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The Real Me · Kyrian Malone , Jamie Leigh

The Real Me

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Le calme était de rigueur quand l’avion du BAU décolla de l’aéroport de Lawton à sept heures.

Toute l’équipe était silencieuse, prenait le temps de se réveiller. Reid avait investi la banquette à l’arrière de l’avion pour terminer sa nuit puisque, comme tout génie qui se respectait, le jeune docteur avait besoin de ses huit à dix heures de sommeil par jour. Penelope consultait ses mails privés, Hotch’ était plongé dans ses rapports tandis que Rossi ne tarderait pas à préparer le café. De son côté, JJ s’était installée près du hublot, à sa place habituelle. Derek à sa gauche, Emily s’était donc installée en face de lui. Toutes les deux ne s’étaient pas adressées la parole depuis la veille, du moins, hormis un « salut » habituel quand toute l’équipe s’était retrouvée à l’aéroport pour embarquer dans le jet. Après sa douche, JJ avait constaté l’absence d’Emily et s’était couchée, perturbée, en proie à une confusion sans borne née de ses réflexions incessantes. Elle s’était endormie d’épuisement vers une heure du matin sans comprendre pourquoi Emily n’était pas rentrée se coucher. Elle n’avait pas été capable de juger si son absence avait été préférable ou non. Maintenant dans l’avion, Emily à quelques mètres d’elle, JJ perdait toute sa contenance. Comment pourrait-elle la regarder, lui parler, faire comme à leur habitude après ce rapprochement que JJ n’avait pas attendu ? L’agent Jareau s’en voulait, en voulait à Emily, accusait son manque de discernement. Comment avait-elle pu se laisser aller à tant de luxure tandis qu’Emily était son amie et sa collègue ? JJ ne cessait de s’interroger, de répondre à ses propres questions sans jamais trouver la réponse convenable à ses doutes et ses craintes. Une chose était certaine : elle devrait parler à Emily car jamais, ce qui s’était passé la veille, ne devait se reproduire. JJ se voulait convaincue dans ses résolutions et Dieu savait que tout résidait dans la force du mental dans ce genre de situation. Quand l’avion se stabilisa en vitesse de croisière, elle se leva en s’excusant auprès de Derek afin de rejoindre l’arrière de l’appareil. Elle avait besoin d’un bon café. Derek la suivit des yeux et baissa son journal afin de demander à Emily d’une voix discrète :

— Hey, Prentiss, l’interpella-t-il. C’est moi ou JJ est moins bavarde que d’habitude ?

Emily l’avait remarqué, mais contrairement à Derek, comprenait ce mutisme soudain. JJ avait dû réfléchir toute la nuit et continuait de le faire. Les regards que Jennifer lui avait lancés expliquaient à eux seuls ses interrogations incessantes. L’agent Jareau, lui en voulait-elle de l’avoir prise ainsi la veille ? Peut-être bien, mais Emily ne pourrait s’excuser de l’avoir fait jouir, d’avoir permis à chacune de passer un moment de plaisir intense.

— Elle est fatiguée, comme nous tous…

Même si elle considérait Derek comme son meilleur ami, Emily ne se permettrait pas de lui confier son effronterie de la veille. Derek dodelina de la tête en signe de reddition, mais resta convaincu que quelque chose préoccupait JJ. Emily détacha sa ceinture et se leva tandis que le calme perdurait dans l’avion. Elle fit quelques pas jusqu’à l’arrière de l’appareil et y trouva Jennifer devant la cafetière. Elle se mordit la lèvre, le regard déjà rivé sur elle. Elle referma le rideau derrière elle qui les séparait de l’équipe.

— Hey, fit-elle à voix basse. Il reste du café pour une autre tasse ?

JJ manqua de renverser sa tasse en entendant la voix d’Emily. Pourquoi diable Emily la rendait-elle maintenant si nerveuse ? Elle avala difficilement, troublée et s’efforça de se reprendre. Habituellement, JJ amenait son café à Emily, ou vice-versa. Était-ce cela qui avait fait croire à Emily qu’elle avait envie de rapprochements plus intimes entre elles ? JJ allait devenir folle avec toutes ces questions stupides qui lui venaient en tête. Elle prit une tasse et la remplit avant de la tendre à Emily.

