Chapitre 1 — Chapitre 1
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Rencontre mortelle · Sandra Veniant
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Mercredi 1 juillet 2015.
Depuis le temps qu’elle préparait ce voyage, le jour J était enfin arrivé. Cela faisait plus de six mois qu’elle n’avait pas vu ses parents et son frère, six longs mois durant lesquels le manque ne faisait que s’accroître au fil des jours – elle n’avait jamais réussi à accepter cette distance entre elle et sa famille –, alors l’idée de les retrouver dans la soirée, lui mit du baume au cœur et surtout de l’entrain pour préparer ses bagages au plus vite. Son sourire ne se tarissait pas, la joie rayonnait sur son visage. Enfin, elle allait retrouver le village de son enfance – celui dans lequel elle avait grandi, fait ses premiers pas, commis ses premières bêtises et surtout, dans lequel elle avait connu ses premiers émois amoureux –, cependant, une valise un peu trop récalcitrante réussit à lui faire perdre patience. Elle grimaça en remarquant qu’elle avait sûrement prévu trop de choses pour une semaine. C’est donc avec un peu d’agacement qu’elle monta dessus afin de lui montrer qui était la plus forte. Son visage se déforma sous l’effort qu’elle prodigua la fermeture éclair ripait et n’était pas du tout coopérative, mais surtout à cause de la douleur que la tirette engendrait sur ses doigts fins. À ce stade, il était impossible de dire laquelle des deux allait gagner la bataille qu’elles menaient, l’une pour rester ouverte, l’autre pour la fermer. Il lui fallut bien une bonne dizaine de minutes pour y arriver et c’est le visage rougi par l’effort et le front perlé de sueur qu’elle sortit vainqueur de ce combat qu’elle avait mené. Fort heureusement pour elle, c’était la dernière qu’elle avait à boucler, les autres l’attendaient sagement dans le hall de son petit appartement cosy du 16ème arrondissement de Paris. Il était bien situé, non loin de son lieu de travail, et surtout, en connaissant la flambée des prix au sein de la Capitale, abordable pour son salaire qui n’était pas mirobolant. Elle avait craqué dessus lors de sa première visite, tout d’abord car il était pourvu de placards dans toutes les pièces, mais aussi car malgré le fait qu’il n’était pas très grand, il était bien agencé. Cet appartement représentait beaucoup à ses yeux, il était le début de sa nouvelle vie. Loin de ses parents, loin de son frère, et synonyme de ses premiers pas dans la vie active.
La dernière valise déposée avec les autres, elle fit un tour dans chaque pièce pour être sûre de ne rien avoir oublié, ce n’était pas le moment pour elle de laisser les choses au hasard. Elle commença par la chambre, puis le salon. Satisfaite d’avoir réussi à tout préparer si facilement, elle se dirigea vers la cuisine pour se préparer un encas, des fois que la faim se fasse sentir durant son long trajet, car elle n’aimait pas s’arrêter sur les aires d’autoroute, les boutiques le long de celle-ci abusaient sur les prix selon elle. Elle s’affaira à se concocter un sandwich des plus consistants, elle mit tout ce qu’elle trouvait à l’intérieur de son frigo dans le morceau de baguette : cornichons, mayonnaise, salade, tomates, une tranche de fromage et du jambon, et une fois cela fait, elle l’emballa délicatement dans un papier aluminium avant de le disposer dans sa boîte à pique-nique. Puis, elle attendit sa compagne qui devait venir lui souhaiter bonne route. Il était initialement prévu qu’elles partent ensemble mais une autopsie de dernière minute avait retenu sa compagne, médecin légiste, donc elles avaient décidé de se retrouver sur l’heure du midi, avant le départ pour se dire au revoir. Cette séparation n’était pas la bienvenue, ni pour l’une, ni pour l’autre, depuis leur rencontre, jamais elles ne s’étaient séparées plus d’une nuit. Leur rencontre avait eu lieu trois ans plus tôt, sur une scène de crime, sa première en tant que lieutenant et non élève, le coup de foudre fut immédiat pour les deux femmes. Leurs regards s’étaient croisés, et au fil du temps une attraction entre elles était née, une histoire s’était construite et dans trois jours, elles allaient se marier.
