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📖 Extrait gratuit — Notes de braise – Chapitre 1 à Notes de braise – Chapitre 4
Chapitre 1 — Notes de braise – Chapitre 1
  1. Notes de braise – Chapitre 1
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Notes de braise · Mady D

Lire Notes de braise en ligne gratuitement Notes de braise – Chapitre 1

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1 – Tempo

— On y va, Margot ?

Malgré l’interpellation de son père, la jeune adulte ne répond pas. Il ne s’agit pas d’une volonté de sa part de snober son géniteur, de lui « mettre un vent » comme le disent ses amis. Margot ne veut tout simplement pas bouger, elle ne le peut pas plus exactement. La future bachelière éprouve pour la première fois de sa vie un sentiment intense, qui la dépasse. Elle est envoûtée ! Le mot prend tout son sens car Margot ressent nettement l’impression de ne plus rien contrôler dans son corps qu’elle connaît pourtant depuis plus de dix-sept ans. Or, pour l’heure, le chaos règne au sein de son organisme.

Margot se frotte les mains moites sur le tissu de son short en jean, elle tente d’apaiser les battements de son cœur qui s’emballent et essaie de maîtriser son souffle saccadé qu’elle perd régulièrement. Des frissons parcourent le long de son échine et ses poils se dressent. Tout son corps se trouve sous la coupe d’un élément extérieur bien à l’insu de son plein gré.

S’agit-il de la peur ? De l’angoisse ou autre manifestation apportant la sidération, l’impression de tomber dans un puits sans fond et de ne pas pouvoir s’en extirper ? Non, la situation est tout autre.

La cause de l’émoi de Margot se trouve en face d’elle, à quelques mètres. Hors de question pour la jeune adulte de s’approcher plus près de la source de son trouble. Tel Icare, elle craint de se brûler car elle se consume déjà de l’intérieur. En cette nuit estivale, claire, illuminée par les étoiles et les guirlandes multicolores de la fête du village où sa famille et elle passent leurs vacances, Margot ne bouge pas. Elle se tient le long d’un solide châtaignier et ne compte pas s’en déloger de sitôt. Le temps qui s’écoule ne l’atteint pas, sa conscience des minutes qui s’égrènent est altérée, elle n’entend rien des alentours, rien du brouhaha des passants, rien du vacarme des touristes attablés tout autour de la place centrale du village. La bulle de Margot est solide, rien de ce qui se passe autour ne la perturbe, son seul centre d’intérêt se situe contre la fontaine qui délivre des litres d’eau par l’intermédiaire de statues grecques tenant une jarre sur leurs épaules.

Au pied du monument central de la place du village, se tient une chanteuse, accompagnée de deux hommes. La vacancière ne les voit pas, son unique point de mire est la chanteuse, une vraie déesse ! Pas très grande, brune aux cheveux ramenés en queue-de-cheval, elle possède des yeux en amande, foncés, noirs a priori. Cependant, au-delà du physique aguichant de celle qui pousse la chansonnette, c’est sa voix qui enchante la touriste. Une voix rauque, profonde, chaude dont la chanteuse joue avec une facilité déconcertante. Dans les aigus, sa voix enchante, mais dans les graves, elle dégage une puissance qui électrise la touriste. Une sirène ne l’envoûterait pas plus. Le son qui émane des cordes vocales de la chanteuse tient Margot en respect, tout son être se focalise sur les notes enchaînées. Subjuguée, la touriste se demande comment ce phénomène est possible. Comment une voix peut lui provoquer cette émotion, ce ressenti et la mettre en émoi. Ce qui l’interroge le plus, ce n’est pas tant la performance vocale, mais cette attraction immédiate, ce désir qui la submerge. La jeune adulte peine à comprendre son ressenti et reste en extase en cette nuit estivale parfaite.

Accompagnée par ses musiciens, un à la guitare et l’autre qui manipule un synthétiseur, la diva dénote et emporte son public. Margot s’envole au son de sa voix, se perd dans la mélodie et manque de pousser un cri quand la chanteuse entonne un passage où sa puissance vocale s’exprime de façon encore plus marquée.

Incroyable ! Comment quelqu’un peut produire ce type de prestation vocale ?

