Lire Porn Star en ligne gratuitement Chapitre 1
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Chapitre 1
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Ce qu’Alycia allait vivre dans les prochaines minutes était certainement le rêve de nombre de garçons ou de lesbiennes assumées de tout âge.
Il était aux alentours de minuit quand elle entra dans son petit appartement au troisième étage d’un immeuble de Los Angeles. Elle ne rentrait pas d’une soirée entre amis, mais d’un bar, le Redline, où elle travaillait comme serveuse depuis bientôt trois ans. Son salaire n’était pas mirobolant, mais largement suffisant pour elle. Son appartement était certes petit, mais elle s’y sentait bien, chez elle, et la bâtisse se trouvait à trois pâtés de maisons du Redline.
Elle récupéra une bouteille d’eau, en but quelques gorgées et approcha des fenêtres. C’était le seul point négatif de son appartement : la vue imprenable sur l’immeuble d’en face. De fait, quand elle s’ennuyait, elle venait près de la fenêtre et s’amusait à regarder chez les voisins d’en face qui ne prenaient pas la peine de fermer leurs rideaux à la nuit tombée. Et cette semaine, elle avait vu pas mal de mouvement au troisième étage. Des types de « déménagement et compagnies » étaient venus livrer meubles et cartons. Visiblement, les nouveaux locataires ou propriétaires avaient déjà tout rangé.
Une gorgée d’eau plus tard, une lumière éclaira les lieux. Du peu qu’elle voyait, le salon était cosy, la chambre bien décorée. Ces gens devaient avoir de l’argent. Mais ce ne fut pas des « gens » qu’elle vit entrer, mais une jeune femme blonde qui refermait la porte derrière elle. Sa nouvelle voisine d’en face était donc une femme... et une jeune femme plutôt jolie... Quelques mèches blondes retombaient sur son visage et caressaient ses épaules dénudées par un haut cintré tombant sur ses hanches... La demoiselle ignorait que tout l’immeuble face au sien voyait l’intérieur de son chaleureux appartement, et à vrai dire, Alycia n’avait pour l’heure rien de mieux à faire qu’à jouer les curieuses.
— Salut jolie blonde... dit-elle à elle-même.
La concernée quitta le salon et se dirigea vers une autre pièce qu’elle éclaira. C’était la fameuse chambre. Elle ouvrit une armoire et contre toute attente, ôta son haut et son pantalon moulant sans précaution aucune.
Alycia manqua d’avaler de travers et essuya l’eau aux coins de ses lèvres.
— C’est pas vrai... s’en prit-elle à elle-même.
Son regard repartit aussitôt sur la silhouette de l’autre côté de la rue. Quel dommage de ne pas avoir de jumelle... Surtout, elle n’en revenait pas qu’une femme ne prenne aucune précaution pour se dévêtir. Et au lieu de se tourner, par gêne ou par pudeur, Alycia garda ses grands yeux verts rivés sur le fabuleux spectacle qu’on lui offrait.
La jolie blonde ôtait à présent les bretelles de son soutien-gorge. Elle les fit glisser le long de ses bras, le jeta dans un panier à linge, et marcha vers une commode dont elle ouvrit le tiroir. Elle en sortit un jeans taille basse et se glissa dedans tout en ondulant son bassin... Alycia n’en perdit pas une miette. Mais quand l’inconnue se tourna dans sa direction, ce fut d’un mouvement alerte qu’elle se dissimula derrière le mur et lâcha d’une voix basse :
— ... merde !
Elle avait beau frissonner, elle réalisait son impair et surtout son manque de subtilité. Elle en était sûre, sa nouvelle voisine l’avait vue sans le moindre doute... à moins que...
Elle se délogea avec prudence de sa position pour vérifier. Pas de chance : l’inconnue était pile devant sa fenêtre, debout, bras croisés. Elle regardait droit dans sa direction. Cette dernière leva la main et ses doigts lancèrent un « salut » avant qu’elle ne se tourne et quitte la pièce en éteignant les lumières.