L’inquiétude à ce moment la gagna, sa compagne était en retard et cela ne lui arrivait jamais, de plus l’heure tournait et elle devait prendre la route et faire les 500 kilomètres qui la séparaient encore de son point d’arrivée. Elle tournait en rond comme un lion en cage et oscillait entre le salon et la cuisine, son impatience était à son comble, il faut dire qu’elle n’était pas non plus patiente de nature, alors devoir attendre comme ça sans avoir de nouvelles, c’en était assez pour l’agacer. Dix minutes, un quart d’heure, vingt minutes, le temps défilait et la trotteuse de la pendule du salon la narguait avec ses tic-tac. Complètement à bout de nerfs, elle décida de charger la voiture et prendre le départ. C’est à ce moment que sa compagne arriva.
— Abigaël ? héla sa compagne du hall. Je suis là, ajouta-t-elle.
— Je suis au salon, répondit-elle agacée.
— Désolée, je n’ai pas pu faire plus vite, ils ne voulaient pas que je m’éclipse, j’ai dû leur fausser compagnie, rit-elle.
La voir rire l’agaça un peu plus qu’elle ne l’était déjà. Elle prit donc un ton neutre pour lui répondre.
— C’est rien, le principal est que tu sois là, dit Abigaël avec un sourire crispé
Elle ne voulait pas créer une dispute à deux minutes de son départ. Depuis trois ans, elle avait eu le temps de comprendre les réactions de celle qui allait devenir sa femme, et il ne fallait surtout pas lui faire remarquer ses manquements ou se plaindre auprès d’elle. Se taire était donc la meilleure solution, car son départ aurait pu être retardé de plusieurs minutes, voire heures.
— Il fallait bien que je te dise au revoir, dit-elle en s’approchant de sa compagne.
— J’aurais compris si tu m’avais appelée tu sais, je connais le métier, feignit-elle de la comprendre en pensant qu’elle aurait pu prévenir de son retard.
— Non, je ne pouvais pas te laisser partir comme ça, par contre, je n’ai pas beaucoup de temps, juste le temps de t’embrasser et repartir, je suis désolée.
— C’est rien, de toute façon, je ne veux pas trop tarder, il y a souvent du monde sur la route, répondit-elle, même si elle aurait préféré lui dire qu’elle était déjà très en retard par sa faute.
— Tu fais attention sur la route hein, fit-elle la recommandation d’usage.
— Oui ! souffla-t-elle, je t’appelle en arrivant, promit-elle en levant les yeux au ciel.
Comme son retard ne faisait que s’allonger, elle l’embrassa furtivement avant de se diriger vers le hall, suivie de près par sa compagne qui devait repartir à l’institut médico-légal. Elles chargèrent à deux le coffre de la voiture d’Abigaël avant de se dire au revoir un peu plus longuement. C’est finalement avec près d’une heure de retard qu’elle put prendre la route. Elle mit son CD préféré dans le lecteur, c’était parti pour plus de cinq heures de route.
Deux heures plus tard, l’ennui la gagna déjà, elle détestait vraiment prendre l’autoroute qu’elle trouvait plus que monotone, elle prit néanmoins sur elle, sachant que dans moins d’une heure, elle allait pouvoir prendre sa sortie et regagner la nationale. Pour elle, le paysage était plus attrayant avec ses châteaux, ses forêts et ses virages. Elle se reboosta en pensant qu’au bout de cette longue route l’attendaient sa campagne et ses endroits préférés. Les kilomètres s’enchaînaient et elle ne vit pas le reste de la route passer. Elle repensa au jour où elle avait annoncé à ses parents qu’elle allait se marier avec une femme et à la réaction de sa mère. Elle n’avait pas été choquée plus que cela d’apprendre son mariage. Depuis sa plus tendre enfance, elle n’avait jamais caché sa préférence sexuelle. Abigaël l’assumait pleinement et ses parents allaient dans son sens. Pour eux, peu importe avec qui leur fille ferait sa vie, tant qu’elle était heureuse, c’était tout ce qui comptait pour eux. Malgré tout, Abigaël avait sollicité l’aide de son frère afin de l’avouer à ses parents, elle ne se sentait pas faire son coming-out sans avoir le soutien de son confident. Et elle avait été soulagée à partir de ce moment et avait vécu sa vie à fond, sans se soucier du regard des autres, elle avait eu l’aval de ses parents et rien d’autre ne comptait plus pour elle.