— Tiens, je… Je suis en train d’en refaire.

Elle détourna son regard en voyant du coin de l’œil, la main d’Emily se poser sur le rebord du plan de travail de l’appareil. Cette même main qui l’avait parcourue la veille, qui l’avait faite trembler de plaisir dans ce motel perdu en Oklahoma. JJ remplit sa tasse, y mit deux sucres et sentit la main d’Emily se glisser sur son ventre. Emily s’approcha d’elle, dans son dos, et l’autre main lui dégagea la nuque comme elle l’avait fait la veille. Elle ne voulait pas effrayer Jennifer, ni même la rebuter, seulement, la soulager de ses craintes, la rassurer. Elle pencha son visage vers le sien et ses lèvres déposèrent un baiser sur sa joue, plus chaste, plus retenu afin de laisser à JJ le temps de souffler.

— Tout va bien, JJ, fit-elle à voix basse.

Elle se recula de son petit corps divin qu’elle avait à peine parcouru la veille. Si Emily s’écoutait encore, elle prendrait Jennifer ici, à la dérobée, en silence. Mais elle ne pouvait aller jusqu’à cette extrémité et comptait bien respecter les souhaits et désirs de sa jolie blonde malgré ses nouvelles résolutions. Elle saisit donc la tasse qu’elle lui avait gentiment servie et reprit :

— Merci pour le café.

JJ avait cessé de respirer sur ce nouveau contact qui ne faisait que confirmer qu’elle déraisonnait. Emily osait recommencer ces approches délicieuses et ces seuls contacts avaient ramené autant de frissons que le souvenir brûlant du plaisir perçu la veille. Elle releva ses yeux bleus sur Emily, vit son léger sourire et son regard noisette qui ne la quittait pas, le même regard qui, la veille, s’était rivé dans le sien pendant qu’elle se laissait aller à son extase.

— Pour hier, tenta-t-elle…

Elle devait parler, se répétait JJ. Elle devait dire à Emily que cela ne se reproduirait pas et que personne ne devrait jamais savoir ce qu’il s’était passé. Mais son palais s’asséchait et sa nervosité perdurait :

— J’aimerais mieux que… qu’on n’en reparle plus… À personne. Enfin…

JJ se perdait et elle tenta de se reprendre, les sourcils froncés :

— Je ne veux pas dire que j’en ai parlé, non. En aucun cas je n’aurais dit ça à qui que ce soit !

Comment Emily pouvait-elle résister ? Comment diable avait-elle pu résister jusqu’à maintenant ? JJ bafouillait dans ses tentatives, bredouillait un raisonnement qu’elle s’imposait. Plus elle prononçait de mots étourdis, plus elle lui confirmait à quel point elle avait aimé. Elle fit un pas vers elle, se rapprocha de nouveau, le regard à peine baissé sur elle puisque JJ était un peu plus petite qu’elle. Du bout des doigts, elle lui écarta quelques cheveux du front avant de glisser son revers sur sa joue à la peau veloutée. Ces contacts la renvoyaient à son larcin de la veille, ce moment où elle lui avait volé ses soupirs de plaisir. Le regard brillant dans ses prunelles azur, elle mit fin à une panique inutile :

— Personne ne sera au courant, JJ…

Elle ponctua son affirmation par un léger baiser sur les lèvres entrouvertes de JJ, un baiser plus tendre qu’impatient. Elle se régala du frisson qui la traversa de part en part et se recula en lui esquissant un petit sourire.

— Et tu sais où me trouver, si besoin…

Emily fit demi-tour et ouvrit le rideau avant de revenir gentiment à sa place, la tasse de café dans sa main.