C’était évident, la fille d’en face l’avait vue, et Alycia se sentait profondément mal à l’aise à présent. Que lui avait-il pris ? Pourquoi avait-elle fait une chose pareille ?
Elle s’efforça de recouvrer son calme.
— C’était juste... par curiosité, se dit-elle.
Après tout, ça aurait pu être n’importe qui d’autre, se disait-elle... Un cambrioleur, un intrus... Comment savoir ? Tout le monde regardait chez ses voisins. Alycia n’était pas la première à le faire et ne serait pas la dernière.
Elle coinça une mèche brune derrière son oreille et marcha jusqu’au poste de télévision qu’elle alluma. Elle devait à tout prix penser à autre chose. Elle changea de chaîne une fois, deux fois, mais irrémédiablement, son regard retourna vers la fenêtre. Il n’y avait pas que ce malaise qui l’habitait, mais sa curiosité demeurait. Qui était cette fille ? D’où venait-elle ? Vivait-elle seule ? Elle changea de chaîne une énième fois, puis se leva, nerveuse avant d’éteindre finalement le moniteur.
La seconde suivante, les lumières se rallumèrent et Alycia vit l’inconnue revenir dans la pièce, une serviette autour de la taille, les cheveux mouillés, elle les essorait dans la serviette... Elle en était davantage perplexe. Pourquoi s’était-elle changée pour mettre un jeans et finalement pour aller prendre une douche ? Cela n’avait pas de sens !
Elle la vit revenir vers la commode, ouvrir un autre tiroir dans lequel elle fouilla un instant. Après quelques secondes, ce fut une petite nuisette noire qu’elle déplia sur le lit... puis une seconde qu’elle posa à côté, de couleur rouge...
Alycia ne se rendait pas compte que ses doigts s’étaient glissés entre ses dents et elle murmura :
— Le rouge... le rouge va toujours très bien aux blondes.
L’inconnue étendit le fin vêtement sur le drap et approcha du mur. La seconde suivante, la lumière de la pièce fut tamisée. Alycia ne discernait plus que des formes et elle n’était pas au bout de ses surprises. Même si tout n’était plus que suggestion, ce qu’elle distinguait laissait libre cours à bien des suppositions. La blonde laissa la serviette tomber à ses pieds et Alycia s’appuya sur le rebord de la fenêtre, son regard sur la silhouette totalement dénudée. Elle ne voyait plus que les contours sombres de son corps féminin. Ses courbes révélaient une poitrine généreuse, une taille fine, une cambrure parfaite. Tant de suggestions prêtaient à beaucoup d’émotions pour Alycia qui n’avait plus de petite amie depuis deux ans. Certes, elle enchaînait les aventures, mais rien de sérieux, rien de stable, d’autant que la stabilité, ce n’était pas sa tasse de thé.
L’instant suivant, la blonde levait les bras pour laisser glisser sa nuisette le long de son corps. Quel magnifique spectacle... et contre toute attente, la lumière revint, rétablie par l’inconnue qui approcha de la fenêtre, et regarda sitôt dans sa direction.
C’était sûr : elle était repérée. Et cette fois, Alycia ne bougea pas. Elle vit l’inconnue récupérer quelque chose sur un bureau, un objet rectangulaire et fin, et ce fut une ardoise qu’elle reconnut. Levée dans sa direction, sa voisine avait écrit :
« À toi maintenant ! ».
Alycia paniqua. Littéralement... Était-ce une plaisanterie ?
— Moi ?
Elle venait de poser son doigt sur son torse et la blonde acquiesça d’un signe de la tête significatif.
Alycia secoua la tête en souriant nerveusement. C’était hors de question. Elle chercha rapidement de quoi noter. Un stylo et une feuille plus tard, elle colla sur sa fenêtre : « Pas devant tout le monde... Viens... ! »
Bien sûr qu’elle ne ferait jamais un truc pareil devant une inconnue, mais au moins, elle pourrait lui parler et faire les présentations. Seulement, l’inconnue écrivit sur son ardoise :
« NON ».
Et...
