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📖 Extrait gratuit — 1 Vanessa court à 3 Alexandra se souvient
Chapitre 1 — 1 Vanessa court
  1. 1 Vanessa court
  2. 🔒 2 À chacune son bonheur
  3. 🔒 3 Alexandra se souvient
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Pour le pire ou le meilleur · Chimâne K. Norsange

Lire Pour le pire ou le meilleur en ligne gratuitement 1 Vanessa court

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1 Vanessa court

— Cours, Vaness ! Vas-y ! Plus vite ! Plus vite ! Tu vas l’avoir !

Plus vite, plus vite… Il est gentil Tonton, je voudrais bien le voir courir dans cette boue. Mes bottes font ventouse, tellement c’est humide. Je suis tout près de la barrière mais, si Ange de la Vaupalière ne ralentit pas et saute, mon projet pour impressionner Alex va tomber à l’eau. Essoufflée, je tente de prendre ma voix la plus douce et la plus apaisante pour amadouer l’animal.

— S’il te plaît, ma beauté, ne gâche pas ma surprise.

Elle s’est arrêtée : je soupire de soulagement.

— Là, c’est bien ! Tout doux. Oui, ma belle. N’aie pas peur. Tout doux.

J’avance à pas de loup vers sa tête, le bras tendu et la main à plat. Elle renifle ma paume et je regrette de ne pas avoir pensé à prendre un morceau de pomme ou un sucre. Ange ne s’effraie pas et s’approche un peu plus. Je caresse énergiquement son cou d’une main et lui passe la longe par-dessus les oreilles de l’autre. J’ai réussi ! Elle ne m’échappera plus ! Je la flatte légèrement, plus pour la calmer que pour la féliciter. Non mais franchement ! J’avais autre chose à faire, ce midi, que de lui courir après. En douceur, je ramène une Ange redevenue docile à l’écurie. La fauteuse de trouble est plus communément appelée « Tu m’auras pas », par mon cousin Louis, depuis qu’il l’a reçue pour son dixième anniversaire. Cette jument n’en fait qu’à sa tête, défaisant son licol à la première occasion et prenant un malin plaisir à nous faire courir.

Il faut que je reste calme pour ne pas la perturber. Ange va avoir une grosse journée et traverser la moitié de la ville avec un cheval nerveux n’est vraiment pas conseillé. Vite fait, je récupère son nécessaire de toilettage et me dirige vers le jet d’eau. J’ai eu beau la brosser et la laver tous les matins de la semaine, après cette course folle, elle est plus marron que blanche et ne sent pas la rose. Aujourd’hui, ce n’est vraiment pas le jour. Avec ses bêtises, j’ai bien dû perdre une heure : je vais être en retard chez le coiffeur. J’attrape le jet d’eau et commence à enlever la terre : ça va me prendre un temps fou. Heureusement, elle ne s’est pas blessée et semble avoir recouvré son calme.

Un mois que je l’entraîne à tirer le carrosse dans l’enclos, puis dans la cour et, depuis une semaine, dans le village voisin ! J’espère vraiment qu’Alex va apprécier. Je sais qu’elle aime les chevaux mais est-ce qu’elle n’aurait pas préféré une limousine ou une vieille voiture ? Je sursaute : mon oncle vient de poser sa main sur mon épaule.

— Laisse-moi faire, princesse. T’es bien trop nerveuse pour ça.

— Mais Tonton !

— File. C’est ton jour ! Je m’occupe de tout.

— D’accord, mais tu ne sais pas l’atteler.

— Je ne suis pas si idiot. Allez, reste pas dans mes pieds. Sinon tu l’auras pas ton carrosse de princesse.

— Merci.

Je lui fais un bisou et je file. Il a raison. Et puis je ne vais pas prendre le risque de le contrarier : Monsieur est un peu grincheux. Je cours jusqu’à la maison pour me doucher. En entrant, je ressens un pincement au cœur. J’ai beau ne jamais avoir vécu ici, j’y ai de magnifiques souvenirs de week-end en famille. Quand j’étais petite, mon oncle a acheté ce vieux corps de ferme. Tout était terriblement délabré et la famille a participé aux travaux, moi y compris. Je me vois, avec ma mini truelle, poser la première brique de l’écurie ou encore baladée par mes cousins dans la brouette. En passant devant la salle à manger, je me souviens de papa assis au bout de la table et de maman debout près de lui. Elle tient sa cravate et se moque du nombre de taches. Je souris : ils étaient si complices ! Comme j’aimerais qu’ils soient là aujourd’hui !

Je grimpe l’escalier quatre à quatre. L’heure n’est pas à la nostalgie. En plus, je prends encore du retard. Après une douche ultra rapide et plus que nécessaire, j’enfile un vieux jeans, un tee-shirt, mes vieilles tennis et sors en courant pour rejoindre mon antiquité, comme dirait Alex. Je mets mon casque, ma combinaison et enfourche ma moto qui ronronne comme un chaton. Un Sportser 883 Harley Davidson de l’an deux mille, une antiquité ? N’importe quoi ! En moins d’une demi-heure, je suis dans le salon de coiffure. J’ai obtenu le droit de laisser ma Harley dans le garage de la patronne et la possibilité de me préparer dans l’arrière-boutique. Je me déshabille, enfile mon pantalon en lin noir puis ma chemise brodée, cadeau de ma grand-mère. Je saute dans mes escarpins. Vraiment pas ma tasse de thé ces chaussures ! D’abord, mon abuelita m’a formellement interdit de porter des tennis « en un si beau jour ». Ensuite, Alex est petite, donc zéro talon pour ne pas accentuer notre différence. Et pour finir, comme je ne voulais pas avoir mal aux pieds, j’ai dû dépenser une petite fortune.