JJ était restée immobile, seule à l’arrière de l’avion, sa tasse de café toujours dans les mains. Elle n’avait pas réagi, une fois de plus, elle avait simplement « subi » les volontés d’Emily. Pourquoi diable ces maudits frissons revenaient-ils ? Pourquoi JJ n’arrivait-elle pas à se reculer et ne pas succomber au charme d’Emily ? Parce que JJ savait quel pouvoir de persuasion Emily pouvait avoir sur son entourage, sur elle… Combien de fois l’avait-elle charmée, taquinée depuis qu’elles se connaissaient ? Mais ces approches s’étaient arrêtées à de simples regards, de chastes contacts ou de petits sous-entendus innocents. Jamais Emily n’était allée aussi loin mais JJ mesurait aussi que jamais elle n’avait demandé à Emily de venir couper l’étiquette d’un de ses sous-vêtements. Tout cela était entièrement sa faute et ce qui s’était passé la veille n’avait plus rien d’innocent, songeait l’agent Jareau. Ce baiser délicieux qu’Emily venait de lui offrir était tout aussi coupable que ses mains qui avaient parcouru son corps la veille. JJ resta face à la cafetière qui s’écoulait lentement. Elle sursauta quand Reid posa sa main sur son épaule :

— JJ ? Tout va bien ?

JJ mesurait qu’elle était à fleur de peau.

— Oui, ça va, répondit-elle, plus détendue face à Spencer qui ne pourrait jamais soupçonner le fil de ses pensées. J’ai mal dormi cette nuit mais tout va bien.

— On a encore quelques heures de vol, fit-il. Tu devrais t’allonger et dormir un peu, ça te fera du bien.

JJ ne parviendrait jamais à dormir. Que diraient ses collègues si elle se mettait à parler dans son sommeil, car JJ parlait dans son sommeil !

— Je vais me rasseoir, merci Spenc’.

Elle quitta la cabine et son regard croisa aussitôt celui d’Emily qui était retournée à sa place mais cette fois, à côté du hublot, donc, théoriquement face à elle. Faisait-elle exprès pour la provoquer, se demanda JJ l’espace d’un instant. Elle chassa cette maudite pensée de sa tête et Derek se leva :

— Vas-y, passe, fit-il. Je vais me faire un café puisque personne ne semble s’occuper de moi aujourd’hui.

Malgré la taquinerie de Derek, JJ resta de marbre, trop préoccupée par Emily. Elle se rassit à sa place, face à elle, et posa sa tasse sur la tablette. Le silence revenait et JJ avait l’impression dérangeante que la climatisation était déréglée... Face à elle, Emily avait une vue parfaite sur l’agent Jareau. Elle pouvait la détailler à sa guise, la déshabiller du regard, se laisser envahir par les doux souvenirs de la veille. JJ évitait le contact visuel, tout comme elle aurait sûrement préféré tous les autres devant la cafetière. Maintenant, elle paraissait plus nerveuse que jamais. Profiler ou pas, Emily savait à quel point elle avait bousculé la vie de Jennifer, combien elle l’avait chamboulée tout entière. Elle aurait dû culpabiliser pour ça, se maudire de l’avoir déstabilisée à ce point… Mais aucun regret, aucun remords ne venait parasiter la satisfaction, le plaisir qu’Emily prenait en cet instant. Pourquoi se flageller l’esprit devant la preuve de sentiments réciproques ?

Parce que JJ avait pris sa main d’assaut pour la glisser dans sa culotte… Parce que JJ ne l’avait pas repoussée… Parce que JJ ne l’avait pas arrêtée… Parce que JJ lui avait murmuré de continuer…

Emily en avait un souvenir impérissable, une image parfaite gravée dans sa mémoire. Elle tendit le bras vers sa tasse et but une gorgée de café avant de la reposer. Si JJ continuait à la bouder ainsi, l’équipe s’en apercevrait et se poserait une foule de questions… Elle se redressa sur son fauteuil et saisit son portable dans sa poche en le sentant s’agiter contre sa paume. Elle ouvrit le message et rit en silence en visionnant la vidéo que Derek lui avait envoyée. C’était une de ces vidéos sur internet qui présentait des chatons dans toutes sortes de situations farfelues. Elle jeta un œil sur JJ et glissa son portable vers elle, devant ses yeux afin de lui montrer le message de Derek… Peut-être JJ se dériderait-elle un peu ?

La concernée prit le téléphone et lança la vidéo, toujours incertaine. Que voulait lui montrer Emily ? Quand elle comprit qu’il ne s’agissait que de chatons, ses sourcils se levèrent et un léger sourire dessina enfin ses lèvres. Elle ne put s’empêcher de relever ses yeux de l’écran et croisa directement ceux d’Emily qui ne cessaient encore de la détailler. JJ aurait payé cher pour savoir ce qu’Emily pensait en cet instant et ce qu’elle avait pensé la veille…

— Ils sont mignons, dit-elle simplement.

