🧪 Aperçu desktop en essai — visible uniquement dans ton navigateur · désactiver
Ton livre sur Lez Fix ?
📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 à Chapitre 5
Chapitre 1 — Chapitre 1
  1. Chapitre 1
  2. 🔒 Chapitre 2
  3. 🔒 Chapitre 3
  4. 🔒 Chapitre 4
  5. 🔒 Chapitre 5
Ce livre vous plaît ? 🌐 Site officiel Acheter sur Amazon

Pour un peu plus de temps · Luce Even

Lire Pour un peu plus de temps en ligne gratuitement Chapitre 1

Vues : 1 464 vues

Vendredi soir.

Évidemment, le bar est bondé. La lumière tamisée n’empêche pas de deviner la foule qui se presse autour de l’estrade. Silencieusement, je balaye l’attroupement du regard, me réjouissant de parvenir à voir sans encore être vue.

J’entrouvre légèrement le rideau pour analyser la pièce d’un œil plus pointu. Elle n’est pas spécialement vaste mais peut accueillir une bonne trentaine de personnes, à condition de bien se serrer. Sans surprise, les habitués du lieu occupent joyeusement le premier rang, attirés par le bruit et la bière à moitié prix.

Apparemment, tout mon petit monde est là, aussi. Chloé, qui semble déjà bien éméchée, se trémousse lascivement près d’un type. Théo et Marie discutent un peu plus loin avec des pintes dans la main. Quoique, Théo en a une dans chaque main, comme d’habitude. Seuls le bruit d’un verre qui se brise et la dispute qui s’ensuit me poussent à tourner la tête. L’alcool et ses travers, évidemment ! On a droit à ces coups d’éclat presque tous les soirs. D’ailleurs, les tables alentour ne leur prêtent aucune attention. Moi non plus. Je m’attache plutôt à suivre des yeux l’objet de la discorde, ce petit verre qui, dans l’indifférence générale, poursuit sa route folle jusqu’aux bottes d’une inconnue.

D’un geste vif et dédaigneux, elle l’écarte du pied, l’envoyant, je le jurerais, délibérément sous la table d’à côté. J’en pouffe de rire, amusée de l’avoir prise en flagrant délit. M’attendant à ce que le propriétaire de cette paire de jambes odieuses ait le regard vicieux, je remarque qu’il s’agit simplement d’une jeune femme irritée par quelque chose. Les lèvres pincées, elle force visiblement un sourire à celui qui lui fait la conversation. J’ai l’impression qu’elle n’écoute pas un traître mot de ce que le garçon est en train de lui dire. Et le pauvre naïf ne remarque rien ! Au contraire, accompagnant son discours de grands gestes, il se lance devant elle dans une nouvelle et joyeuse tirade. Vraiment, elle se fiche de lui avec talent !

Sans prévenir, Joe arrive dans mon dos et me sort de mon égarement, me rappelant que c’est bientôt à moi de monter sur scène. Il claque des doigts devant mes yeux ahuris espérant me faire atterrir.

— T’es là, Luce ? Oh, Luce ? Ce n’est pas le moment d’être dans les vapes !

— Oui oui, le rassuré-je. Regarde, ma guitare est là, j’attendais ton feu vert justement !

Il secoue la tête l’air peu convaincu, mais écarte l’épais rideau pour me permettre de passer.

— Allez, va ! Et fais-nous rêver !

Le remerciant du regard, je m’avance lentement au centre de la scène, devant ces dizaines d’yeux braqués sur moi. Des sourires d’encouragement me parviennent de toutes parts mais je suis déjà loin, concentrée sur ma propre respiration. Les yeux clos, j’inspire un grand coup et entame le morceau que j’ai longtemps préparé, un titre doux et romantique.

Deux couplets plus loin, je m’autorise à chercher cette fille des yeux dans la salle. Et lorsque je la retrouve enfin, mon cœur loupe un battement. Debout, appuyée contre le mur du fond, elle me fixe. D’un regard intense, pénétrant, qui suffirait à me faire perdre le fil. à croire qu’elle tente autant que possible de lire à travers moi en ce moment.

Je sens mon souffle se raccourcir sous l’effet de la surprise mais recule du micro à temps pour masquer mon trouble. Je ne peux pas me permettre de me relâcher maintenant, un moment d’inattention et toute la prestation est fichue. Pour reprendre le contrôle, je feins un sourire en direction de cette perturbatrice qui s’ignore. Son regard devient alors plus curieux, ce que je trouve fatalement plus déstabilisant.

Difficilement, je parviens à tourner la tête, priant pour retrouver mes repères au plus vite et achever ce morceau sans incident. Voyant que le public applaudit chaleureusement, je m’autorise, soulagée, à passer à un tout autre répertoire, beaucoup moins romantique mais qui représente également une part de celle que je suis.