Quand elle fut dans l’allée de chez ses parents, elle ne put s’empêcher de sourire quand elle vit sa mère sortir en courant, son empressement pour la serrer dans ses bras était des plus touchant pour la jeune femme. Quel bonheur de la revoir. Toujours aussi souriante, aussi impatiente et tellement protectrice envers ses enfants. Abigaël la soupçonna même d’avoir fait le guet derrière la fenêtre pour ne pas rater le moindre mouvement devant chez elle. Elle coupa le moteur de sa voiture et courut à sa rencontre. L’envie de la serrer dans ses bras était bien trop forte.
— Maman ! s’exclama-t-elle en lui sautant au cou.
— Ma chérie, tu as fait bonne route ? demanda-t-elle en priorité.
— Oui, mais comme toujours, j’ai trouvé que c’était long.
— Allez, rentrons, ton père se chargera de tes bagages, dit-elle en l’attirant vers la maison.
En entrant dans la maison familiale, elle se sentit de suite bien, même si cela faisait près de cinq ans qu’elle ne vivait plus dedans, elle savait qu’elle était chez elle. Tout lui rappelait ses souvenirs d’enfance passée aux côtés de ses parents et de son frère Zack, avec qui elle avait fait les pires bêtises de sa vie. Un sourire naquit rien qu’à cette pensée, son frère… il était tout pour elle, son confident, son meilleur ami, son univers tout entier. Et malgré la distance, ils avaient réussi à garder leur complicité, et ils s’appelaient aussi souvent que possible, c’est-à-dire tous les jours ou presque, parfois même pour une chose futile, elle devait appeler Zack pour lui dire. Elle était donc impatiente de le revoir et de le serrer lui aussi dans ses bras. Décidément, cette petite trêve en famille ne lui ferait que du bien, avec le bonheur de se retrouver parmi les siens.
Avant de profiter de tout le monde, elle décida d’appeler sa compagne pour la prévenir qu’elle était bien arrivée. Comme elle tomba sur sa messagerie, elle laissa un message rapide pour dire qu’elle était bien arrivée, et rejoignit de suite sa mère dans la cuisine. Elle se surprit à la regarder cuisiner, cela lui rappela de suite son enfance, quand elle restait assise non loin d’elle, et qu’elle la regardait durant des heures. Elle aimait s’enivrer de l’odeur des plats qu’elle confectionnait pour les repas. À ce jour, certaines odeurs la ramenaient à un souvenir précis et jamais elle ne pourrait s’en défaire. Elle se décida à rentrer pour profiter un peu de ce moment en tête-à-tête avec elle.
— Elle ne m’a pas répondu, elle doit être occupée, dit-elle à sa maman en se dirigeant vers elle.
— Elle te rappellera. Bon alors, tu as tout pris pour samedi ?
— Je pense, et puis de toute façon ma robe est ici, donc j’ai le principal.
— D’ailleurs, en parlant de ta robe, demain il faudra que tu l’essaies pour que je puisse faire les dernières retouches.
— Pas de problème, on fera ça, sourit-elle à sa mère.
— Je n’en reviens pas que samedi tu te maries, je suis si heureuse, se réjouit-elle de vivre ce grand jour dans la vie de sa fille.
— Si tu veux savoir, je n’en reviens pas non plus, avoua-t-elle. Moi fiancée, et fidèle à la même femme depuis trois ans, qui l’aurait cru, plaisanta-t-elle.