Elle rendit son téléphone à Emily et ses doigts nerveux remontèrent à ses lèvres pour les occuper. Accoudée à son siège, elle détourna les yeux vers le hublot, se souvint de ce nombre incalculable de fois où Emily et elle s’étaient retrouvées assises ici à se lancer parfois des regards éloquents. JJ savait avec certitude qu’elle avait laissé des portes entrouvertes à ce qui était arrivé hier soir sans jamais soupçonner qu’une telle chose arriverait. Elle ne devait s’en prendre qu’à elle-même d’être aujourd’hui dans cette situation des plus inconvenantes, car « inconfort » il y avait de se retrouver face à son amante d’un soir qui était une amie et collègue de surcroît. JJ espérait que le temps effacerait ses troubles autant qu’il lui permettrait d’oublier cet écart de conduite où elle avait dévoilé une partie d’elle-même qu’Emily n’aurait jamais soupçonnée. Mais Emily oublierait-elle seulement cette étreinte déplacée devant le miroir ?


Arrivée au BAU, l’équipe reprit son travail quotidien malgré la fatigue. Des rapports devraient être rédigés après l’enquête en Oklahoma et d’autres affaires nécessitaient les compétences des profilers. Assise à son bureau, Emily avait retrouvé sa place habituelle près de Derek et de Reid qui se trouvait derrière eux. Deux mois étaient passés depuis son retour à la vie et le fonctionnement de l’équipe reprenait doucement son cours normal. Reid avait fini par comprendre que JJ n’avait pas eu le choix de garder le secret, qu’Emily avait dû se protéger pour protéger le fils de Doyle. Ce problème réglé et débattu, ils pouvaient à présent se reconcentrer sur leur travail habituel. Mais Emily gardait en mémoire ce qu’elle avait vécu, comme une toile de fond qui guiderait certainement chacune de ses actions futures. Les yeux sur l’écran de son ordinateur, le dos reposé contre le dossier de son fauteuil, elle les détourna vers la porte au fond de la salle. LA porte close derrière laquelle se trouvait JJ et sa montagne de dossiers en attente. Elle jeta un œil sur l’horloge qui indiquait bientôt une heure et se décida à se lever. Jennifer s’était enfermée dans son bureau dès leur retour et n’en était pas sortie. Elle en souriait en songeant à quel point elle avait pu dérouter le train de sa vie… Elle frappa à la porte et ouvrit sans franchir le seuil. La main sur la poignée, elle posa les yeux sur l’objet de ses désirs derrière le bureau.

— Ça te dit de déjeuner ou tu fais la grève de la faim ? demanda-t-elle, taquine.

JJ avait aussitôt relevé ses yeux sur la porte et sur Emily. Depuis l’atterrissage, ou depuis leur retour d’Oklahoma, elle s’était enfermée dans son bureau mais ne parvenait pas à se concentrer sur ses dossiers. Hotch’ était venu la voir pour lui demander ce qui n’allait pas, si Henry était encore malade depuis leurs investigations au Texas. Elle savait que son supérieur se posait des questions et ses collègues devaient certainement s’en poser aussi. Elle devait donc se ressaisir, oublier, prétendre que rien ne s’était passé, et la seule façon de le faire était de faire comme à ses habitudes passées avec Emily. Elle se leva, malgré tout perturbée et répondit :