Les yeux brillants, un sourire béat sur le visage et le cœur qui bat la chamade, Margot se sent hypnotisée. Elle peut rester ici durant des heures, à savourer le concert donné par la chanteuse et son groupe. La voix de son père se fait insistante et parvient à la détourner du centre de son attention.

— Bon, Margot, on y va, là !

Oh non ! Pas encore, pas maintenant !

Margot voudrait hurler. Comment son paternel peut-il se montrer aussi insensible ? Comment fait-il pour ne pas ressentir la profondeur du chant puissant qui les entoure ?

Elle tente de négocier.

— On peut attendre encore un peu ?

Son père s’agace devant la répartie de sa fille aînée.

— Non, on ne peut pas, il se fait tard et tes frères sont crevés, on rentre, maintenant !

Comment ose-t-il briser la parenthèse enchantée dans laquelle elle se trouve ? Mais voilà, le patriarche a parlé, anéantissant ainsi le rêve éveillé de sa fille aînée. Margot se sent dépitée mais bien impuissante face à la réalité qui s’impose à elle. À regret, son regard se porte derrière son père. Elle aperçoit sa mère qui tient ses frères par la main, chacun la sienne. Dans un geste qu’elle reconnaît bien, ses petits frères portent leur main inoccupée à la bouche et sucent leur pouce. En parfaits miroirs, les jumeaux posent souvent les mêmes actes au même moment même sans se voir.

Margot soupire, son cœur en écho, elle a perdu la partie et doit se résigner. Si leur location se situait moins loin du village, elle aurait proposé de rentrer un peu plus tard, mais là, elle n’a pas d’autre choix que de suivre sa famille.

À cet instant précis, l’immense frustration qui habite dorénavant ses veines se fait ressentir et elle déteste ses frères ! Sans eux, elle aurait pu rester encore des heures, à écouter la chanteuse, à se laisser emporter par la promesse de sa voix et des paroles prononcées, vers la destination où la jeune femme promettait de l’emmener, un voyage inoubliable, elle en est certaine.

— « … Il me dit que je suis belle... qu’il n’attendait que moi... il me dit que je suis celle, juste faite pour ses bras... il parle comme on caresse, des mots qui n’existent pas... de toujours et de tendresse, et je n’entends que sa voix... Des mensonges et des bêtises qu’un enfant ne croirait pas... mais mes nuits sont mes églises, et dans mes rêves, j’y crois ! »

Margot en a presque les larmes qui jaillissent, les mots chantés par la jeune femme qui doit avoir le même âge qu’elle, s’insinuent dans ses veines, la puissance de sa voix à cet instant manque de la faire chavirer. Elle connaît cette chanson tout droit sortie d’un répertoire plutôt ancien. Il arrive à ses parents, quarantenaires, de l’écouter. Étonnant choix musical pour une jeune de cet âge, mais pas si étonnant que ça finalement au vu de la tessiture vocale de l’interprète. Portées par la chanteuse, les paroles et la mélodie de ce morceau des années 90 prennent une autre dimension qui l’emmène ailleurs. C’est trop beau, trop puissant, trop intense, trop tout ! Son rythme cardiaque s’accélère et...

— Bon, ça va, là, Margot !

Dissimulant son trouble à son père, la jeune femme tente de se reprendre. Elle fronce les sourcils de déception face à l’injustice de la situation. Derrière son père, toujours accrochés aux bras de leur mère, Jules et Marius baillent.

Font chier, les petits !

Margot tempête de frustration et d’une profonde peine qui s’invite dans son organe vital, tiraillée entre le désir de rester là à se laisser emporter par la suavité de la chanteuse et celle, plus réaliste, de rentrer pour coucher les petits. C’est qu’elle les aime, en fait, ses frères, ses siamois comme elle les appelle, les miracles, comme disent ses parents.

Après avoir conçu leur fille aînée sans le vouloir, enfanter d’un second enfant s’est avéré très compliqué pour Esteban et Agnès. Avant que l’horloge biologique ne les rattrape, ils se sont tournés vers la procréation médicalement assistée et, comme chez beaucoup de personnes ayant recours à cette technique, bingo ! Non pas un, mais deux petits cœurs battaient lors de la première échographie réalisée. Depuis, ce n’est que du bonheur au sein de la famille et Margot s’est beaucoup occupée des benjamins quand ils étaient bébés. Tout va donc pour le mieux, sauf ce soir où elle n’a pas d’autre choix que de suivre sa tribu.