« Petite joueuse ! »
Alycia ne put contenir un léger rire amusé par ce jeu étrange, et nota sur une autre feuille :
« Je sais ! ».
Elle regarda l’inconnue écrire, mais celle-ci ne souriait plus et lui montra son ardoise :
« Dommage, plus de show alors. »
Alycia se retrouva dépitée et la vit encore écrire. Elle se sentait bête, certes, mais si cette blonde semblait redoubler de confiance en elle, ce n’était pas le cas d’Alycia. Elle put à nouveau lire :
« D’autant que tu n’as encore rien vu ! »
Alycia leva les sourcils de surprise. Cette jolie blonde était-elle en train de la provoquer ? De l’allumer ? Non... Ce genre de chose n’arrivait qu’aux autres et pourtant, ce petit jeu étrange venu de nulle part, l’amusait et la réchauffait en même temps. Elle nota donc à son tour et montra la feuille :
« Je suis bonne spectatrice, mais pas bonne actrice ».
Elle la vit rire et un sourire sincère dessina ses lèvres face au visage de l’inconnue qui semblait s’amuser autant qu’elle de la situation dans laquelle elles s’étaient mises ensemble.
Un dernier message sur son ardoise et elle nota :
« Fais de beaux rêves ! »
Alycia répondit d’une autre feuille :
« Toi aussi ! »
L’inconnue lui fit un petit signe de main et laissa tomber les rideaux.
Alycia marcha vers son lit, le sourire aux lèvres. Ce court échange avait eu le mérite de la distraire, de la sortir de son quotidien. Une chance que sa voisine eut de l’humour. Sans vraiment comprendre ce qu’il venait de se passer, elle lâcha un profond soupir en gardant ses yeux rivés sur le plafond. Trouverait-elle le sommeil à présent ?
Son réveil sonna à midi le lendemain, et ce fut les souvenirs de son étrange rencontre de la veille qui l’amenèrent aussitôt à marcher vers la fenêtre de sa chambre. Sur la fenêtre opposée, surprise... Un message inattendu l’attendait :
« Café ? »
Alycia frissonna à l’idée de rencontrer sa voisine. Un café... Elle lui proposait un simple café sans même connaître son nom. Ce constat la mettait dans un état pas possible ! Il manquait cependant des informations... Un café, OK... Mais quand ? À quelle heure ? Car Alycia travaillait ce soir et sa belle inconnue n’avait pas connaissance de cette information.
Elle partit se préparer. Une douche et elle enfila un jeans taille basse, un débardeur puis retourna près de la fenêtre. Le message demeurait à sa place, les rideaux fermés, sous-entendant que sa jolie voisine était toujours absente. Malheureusement, elle ne pouvait s’éterniser. Elle devait rejoindre le bar où elle travaillait.
Éreintée, elle rentra huit heures plus tard après la fermeture du bar, et se servit aussitôt un verre d’eau pour se désaltérer. Un nouveau message était placardé sur la fenêtre d’en face :
« Impatiente ? ».
Elle sourit, curieuse. Comment sa jolie voisine pouvait-elle deviner son impatience ? Ce n’était pas comme si elle avait pu l’observer. D’autant que les rideaux étaient toujours baissés. Elle ôta sa petite veste en cuir et la posa sur le dossier d’une chaise. Elle irait prendre une douche, mais avant cela, elle lui laisserait un petit mot :
« Sous le charme ».
Elle colla la feuille sur la fenêtre. Ce n’était ni trop éloquent, ni pas assez. Direct, certes, mais au moins, la jolie voisine saurait à qui elle a affaire ! Fière de sa réponse, elle s’éloigna vers la salle de bain. Elle se sentirait mieux après une bonne douche et un shampoing aux senteurs d’amandes et de vanille.
Trois quarts d’heure plus tard un « Déjà ? » était affiché sur la fenêtre d’en face.
— C’était trop ! se dit-elle à elle-même...
Elle se tourna et fit quelques pas en se confirmant à haute voix :
— Bien sûr que c’était trop !