— Je viens oui…

Elle enfila sa petite veste assortie à sa jupe tailleur, prit son sac à main et contourna le bureau pour rejoindre la porte où l’attendait Emily. Bien sûr, Emily la laissa passer devant elle sans trop s’écarter et JJ put sentir toutes ces fragrances encore gravées dans ses narines. Elle lança un coup d’œil vers la plateforme : Derek était en train de manger, Reid en pleine rédaction de son rapport et David avait dû sortir déjeuner également. Elle suivit Emily jusqu’à l’ascenseur et y entra avec un autre agent d’une des équipes du BAU. JJ resta contre la paroi, son sac sur l’épaule, ses mains dans son dos, le regard vagabond semblant aimanté en permanence par l’agent Prentiss. Toute la complexité de ce déjeuner résiderait certainement dans le fait qu’elles seraient seules, une fois de plus, mais JJ ne devait pas se démonter et devait prouver à Emily qu’elle gérait la situation et que tout redevenait normal. Elles quittèrent l’ascenseur au second étage où se trouvait la cafétéria de Quantico, une cantine de bureau où il était préférable de se rendre entre les heures de repas pour ne pas attendre trop longtemps. Elle suivit Emily jusqu’au comptoir, commanda une salade ainsi qu’une bouteille d’eau tandis qu’Emily prenait un sandwich au poulet et un soda. Toutes les deux prirent place à une table près des vitres, l’une en face de l’autre. Emily sentait la nervosité de JJ malgré tous ses efforts à la dissimuler. Le simple fait qu’elle demeure silencieuse indiquait un malaise certain. Mais elle le comprenait et n’irait pas le reprocher à Jennifer. D’ailleurs, celle-ci n’en était que plus attirante, ainsi rongée par ses réflexions désordonnées. Emily devrait simplement remettre un peu d’ordre dans les idées de JJ, pensait-elle.

— Comment va mini Jareau ? demanda-t-elle en ôtant la cellophane autour de son sandwich.

JJ savait qu’il n’était pas dans les habitudes d’Emily de faire la conversation, mais elle n’y parvenait pas.

— Henry va mieux, dit-elle. Will a pris quelques jours de congés pour s’occuper de lui.

Parler de Will serait peut-être un bon sujet de conversation pour démontrer à Emily qu’elle était déjà avec quelqu’un. Elle mangea un peu de salade et releva un regard se voulant discret sur Emily.

— Il m’a demandé en mariage, lança-t-elle alors qu’elle n’en avait parlé à personne jusqu’à maintenant.

Emily détourna les yeux sur son sandwich et rajusta le morceau de tomate entre les deux pains. Elle ne put réfréner un petit sourire amusé par cette annonce. Certes, l’annonce en elle-même n’avait rien d’amusant, ni de réjouissant, mais ce qui l’était davantage était les circonstances de cette annonce. Habituellement, Jennifer n’épiloguait pas sur Will, sur leur relation et d’ailleurs, Emily se rappelait son désaccord concernant leur mariage. JJ lui rappelait simplement qu’elle n’était pas célibataire et insistait dans ce sens avec cette demande en mariage. Pourtant, malgré cet élément nouveau et pour le moins important, JJ lui avait demandé de continuer, de la faire jouir… Elle croqua dans son sandwich et releva les yeux sur JJ avant de demander :

— Et où la belle et magnifique bague traditionnelle ?

JJ se pinça les lèvres. Il n’y avait pas de bague bien sûr, parce qu’il n’y avait pas eu de demande, pas plus qu’il n’y aurait de mariage. JJ mentait à Emily. Ce n’était certes pas un gros mensonge mais un mensonge destiné à remettre sa vie affective sur le droit chemin de la fidélité.

— La bague, répéta-t-elle…

Elle fronça brièvement les sourcils et expliqua, saisissant la première idée qui lui vint :

— Elle était à peine trop grande…

Un mensonge en impliquait toujours un autre, réalisait alors l’agent Jareau qui n’avait jamais eu pour habitude de mentir. Elle termina :

— Je l’ai amenée à la bijouterie pour la faire resserrer.

Cette fois, Emily se doutait qu’il s’agissait d’un mensonge. Un énorme mensonge destiné à lui faire abandonner son insolence, à éloigner ses mains baladeuses… Elle croqua un autre morceau de son sandwich et commenta :

— J’imagine déjà la tête de Garcia quand elle va savoir ça… Parce que je suppose que tu vas leur dire aussi si tu ne l’as pas déjà fait.

JJ arrêta de mâcher sa bouchée. Elle s’enfonçait de façon lamentable dans son mensonge et il n’était pas trop tard pour faire marche arrière. Pourtant, elle ne put faire autrement que de poursuivre :

— Je leur dirai… Dès que nous aurons fixé une date.

Emily esquissa un sourire impossible à refouler. Un sourire charmé autant qu’amusé par ce comportement d’enfant pris en faute. Bien sûr, elle se montrait hypocrite puisqu’elle n’aimait pas Will et ne l’avait jamais aimé. Pour elle, il était celui qui avait eu JJ sans avoir le moindre charme… Son seul pouvoir de séduction, s’il en avait un, résidait dans son regard de chien battu, à l’agonie, à la limite de la mort…

— Garcia risquerait de t’en vouloir si elle savait que tu me l’as dit avant… Tu sais qu’elle aime être la première au courant, surtout quand il s’agit de toi.

