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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : La rentrée à Chapitre 4 : Dilemme
Chapitre 0 — Chapitre 1 : La rentrée
  1. Chapitre 1 : La rentrée
  2. 🔒 Chapitre 2 : Aveux
  3. 🔒 Chapitre 3 : Émois
  4. 🔒 Chapitre 4 : Dilemme
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Quand je lève les yeux vers vous · Victoria Morgan , Hélène de Froment

Lire Quand je lève les yeux vers vous en ligne gratuitement Chapitre 1 : La rentrée

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Assise dans sa voiture, Sonia couvait des yeux Noémie qui partait vers son destin, nostalgique de l’époque où elle tenait sa fille, encore tout petit bébé, contre son corps pour la calmer quand elle pleurait. Aujourd’hui, Noémie rentrait en terminale. Avec son vieil Eastpak, ses Converse bleues, son jean X-large légèrement déchiré et ses longs cheveux châtains, l’adolescente filait vers le portail du lycée Saint-Sernin, sans un regard pour sa mère.

Sonia démarra sa Peugeot 208, un sourire tendre aux lèvres. Pour elle aussi, c’était la reprise. Elle devait traverser une bonne partie de la Ville Rose pour atteindre enfin son lieu de travail.

Depuis bientôt quatre ans, Sonia, responsable d’une librairie dans le quartier Saint-Aubin à Toulouse, menait une vie confortable qui lui convenait. En dépit des quelques frasques de Noémie depuis son entrée dans l’adolescence, elle trouvait qu’elle avait plutôt réussi son quotidien de mère célibataire, malgré les difficultés à jouer ce rôle solo.

Sa fille, c’était tout pour Sonia. Sa fierté, son roc, sa confidente, sa meilleure amie parfois et une entremetteuse hors du commun. Les sites de rencontres et autres speed dating n’avaient plus de secret pour elle. Noémie usait de tous les stratagèmes connus pour qu’elle tombe enfin sur la femme parfaite, mais en vain. Malheureusement, malgré quelques bons moments cocasses, voire franchement drôles, tous ces rencards n’aboutissaient à rien, sauf à se faire de nouvelles copines. Pour Noémie, sa mère devenait un cas désespéré. Sa propre fille ne pouvait plus rien pour elle, ce qui arrangeait bien Sonia. Enfin tranquille, la maman solo pouvait passer ses soirées à bouquiner devant un pot de crème glacée en caressant le chat ou appeler ses nombreuses amies pour refaire le monde.

Après vingt bonnes minutes de bouchons, Sonia arriva devant le rideau baissé de la librairie. Les vacances derrière elle, elle retrouvait avec bonheur son quotidien et le calme du magasin. Tout ça lui manquait finalement bien plus qu’elle ne l’aurait pensé. Sentir à nouveau l’odeur des livres neufs ou se préparer un thé noir dans l’arrière-boutique, c’était comme revenir à la maison.

La journée fut tranquille jusqu’au rush de la sortie des cours. Des lycéens et collégiens, dans les starting-blocks de la rentrée, déferlèrent en masse et tous au même moment. Ils venaient chercher les indémodables classiques qui les suivraient une partie de leur scolarité. Accompagnés tour à tour de Molière, Victor Hugo, Marivaux ou Stendhal, ils allaient consommer en nombre ces œuvres, avec ou sans joie cette année encore. Sonia ne put s’empêcher de penser à Noémie qui, pour son plus grand bonheur, choisissait la filière littéraire, comme elle quelques années auparavant. La maman retrouvait en sa fille toute cette passion pour la lecture, la poésie et l’écriture qui l’avait animée toute sa jeunesse et cela la rendait très fière.

Vers dix-huit heures quarante-cinq, la librairie vidée, Sonia descendait le rideau métallique et s’apprêtait à prendre le volant quand elle reçut un texto de Noémie. Elle l’ouvrit avec empressement.

« Coucou mam’s, tu rentres quand ? J’ai trop une bonne nouvelle à t’annoncer !!! »

« Je ferme. Le temps de faire la route, ma grande. J’ai hâte que tu me racontes. »

Sonia arriva devant son immeuble vers dix-neuf heures quinze, un peu excédée par les embouteillages, mais heureuse de pouvoir retrouver sa fille. Qu’avait-elle à lui dire ? Sans perdre un instant, elle balança son sac à main sur le sol pour filer en direction de la chambre de Noémie. Elle toqua à la porte de « Nono », comme l’invitait le sticker coloré collé sur le bois et entra sans attendre.

— Je suis là ! Excuse-moi…

— Oui, je sais. Les bouchons. Ce n’est pas grave. Tu ne devineras jamais qui est dans ma classe cette année !

— Euh… Lola ?

— Non. Cherche encore !

— Sandy ? Laura ? Joëlle, Nicolas et Damien ?

— Tu ne vas pas nommer tous mes potes les uns après les autres ?

— Ben… si ?

— Hé ben non, tu as tout faux ! Je suis tellement heureuse !

