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Qui est Florence Vermeer ? · Kadyan

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Prologue

1983, quelque part au Ceswana

Comme tous les matins, les deux hommes entrèrent dans le bâtiment. Il faisait déjà chaud et l’humidité constante n’arrangeait rien. Les conditions de vie par ici étaient difficiles pour ceux qui étaient nés sous des zones plus tempérées. Mais ils étaient chanceux. Avoir dégoté ce travail très bien payé quelques années seulement après leur sortie de l’école était un miracle. Le destin était étrange. Bien que sud-africains, ils s’étaient connus en Angleterre par l’intermédiaire de deux sœurs martiniquaises, à l’époque leurs fiancées, désormais leurs épouses, et étaient devenus amis. Chacun considérait l’autre comme le frère que, fils unique, il n’avait jamais eu. Tous deux avaient perdu leurs parents étant jeunes et ils avaient dû se débrouiller seuls pour faire des bonnes études tout en travaillant. La vie n’avait pas été facile, mais depuis, heureux de s’être construit une nouvelle famille, ils partageaient presque tout. Leurs femmes les attendaient à Londres. C’était loin, mais à cause de l’apartheid et de leur métissage, ils n’avaient pas voulu les amener en Afrique du Sud. Ils n’avaient même pas pu déclarer leur mariage à l’ambassade puisque les lois de l’apartheid rendaient illégal d’épouser des femmes de couleur.

— L’air conditionné n’a pas l’air en forme ce matin, dit le plus grand. J’ai demandé qu’on nous en envoie un nouveau, mais je n’ai pas eu de réponse. Comment veux-tu que je tienne les livres correctement si je dégouline de transpiration dessus !

Le deuxième homme éclata de rire tout en se servant un café frais. Au moins, ils avaient du bon café ici et le boy qui s’occupait de l’entretien avait appris à le préparer correctement. Son collègue se plaignait beaucoup de la chaleur étouffante, mais lui était tellement passionné par son travail à la mine, qu’une fois démarré, rien ne le perturbait sauf de ne pas avoir vu sa femme depuis trois mois. Malgré les tentations, il ne voulait pas la tromper avec une des jeunes du village. Sa tasse à la main, regardant dehors, il s’étonna de ne pas voir les gamins qui, d’habitude, essayaient de gagner un peu d’argent en nettoyant et rangeant le camp. Il avait grandi en Afrique du Sud où tout leur apprenait que les Blancs étaient les meilleurs et les plus forts. Pourtant, ces années d’études en Angleterre l’avaient fait réfléchir et il avait changé au point de prendre pour femme une métisse.

— Le camp est très calme ce matin.

L’autre homme leva la tête des rapports. Il fronça les sourcils et gratta ses cheveux blonds

— Maintenant que tu le dis, c’est vrai. Je n’ai pas vu les gamins, juste le personnel du camp. Les gardes ont dû les virer. Il y en a peut-être un qui a chapardé un peu trop.

— Je n’aime pas quand ils s’en prennent aux gosses.

Son ami lui donna gentiment une tape sur l’épaule.

— C’est parce que tu vas devenir papa, plaisanta-t-il. Tes instincts protecteurs se révèlent.

— Ne rigole pas, Pieter, j’ai une peur bleue. La dernière lettre de Marg m’a fait un choc, tu ne peux pas savoir.

Pieter éclata de rire.

— Oh, je le sais, Mickaël Qui a tenu la bassine alors que tu vomissais tes tripes pour avoir trop arrosé la nouvelle ?

— Il me tarde tellement de la revoir, tu ne peux pas savoir.

Pieter soupira.

— Crois-moi, je le sais. Tu crois que je ne me languis pas de Rita ? Heureusement, elles sont ensemble et, telles que je les connais, doivent déjà choisir la layette pour le bébé. Bientôt, mon frère, bientôt.

