Chapitre 1 — Poker Queen – Chapitre 1
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Poker Queen · Lou Jazz & Cherylin A. Nash
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J’adore les nuits frénétiques qui animent Las Vegas. Je les aime encore plus quand j’en profite autant que les nombreux touristes qui visitent la ville. Les occasions se font rares depuis que j’ai réussi à obtenir une place comme commis de cuisine au Caesars Palace. Du haut de mes vingt-quatre ans, je sais que cette chance est inestimable. C’est ma porte d’entrée pour atteindre mon rêve de devenir chef. Sully, mon frère, a grandement participé à mon projet. Il a payé l’école de restauration que j’ai suivie et j’ai été recommandée ici. Je suis passionnée par ce que je fais, mais ce soir l’euphorie m’a quittée. Il est minuit passé quand je gare mon scooter devant la maison. Je récupère le paquet que Preston m’a gardé pendant le service et je rentre chez moi.
Machinalement, j’active la lumière du salon, la télévision et offre une caresse à mon chat. Il se frotte contre mes jambes en faisant le dos rond.
— Hey, tu es content de me voir toi.
Après un miaulement, il me détaille de ses grands yeux bleus.
— J’ai quelque chose pour toi. Preston nous a gardé des crustacés.
Il me suit jusqu’à la table basse où je remplis un verre d’eau avant d’ouvrir la boîte. Tiger étire le cou, assis à côté de moi sur le canapé. Il ronronne.
— Je savais que ça allait te mettre de bonne humeur.
Je pioche soigneusement dans le plat pour attraper une crevette et la déposer dans la gamelle de l’Angora. Sur mon passage, je jette un regard à la pile d’enveloppes sur le plan de travail. Sully ne m’a toujours pas écrit. Il avait promis de le faire lorsqu’il est parti. Je suppose que si j’étais en vacances, moi aussi je penserais à autre chose qu’envoyer un courrier à mon frère. J’espère quand même avoir de ses nouvelles bientôt. Nous sommes notre seule famille. Nos parents ont péri dans un accident de voiture il y a déjà neuf ans. Heureusement, il avait vingt et un ans au moment de leur disparition et il a pu s’occuper de moi.
En soupirant, je retrouve ma place. Une pub quelconque attire mon regard rêveur lorsqu’un courant d’air chaud traverse la pièce.
— Tiger ?
Le chat n’est plus à sa gamelle. J’abandonne une nouvelle fois mon repas pour chercher l’animal qui s’est caché sous le buffet.
— Qu’est-ce que tu fais là ? Viens, Chacha.
Ses iris sont devenus plus sombres. Je me relève et découvre une fenêtre ouverte à la cuisine. Étrange, je ne l’ai pas touchée. Une alarme silencieuse sonne dans mon esprit. Est-ce que quelqu’un est entré dans la maison ? Je fais un tour sur moi-même. Mon cœur pique un sprint. Je me dépêche d’aller jusqu’au guéridon du salon pour prendre le téléphone fixe. Las Vegas n’est pas connu que pour ses loisirs et ses casinos. Tout le monde sait qu’il y a de nombreux gangs et mafias par ici.
Après avoir composé le 911, je décroche. La tonalité reste muette. Cette fois, je panique. Quelqu’un a coupé ma ligne ! J’éteins la télévision en rejoignant mon sac à main où se trouve mon portable. Je l’attrape et me dirige vers la porte d’entrée que j’ouvre à la hâte.
— Ah !
Un homme se tient devant celle-ci. Mon cri de stupeur l’amuse. Dans un maillot de basket-ball, il me pousse à rebrousser chemin.
— Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous voulez ?!
Je recule sans le quitter du regard. Il porte une cagoule. Son air est menaçant. Mon courage fuit en direction de mes talons.
— La ferme ! Assieds-toi et ne bouge pas !
— L’… J’ai un peu d’argent, je peux vous le donner.
Mon timbre n’est pas convaincant. J’ai l’estomac noué. L’homme me pousse. Je tombe sur le canapé. Mon Dieu ! Qu’est-ce qui se passe ? Je n’ai jamais fait face à une violence pareille. Il dégaine une arme et la pointe sur moi. Par réflexe, je me crispe, enfonce ma tête dans les épaules et ferme les paupières. Je vais mourir ! Je retiens mon souffle comme si c’était le dernier.