— Alors, dis vite ! J’attends, moi !

— C’est Sido !!!

— Sido ?

— Sidonie, enfin, maman !

— Sidonie ? La petite Sidonie, celle-là même qui te donnait tous ses biscuits au CP ?

— Ouiiii, cette Sidonie !

— Elle est revenue à Toulouse ?

— Oui ! Son père est militaire, tu te souviens ?

— Bien sûr que je me rappelle.

— Eh bien, ils sont rentrés de Martinique au début de l’été. Sido voulait absolument faire sa dernière année au lycée ici, en métropole. Son papa avait demandé sa mutation depuis presque deux ans pour lui faire cette surprise et elle vient de lui être accordée fin avril. Le temps de déménager, de prendre l’avion et hop ! Sidonie est de retour ! C’est génial, non ?

— Carrément ! Je suis ravie pour vous ! Je me souviens que vous étiez inséparables jusqu’au CM2, lorsqu’elle est partie. Vos au revoir ont été déchirants.

— Oui, ne m’en parle pas ! Je suis si contente ! Demain, elle vient à la maison pour passer la soirée avec moi. Si tu veux bien, elle dormira ici et s’en ira le samedi matin.

— Oui, bien sûr, il n’y a pas de souci. Vous irez chercher une pizza en bas, au food truck. Je te laisserai un peu de monnaie. Je vais arriver tard, j’ai une réunion importante avec ma directrice pour la rentrée littéraire.

— D’accord, mam’s. Merci !

Le temps de repos fut court, impossible pour Sonia de dormir paisiblement. Malgré le mois de septembre, la chaleur encore bien présente par moments devenait insupportable la nuit. Vive le changement climatique, se disait-elle en se tournant et se retournant dans son lit.

Le lendemain matin, Noémie avait déjà pris la poudre d’escampette pour partir au bahut. Cette gamine adorait sa vie de lycéenne. Sonia, ravie, se doutait bien que l’arrivée de Sidonie n’était en rien étrangère à toute cette motivation. Sa fille se rappellerait à coup sûr son année de terminale et ferait le plein de beaux souvenirs. Dans son esprit, Sonia revoyait Sido à neuf ans, avec sa bouille joufflue et rigolote, ses jolis petits yeux noisette, ses cheveux noirs courts, dans cette petite robe vert d’eau qui lui allait si bien. Une gamine adorable, enjouée, bonne élève et bien élevée qu’il lui serait agréable de retrouver aujourd’hui en jolie jeune femme.

Cette réunion interminable avec la directrice s’achevait enfin. Épuisée après cette journée, Sonia appréciait le confort du siège de sa voiture. Elle allait pouvoir souffler et reposer son corps fatigué.

Mais lorsqu’elle arriva dans son appartement, un foutoir indescriptible envahissait le salon ; jetées en vrac sur les bras du canapé, des fringues et encore des fringues. Des boîtes à pizzas jonchaient le sol, à l’abandon sur le tapis, grandes ouvertes sur des parts entamées et des croûtes mâchouillées. Victor, le chat, mâchonnait ce qui ressemblait à un reste de morceau aux quatre fromages. Des rires éclataient de la chambre de Noémie et la musique marchait à fond.

— Va-t’en de là, Victor ! Mais ce n’est pas vrai !

Sonia courut jusqu’à l’antre de sa progéniture et, sans prendre la peine de toquer, entra.

— Noémie ! Est-ce que tu peux me dire ce qu’il se passe ic…

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase. Noémie se trouvait debout en train de sauter sur son matelas en compagnie d’une jeune fille aux longues jambes. Celle-ci portait un petit short en jean bleu déchiré et un tee-shirt blanc moulant. Elle avait des cheveux noirs qui lui descendaient jusqu’au bas du dos. Les deux ados s’en donnaient à cœur joie, le sommier grinçait bruyamment, mais le plaisir de faire des bonds toujours plus hauts semblait le plus fort. La jeune fille se retourna lorsqu’elle entendit enfin la voix de Sonia qui les sommait d’arrêter. Noémie s’éjecta hors du lit en vitesse pour stopper la musique sur son enceinte.

— On est désolées, maman. On s’amusait un peu…

— Vous vous… amusiez ? C’est quoi, le jeu ? « Casse mon lit, je te dirai qui tu es » ? Ou bien « Appelle la police, que je me tape une amende » ?

La demoiselle au short en jean pouffa de rire aussitôt et Noémie l’imita de plus belle.

— Je suis ravie de vous faire marrer, mais maintenant il va falloir arrêter la petite fête et tout ranger. Victor se régale avec vos pizzas dans le salon.

Noémie sortit de la chambre en trombe, la main sur la bouche, bousculant sa mère au passage.

— Victor !! Barre-toi ! Ce qu’il m’énerve, ce chat !

Sonia se retrouvait seule avec une Sidonie qui mettait du temps à reprendre son sérieux.

— Sidonie, je présume ?

— Bonjour, madame. Je suis ravie de vous revoir.