Avec impatience, tous les deux attendaient le week-end. Ils débuteraient leurs deux semaines de repos et rejoindraient leurs femmes. Le voyage pour Londres était long, mais c’était le prix à payer pour que leurs épouses soient heureuses et en sécurité. Si la paye n’avait pas été si bonne, jamais ils ne seraient venus dans ce trou. Alors qu’ils s’installaient tranquillement à leurs bureaux, le responsable de la sécurité, suivi par un garde, entra brutalement.

— Prenez l’essentiel, nous évacuons !

Interloqués les deux hommes le regardèrent.

— Pardon ?

— Vous m’avez compris. Évacuation immédiate. Vous prenez tous les documents importants, les mettez dans votre voiture et filez. Le reste, vous le brûlez. Pas le temps de repasser au logement.

Alors que les deux hommes peinaient à comprendre et à bouger, l’homme, menaçant, s’approcha et sortit son pistolet. Il le pointa sur eux.

— Si vous n’êtes pas partis dans trente minutes, vous ne partirez jamais ! Compris !

Il tira deux coups de feu à leurs pieds qui claquèrent et firent voler des éclats de bois. Les deux amis bougèrent immédiatement dans une frénésie de mouvement qui parut satisfaire le responsable de la sécurité.

— Je laisse un garde pour vous aider.

Confiant dans la lueur de peur qu’il avait lue dans les yeux des deux jeunots, il sortit. Il avait reçu des instructions et, même si elles ne lui plaisaient pas, il était payé pour ça et les exécuterait jusqu’au bout. L’ancien mercenaire n’avait pas été choisi pour rien par ses patrons pour gérer la sécurité du camp et éliminer les problèmes.

Prenant les livres comptables et les plans de la mine, les deux hommes les transportèrent à leur voiture et les jetèrent en vrac sur la banquette arrière du 4X4.

— Remplis les bidons d’eau et d’essence, nous risquons d’en avoir besoin, dit Pieter. Je m’occupe de brûler les autres papiers avec le garde.

Tous deux étaient toujours en mode panique lorsque les premiers coups de feu commencèrent à retentir.

— Qu’est-ce c’est que ça ? demanda Pieter. On dirait que ça vient du village.

Il jeta des coups d’œils nerveux au garde qui alimentait le brûlot, mais celui-ci restait concentré sur sa tâche.

— Aucune idée. Je vais voir.

— Non, Mickaël. Tu as entendu Rambo ? Il ne plaisantait pas. Ce gars-là est capable de nous abattre comme des chiens si on ne file pas en vitesse ! Et puis, à mon avis, le garde est aussi là pour nous surveiller.

Des coups de feu éclatèrent cette fois en direction de la mine. Mickaël s’inquiéta pour ses ouvriers. Un sombre pressentiment l’agitait. Y avait-il un coup d’État dans le pays ?

— Pieter, va prendre les diamants dans le coffre, je reviens.

Vérifiant que le garde était occupé et ne le regardait pas, Mickaël s’empara de son appareil photo et partit en courant vers la mine et les bruits de coups de feu.

Pieter s’impatientait. Les explications fournies au garde quant à l’absence de Mickaël ne tiendraient pas longtemps si celui-ci ne revenait pas rapidement.

Lorsque, finalement, son ami revint en courant, il lui fit signe d’aller à la voiture alors qu’il se dirigeait vers le garde.

Pieter regarda son ami parler avec le garde et vit celui-ci partir immédiatement en direction de la mine. Mickaël se précipita vers la voiture.

— Démarre et roule ! Vite, avant qu’il ne revienne !

Pieter démarra le moteur et fila en trombe alors que la porte du passager n’était même pas encore refermée.

— Alors ? Qu’y a-t-il ? Qu’as-tu vu ?

— Roule ! J’ai pris des photos, tu verras, répliqua Mickaël les dents serrées. Il ne faut pas qu’ils nous rattrapent… jamais. Tu comprends ?

Mickaël était pâle et peinait à ne pas se vomir dessus. Il regardait son appareil photo et ne comprenait pas. Jamais il n’aurait être témoin d’une horreur pareille.

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