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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 – Dakota Nollaig à Chapitre 3 – Dakota Nollaig
Chapitre 1 — Chapitre 1 – Dakota Nollaig
  1. Chapitre 1 – Dakota Nollaig
  2. 🔒 Chapitre 2 – Sadie Tempest
  3. 🔒 Chapitre 3 – Dakota Nollaig
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Shelter · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

Lire Shelter en ligne gratuitement Chapitre 1 – Dakota Nollaig

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Assise entre ces quatre murs froids, je prends mon mal en patience. Quelque chose se trame, mais je ne sais pas encore quoi. Il y a du grabuge au-dehors. De la fenêtre, je n’aperçois rien hormis le ciel gris et couvert à l’extérieur. Les cellules sont insonorisées, mais ça ne m’empêche pas d’entendre les gardiens faire taire les autres prisonniers.

D’un coup, la petite trappe de mon box s’ouvre. Une paire d’yeux me scrute et m’ordonne :

— Face au mur du fond, exécution !

Longuement, je souffle et me déplace. Quand le surveillant est bien convaincu que je coopère, il entre. Je sens qu’il est sur ses gardes. Il pénètre dans mon espace à pas mesurés.

— Pas d’entourloupe, Nollaig, quelqu’un d’important veut te voir.

Un rictus prend place sur mon visage quand il me passe les menottes. Sa grosse main poilue agrippe mon biceps. Nous faisons face ensemble à la porte. Son after-shave m’agresse le sens olfactif.

Je demande alors qu’on s’engage dans le couloir :

— Tu as pu trouver mes céréales, Marve ?

— Pas encore, laisse-moi un peu de temps. On est au milieu de nulle part ici !

Il râle, comme d’habitude. C’est vrai qu’on est perdus au milieu du Pacifique. Température ambiante : trente-cinq degrés. En ces lieux, il y a deux saisons : celle où il pleut et celle où il fait humide. On étouffe à longueur de journée. Ça ne fait que deux ans que je suis là…

Tandis qu’on passe devant les cellules, mes colocataires sifflent et crient mon nom. Marve impose de sa voix caverneuse :

— Du calme !

Ses réclamations obtiennent l’effet tout inverse. Il grommelle dans son épais double menton et nous sortons enfin du quartier de haute sécurité. Je me demande qui a bien pu débarquer sur cet atoll. Surtout, qu’est-ce qui peut bien mériter un trajet en bateau d’un mois ? Les conditions climatiques font qu’il est impossible de quitter cette île par la voie des airs. Le seul moyen est maritime. Soi-disant, ça limiterait les tentatives d’évasion.

Quand nous sortons du bâtiment d’isolement VIP, la chaleur accablante et surtout l’étouffante moiteur nous tombe dessus. Plus d’une dizaine de miradors gardent l’endroit. Endroit qui vit à l’ancienne. À cause des circonstances météorologiques, pas question d’utiliser la technologie de pointe. Non, ici on fonctionne avec des clés, des menottes en acier inoxydable et des yeux humains en guise de caméras. Je ne sais pas comment la prison recrute. J’imagine bien le gros Marve dans son salon, en caleçon, bière à la main, épluchant les petites annonces pour trouver son job de rêve. « Conditions idéales, paie faramineuse, temps fixe, assurance santé grandement avantageuse, nourri, logé, blanchi. Devenez un agent du gouvernement. Travaillez pour votre pays ! » Quel enchantement ça a dû être pour lui de se retrouver ici !

Il me conduit toujours vers le bâtiment administratif et je lui demande :

— Qui me réclame ?

— Une sacrée bonne femme, l’une de celle que j’emmènerais bien au restaurant.

Autrement dit, elle est sexy et il se la taperait bien. Un autre garde nous ouvre la porte et nous suivons encore de nombreux couloirs. Au moins, ça me fait une petite balade et, si comme l’a dit Marve cette femme est hot, j’en prendrais plein les yeux. Nous arrivons bientôt devant une cloison fermée. L’attitude de mon escorte change du tout au tout.

Je lui suggère, pince sans rire :

— Tu devrais peut-être t'asperger de déodorant et mettre une nouvelle chemise.

— La ferme, Nollaig !

La porte s’ouvre soudainement sur le lieutenant-colonel. Ici, il est le maître incontesté. Je comprends rapidement que s’il est là, dans cette salle, c’est que c’est grave. Ses yeux gris fixent le pauvre Marve qui se rapetisse dans ses chaussures.

Le directeur annonce d’une voix sans appel :

— Vous pouvez nous laisser, Legol.

Le lieutenant-colonel pose une main sur mon épaule pour me faire entrer dans la pièce alors que Marve répond timidement :

— C’est Légal, mais ça n’est pas grave, Monsieur Righteousness.

Dans mon dos, la porte se ferme sans que le lieutenant-colonel se soit excusé. Au centre de la salle, il y a une table où une femme est assise. Elle est rousse, une jolie couleur envoûtante. Elle ne porte pas d’uniforme, mais ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas de la maison. Ses iris verts me trouvent. Son maquillage est léger, mais je peux voir d’un coup d’œil qu’elle souffre de la chaleur.

Le directeur me pousse à m’asseoir face à elle. Ce que je fais, en posant mes mains toujours menottées sur la table. Le vieil homme prend place à ses côtés. Tous deux m’observent longuement sans rien dire. Est-ce une nouvelle technique d’interrogatoire ?

C’est Righteousness qui annonce :

— Soldat, votre nation a besoin de vous.

Surprise par cet aveu, je ne peux m’empêcher d’exploser de rire. Je réagis sans réfléchir :

— Oh… Attendez ! Vous êtes sérieux ?

Devant leurs silences, je reprends dans l’atmosphère pesante :

— Je suis ici parce que j’ai servi mon pays.