— Je sais, répondit JJ.

JJ ne se sortirait jamais de ce guêpier dans lequel elle venait de se mettre comme une grande. Voilà à quoi Emily la poussait. Et JJ n’était même plus sûre que l’agent Prentiss, en tant que profiler du FBI expérimenté et ancien agent de la CIA, ne voie pas clair dans son petit jeu improvisé de menteuse qui ne l’avait jamais été. JJ s’en sentait ridicule mais son petit côté orgueilleux la poussait à ne pas admettre qu’elle mentait dans l’espoir de se détacher des évènements de la veille. Tout était encore bien trop « frais » dans son esprit, trop encombrant. Elle se souvenait de chaque seconde de ce moment, de l’instant où Emily avait posé ses lèvres dans son cou, ses mains sur son corps, ses doigts sur son intimité à celui où elle l’avait plaquée contre le miroir de la chambre en capturant ses lèvres... JJ en avait les joues rosées rien que d’y songer tandis qu’elle voyait la main d’Emily tourner lentement la canette de soda sur elle-même. Elle s’efforça de chasser ces images de son esprit embrumé et se leva :

— Je dois remonter, j’ai pris du retard ces dernières semaines…

Emily esquissa un nouveau sourire, complètement séduite par les réactions de JJ. À présent, celle-ci fuyait littéralement devant la pression que son propre mensonge provoquait. Elle se leva à son tour et répondit :

— Tu as raison, j’ai aussi des rapports à terminer…

Elle suivit JJ dans la salle de la cafétéria. Toutes les deux jetèrent leurs détritus dans une des poubelles et se dirigèrent vers les ascenseurs. Debout devant les portes closes, en attendant qu’elles s’ouvrent, Emily jeta quelques regards amusés sur JJ qui ne se déridait pas une seule seconde.

— En tout cas, je suis contente pour vous, rajouta-t-elle afin d’enfoncer le couteau.

JJ était davantage perturbée. À quoi jouait Emily ? Pourquoi lui disait-elle une chose pareille ? Cela signifiait-il que son message était bien passé ? Qu’il n’y aurait plus de « laisser-aller », de contact ou de quelconque rapprochement entre elles ? C’était ainsi qu’il devait en être de toute façon, se martelait JJ. Elles entrèrent dans l’ascenseur, seules et JJ se retrouva devant Emily, face aux portes. Elle se mordillait le coin de sa lèvre, nerveuse, son regard sur les chiffres des étages qui défilaient. Que se passerait-il si cet ascenseur tombait en panne ? Si Emily décidait de la prendre ici, dans cette cabine ? JJ en sentit quelques bouffées de chaleur et soupira doucement pour évacuer l’angoisse qu’elle pensait subir par ses pensées déplacées. Mais Emily avait d’autres plans en tête… Bien sûr, elle aurait pu profiter de ce petit corps devant elle, écouter ses désirs hurlants au fond d’elle. Le souvenir de son abus en Oklahoma restait gravé dans ses chairs et ses envies se démultipliaient depuis. Le goût des lèvres de JJ hantait les siennes et ses doigts gardaient la douceur de son intimité. Mais JJ avait voulu la provoquer avec son histoire de mariage, avait tenté de la déstabiliser… Emily jouerait son jeu jusqu’au bout et ainsi, attiserait le feu qu’elle avait allumé la veille.

Les portes s’ouvrirent sur le couloir du troisième étage où se trouvaient les bureaux du BAU et toutes les deux en sortirent.

— On se voit plus tard, fit Emily en s’éloignant vers les toilettes.

JJ resta plantée un instant dans l’allée où d’autres agents allaient et venaient en la contournant. Emily n’avait rien fait dans l’ascenseur, n’avait pas tenté le moindre contact. Alors peut-être JJ avait-elle réussi à faire passer son message. Si tel était le cas, pourquoi se sentait-elle si confuse ?

— C’est quoi cette petite moue toute triste ? lança Garcia en arrivant de son bureau, son notebook sous le bras.