— Je te l’avais dit ma puce que lorsque tu trouverais la bonne, tu n’aurais plus envie de papillonner de femmes en femmes, lui rappela-t-elle ses paroles passées.
— Je m’en souviens, mais j’avais du mal à te croire, pourtant, elle a tout changé dans ma vie, je vois les choses autrement, commença-t-elle par dire. Et pourtant, j’aime le plaisir que cela procure de rentrer chez soi, et de retrouver la même personne chaque soir, avoua-t-elle de nouveau.
— C’est ce que l’on appelle l’amour ma puce, répondit-elle.
— Si c’est ça l’amour, je veux continuer à le connaître encore longtemps, finit-elle par dire. Bon et Zack, il est où ? demanda-t-elle car elle ne voulait pas s’éterniser sur le sujet de son mariage.
— Je vois que passer du temps avec ta vieille mère t’ennuie déjà, et ton frère doit arriver pour le repas.
— D’accord, ça ne t’ennuie pas si je monte me reposer ? demanda-t-elle à sa mère.
— Non vas-y ma grande, ton père sortira tes affaires en rentrant, prévint-elle.
— Merci, à tout à l’heure, dit-elle en embrassant sa maman sur la joue avant de monter.
Les escaliers grinçaient toujours autant que lorsqu’elle vivait encore chez ses parents, c’est ce qui pour elle, faisait l’âme de cette maison si singulière à ses yeux. Une fois dans sa chambre, elle se sentit en sécurité, elle était dans son cocon qui l’avait vue grandir, changer, s’épanouir, mais aussi, être triste, gaie, en larmes, en colère… toutes ses émotions étaient inscrites aux quatre coins de la pièce. L’endroit était resté figé dans le temps, les mêmes cadres, les mêmes posters, notamment celui de son héroïne de l’époque, elle avait 14 ans quand elle l’avait accroché, et 14 ans plus tard, il y était toujours, elle éclata de rire toute seule en le voyant, car elle ne le décrocherait jamais de ce pan de mur. En faisant le tour, elle remarqua qu’il n’y avait aucun grain de poussière sur les meubles, elle y passa les doigts comme pour s’imprégner de nouveau de ce lieu qu’elle avait délaissé en partant en école de police. Elle soupçonna même sa mère d’y faire souvent le ménage et d’y passer du temps pour se sentir plus proche d’elle. Elle finit par se faufiler dans son lit d’adolescente, et bercée par la quiétude de ce lieu, elle trouva le sommeil.
***
Une voix vint perturber son sommeil, elle entendit qu’on l’appelait au loin, mais elle ne réalisa pas de suite. Elle mit du temps à émerger et à comprendre ce qu’il se passait, n’ayant aucune notion du temps passé dans son lit, elle sursauta. Les appels se répétaient, et elle reconnut cette voix.
— Abigaël ! Sœurette, réveille-toi, cria-t-il du bas des escaliers vers sa sœur.
En reconnaissant son frère, elle ne perdit plus de temps, sans s’étirer ou émerger un peu plus, elle sauta de son lit et courut hors de sa chambre pour le rejoindre. Enfin, elle allait retrouver son frère. Elle se précipita en haut des escaliers à pied de chaussettes et glissa sur le parquet, elle eut juste le temps de se rattraper à la rambarde pour éviter la chute. Zack était le seul homme qu’elle serait capable d’aimer dans sa vie, sans oublier son père.
— Zack ! hurla-t-elle en descendant les escaliers quatre à quatre.
— Ma petite sœur adorée, dans mes bras, se réjouit-il en la voyant.
— Tu m’as manqué, avoua-t-elle en le serrant dans ses bras.
— Toi aussi tu m’as manquée.
Elle profita des bras rassurants de son frère quelques instants, depuis le temps qu’elle ne l’avait pas vu, elle comptait bien mettre à profit sa semaine chez ses parents pour le voir le plus possible. De toute façon, ces deux prochains jours, elle allait passer un maximum de temps avec lui, car il était son témoin. Ils avaient commencé par ne pas se quitter jusqu’à l’heure du repas, et même s’ils se parlaient souvent, ils avaient énormément de choses à se raconter.