— Vous avez divulgué des artefacts ennemis lors de votre dernière mission et vous refusez de coopérer pour nous dire ce que vous avez vu, rectifie la rousse avec fermeté.

— Non, absolument pas, Madame…

Je lève les mains en sa direction et continue :

— … qui que vous soyez.

Si je n’ai rien balancé lors de ma comparution en cour martiale, ce n’est pas maintenant que je vais craquer.

— Remarquez, passons un accord. On couche ensemble et je vous annonce tout ce que vous voulez.

— C’est à se demander comment vous avez pu avoir une brillante carrière ces dernières années, Sergent Nollaig.

D’un signe de tête, elle congédie Righteousness. Après une hésitation, il se lève et la salue. La femme face à moi attend qu’il ait quitté la pièce pour reprendre la parole :

— Je ne vais pas passer par quatre chemins. Vous avez été confrontée à une présence extraterrestre inédite sur Terre. Ce que vous avez à me dire peut nous aider à contrer une possible attaque. Aux quatre coins du pays, on rapporte déjà des phénomènes inexpliqués. Cette chose que vous avez rencontrée va venir chercher ce qui lui a été dérobé. Quelle que soit la personne à qui vous avez confié cet objet, vous l’avez mise en grave danger. Je vous donne une chance de sauver ce qui peut encore l’être.

Cette fois, je perds mon sourire et lui demande :

— Vous allez me faire sortir d’ici ?

— Je veux d’abord une déclaration complète ainsi que l’artefact.

— Qu’est-ce qui me garantit que vous n’allez pas me la faire à l’envers ?

— Malheureusement, vous n’aurez que ma parole, Sergent.

Longuement, je souffle. Je déteste ça. Je lui livre tout de même :

— Une fois que je vous aurais tout dit, et que vous serez satisfaite, j'aimerais faire partie de votre enquête. Marché conclu ?

Un petit rictus étire les lèvres de la rousse. Elle me jauge du regard avant de se redresser dans son siège. Ses yeux verts n’ont pas quitté les miens.

— Seulement si vous mettez votre tendance à l’insubordination de côté, Sergent. Vous serez sous mes ordres et je ne commets jamais de bavure, assure-t-elle.

— Bien, Madame, dis-je en m'asseyant correctement.

J’essaie de réorganiser mes souvenirs de la dernière mission et lui livre :

— On était en intervention secrète dans la forêt amazonienne. J’avais pour tâche d’éliminer une menace prioritaire. Le plan était simple : obtenir des informations, évaluer les forces en présence et supprimer ma cible.

À sa tête, je comprends que cette partie-là elle la connaît déjà. Pourtant, je poursuis sans omettre ces détails :

— On est restés sur place un moment, à prendre des renseignements. C’était une installation étrange, beaucoup de camions faisaient des allers et retours. L'objectif devait se rendre dans le complexe dans quelques jours. Tout était planifié. Je savais où me positionner pour l’avoir dès qu’elle serait en vue. Seulement, rien ne s’est passé comme prévu. Une milice ou un gang a attaqué à l’instant même où la cible est arrivée sur les lieux.

Je me revois là-bas à cet instant : la chaleur étouffante, le crépuscule qui donne des lumières magnifiques... Un raclement de gorge me fait sortir de mon état de nostalgie. Après cette mission, ma vie entière a changé. Les yeux de la rousse me sondent avec attention. J’explique :

— L'objectif a pris la fuite et le sergent Hourting a voulu poursuivre la tâche coûte que coûte. Il a réussi à me convaincre. Nous avons quitté nos positions et sommes descendus dans la vallée vers l'édifice. Le temps qu’on arrive, plus de la moitié des hommes sur place avaient été éliminés. Les détails sont flous, mais nous avons pénétré dans le bâtiment hautement sécurisé. On a découvert un amas de cadavres, d’un côté comme de l’autre. L’électricité a sauté au moment où nous passions dans des sortes de labos. C’est là où j’ai trouvé le bidule que vous cherchez. Je l’ai mis dans ma poche et nous avons continué.

Les yeux verts de la rousse ne m’ont pas quittée. Elle n’a pas non plus sourcillé. Je poursuis inlassablement :

— Au détour d’un couloir, on a aperçu la cible dans une pièce face à une grande baie vitrée. C’était comme une salle d’observation, vous voyez ?

Lentement, elle acquiesce. Je sais que je prends mon temps, mais ce que j’ai découvert là-bas..., j’ai toujours du mal à y croire.

Doucement, j’inspire et lui confie :

— La présence extraterrestre était emprisonnée derrière un mur en verre. Ceux qui travaillaient dans les laboratoires devaient mener des expériences sur cette chose et son équipement. Je n’en sais rien. Aucune idée, toujours est-il que Hourting a pensé que c’était le meilleur endroit pour abattre la cible.

Je secoue la tête de droite à gauche et lui dis amèrement :

— Ça ne l’était pas. On est entré, on a tué quelques scientifiques, et là…

La peur que j’ai ressentie à cet instant revient en rampant tel le serpent du malin.

— Je ne sais pas pourquoi, mais Hourting s’est mis à tirer sur la paroi. La cible lui hurlait d’arrêter, mais il a continué. Il a vidé trois chargeurs dessus et la vitre s’est brisée. Quelque chose est sorti de là, a tué Hourting et l'objectif de ma mission. Moi, je me suis barrée.

Je n’aime pas parler de ça. Aussi, j’ajoute :

— J’ai envoyé le paquet à mes parents, par la poste civile. J’ai ordonné à mon père d’enterrer le truc sous la grange et de ne pas y toucher jusqu’à ce que je revienne. Voilà, je vous ai tout dit. Vous me faites sortir maintenant ?

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