Et pourquoi ces maudites lumières restaient-elles éteintes à une heure aussi tardive ? Sa jolie voisine faisait-elle exprès pour la faire languir ? Agacée, elle récupéra une feuille et nota simplement quelques chiffres :
« 555-341-5297. Appelle-moi, j’aimerai entendre ta voix ».
Elle le colla sur la fenêtre. C’était son numéro de téléphone. Trop ou pas, peu importait. Si la blonde ne l’appelait pas, elle serait fixée !
« Tut... Tut... »
Elle sursauta... Déjà ? pensa-t-elle. Son cœur battait à tout rompre. Elle devait se calmer. Elle décrocha et dit d’une voix souriante :
— Tu n’as pas perdu de temps !
Mais ce fut une voix d’homme qui résonna :
# T’es aussi chaude en vraie que derrière ta vitre ?
Alycia écarquilla les yeux et raccrocha.
— Mais bon sang ! C’est pas vrai !
Elle se dirigea vers la feuille collée à sa fenêtre et l’arracha.
— Quelle idiote !
Elle n’avait pas réfléchi un seul instant que d’autres pervers pouvaient l’observer.
« Tut... Tut... »
Hors d’elle, elle prit le combiné et...
— Quoi ?!
Ce fut une autre voix masculine.
# Salut, moi c’est Ted, je suis au troisième... Tu es dispo pour...
Alycia afficha une expression dégoûtée et raccrocha à nouveau.
« Tut... Tut... »
Elle décrocha, hors d’elle :
— Je ne suis ni chaude ni dispo ni...
Mais une voix de femme l’interrompit :
# ... Même pas pour moi ?
Alycia se sentit se liquéfier sur cette voix féminine, basse et des plus sensuelles. C’était elle, c’était sa jolie voisine. Son cœur venait de la trahir et de faire un bond conséquent. Elle se tourna prudemment vers la vitre, mais les lumières demeuraient éteintes...
# Je te vois... entendit-elle.
La voix de son interlocutrice était amusée, mais Alycia, elle, ne la voyait pas.
— Tu sais que ce n’est pas du jeu.
# Si justement, je trouve ça plutôt amusant même ! Hier c’est toi qui me voyais, et ce soir, c’est moi. C’est fair-play, tu ne trouves pas ?
Alycia se mordit le coin de la lèvre. Elle avait du mal à croire qu’une telle rencontre puisse se faire, que la fille qu’elle avait observée la veille, à son insu, tel un pervers comme les deux types qui l’avaient appelé, était à l’autre bout de la ligne en cette seconde précise.
Elle avança davantage vers la fenêtre, posant sa main sur le rebord, son regard sur la façade opposée où l’appartement de la blonde restait plongé dans le noir.
# Tu es toute timide, on dirait...
Alycia était aussi très perturbée, gênée également.
— Non... Je suis... Fatiguée...
# Ah... C’est pour ça que tu te tiens à ta vitre...
Alycia lâcha aussitôt le rebord et put l’entendre rire à l’autre bout. Un rire qui lui aussi lui faisait déconcertant.
— Au moins, je te fais rire, c’est déjà ça...
# Je dirais même que c’est beaucoup...
Alycia souriait elle aussi, malgré sa nervosité. Elle ignorait quoi répondre. Sa répartie habituelle lui faisait défaut en cet instant.
— Ça, je ne sais pas... Mais je te crois sur parole...
# Alors ? Tu as aimé ce que tu as vu hier soir ?
Alycia leva les sourcils. Cette question était très directe, loin d’être ambiguë. Devait-elle répondre franchement ? Au point où elle en était, cela ne changerait rien.
— J’imagine que tout mon immeuble a dû aimer... Eh oui, j’ai beaucoup... beaucoup aimé.
# Alors ? Ce soir... Nuisette noire ?
Alycia se recula un instant de la fenêtre. Cette question invitante, prononcée d’une voix aussi brûlante était en train de la remuer de l’intérieur. Que lui arrivait-il ? Elle ne connaissait même pas le nom de cette fille. Elle se sentait ridicule. Jamais elle n’avait vécu une situation aussi étrange qu’improbable.
