprits sous la violence du choc. La jeune adolescente, blême et totalement éveillée, se relève et me regarde de ses yeux gris, brûlants de colère :

— Mais putain t’as fait quoi ? T’es pas sérieuse, là ?

Je ne sais pas quoi répondre tant je suis abasourdie. Si je comprends bien, elle me reproche de lui avoir sauvé la vie. Non, mais sérieusement, elle va voir de quel bois je me chauffe. Je me relève sur les coudes et sans un regard sur moi, elle entre dans le wagon en face de nous. Les portes se referment et ses yeux gris ne me quittent du regard que quand le train qui démarre nous sépare définitivement.

Parfait, je viens de louper le dernier métro, après avoir accessoirement sauvé la vie d’une gosse sur le point de se foutre en l’air, dont la seule réaction est de quasiment m’insulter et cerise sur le gâteau, je vais avoir une vieille bosse des familles à l’arrière du crâne. Il n’y a pas à dire. Tout va bien à l’est de Paris.

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