Alors, la mort dans l’âme, persuadée d’emporter cette voix envoûtante avec elle pour longtemps, et souhaitant immortaliser cet instant pour y repenser à l’envi, Margot jette un dernier coup d’œil à la chanteuse et suit ses parents. Juste au moment où elle pose ses yeux sur elle, la chanteuse lève la tête et aperçoit Margot. Cette dernière s’immobilise, juste sous un lampadaire qui éclaire son visage, souhaitant voler quelques secondes supplémentaires à plonger son regard dans celui de l’artiste qui semble la regarder. Douce illusion mais ô combien agréable, qui fait résonner à nouveau son cœur plus fort et lui procure le sentiment que la jeune femme chante pour elle seule. Une main ferme se pose sur son bras et l’entraîne.

Oh, non, non, non !

Margot ne lutte pas, elle ne peut rien faire contre la poigne douce mais résolue de son père qui en a marre que son aînée lambine. La jeune femme soupire au moment de détourner le regard mais un dernier détail va lui arracher un sourire et la mettre en émoi pour plusieurs jours. La chanteuse vient de lui adresser un clin d’œil.

C’est un signe, elle en est persuadée, il ne saurait en être autrement !

Cette nuit-là, l’aînée de la fratrie éprouve toutes les peines du monde à s’endormir. L’image de la chanteuse lui adressant un clin d’œil passe en boucle dans son esprit, ce qui lui déclenche un éclair dans l’estomac. Elle se sent émoustillée, en proie à un désir émanant de son bas-ventre. Honteuse de ce ressenti qui l’envahit sans qu’elle puisse le contrôler, elle laisse ses sens s’embraser. L’adolescente imagine se trouver à proximité de la chanteuse, à portée de main, à portée de bouche. Dans son lit, le souffle court, Margot se tortille, torturée par sa libido qui ne cherche qu’à s’exprimer. Le désir devient brûlure, elle ne peut plus résister à cet appel primaire, animal mais tellement nécessaire. Elle doit assouvir sa soif de plaisir.

Alors, excitée comme rarement jusqu’à présent, l’adolescente fait descendre sa main vers l’intérieur de ses cuisses et se pose sur son pubis qu’elle caresse avant de la glisser plus bas. Elle ne s’était pas trompée, l’humidité de son sexe démontre son attente de caresses. Délicatement, elle passe un doigt sur son clitoris à plusieurs reprises, ce qui a pour effet de le réveiller, de faire gonfler ce bout de chair érectile et d’accélérer son rythme cardiaque. Désormais prête, la voix et l’image de la chanteuse en tête, Margot effectue des va-et-vient entre son organe secret et l’entrée de son vagin, lubrifié. Les mouvements prodigués lui font jeter sa tête en arrière et se mordre la lèvre inférieure pour ne pas crier quand une succession d’images et de fantasmes avec celle qui habite ses pensées finissent par l’emporter dans une puissante vague de plaisir.

Après cette séance solitaire, quand Morphée finit par l’emmener, Margot s’endort avec un sourire béat sur les traits. Elle sait ce qu’elle doit faire, revoir Calypso ! Elle s’en voudrait trop de repartir sans recroiser la sublime et puissante diva.

Le lendemain, Margot entame une négociation avec ses parents. En leur proposant d’effectuer toutes les tâches ménagères et même la cuisine, elle obtient d’eux la permission de passer la soirée seule au village. Les jumeaux et eux iront au cinéma voir le dernier dessin d’animation d’un célèbre studio de cinéma hollywoodien, ils passeront la chercher au retour. Margot exulte ! La famille repart dans deux jours donc si elle peut profiter encore un moment, encore un petit peu de Calypso cette nuit, elle pourra regagner le domicile familial en région parisienne sans regret.

Hélas ! Le soir venu, la famille laisse bien l’aînée sur la place du village mais l’avant de la fontaine est désespérément vide. Ses parents proposent de l’amener avec eux et elle choisira le film qu’elle désire mais la grande fille décline la proposition. Calypso va forcément arriver, elle est peut-être retardée par quelque chose, c’est une artiste, on doit s’attendre à tout de sa part. Margot rassure ses parents, persuadée de l’arrivée imminente de son artiste favorite. Au vu de l’heure et après s’être assurés qu’ils retrouveront bien leur fille au même endroit à leur retour, Esteban et Agnès s’en vont.