— Eh bien, je ne sais pas... Tout te va bien, j’imagine.
Elle l’entendit rire :
# T’es adorable !
Adorable, voilà un adjectif auquel elle ne s’était pas attendue. Tous ses amis, ses proches, lui auraient octroyé bien des adjectifs, mais pas celui d’adorable.
— Merci... mais je dis juste ce que je pense...
# Tu ne peux pas savoir si tout me va bien, tu ne m’as pas vraiment vu... Tu n’as vu que mes formes... Ou plutôt... Tu les as devinées...
Alycia revint vers la fenêtre, l’autre pièce toujours plongée dans le noir.
— C’est suffisant pour se faire une idée.
Puis elle demanda :
— Et ce café, on le prend quand ?
# Tu n’as peur de rien... Tu inviterais n’importe qui chez toi ?
L’inconnue avait raison, mais Alycia argumenta :
— Disons que tu n'es pas n’importe qui puisqu’on est voisines.
# Alors pourquoi n’as-tu pas accepté l’invitation de tous les hommes de mon immeuble ?
Alycia reprit son sourire et répondit :
— Parce qu’ils n’ont pas mis de nuisette...
# Hum... Alors, j’en conclus que tu es lesbienne ?
Alycia fut troublée par cette question. On ne la lui posait jamais aussi directement.
— Est-ce important ?
# Non, pas pour moi...
Y’avait-il un sens caché dans cette réponse ? Alycia n’était plus très sûre. Elle osa une question détournée :
— Et... est-ce que tu m’aurais appelé si j’avais été un homme ?
Un autre rire.
# Je ne sais pas...
— Ce n’est pas une réponse.
Un autre rire et un silence.
# Il est tard... je vais te laisser...
Mais Alycia l’interpella :
— Attends ! Je... On peut rester au téléphone encore un peu si tu veux. Je ne suis pas fatiguée...
# Mais moi si... alors, je vais devoir raccrocher...
— Oh... OK...
Elle se sentit gênée, mais osa :
— Et si tu veux me rappeler, pour prendre ce café, n’hésite pas, OK ?
# Impatiente ?
— Intriguée...
Un autre rire.
# Je n’hésiterai pas. Fais de beaux rêves...
Alycia l’interpella pourtant :
— Attends ! C’est quoi ton prénom ?!
# Tu le sauras bientôt... J’aime faire durer le suspense... C’est comme pour les préliminaires, tu vois ?
Alycia frissonna de plus belle. Elle ne s’était pas attendue le moins du monde à ce genre de réponse.
# Fais de beaux rêves, belle inconnue...
Sa voisine raccrocha la seconde suivante et Alycia manqua de lâcher son téléphone après le frisson qui avait suivi ce dénominatif. Belle inconnue. Elle la trouvait « belle ». Certes, Alycia savait qu’elle n’était pas moche. Au contraire... Elle n’avait aucun mal à rencarder des filles quand elle sortait dans les bars lesbiens ou même hétéros. Nombre d’hommes la draguaient également, mais ce petit mot, ce « belle inconnue » en touche finale, lui soufflait que l’attirance pouvait être réciproque. Elle marqua une pause, tenta de se reprendre, de calmer les battements de son cœur, puis elle vit les lumières s’allumer dans la chambre d’en face.
Sa jolie voisine, vêtue d’une nuisette rouge colla l’ardoise sur la vitre et afficha un :
« J’adore ta voix... »
Et un sourire, un autre soupir, d’autres vertiges, encore des battements cardiaques effrénés...
Alycia reprit son téléphone pour contacter sa superbe interlocutrice, mais impossible de rappeler un numéro privé. Comment parviendrait-elle à dormir à son tour après pareille rencontre « auditive » ?
Le lendemain soir
Ce fut un message décevant qu’elle trouva sur la fenêtre au retour de son travail :
« Pas là ce soir, dsl ».