Très vite, Zack mit les pieds dans le plat, il avait une aversion pour la future femme de sa sœur, et il ne pouvait se résoudre à la voir se marier avec elle. Cette révulsion pour elle avait toujours été. D’ailleurs, il ne comprenait pas son choix, mais en bon frère bien attentionné, il l’avait bien sûr accepté. Pourtant, à trois jours de la date fatidique, il voulait s’assurer qu’elle ne faisait pas une bêtise. En plus, un détail clochait pour lui, Abigaël était volage, alors pourquoi se ranger dans une vie de couple plan-plan ?
— Allez, tite sœur, avoue que tu te tapes encore des plans cul, lança-t-il pour débuter le débat.
— Arrête ! Je n’ai plus de plan d’une nuit, je les passe toutes avec elle, répondit-elle sérieusement.
— C’est pas possible, tu n’es pas celle que j’ai connue, ça cache quoi ? demanda-t-il en insistant.
— Ça ne cache rien Zack, je suis tout simplement amoureuse.
— Alors c’est vraiment la bonne ? demanda-t-il plus sérieusement.
— Oui, je pense, je suis bien avec elle, et c’est confortable de rentrer chez soi et de retrouver la même personne, expliqua-t-elle pour le rassurer.
— Elle doit vraiment avoir quelque chose de spécial, mais si je peux, je me demande quoi, je ne l’ai jamais portée dans mon cœur, avoua-t-il.
— Je le sais, enfin, j’ai cru le comprendre, tu as toujours été froid et distant avec elle, mais je t’assure que c’est quelqu’un de bien, et je l’aime.
— Je n’en doute pas, mais je ne suis pas à l’aise avec elle. Enfin, je vais faire un effort, elle va devenir ma belle-sœur.
— Ne te force pas, merci d’avoir accepté d’être mon témoin dans ce cas, le remercia-t-elle vivement, car elle ne se voyait pas prendre une autre personne.
— Je n’aurai raté ça pour rien au monde petite sœur, assura-t-il en la serrant sans ses bras.
Malgré cette petite conversation, Zack n’était pas rassuré et voyait toujours ce mariage d’un mauvais œil. Il ne savait pas se l’expliquer, ni même l’exprimer, mais ce mariage était pour lui la pire erreur que sa sœur pouvait commettre. Il était même prêt à parier une fortune qu’elle divorcerait dans les plus brefs délais. Et comme si le temps n’avait eu aucune emprise sur leurs habitudes, ils se dirigèrent d’un même pas vers la cuisine afin de dresser la table. Leur mère ne les avait même pas appelés, ils le savaient, chez eux, le repas était toujours à la même heure, tout était réglé comme du papier à musique. Abigaël s’occupait de la vaisselle et Zack de tout le reste, ainsi en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, tout était sur la table, rien n’avait été oublié.
Cette scène fit sourire leur mère, elle était appuyée sur le chambranle de la porte et ne quittait pas ses enfants des yeux. Elle se réjouissait déjà de passer du temps en famille et surtout d’avoir réussi à réunir ses deux enfants en même temps. À chaque fois qu’elle voyait Zack, Abigaël ne pouvait pas se libérer et vice versa. Alors, le mariage de sa fille tombait à pic afin de réunir tout le monde. Elle ne se lassait pas de les voir évoluer dans la cuisine, comme au bon vieux temps, une vraie vie de famille.
L’heure du repas approchait à grands pas et le chef de famille se faisait attendre, Abigaël se mit alors à guetter le moindre bruit qui provenait de l’extérieur dans l’espoir d’entendre une portière de voiture claquer, ce qui annoncerait son arrivée. Elle fut récompensée quelques dix minutes plus tard, le bruit qu’elle désespérait d’entendre raisonna dans le jardin. Elle s’empressa d’aller dehors, sous les rires de sa mère et son frère.
