Chapitre 1 — Chapitre 1
Traumas - Tome 1 - Ténèbres à L.A. · Dan Hegman
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Il plane, se laisse aller au gré de l'air chauffé au soleil blanc, il scrute et règne de si haut qu'il est le maître ici. Il vole, il est au-dessus de tout, il est au-dessus de tous. Au sol, la gazelle impala passe dans l'ombre de cet arbre isolé, pour un instant de fraîcheur, elle y trouve la brûlure de l'enfer quand les mâchoires du léopard se ferment pour lui casser la nuque. La mort est instantanée, dans son œil on n'a pas senti la vie s'échapper lentement, sombrer hésitante dans le gouffre secret des ténèbres. Trop rapide, ce fut efficace, mais fade. La main se saisit de la télécommande, éteint le grand écran plat, caresse l'accoudoir du fauteuil en cuir pour finir par appuyer sur l'interrupteur de la lampe du salon. Le noir, seulement l'obscurité et le silence qui autorisent maintenant les fantasmes à envahir son esprit. Pas de rêves, surtout pas. Imagine, réfléchit, pense, et demain tu agis.
Il est évident qu'au mois de septembre, à L.A. on recherche l'ombre, surtout si l'on a un rendez-vous solennel, Alma se voulait présentable, fraîche et élégante comme toujours. Au pied de l'immeuble du LAPD, le soleil d'après-midi explosait sur les vitres miroirs et rayonnait sur les lunettes noires qui protégeaient ses yeux sensibles. Des yeux bleu-gris, parfois bleu clair, d'autres fois gris acier, selon l'humeur.
Au bureau d'accueil, l'officier Ralph Davis remarqua cette grande brune aux cheveux courts qui entrait dans le hall sans hésitation. La silhouette élancée, sportive, musclée même, une classe naturelle. L'ensemble forçait le charme, une belle femme, troublante. Formé à l'observation, Ralph mémorisa d'un regard professionnel − un peu macho −, un chemisier écru à col large, ouvert juste ce qu'il faut pour laisser deviner une peau bronzée et fantasmer sur la naissance de seins agressifs. Un pantalon droit bleu nuit, moulant des fesses hautes et fermes, et une boucle de ceinturon argentée sur un ventre plat. Des chaussures à talons assorties et comme bijoux, une montre-bracelet et des boucles d'oreilles ; deux petits saphirs. Ni bague ni bracelet. Elle s'arrêta au comptoir, fixa l'officier, lui demanda où trouver le bureau du Capitaine Cody Mc Kinney. Un sourire de star en guise de merci, elle se dirigea vers les ascenseurs pour se rendre au département des homicides où on l'attendait. Dans le miroir de l'ascenseur, elle vérifia sa tenue. Parfaite.
Arrivée au sixième étage, elle avança dans un open-space assez vaste et lumineux, étrangement calme malgré le nombre de policiers. Au fond de la salle, elle aperçut des bureaux vitrés, modernes équipés de rideaux vénitiens beiges pour les entretiens privés. Alma s'adressa à la personne la plus proche, sur son bureau elle put lire Carmen Rivera. Elle fut accueillie par un large sourire qui semblait ne jamais quitter ce visage aimable. Carmen la conduisit directement dans le bureau de Cody Mc Kinney qui se leva pour la saluer et fermer la porte.
— Bienvenue, Alma, vous m'appellerez Cody ou alors capitaine quand vous serez en rogne après moi. Bien ! Vous êtes bien logée, j'espère ?
— Oui, c'est acceptable, c'est près d'ici et central.
— Nous vous avons réservé un bureau confortable, équipé et ce qui est rare ici, assez calme.
— Merci Cody.
— Bon, asseyez-vous, nous allons parler un peu de vous. Il regagna son fauteuil, prit son téléphone et demanda qu'on ne le dérange pas, puis il sortit un dossier du tiroir de son large bureau très encombré. Derrière lui, accroché au mur, outre les diplômes, certificats et nominations classiques, un immense tableau au cadre simple. C'était un phare ancré sur une pointe rocheuse attaquée par une mer furieuse, l'écume blanche au sommet des vagues en rage d'invasion, donnait l'impression qu'une multitude d'armes redoutables attaquaient cette côte escarpée. Les plans arrière représentaient (sans aucun doute) la force d'une Irlande indestructible. Alma observa rapidement le Capitaine. On sentait une certaine générosité dans le physique de cet homme d'une bonne cinquantaine d'années, pas très grand, costaud, un peu enveloppé, on le devinait musclé et agile malgré son apparence bonhomme. Un regard intelligent, franc avec une touche de malice, un visage rond, une rousseur blonde, de rares cheveux et de la moustache fournie qui cachait une bouche large, équipée pour le sourire ou la grosse gueulante. Sans doute un bon vivant, qui méritait la place qu'il occupait plus par ses valeurs morales que par des jeux politiques. C'est l'impression qu'il donnait, et aussi ses vêtements simples trahissaient un homme accessible.