JJ se reprit et se défendit :

— Je ne faisais pas de moue triste !

— Oh si tu en faisais une, insista Penelope. Je descends manger, tu viens avec moi ? Tu pourras me raconter tous tes malheurs et moi les miens.

JJ lança un autre coup d’œil vers la porte des toilettes où Emily avait disparu et regarda Penelope :

— Non, j’ai déjà mangé, je te remercie, on se voit plus tard.

Elle s’éloigna vers les toilettes sans attendre de réponse de la part de sa meilleure amie et poussa la porte de la pièce en croisant un autre agent qui en sortait. Elle se retrouva seule avec Emily qui se tenait devant le miroir et se lavait les mains. Elle approcha d’un pas plus lent, la mine se voulant naturelle. Mais plus JJ tentait d’être naturelle, plus elle avait une expression qui révélait justement qu’elle ne l’était pas. Elle s’arrêta près d’Emily, passa ses mains sous le robinet d’eau qui s’enclencha automatiquement. Elle récupéra un peu de savon, voyant Emily se reculer pour se sécher les mains sous l’appareil fixé au mur. JJ se demandait encore ce qu’elle faisait là alors que ni elle ni Emily ne parlaient. Plus ces maudites secondes de silence passaient, plus JJ se sentait excédée, comme provoquée par le calme dont faisait preuve Emily. Comment faisait-elle pour être aussi détachée, se demandait JJ. Elle se recula du robinet et releva son regard sur Emily qui la détaillait sans bouger, sans quitter la pièce où elle avait pourtant terminé ce qu’elle était venue y faire. JJ passa ses mains sous la ventilation, Emily à sa droite. Elle tenta malgré tout de briser le silence dans l’espoir de calmer ses troubles.

— Je dois descendre aux archives… tout à l’heure.

Elle releva son regard bleu sur Emily qui gardait son petit sourire charmant, provocateur aux lèvres et elle tenta encore :

— J’aurai peut-être besoin d’aide… Si tu as le temps.

Emily se retint de rire devant ce comportement enfantin de JJ. Celle-ci croyait-elle réellement passer inaperçue ? Jennifer était allée jusqu’à la rejoindre dans les toilettes, seulement pour se laver les mains. De toute évidence, son petit jeu pourtant débuté par sa jolie blonde fonctionnait à merveille. Cette remarque au sujet du travail aux archives sonnait tel un appel silencieux à la luxure, songeait Emily. Qu’est-ce que Jennifer attendait ? Elle jeta un œil sur la porte battante des toilettes où tous les agents de l’étage allaient et venaient, surtout à cette heure-ci de la journée.

— Tu n’auras qu’à m’appeler, je descendrai, répondit Emily en se redressant.

Puisqu’elle n’avait rien de plus à faire dans les toilettes, Emily s’éloigna vers la sortie sans rien ajouter. Elle ne comptait pas tourner en rond comme le faisait si bien JJ autour d’elle. Plus l’agent Jareau se conduisait ainsi, plus son désir grandissait…

JJ la vit sortir et n’eut d’autre choix que de quitter les toilettes à son tour. Elle rejoignit son bureau, ferma la porte derrière elle et lâcha un soupir d’exaspération. Que venait-elle de faire ? D’inviter Emily à l’accompagner aux archives ? Jamais elle n’avait fait cela en six ans et elle ne devrait surtout pas le faire malgré sa demande. Elle s’assit dans son siège, son regard dans le vide, la mine confuse. Elle-même, ses mensonges, son agacement, cette situation, Emily… Tout l’exaspérait ! Si elle en était là, Emily en était l’unique responsable. Pourquoi avait-elle posé ses mains sur elle ? Pourquoi l’avait-elle fait jouir ? JJ ne devait pas se laisser aller. Elle devait se reprendre, ce qu’elle fit en ramenant devant elle son dernier rapport qu’elle rendrait à Hotch’ en fin de semaine. JJ ne devait pas oublier qu’elle avait été promue « profiler » depuis sa réintégration au BAU, elle devait donc se comporter comme tel, « compartimentaliser » et laisser hors de ce bureau toutes ses réflexions personnelles.