Margot utilise une partie de son argent de poche pour s’attabler à l’un des troquets qui bordent la place. Elle observe autour d’elle en attendant l’arrivée de sa déesse. Un sourire se pose sur ses lèvres à la simple idée de recroiser la chanteuse et de s’enivrer à nouveau de sa voix et de son image. Elle se laisse bercer au son du clapotis de l’eau de la fontaine et le temps passe. Pour tuer cette attente interminable et faire sa grande, elle demande un panaché qu’elle sirote lentement comme une habituée, les sens en alerte.

Trois heures après, les parents de Margot trouvent une jeune femme dévastée. L’aînée retient ses larmes pour ne pas fondre devant ses petits frères mais elle a le cœur lourd car Calypso ne s’est pas montrée de la soirée. Si la question lui était posée sur son état d’esprit et son ressenti à cet instant précis, elle répondrait que seul un grand abysse rempli de vide et de froid l’habite.

L’adolescente a le cœur brisé par cette absence. Phénomène étrange puisque les deux femmes ne se connaissent pas. Cependant, Margot le ressent au plus profond de son être même si sa main n’a jamais effleuré celle de la chanteuse et même si ses lèvres ne se sont jamais posées sur la bouche pulpeuse de la diva. La sensation de manque lui vrille les tripes et appelle les larmes. C’est ça, de désirer quelqu’un ? C’est ça cette sensation puissante derrière laquelle tout le monde court ? Pour Margot, l’apprentissage s’avère rude.

Par respect devant cette tristesse rentrée et connaissant leur fille par cœur, ni Esteban, ni Agnès ne vont la taquiner sur son idolâtrie déçue. Juste avant de se coucher, Margot se permettra de craquer dans les bras de sa mère venue la réconforter.

*

Un an vient de s’écouler. Margot vient d’obtenir son baccalauréat de littérature. Elle va tranquillement savourer ses vacances estivales avant d’intégrer la faculté et entamer son cursus universitaire. Pas de séjour en famille, cette année, elle part avec sa bande d’amis depuis toujours. À eux les soirées interminables, les boîtes de nuit, les soirées sur la plage, l’alcool et les rencontres éphémères ! Enfin la liberté !

Délivrée des études, ce soir, exceptionnellement, elle regarde la télé avec ses parents et les jumeaux. Elle profite de ces petits moments ensemble, les derniers car elle quitte le nid familial à la rentrée. Jules et Marius s’emparent de la télécommande et zappent, ne sachant pas quelle chaîne choisir. Les programmes défilent ainsi et le geste de Jules est stoppé d’un coup par un cri de Margot.

— Stooooop !!! Remets en arrière !

Surpris, le garçon obéit à sa grande sœur et revient sur le canal précédent. Ayant satisfait la demande de son aînée, il la regarde, mais elle ne le voit pas. Margot fixe l’écran et plus rien n’existe autour.

Sur l’écran, intimidée mais rayonnante, se tient la chanteuse de l’été précédent.

Oh, putain ! Elle est encore plus belle qu’avant !

— Monte le son, Jules !

Parents et frères rient sous cape devant l’intérêt de la grande de la famille pour cette émission de télé-crochet. Sa mère la taquine.

— Qu’est-ce qui t’arrive, chérie ? Je t’ai parlé plusieurs fois de ce programme, mais il ne t’a jamais intéressée jusqu’à présent !

Margot acquiesce mais dispose d’un argument massue pour inciter la famille à se taire et regarder le programme avec elle.

— C’est vrai, mais regardez !! C’est la chanteuse qu’on a vue l’an dernier lors de nos supers vacances en Ardèche !

Gagné !

L’attention de la famille se reporte à son tour sur le grand écran. Chacun cherche à reconnaître l’artiste, mais surtout, chaque membre de la famille se rappelle ses vacances et les parents n’ont pas oublié l’engouement de leur aînée pour cette chanteuse d’été. Margot ne quitte pas l’écran et assiste au rituel de l’émission, l’interrogatoire des membres du jury.