— Je le suis aussi, Sidonie, navrée pour cette entrée en fanfare.

— J’ai trouvé ça plutôt drôle, moi, mais tout est de ma faute. On a voulu faire comme avant, mais je crois que nous ne pesons plus le même poids et je l’avais un peu oublié. Heureusement que vous êtes arrivée, le lit n’aurait pas tenu le coup bien longtemps.

— Ce n’est rien. N’en parlons plus. Tu as… grandi.

— Vous, en revanche, vous n’avez pas changé du tout. Vous êtes comme dans mes souvenirs, toujours très jolie.

— Tu me flattes, Sido. Mais ça ne te dispensera pas d’aider ma fille à ranger tout ce bazar.

— Vous venez à mon secours ? s’écria Noémie.

— J’arrive ! répondit l’invitée.

— « Vous » ? Elle est bien bonne, celle-là. Débrouillez-vous toutes les deux ! Moi, je vais prendre une douche.

Sonia se prélassait enfin sous une eau brûlante, plongée dans ses pensées. La phrase de Sidonie avait fait mouche. L’amie de sa fille la trouvait toujours jolie. Sonia rougit un bref instant avant de se rejouer l’ensemble de la scène à laquelle elle venait d’assister. Elle revoyait l’image de Sido qui sautait sur le lit avec ses longues jambes. La petite Sidonie et ses cheveux courts semblaient bien loin. La jeune femme devenait vraiment belle. Mais peut-être évoluait-elle vers une personnalité un peu trop fofolle pour sa Nono qui sortait tout juste d’une période difficile, pensa-t-elle. La mère protectrice qu’elle était espérait pourtant que Sidonie soit toujours cette gentille gamine, bien sous tous rapports, qui exerçait une bonne influence sur Noémie.

Au sortir de la douche, Sonia pouvait entendre de grands éclats de rire provenir du salon. La maman sourit. Les deux copines n’avaient de toute évidence absolument pas perdu leur complicité d’antan. Malgré toutes ces années passées loin l’une de l’autre, leur amitié restait la même, inchangée et à toute épreuve. Sonia rassembla ses cheveux encore mouillés en un chignon d’où quelques mèches s’échappèrent. Elle enfila son short de nuit et un tee-shirt ample, glissa ses pieds dans une paire de tongs brésiliennes et sortit de la salle de bain pour arriver dans la cuisine, ouverte sur le salon.

— Apparemment, on s’amuse bien !

— Oh oui, ça fait tellement de bien de se revoir enfin… Hein, Sido ?

— Oui, carrément. Votre fille m’avait tellement manqué tout ce temps !

— Ohhh ! Tu es trop mignonne !

Noémie attrapa sa copine pour la serrer fort contre elle. Sonia ne loupait rien de ces chaudes retrouvailles. Sido tourna un léger instant le visage vers cette maman attendrie et lui sourit. Sonia répondit aussitôt par un clin d’œil avant de se détourner. Elle enfourna une portion de pizza dans le micro-ondes sans se douter que l’amie de sa fille la regardait toujours, le sourire aux lèvres.

La soirée s’éternisait, quoi de plus normal, pour un vendredi, quand on a presque dix-huit ans ? Les rires fusaient, les souvenirs revenaient au fur et à mesure qu’on les évoquait.

Une heure trente sonna. Pour Sonia, le train du sommeil arrivait. Il était plus que temps de laisser ces deux jeunes filles continuer de parler de tout et de rien ensemble.

— Je vais au lit, je ne tiens plus ! Ce n’est plus de mon âge, tout ça.

— Voilà ma mère, vieille avant l’heure, quand je rabâche qu’elle ne trouvera jamais la femme de sa vie, en se couchant avec les poules !

— Tu abuses, Nono. Il est presque deux heures du matin, quand même, lui rappela Sidonie.

— Depuis quand tu prends la défense de ma daronne, toi ?

— Ben… Disons que j’évoque simplement des évidences, non ? rétorqua Sido qui fixait Sonia, un sourire en coin.

— En effet. Tu as raison, ma fille exagère toujours à mon sujet. Merci, Sidonie.

— Je vous en prie.

Sonia resta interdite. Sidonie l’observait intensément. Elle ne savait pas ce que cette expression signifiait et elle-même avait du mal à détourner le regard de ce doux visage presque angélique. Un instant plus tard, Sonia s’y contraignit pourtant. Ce moment devenait gênant. Sidonie baissa les yeux, comme prise en faute.

— Il vient de se passer quoi, là ? C’était quoi, ce silence ? questionna Noémie.

— Rien du tout. Comme je disais, je suis fatiguée. Amusez-vous bien, les filles, je vais me coucher. Et s’il vous plaît, pas trop de bruit !

— Promis, maman poule !

Les trois femmes se séparèrent sur un dernier éclat de rire.

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Commentaires (3)

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Sasa il y a 1 semaine

J'adore je suis captivé

Sasa il y a 1 semaine

C'est captivant

Sasa il y a 1 semaine

J'ai hâte de lire la suite.

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