— Les mecs, fouillez la maison ! ordonne-t-il.
Des choses tombent sur le sol. J’ouvre les yeux pour voir deux autres hommes cagoulés retourner tout sur leur passage. Je sursaute à chaque nouveau bruit vif. Ils fouillent les placards, jettent les tiroirs à terre, écartent la vaisselle sans vergogne et renversent la photo de famille posée sur le comptoir de la cuisine. Oh, ce n’est pas vrai ! On nous cambriole ! Avant qu’ils ne fassent plus de dégâts, je prends mon courage à deux mains pour demander :
— Qu’est-ce que vous cherchez ?
Mes mains tremblent. L’individu devant moi est nerveux. Il me menace toujours de son arme.
— Où est ton frère, gamine ?
— Qu’est-ce que vous lui voulez ?
— Tu vas répondre à ma question ou je me fâche !
Ne l’est-il pas déjà ? Je m’exécute en croisant son regard :
— Il est en vacances. Il est parti la semaine dernière.
Sous le buffet, je vois Tiger jauger l’animation dans la pièce d’un œil prudent. Je n’aimerais pas qu’ils lui fassent du mal. Pourvu qu’il reste caché. Ma gorge se serre dès lors que je découvre l’air contrarié du gangster. Ses lèvres sont méchamment retroussées. Je retiens un cri quand il approche en ma direction pour me prendre le bras.
— On va l’attendre ensemble.
— Lâchez-moi !
Je me débats tandis qu’il me tire vers le hall d’entrée. À ses deux hommes, il demande sombrement :
— Récupérez tout ce qu’il y a de valeur ici !
Il pose la main sur la poignée de la porte d’entrée et l’ouvre à la hâte. Deux bruits secs et étouffés l’arrêtent. L’individu à mes côtés libère sa mainmise sur mon bras et baisse le visage vers son torse. Je m’écarte de lui avec urgence. Quelqu’un vient de lui tirer dessus ! Mais que se passe-t-il ici ? L’homme s’adosse lourdement au mur, la poitrine touchée par deux balles. Je m’éloigne, prise de peur pour aller me cacher derrière le canapé.
Pendant que les deux malotrus cagoulés continuent de tout renverser à l’intérieur, deux nouveaux hommes entrent. Sans un bruit, dans des costumes sobres et chics, ils vont à leur rencontre et les éliminent. Suis-je en train de rêver ? Je me baisse, appelle Tiger qui vient se protéger dans mes bras et tente de saisir ma chance d’atteindre la sortie. Les galops de mon cœur sont plus puissants que jamais. L’adrénaline me fait détaler vers la porte comme un lapin !
Je suis arrêtée dans mon élan par deux mains fermes sur mes épaules. Un jeune homme au regard gris croise le mien. Son visage est impassible. Il porte un costume bleu nuit et me conduit en direction d’une voiture. Ma gorge est sèche. Pourquoi sont-ils tous ici ?!
Dépassée, je questionne avec urgence :
— Qui êtes-vous ? Mais qu’est-ce qu’il se passe ?
D’un pas résolu, il me pousse à entrer dans la limousine stationnée au bord de la route.
— Ne gaspille pas ta salive. On y va !
Je tiens fermement Tiger sur mes genoux. Mes mains tremblent. Est-ce qu’ils viennent de tuer ces trois hommes pour me kidnapper ? Je jauge l’individu qui ne m’adresse pas un regard. Je ne sais pas quel courage me traverse, mais je demande encore :
— Que voulez-vous à Sully ?
Il garde le silence sans détourner ses yeux des miens.
Son calme tranche avec la nervosité du cagoulé qui m’a menacée de son arme tout à l’heure. Je sens ma panique descendre d’un cran. C’est étrange. Est-ce qu’ils m’ont sauvée ou kidnappée ? Je suis perdue. Je crois qu’ils m’ont aidée, mais ça n’enlève rien à ma crainte.