Son expression révéla plus qu’une déception, comme si on venait de lui annoncer un drame... Elle s’efforça de se raisonner. Ce n’était pas parce que tout son univers tournait soudainement autour d’une inconnue que la réciproque était d’actualité. Une fille comme elle devait avoir une tonne d’amis, être invitée à plein d’événements ou de soirées. Peut-être aussi se lassait-elle déjà de ce petit jeu de séduction. Après tout, elle en avait certainement déjà vu d’autres...
Le lendemain midi, le message de l’ardoise resta inchangé et Alycia réalisa combien le temps pouvait passer lentement quand on attendait qu’un seul message ramène un peu de lumière à une journée.
De retour de son travail, l’ardoise était à la même place. Plus qu’idiote, Alycia se sentait bête. Comment pouvait-on penser inlassablement à une fille dont on ignorait le prénom ? Elle récupéra une feuille avant d’aller se coucher et nota dessus :
« Tu me m... ».
Un autre message direct, mais qui aurait le mérite de la toucher si sa belle inconnue avait un minimum d’intérêt pour elle.
Elle partit se coucher sans conviction et ce fut seulement le lendemain soir, en rentrant du bar, qu’elle trouva un nouveau message :
« T’es adorable ».
Un soupir, un sourire, et son air rêveur revint éclairer son visage. L’instant suivant, les lumières de l’appartement s’allumèrent. Elle était enfin de retour, vêtue d’un jean tombant sur sa taille, déchiré sur le genou, et d’un petit gilet marron, moulant sa poitrine dans un décolleté à damner...
Alycia se mettait déjà en condition, une bouteille d’eau près d’elle, son stylo, ses feuilles, son téléphone… impatiente, elle ne réalisait même pas que sa tête venait de se mettre à tourner... mais le constat fut de taille quand elle la vit prendre son téléphone et que le sien ne sonna pas :
— Mais... mais elle appelle qui ?
Elle la vit approcher de la fenêtre, récupérer son ardoise tout en parlant à son correspondant, puis inscrire quelques mots qu’elle présenta :
« Bonne journée ? »
Alycia ne sut si elle devait se réjouir ni se contenter de ce maigre « contact » après tous ces jours de diète. Mais c’était mieux que rien. Elle prit sa feuille et nota :
« J’ai pensé à toi ».
Elle vit la blonde partir vers le réfrigérateur, ouvrir une bière en gardant le téléphone coincer entre l’oreille et l’épaule, puis revenir vers la fenêtre. Un sourire de sa part et elle nota :
« J’écoute même pas celui qui me parle ! »
Alycia s’interrogea de plus belle. Déjà c’était un homme. Mais pourquoi ne l’écoutait-elle pas ? Était-ce son boss, son frère, son patron, son père, son ex. ? Qui était ce type ? Et si elle ne l’écoutait pas, pourquoi restait-elle en ligne avec lui ?
Elle écrit simplement sur sa feuille :
« Raccroche et appelle-moi »
Elle aperçut la blonde secouer la tête et écrire à son tour :
« Jalouse ? »
— C’est pas vrai, se dit-elle à elle-même sur ce constat.
Alycia devait l’admettre, cet appel l’agaçait et pourtant la jalousie ne lui ressemblait pas. Mais à situation exceptionnelle, réaction exceptionnelle, et quoi de plus exceptionnel que d’échanger des mots doux avec une fille inconnue habitant l’immeuble d’en face ?
Sans répondre, la blonde se recula de la fenêtre et marcha vers l’autre pièce et ouvrit son armoire... Comme si de rien n’était, Alycia la suivait des yeux. Elle la vit ôter son petit gilet, dévoilant son dos et son soutien-gorge noir...
— C’est pas possible, dit-elle à voix haute. Elle va pas remettre ça ?
Elle recommençait son effeuillage, sciemment, consciente qu’elle la bouffait des yeux. À ce petit jeu de voyeurisme, cette fille allait la rendre dingue, songeait Alycia. Et ce n’était pas tout... La belle voisine enleva son jeans et révéla un string assorti au soutien-gorge. Aux frissons s’ajoutait à présent une douce chaleur au creux de ses reins. Alycia le savait... Cela pouvait paraître dingue, mais elle désirait cette fille dont elle ne savait rien. Et cette dernière revint vers la fenêtre et nota :
« Je vais prendre un bain ».
