Chapitre 0 — Chapitre 1 : En apnée
Sur les lèvres d'Éva · Charlie Moon
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De nos jours…
Je suis en retard, terriblement en retard. Et je déteste ça ! S’il y a bien une chose qui m’insupporte et que je reproche systématiquement aux autres, c’est le manque de ponctualité. Alors lorsque c’est moi qui ne suis pas à l’heure, mon exaspération est à son comble.
Je m’agite dans tous les sens à la recherche de ces satanées clefs qui, une fois de plus, ont décidé de me jouer un mauvais tour au moment où j’en ai le plus besoin.
— Raph !
Je crie en direction de l’étage mais pas de réponse. Silence radio.
— Putain mais c’est pas vrai !
Je m’énerve contre moi-même en retournant les coussins du canapé avant de m’égosiller encore une fois.
— Raaaphaaa !!!
— Mais qu’est-ce que tu as à brailler comme une poissonnière à une heure pareille ?
Mon regard se porte sur mon colocataire, Raphaël, descendant les escaliers, torse nu, une main dans ses cheveux ébouriffés et l’autre dans son caleçon.
— Évite de te tripoter quand tu es devant moi, tu veux ?
Je lui intime de se maîtriser en affichant un air de dégoût.
— Tu ne prétendais pas ça à une certaine époque.
— Sauf qu’à cette époque, comme tu dis, tu avais un vagin et non un pénis.
Il me tire la langue avant de prendre la direction de la cuisine pour se servir un jus de fruits.
— Tu devais être Super nonne dans ton ancienne vie, parce que tu es déchaîné depuis que tu as ce truc greffé entre les jambes.
Je me moque gentiment de lui en désignant ses parties.
— Désolé, j’avoue qu’on a peut-être un peu manqué de discrétion cette nuit.
— Un peu ? C’est le moins que l’on puisse dire. Je serais presque jalouse.
Raphaël se pavane comme un coq, fier de lui.
— On m’a toujours dit qu’il ne fallait pas retenir ses orgasmes.
— Il y a des limites à tout, tu sais.
Il grimace des excuses.
— Est-ce que je le ou la connais ?
Alors que je poursuis mes recherches tout en ronchonnant, je reconnais aussitôt l’air coupable que prend mon ami lorsqu’il sait que je vais désapprouver ce qu’il n’ose pas m’avouer.
— Ne me dis pas que…
— Non, je ne te le dis pas ! se défend-il.
— Raph, tu as oublié ? No zob in job ! Ça s’applique bien plus maintenant que tu en as un.
— Je sais, mais Jérémy est tellement craquant avec ses petites fossettes. Dès qu’il me sourit, je fonds comme neige au soleil.
— Tu es encore plus guimauve que moi.
— Ce n’est pas un scoop, ma chérie. Ton cœur est dur comme la pierre depuis ta petite bourgeoise.
— Oh ! Beau placage, Zizou. Très pertinent comme remarque.
— Andie, les placages, c’est au rugby.
— Oui je sais, merci.
— Zizou jouait au football, pas au rugby.
— C’est pareil !
— Alors non, pas vraiment.
J’ignore sa réplique et poursuis ma quête de recherche de clefs.
— Éva n’a toujours pas appelé ?
— Elle ne le fera pas.
— Ma puce…
Je le stoppe d’un geste de la main alors qu’il s’apprête à me prendre dans ses bras pour me réconforter avant même que je ne craque.
— Non, s’il te plaît. Je n’ai pas envie de chialer avant mon rendez-vous.
— Andréa, ça ne fera pas de toi quelqu’un de faible, une personne forte n’est pas celle qui ne pleure pas. Une personne forte est celle qui pleure et verse des larmes pendant un moment, se lève et se bat à nouveau.
— Eh bien ce jour n’est pas venu.
Mon regard soutient le sien sans ciller. Je sais que je vais lâcher prise à un moment ou à un autre et que Raphaël sera là pour me rattraper lorsque je tomberai, mais ce temps-là n’est pas encore arrivé. Je ne suis pas prête à déposer les armes et m’effondrer comme un château de cartes. Il me connaît assez pour ne pas insister et me laisse tranquille.