Sous mes doigts confiants, les premières notes d’une chanson ouvertement gay se mettent à résonner dans la petite salle. Les paroles provoquent aussitôt l’hilarité générale. Mieux, quelques filles lèvent leur verre dans ma direction, amusées à l’idée d’une petite expérimentation ! J’adore ce job. Je quitte finalement la scène, pour me retrouver entourée par des inconnus qui me félicitent avec chaleur. Entre congratulations et éclats de rire, je me mets à donner des câlins tendres à tout va et converser de mon parcours avec quelques curieux.

Au milieu de toutes ces effusions, mes amis jouent des coudes pour me rejoindre. Enfin à mon niveau, ils me prennent sans ménagement dans leurs bras, gagnés par l’euphorie du moment.

— C’était génial ! Encore mieux que d’habitude, je te jure ! me lance Marie.

— Oh, je suis qu’une chanteuse de bistrot, pas la peine d’en faire des tonnes ! lui asséné-je, d’un léger coup d’épaule.

Heureuse de les avoir tous là, je me sens bientôt enivrée de joie à mon tour et les laisse m’entraîner au cœur de la foule pour vibrer au rythme des nouvelles pistes qui défilent. Malgré le monde autour de moi, je sens distinctement des mains me saisir par la taille. Pourtant tous ceux avec qui je suis venue sont déjà dans mon champ de vision. Je fais mine de m’avancer pour laisser une chance à la personne dans mon dos de réaliser qu’elle fait erreur. Mais elle me suit en renforçant sa prise.

Gênée de devoir m’écarter plus franchement, je me retourne et vois l’un de ces visages que l’on voudrait éviter de croiser durant ses beaux moments : celui d’un bon coup passé, devenu un très mauvais ensuite.

— Ah ! Salut… Léa. Ça faisait longtemps, lui dis-je machinalement.

Le regard brillant, Léa se met à sourire franchement, toujours convaincue de son charme infini de toute évidence.

— Moi aussi, je suis contente de te voir ! Sinon ça va, oui. Et toi ?

— Oui, oui, super. Excuse-moi, je m’apprêtais justement à prendre une pause là. On se retrouve plus tard ? ajouté-je pour la forme.

Je la regarde d’un air absent et approuve à tout ce qu’elle semble dire pour pouvoir m’en dégager plus vite. Trois pas plus loin, enfin un peu de paix ! Une tranquillité définitivement bienvenue. Appuyée contre le mur, je profite un peu du calme, avant de réaliser que je suis face à la scène, c’est-à-dire exactement à l’endroit d’où la fille étrange et perturbante me regardait plus tôt, pendant ma prestation. Stupidement, je me mets à caresser le mur du bout des doigts, comme espérant y retrouver son contact si intense.

— Tu as une très jolie voix !

Comprenant que c’est à moi qu’on s’adresse, je me retourne et croise le regard de ce type, celui qui était assis plus tôt à la table de la fameuse inconnue. Il connaît cette fille. Il lui parlait. à cette pensée, mon intérêt pour lui remonte en flèche, un intérêt qu’il semble percevoir tant il s’illumine de joie.

— Moi, c’est Bastien. Et donc, tu viens souvent ici ? Non, je ne pense pas, sinon je t’aurais sûrement remarquée.

Il parle vite, en se laissant à peine le temps de respirer. Je ne sais pas ce qui le stresse autant et honnêtement, je n’en ai cure. Faisant fi de ses banalités, je m’attelle à repérer dans la salle où se trouve mon inconnue. Par chance, elle est tout près, entre deux types et une fille. Je me mets donc à marcher doucement vers le groupe en question, poussant indirectement le garçon à rester à mes côtés.

— J’aurais aimé pouvoir faire de la musique moi aussi, si encore j’avais du talent !

Il est gentil, mais de ceux qui sont terrorisés par le silence. Comme pour confirmer mes soupçons, il enchaîne en multipliant les compliments, espérant sans doute retenir mon attention plus longtemps. Une fois au niveau du groupe, Bastien réalise qu’il est en terrain connu et se gonfle de fierté. Il interpelle aussitôt ses amis qui se tournent vers nous, interloqués, probablement surpris de voir que leur copain si bavard a réussi à créer du lien avec une fille.

— C’était bien toi sur scène, non ? »

Visiblement heureux de me voir, ils me font tous d’adorables sourires, comme pour m’inviter à rester. Sauf que je suis venue pour elle uniquement. J’aimerais croiser son regard, pour l’observer avec plus d’attention, mais elle reste désespérément silencieuse alors que tous, autour de la table, ne cessent de me faire la conversation, m’obligeant à me focaliser sur eux seuls.

Après une courte hésitation et quelques battements de cœur en trop, je prends mon courage à deux mains et lui demande directement ce qu’elle a pensé de ma prestation.

Curieuse de la suite ?

Continue à lire ou découvre où acheter « Pour un peu plus de temps » en entier.

Voir où lire la suite →

Commentaires (0)

Connecte-toi ou crée un compte pour laisser un commentaire.

Aucun commentaire pour le moment. Sois la première à en laisser un.

Ouvrir dans un nouvel onglet ↗

📅
Quand as-tu lu ce livre ?

Même approximatif, ça nous aide à avoir des statistiques plus justes.

Installer LezFix sur iPhone/iPad