La voiture poursuit son chemin dans les virages. Nous nous éloignons du centre pour atteindre une propriété privée. La limousine franchit un portail en fer noir élégant et s’arrête sur le sol pavé d’une cour. En face de nous, je découvre une villa dont l’entrée est agrémentée de larges colonnes de pierre. Où est-ce que je suis ? Dites-moi que je vais me réveiller !
J’avale nerveusement ma salive lorsque ma portière s’ouvre. En un bond, mon chat se sauve.
— Tiger ! Reviens !
— Il n’ira pas bien loin.
À regret, je jette un œil vers les jardins éclairés par les faibles rayons de lune et me décide à suivre cet homme. Il a les cheveux noirs, courts et de la prestance. Est-ce que je suis en train de franchir le seuil d’une maison de mafieux ? Mais qu’est-ce que je fais ici ?!
Faites que je me réveille !
Nous traversons un hall que je détaille du regard. La décoration est fine et luxueuse. Des lumières tamisées soulignent notre progression sur le parquet lustré.
L’homme nous arrête dans un super salon. Il y a là le plus grand canapé d’angle que j’ai jamais vu. Il est gris, chargé de coussins et disposé sur un large tapis de couleur crème. Mon ravisseur s’approche de la table basse où trônent une bouteille sans marquage et deux verres. Il en remplit un et s’en empare.
Avec un regard lourd, il m’invite à m’asseoir.
— Je préfère rester debout.
— Assieds-toi.
Son ton peu commode me pousse à obéir. Ce n’est pas le moment de faire de vague. La seule pensée rassurante à laquelle j’arrive à m’accrocher, c’est que s’ils voulaient m’éliminer ils l’auraient fait. Je ne comprends pas ce que je fais ici.
Je soupire en repoussant un coussin pour prendre place. Mes nerfs sont en pelote. Je fixe mes genoux quand quelqu’un fait son entrée dans le salon. Une grande femme, brune, vêtue d’un costume noir intense balaie la pièce du regard. Ses yeux acier s’arrêtent sur les miens. Je me sens foudroyée ! Immobile, je vois mon ravisseur remplir le second verre et le lui offrir. Avec attention, j’écoute leur échange lorsqu’elle demande à voix basse :
— Alors ?
— Les Skears étaient chez eux, on a dû s’en débarrasser et… nous l’avons prise.
Ils tournent la tête en ma direction. Je n’aime pas du tout leur façon de me citer.
— Génial. Et pour l’autre crétin ?
— Aucune trace de Sully, il n’y avait qu’elle.
Je fronce les sourcils. Qu’a mon frère à voir là-dedans ? La femme exprime un mince mécontentement. Elle vient s’asseoir en face de moi et m’observe longuement. Hypnotisée par son regard, je me montre attentive.
— Tu es dans une situation tellement complexe. Comment vas-tu t’en sortir ?
— Je…
— Il y a deux choix pour toi : en jouant selon mes règles ou en en faisant qu’à ta tête. Tu choisis quoi ?
— J’ignore tout de ce qu’il se passe.
Ma voix trahit ma panique. Peu importe ! Je suis sincère, ils doivent bien s’en rendre compte ! Qui que soient ces gens, je ne suis pas comme eux !
— Ton grand frère m’a volé une somme astronomique d’argent, explique-t-elle, le visage fermé.
— Sully ? Non… C’est impossible.
Est-ce qu’il a traité avec eux ? Et qui sont-ils ? Je suis en plein cauchemar ! Comment mon frère connaîtrait-il de pareils individus ?
— Si seulement. Il a arnaqué la moitié de Vegas, chérie. Tu n’as pas le choix, à vrai dire. Dis-nous où il est.
Dépassée, je porte une main à ma tête. J’ai un vertige. Mon cœur ne cesse de faire des bonds et ils sont loin d’être agréables.
— Il a quitté la ville, il est en vacances. Est-ce que vous allez me tuer ?
— Quel serait mon intérêt ? Je veux mon argent. Puisque je n’ai qu’un Hudson sous la main, tu vas devoir trouver une solution, ma jolie.
Mon monde s’effondre à son annonce.
— Quel genre ?
Ma voix incertaine pâlit davantage devant l’intensité de son regard.
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