L’après-midi défila sans appel de la part de JJ. Emily ne s’en inquiétait pas outre mesure, mais jetait quelques regards furtifs vers la porte de son bureau. Elle ne cessait de songer à cet énorme mensonge que l’agent Jareau avait inventé. Si Emily était si cruelle avec elle, elle le répéterait à Derek, qui informerait certainement Garcia et toute l’histoire retomberait sur Jennifer. Elle en avait souri toute seule devant son écran pendant l’après-midi. Peu avant six heures, Derek fit rouler sa chaise jusqu’à elle et annonça :

— C’est vendredi, princesse et aucune affaire en vue, tu sors avec moi ce soir ?

Emily tourna les yeux vers son ami qui ne manquait pas de l’inviter dès qu’il préparait une petite soirée divertissante.

— Serait-ce une proposition ? demanda-t-elle, taquine.

Bien sûr, Derek lui offrit son sourire de beau gosse et répondit aussitôt :

— Tu sais que j’aime quand tu me parles comme ça, Prentiss… Me tente pas et réponds-moi simplement que tu ramèneras tes jolies petites fesses au bar ce soir.

Depuis son retour, Emily appréciait davantage ses échanges avec Morgan, leurs petites taquineries incessantes. Elle avait réalisé en avoir besoin.

— J’y serai, répondit-elle. Qui d’autre sera là ?

— Penelope est déjà partante ; quant aux autres, je m’en charge et toi, tu t’occupes d’inviter notre nouvelle profiler…

Par nouvelle profiler, Derek parlait bien sûr de JJ.

— Ok, répondit Emily en rangeant ses affaires sur le bureau.

Satisfait, Derek se tourna vers Reid pour lancer son invitation et insister un peu.

Une fois ses affaires rangées, Emily se dirigea vers la porte du bureau de JJ ou plutôt ce qui devenait son antre depuis ce matin. Elle frappa et ouvrit avant de la voir concentrée sur un dossier.

— On va au bar ce soir, si ça te dit, lança Emily. Tu es invitée.

JJ refusait d’admettre qu’elle avait attendu la visite d’Emily tout l’après-midi. Elle avait eu un mal fou à se concentrer, à travailler sans songer à leur dernière soirée en Oklahoma. Elle se doutait que Derek était à l’origine de l’invitation de ce soir et ce même sentiment de dualité faisait rage dans l’esprit de JJ : Y aller, ne pas y aller, répondre de façon positive à Emily ou imposer un refus sec et passer pour une idiote ?

— Je termine mon rapport et je vous rejoins, dit-elle.

Car JJ avait besoin de se préparer psychologiquement. La porte se referma après un dernier sourire d’Emily et JJ songea qu’elle n’était pas vraiment habillée pour sortir. Elle se leva, fouilla dans sa valise qu’elle ouvrit mais elle n’avait plus aucun vêtement de rechange et il était hors de question de rentrer chez elle pour ressortir. D’ailleurs, que dirait-elle à Will qui l’attendait après cette longue absence ? Elle ne mentirait qu’à moitié en disant qu’elle aurait un peu de retard suite au dossier compliqué qu’elle devait traiter.

The Real Me

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Commentaires (16)

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Black_Unicorn il y a 2 jours

Nice 👌

Claire Izac il y a 3 jours

J'adore

Lily32 il y a 5 jours

Une fanfiction addictive ! Impossible à lâcher 🙈

Elisab il y a 1 semaine

Hâte de voir la suite

Elisab il y a 1 semaine

Très bon chapitre

gigi il y a 4 semaines

Hâte..

gigi il y a 4 semaines

Hâte..

gigi il y a 4 semaines

Hâte

Lisa76 il y a 1 mois

Vivement le 3eme chapitre 🥰

Lisa76 il y a 1 mois

Enfin 🔥 j’adore cette version

meli1978 il y a 1 mois

J’aurais aimée voir ça à l’ecran

Auré il y a 1 mois

Très bon chapitre , place au trois

Chantefleur il y a 1 mois

Excellent chapitre

Chantefleur il y a 1 mois

Excellent chapitre

Chantefleur il y a 1 mois

J'avais hâte de la suite

Auré il y a 1 mois

Très bon premier chapitre , maintenant place au deuxième 👌

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Quand as-tu lu ce livre ?

Même approximatif, ça nous aide à avoir des statistiques plus justes.

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