— Papa ! s’exclama-t-elle une fois de plus en voyant son père.
— Ma puce, désolé d’arriver si tard, mais j’étais retenu au travail, s’excusa-t-il d’entrée auprès de sa fille.
Abigaël était habituée aux rentrées tardives de son père, depuis toute petite, elle l’avait vu travailler sans cesse. Il faut dire que son métier était, à la base, très prenant, par contre, il avait l’avantage d’offrir une vie à l’abri du besoin à sa famille. Cependant, il avait toujours été un père attentionné et prévenant, qui pensait à rentrer chaque soir pour le repas, quitte à repartir travailler après. Il tenait beaucoup à passer ne serait-ce qu’une heure avec sa famille chaque jour, savoir comment s’était passée la journée de chacun et se tenir informé sur les résultats scolaires de ses deux enfants. Alors Abigaël fut plus que compréhensive à son égard.
— Ce n’est rien, j’ai profité de maman et Zack, l’excusa-t-elle en le serrant dans ses bras.
— Je suis heureux que tu sois là, tu vas bien ? demanda-t-il.
— Comme quelqu’un qui va se marier dans trois jours, répondit-elle souriante.
— Donc tu es heureuse et tu vas bien, conclut-il suite aux paroles de sa fille.
— C’est ça, tu as tout compris, rétorqua-t-elle.
— En tout cas, c’est un plaisir de t’avoir de nouveau à la maison, tu as repris ta chambre ? demanda-t-il amusé.
— Oh oui ! Je ne pouvais pas faire autrement, j’y ai passé tellement de bons moments, se souvint-elle.
Si seulement son père savait quel genre de bons moments elle avait vécus dans sa chambre… son lit avait vu un certain nombre de filles défiler. Et tout ceci dans le dos de ses parents. Il faut dire que sa chambre était plutôt bien située et facilement accessible malgré qu’elle soit au premier étage. Et même si certaines de ses conquêtes étaient refroidies à l’idée de devoir escalader le mur, elles avaient toutes fini par s’exécuter. Le moins que l’on puisse dire, c’est que durant son adolescence, elle avait pris du bon temps dans cette chambre.
— Je le sais. Tu y as passé beaucoup de temps avec ton frère, dit-il fièrement car il avait deux enfants très complices.
— Oui, éluda-t-elle. Par contre, tu m’aides pour mes bagages
— Ce n’est pas encore fait ? demanda-t-il surpris.
— En fait non, baissa-t-elle la tête, j’ai parlé avec maman, je me suis reposée et Zack m’a sortie du lit en fanfare.
— Ne te justifie pas ma puce, je vais le faire, rentre à la maison.
— Oui, on venait de finir de mettre la table, comme au bon vieux temps, rit-elle.
— Ah notre famille au grand complet, rien ne pouvait me faire plus plaisir, se réjouit-il.
Pendant que son père déchargeait ses valises et les mettait dans sa chambre, elle retourna dans la cuisine, elle commençait à avoir faim, malgré le sandwich qu’elle s’était fait pour midi. Et malgré la faim qui la tiraillait, elle taquina son frère. Depuis tout petits, ils ne cessaient de se chamailler en toute circonstance. Les vannes pleuvaient sous l’œil amusé de la maîtresse de maison qui à ce moment précis, était la plus heureuse, sa maison reprenait enfin un peu de vie.
— J’aurai cru qu’à vos âges, vous vous seriez calmés à ce niveau, mais non, vous êtes toujours à la tête de l’autre, rit-elle face au comportement enfantin de ses enfants.
— Oh mais tu sais maman, ça ne changera jamais, répondit Abigaël à sa mère.
— Vous me désespérez mes enfants, souffla-t-elle.
— Barbara, voyons, laisse-les s’amuser, ils ne se sont pas vus depuis longtemps, lâcha le père de famille depuis l’encadrement de la porte.
— Merci de nous défendre.
— Mickael ! Cesse de toujours prendre le parti de tes enfants.
— Je le ferai toujours.