Alycia la vit disparaître dans l’autre pièce, son téléphone à l’oreille, dépitée. Elle marcha jusqu’à son lit et se laissa tomber dos au matelas avant de glisser ses mains sur son visage. Que lui arrivait-il ? Que faisait-elle avec cette fille ? Tout ça ne lui ressemblait pas. Si elle voulait s'envoyer en l’air, il lui suffisait d’aller dans un bar, de trouver une jolie fille et d’aller chez elle. Mais ce qu’elle faisait, ce petit jeu qui durait depuis trois jours maintenant, était tordu. Elle était complètement tordue !
Son téléphone sonna la seconde suivante. Elle sursauta et répondit sans attendre :
— Oui ?
# Alors, cette journée ?
Alycia se redressa sans attendre. Elle entendait l’eau à travers le haut-parleur. Sa belle l’appelait donc de son bain et elle ne pouvait qu’imaginer les gouttes caresser sa peau.
— Salut... Je suis contente de t’entendre.
# C’est vrai ce petit message ? Je t’ai vraiment manqué ?
Alycia remonta sur le haut du matelas et se cala dos au mur, assise en tailleur. Ses doigts jouaient nerveusement avec le drap froissé en imaginant sa belle inconnue seule dans son bain. Sauf qu’elle se sentait gênée, mesurait à retardement que ces mots avaient été sans doute un peu trop forts.
— Disons que... j’ai pensé à toi...
Un silence et Alycia aurait pu jurer qu’elle venait de rire.
# Raconte-moi ces derniers jours, tu as fait quoi de beau ? Tu as regardé l’autre voisine ?
Alycia rit légèrement.
— Non, il n’y a pas d’autres voisines. Et je n’ai pas fait grand-chose. Ma vie n’est pas des plus palpitante.
# J’ai du mal à le croire, mais admettons.
— Dis-moi ton prénom.
# Le tien d’abord.
Alycia n’hésita pas :
— Alycia, Alycia Chase.
# Alors... Bonsoir, Alycia Chase.
— À ton tour.
Elle l’entendit rire.
— S’il te plaît...
Un autre rire.
# Oh ! Mince ! Attends. Quelqu’un frappe à ma porte...
Alycia se leva pour marcher jusqu’à la fenêtre. Elle la vit sortir de la salle de bain en peignoir.
# Je dois te laisser, jolie voisine... Tut... Tut...
Elle la vit ouvrir la porte et laisser entrer une femme aux cheveux bruns, habillée d’une jupe noire, d’un haut noir décolleté et de bottes de la même couleur. Sans aucun doute, cette fille était très belle, un autre petit canon. Elles s’enlacèrent avant de marcher vers le salon où la brune prit place dans un fauteuil... Débuta une conversation et après quelques secondes, Alycia vit la blonde tendre le doigt vers la vitre avant que la brune ne tourne la tête et fasse un salut de la main...
— C’est pas vrai ? Elle n’a pas fait ça ? Elle ne lui a pas raconté ce qui se passe entre nous ?
L’évidence était là. La brune ricanait et Alycia se sentait d’autant plus gênée en comprenant qu’elles parlaient d’elle. Celle-ci prit l’ardoise et nota : « Salut, Alycia »
Que pouvait-elle faire à présent ? Elle ne voulait surtout pas passer pour la fille coincée. Alors elle nota sur une feuille et colla : « Salut, AMIE de ma voisine ! ».
Puis elles discutèrent à nouveau, quelques minutes, avant que son amie ne quitte l’appartement.
Sa belle revint vers la fenêtre et nota :
« Bonne nuit ».
Un soupir de dépit et Alycia nota à son tour
« Toi aussi ».
Les rideaux tombèrent sur la fenêtre et Alycia se résigna à aller se coucher.
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