— Bonjour, comment tu t’appelles ?

— Je m’appelle Calypso.

Oh, purée !

Un frisson parcourt l’échine de Margot. La voix de l’artiste est la même que lorsqu’elle chante. Puissante, rauque, chaude, suave et capable de pénétrer son âme. C’en est renversant !

Les coachs poursuivent leurs questions.

— Très bien, Calypso, sois la bienvenue, tu viens d’où ?

— Je viens de la région Provence Alpes Côtes d’Azur.

Oh la la !

Un nouveau frisson, accompagné de l’accélération de son rythme cardiaque surprend Margot. Elle n’ose pas bouger, refusant de perdre une miette de ce qui se déroule à moins d’une heure de route de chez elle.

— Tu vis dans une très belle région, et que vas-tu nous interpréter ce soir ?

L’artiste prend un peu de temps puis formule sa réponse.

— Je vais vous interpréter « Il me dit que je suis belle », de Patricia Kaas.

Oh, putain !

La même chanson que celle qui a marqué l’étudiante. Depuis l’été dernier, dès qu’elle a une baisse de moral, Margot lance la recherche de cette chanson sur sa plateforme musicale favorite et s’envole. La chanteuse originale possède une voix puissante, mais rien de comparable avec la version offerte par Calypso. Margot respire fort, attendant que l’artiste réitère sa prestation vocale et l’emmène une fois de plus avec elle.

— « … Il me dit que je suis belle.... qu’il n’attendait que moi.... »

Et c’est reparti !

Margot ressent de nouveau le même trouble, les mêmes symptômes que l’été précédent. La jeune femme à travers l’écran la met en émoi, son corps tout entier réagit à sa voix, ses cordes vocales lui font de l’effet, les notes les plus basses émanant de sa bouche l’atteignent en plein cœur. Sa respiration se fait haletante et son bas-ventre se réveille. Une lame de désir la traverse et elle frissonne. Ayant conscience de la présence de sa famille, la jeune adulte toussote et se dandine pour cacher le trouble qui l’envahit à nouveau. Elle se saisit d’un coussin qu’elle pose sur son ventre, espérant calmer l’orage qui semble naître au creux de son estomac. Elle est gênée de ce phénomène qui se déclenche malgré elle, comme un réflexe de Pavlov.

Ah, mais c’est pas vrai, qu’est-ce qui m’arrive à la fin ?

Une pensée s’impose chez l’étudiante. Elle ne peut pas laisser les choses en l’état et revivre cet enfer des sens à chaque fois qu’elle tombe sur la chanteuse. Elle en a trop souffert l’an dernier. Il ne s’agit pas d’une lubie, d’un caprice ou d’un délire de groupie. Son corps s’exprime, le besoin devient physiologique et son cœur est exsangue. Une seule solution, il faut qu’elle rencontre Calypso ! Elle en éprouve la nécessité impérieuse, elle veut se trouver en face de cette diva moderne et vérifier si, de visu, l’artiste garde sa capacité à lui procurer cette sensation unique, proche de l’extase.

Dès lors, que faire ? Une idée jaillit soudain ! Vive l’ère de la technologie. Les stars ne sont plus inatteignables, quasiment tout un chacun peut avoir accès à la vie de son idole si tant est que cette dernière soit férue des réseaux sociaux. Ni une, ni deux, Margot se saisit de son smartphone et ouvre l’application Instagram. Bingo, sa déesse y figure et le compte semble récent.

Margot réfléchit à peine deux secondes et se crée également un compte, le pseudo est tout trouvé, elle choisit #fandetoi. L’adolescente décide d’envoyer un extrait de chanson par jour à la candidate qui mérite tout son soutien et qui focalise son attention. Avec un peu de chance, Calypso la remarquera et elles pourront correspondre.

Le cœur battant plus fort à cette perspective réjouissante, Margot fouille dans son téléphone mobile pour trouver la chanson adéquate, celle qui touchera son idole, celle qui lui permettra de faire la différence et de sortir de la masse des fans qui vont envahir le compte de Calypso. Elle n’en doute pas, vu sa prestation, il est certain que la diva moderne va se constituer un cheptel de fans très rapidement. À Margot de se démarquer.

Notes de braise

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