— C'est bon ? Vous avez jugé le bonhomme ? Je vais vous aider ; je suis d'origine irlandaise (il pointa d'un doigt, successivement le tableau et son nom gravé sur la plaquette posée sur le bureau), je suis de nature aimable, mais faut pas trop me chercher, j'ai une équipe sur laquelle je compte pour obtenir de bons résultats, et eux comptent sur moi pour les épauler au mieux. Je ne suis pas diplomate ni politique et je sais que c'est un défaut. Pour le reste vous apprendrez plus tard par vous-même, ou bien avec les langues de putes qui naviguent dans le service. On commence ?
— J'aime beaucoup votre tableau Cody, je vous écoute...
— Alma Cobb - Science du Comportement (profileuse) au FBI - commandant III accrédité, doctorat de droit, ABPP en psychologie, spécialisation trauma, formation à Quantico FBI Académy, sports ; natation, sports de combat...excellente en tir, trente-neuf ans, célibataire, depuis treize ans au FBI, dont un an de stage au MOSSAD, et aussi quelques séjours en Afrique du Sud, Mexique, Colombie, New York et deux ans à... ?! Rien ? Deux ans c'est long ! maladie ? De grandes vacances ?
— Non, pas exactement.
— Écoutez-moi bien Alma... Vous êtes charmante et sur dossier je dirais, voyons...plutôt brillante ? C'est correct ? En revanche, vous êtes ici mise à disposition du LAPD ou plus précisément détachée du FBI pour intégrer momentanément le LAPD homicide, sans notre demande ni notre accord, et j'insiste bien là-dessus ! OK, il y a des ordres que l'on ne discute pas − il pointa son index vers le plafond −, mais je vais vous avoir sous ma responsabilité et j'ai besoin d'avoir entièrement confiance en vous. Ce caviardage sur le dossier, c'est le retour aux méthodes de la vieille tante ...?
— Vous voulez avoir confiance en moi ? Donc je vous dis la vérité ?
— J'attends avec impatience...ma p'tite dame.
— Secret Défense.
— Quoi ?! Secret Défense ! Mon cul ! C'est la police ici. On fait un travail de flic, et quand on fait la guerre c'est contre le crime, pas contre des métèques au Sahara. On est mal barrés tous les deux Alma. Va falloir lâcher du lest ou ça va péter. Je déteste être manipulé. C'est quoi ce truc secret ?
— OK, Capitaine, je ne suis autorisée qu'à vous donner que peu d'éléments. Désolée, mais c'est un ordre qui vient du commandant Trevor Williams pour le FBI, et de l'adjoint au Secrétaire d'État de la Maison-Blanche, c'est le sommet de la paranoïa gouvernementale ! En fait, j'ai fait un stage "secret" pour améliorer et affiner mes compétences de profileuse experte... disons dans des conditions extrêmes. Je ne peux en dire plus, sinon je suis transférée au Phoenix VA HCS avec un Alzheimer précoce. Ce n'est pas moi qui décide dans cette affaire. Ma présence ici, c'est pour me mettre dans le bain d'un service dédié spécialement aux homicides, et sans vous flatter, il apparaît que c'est aujourd'hui celui qui a les meilleurs résultats en quota − crimes/résolution − des départements de police américains. Les statistiques mon cher monsieur...
— Putain, quelle merde ! Je n'apprécie pas qu'on me force la main, et encore moins quand on ne me dit pas toute la vérité. C'est un timbre que vous venez de coller dans votre carnet, Alma, quand il sera plein je vous vire. OK ? Bien, je vais vous faire confiance, ne me mentez pas. Ne mentez pas à vos nouveaux collègues, on vous
les présentera plus tard, ils sont dignes de confiance, ils le méritent et ils sont très bons dans leur domaine. Je vous mets sous la tutelle directe du lieutenant Peter Carroll. C'est un mec bien, il vous mettra au courant de tout ce qu'il faut savoir ici. Pour le moment nous avons deux affaires classiques qui nous occupent. Allez-y mollo dans un premier temps, ménagez les susceptibilités, enfin je vous dis ça...vous en connaissez certainement plus que moi sur la nature des gens, n'est-ce pas ? Bien, je vous reverrai bientôt. Je pense que tout va bien aller. Au fait, j'ai remarqué que vous m'avez appelé Capitaine il y a un instant, n'abusez pas. Il affichait maintenant un grand sourire.
Cody prit son téléphone. — Appelez-moi Peter, qu'il vienne dans mon bureau tout de suite, merci. Il fixa Alma, et toujours souriant lui dit ;
— Célibataire ? Une jolie femme comme vous. C'est le boulot ou une volonté délibérée ?
— Merci du compliment. La réalité ; le boulot, un caractère solitaire et un besoin de perfection presque maladif. En somme, je suis une emmerdeuse de premier choix, ce qui limite les prétendants lorsque je les laisse approcher. Mais je le vis bien.
— Au fait, excusez-moi pour le langage, mais pas de plans cul dans l'équipe, compris ? C'est mauvais pour l'ambiance et surtout l'efficacité du groupe. C'est clair ?
— Pour être clair, c'est clair.
On frappa à la porte, Cody fit signe à Peter d'entrer.
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