Deux petites gouttes de mon parfum préféré et, en moins d’une minute, je suis assise devant le miroir, ma coiffeuse tenant déjà son peigne d’une main et une bouteille de laque de l’autre. J’ai vraiment de la chance ! La seule personne capable de discipliner ma tignasse s’est installée dans ma ville. En plus, elle est très moderne dans ses styles de coupes. Et le top du top pour moi : elle n’est pas du genre à vous saouler avec les potins du coin ou des célébrités. J’aime bien son côté bourru : faudrait que je pense à la présenter à mon oncle.

Pendant qu’elle opère, je me maquille, très, très légèrement. J’apprécie moyennement tous ces produits chimiques dont aiment se tartiner les autres femmes. Satisfaite du rendu, je jette un œil sur mon téléphone. Un message de mon cousin Arthur : il n’a pas reçu les fraises ! Oh non ! Je vais louper une occasion de faire plaisir à Alex. Un second message, du même cousin un quart d’heure plus tard : les fraises sont arrivées. Ouf ! Je poursuis le passage en revue de ma petite liste. Un client qui voudrait savoir où j’en suis de la négociation, un autre qui me remercie pour ma pugnacité. Tiens, un nouveau client qui recherche une vieille voiture ! Mais c’est bon tout ça ! Le message suivant est d’Alex qui avance notre rendez-vous d’un quart d’heure. Je ne peux m’empêcher de sourire béatement.

Mon téléphone bipe : Tonton m’informe que Louis est en route pour le domicile d’Alex avec « Tu m’auras pas » et le carrosse. Il me reste un petit quart d’heure pour, moi aussi, les rejoindre. Je jette un œil dans le miroir, ma coiffeuse termine son œuvre avec, j’y crois pas, un sourire aux lèvres. Elle me tapote sur l’épaule.

— Ça vous convient ?

— Parfait.

— Très bien. Bonne journée, alors.

— Je vous dois combien ?

— Vous paierez en revenant chercher la moto. Partez, vous allez être en retard.

Je passe un nœud papillon dénoué autour de mon cou et enfile mon gilet. Un dernier coup d’œil dans le miroir et je sors en criant un « Au revoir et merci. » à ma coiffeuse, déjà occupée à couper les cheveux de la cliente suivante. Direction le garage. Dans la sacoche de ma moto, j’enfourne le sac contenant mes vieux vêtements.

Après avoir fermé à clé la porte en bois, je parcours les quelques rues maintes fois empruntées pour rejoindre mon futur appartement. « Tu m’auras pas » piaffe d’impatience devant la porte cochère. Un petit coucou rapide à mon cousin Louis, qui joue les cochers avec fierté. C’est le cadet du frère aîné de mon papa : une fratrie de quatre qu’il a engendré en cinq ans ! Tous plus jeunes que moi, ils m’en ont fait voir de toutes les couleurs. Heureusement qu’il y avait les trois fils de ma tante pour me protéger !

Avant de rejoindre Alex, une petite vérification du travail de mon cher tonton s’impose : il ne faudrait pas que le carrosse se dételle en plein centre-ville. Ange trépigne, nous devons faire vite. Je passe la porte cochère, traverse la cour, tape le digicode, puis ouvre la porte de l’immeuble ancien : une véritable forteresse. Un peu tendue, je me retrouve dans l’ascenseur, hésitante quant au choix de l’étage. Je réfléchis un instant. « Appartement 4B » m’a-t-elle dit, j’appuie sur le bouton du quatrième. Arrivée dans le couloir, je respire à pleins poumons et sonne. J’entends les talons d’Alex taper sur le carrelage assez rapidement. La porte s’ouvre et je reste sans voix. Elle est juste sublime ! J’ignorais ses choix vestimentaires et là j’approuve complètement. Sa tenue, sa coiffure, lui donnent un air encore plus classe qu’habituellement : j’adore ! Je me penche et l’embrasse sur les deux joues. Je ne veux pas avoir du rouge à lèvres partout.

— Tu es prête ?

— Oui. Juste une petite seconde.

Elle rentre, me laissant seule comme une idiote sur le pas de la porte. Juste avant qu’elle ne disparaisse, j’ai tout de même le temps d’admirer son déhanché absolument somptueux avec de très hauts talons. Les mois à venir vont être longs, très longs. J’entends ses pas à nouveau et elle réapparaît, une pochette à la main. Elle ferme la porte à double tour et nous descendons en silence. J’ai hâte de voir sa réaction quand elle découvrira « Tu m’auras pas ». Nous arrivons dehors : un rayon de soleil nous accompagne.

Quand elle aperçoit le carrosse, la jument et Louis, un léger sourire étire ses lèvres. Un peu déçue, j’espérais un sourire éclatant. Je lui tends la main pour l’aider à monter et m’installe à ses côtés. Louis agite les guides, l’attelage s’ébranle puis avance. Quand nous rejoignons la grosse artère de notre petite ville, je stresse. Insérer un carrosse dans un flot discontinu de voitures n’est pas chose aisée. Louis ne se départ pas de son calme, la manœuvre se passe tranquillement et sans heurts. Sur le siège, devant nous, un joli bouquet et deux fleurs d’oranger posées dans une petite boîte. J’en prends une et la glisse délicatement dans les cheveux d’Alex. La suivante, je la passe dans ma boutonnière. Le bouquet sera pour l’arrivée à la mairie. J’admire Alex une seconde, elle paraît tendue. Quand elle se tourne et me regarde, je suis happée par ses beaux yeux verts. Elle me sourit : je défaille. Sa main n’a pas lâché la mienne. Elle m’écrase même un peu les doigts : je profite.

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