C’était maintenant à Zack et Abigaël de regarder leurs parents d’un œil amusé. Ils venaient d’entrer en grande discussion pour savoir lequel des deux avait raison au sujet du comportement des enfants. Mickael trouvait normal qu’ils continuent de se chamailler et Barbara les trouvaient trop âgés pour ce genre de taquineries. L’ambiance était bon enfant, il faut dire que les parents d’Abigaël avaient toujours été très complices, elle avait beau réfléchir, elle ne se souvenait pas les avoir entendu se disputer. Ils représentaient à ses yeux un couple modèle, celui que tout le monde rêvait de former. Elle se trouvait bien chanceuse qu’ils n’aient pas divorcé comme la plupart des parents de ses amis et d’avoir grandi dans un foyer aussi stable et aimant. Pourtant, ce soir, ses parents n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur ce point, donc elle décida de trancher.
— Maman, tu as beau dire de nous, mais quand on te regarde avec papa, on comprend d’où vient notre côté taquin.
Zack partit en fou rire suite à la phrase que venait de lâcher mine de rien sa sœur. Il faut dire qu’elle avait toujours été le boute-en-train de la famille. Toujours une phrase piquante à sortir, ou une bêtise à faire. Elle était réactive et avait un sens de la répartie inné. Et généralement, là où il fallait un discours pour certains afin de se faire comprendre, elle résumait le tout en quelques mots, comme à l’instant, ses parents étaient partis dans une discussion sans fin, et elle avait réussi à mettre tout le monde d’accord et en une fraction de seconde.
Décidément, ces retrouvailles en famille s’annonçaient joyeuses. Suite à cela, ils passèrent tous à table dans la bonne humeur, jusqu’à ce que Barbara reprenne une discussion sérieuse.
— Au fait ma puce, le Maire veut te voir avant samedi, tu penses que se sera possible ?
— Bah écoute, on ira le voir demain et on prend rendez-vous pour samedi, ça conviendra comme ça ?
— Je suppose, on verra ça demain, car il veut se mettre au point avec vous pour les vœux.
— Oh bah, pour ça, au pire, je peux gérer seule, même si j’aurais préféré que Joanne soit avec moi, dit-elle tristement.
— On verra demain avec lui, je ne peux pas me prononcer pour lui, conclut Barbara sur cette question.
— Oui, de toute façon, je compte me lever tôt, car il y a encore beaucoup de choses à faire, précisa Abigaël.
— Tu veux que je te réveille en même temps que moi ? demanda son père.
— Euh, tu te lèves encore à 5 heures ? demanda-t-elle avant de donner sa réponse.
— Bien sûr, je ne peux pas faire autrement, rit-il.
— Alors non, je vais mettre mon portable à sonner, déclina-t-elle sa proposition.
Le reste de la soirée se passa ainsi, entre discussions, taquineries et moqueries en tout genre, Abigaël était heureuse de sortir un peu de son train-train quotidien. Elle qui en général côtoyait cadavres, familles en deuil, et enquêtes interminables, elle ne pouvait pas rêver mieux que cette trêve.
Puis vers 23 heures, elle souhaita une bonne nuit à tout le monde, et partit se coucher. C’est à ce moment qu’elle remarqua que sa future femme avait tenté de la joindre plusieurs fois, mais dans la joie de revoir son frère, elle avait oublié son téléphone dans sa chambre. Malgré l’heure tardive, elle rappela sa compagne et tomba sur son répondeur. Elle laissa un message où elle s’excusa et expliqua qu’elle n’avait pas son portable sur elle. Ensuite elle passa à la douche et se coucha, car les jours qui venaient, n’allaient pas être de tout repos, elle connaissait sa mère par cœur, le lendemain allait être fatigant et en plus, elle avait mis son réveil à 7 heures.
Et pour la première fois depuis de longs mois, elle se coucha seule. De ce fait, elle mit énormément de temps à trouver son sommeil et à chercher sa position, c’est donc vers 1 heure du matin que la fatigue eut raison d’elle…
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