— Si ce sont tes clefs de moto que tu cherches, elles sont sur le plan de travail.
Je cours dans la cuisine et récupère mon trousseau avant de l’embrasser pour le remercier.
— Qu’est-ce que je ferais sans toi !?
La bandoulière de mon sac sur l’épaule, j’attrape mon casque et me dirige vers la porte d’entrée.
— Où vas-tu ?
— À L’Isle-Adam. J’ai rendez-vous avec un maître d’œuvre pour la maison de verre et d’acier.
Raphaël manque de s’étouffer avec sa gorgée de jus.
— Quoi ? LA maison de verre et d’acier ?
— Celle-là même.
— Tu m’avais pourtant mentionné que les proprios ne voulaient pas s’en séparer ?!
— Il faut croire qu’ils ont changé d’avis.
— Merde. Je suis désolé pour toi, Andie. Je sais à quel point cette maison te tient à cœur et combien elle t’a toujours fait rêver.
— Ouais… c’est la vie, que veux-tu. Je n’aurais jamais eu les moyens de l’acheter, de toute façon. J’espère simplement que le nouveau propriétaire n’envisage pas de trop la dénaturer. Elle est juste parfaite comme elle est.
— Pourquoi tu as accepté si c’est un crève-cœur ?
— Quitte à opérer des changements, je préfère avoir mon mot à dire. Mais je n’ai rien signé pour l’instant, c’est seulement un premier contact avec lui.
— Ne sois pas trop dure.
— Et toi, va prendre une douche, tu empestes le sexe !
— Jalouse !
— Je suis découverte ! Allez, je file, je suis affreusement en retard !
— Tu me raconteras ?
— Évidemment !
Je claque la porte et enfile mon casque avant d’enfourcher ma moto et de m’engager dans les rues parisiennes. Mon esprit vagabonde dans mes souvenirs de ces dernières semaines. Des souvenirs heureux, impérissables et éphémères à la fois. Déchirants, aussi. Ces longues semaines passées aux côtés d’Éva ont sans doute été les plus intenses de toute ma vie. Et probablement les plus douloureuses. Ne pas flancher. Voilà ce que je me répète en boucle depuis près de trois mois. Trois mois durant lesquels je n’ai eu absolument aucune nouvelle d’elle…
Lorsque je me gare devant la magnifique propriété pour laquelle j’ai toujours eu un faible, je réalise que j’ai plus d’un quart d’heure de retard. Casque en main, je monte deux à deux et au pas de course les quelques marches qui permettent d’accéder à la maison. Ce qu’il me semble être le maître d’œuvre patiente sur le palier, téléphone portable collé à l’oreille.
— Désolée pour le retard…
Je m’excuse à voix basse de sorte de ne pas l’interrompre dans sa conversation.
— La propriétaire vous attend à l’étage.
Il chuchote en me faisant signe d’entrer.
Cette maison, je l’ai visitée des centaines de fois, dans mes rêves. Un pur chef d’œuvre d’architecture vu de l’extérieur, et tout aussi incroyable une fois à l’intérieur. Montée sur deux étages et entièrement faite de verre et d’acier, elle offre une vision à 360° époustouflante sur la capitale et la vie qui l’entoure. Intra-muros, certains s’y sentiraient épiés, moi je m’y sens parfaitement à l’aise et en sécurité. Tout en m’émerveillant d’une pièce à une autre, je déambule à la recherche du nouvel acquéreur avec qui j’ai rendez-vous. Alors que je suis subjuguée par le panorama qui s’offre à moi dès lors que j’atteins le balcon, je ressens une présence dans mon dos.
— La vue est sublime, n’est-ce pas ?
Cette voix, je la reconnaîtrais entre mille. J’opère un demi-tour rapide, tremblante et quelque peu suffocante.
— Éva ?!
Comme si je venais de toucher un fil électrique, un courant me traverse de la tête aux pieds au moment où je me retrouve face à la femme qui hante mes pensées depuis des semaines.
— Bonjour, Andréa.
[…]
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