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📖 Extrait gratuit — 1 - Hôtel des Caraïbes
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Un Noël couleur madras · Mady D

Lire Un Noël couleur madras en ligne gratuitement 1 - Hôtel des Caraïbes

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— Allez Albane, dépêche-toi !

L’interpellée répondit en grommelant.

— Je fais ce que je peux, figure-toi ! T’inquiète pas, l’avion ne partira pas sans nous !

Albane traînait sa valise tant bien que mal, mais une roulette prenait un malin plaisir à se coincer régulièrement, ce qui gênait sa progression. Elle leva la tête. Bien que plus petite qu’elle, son amie Sandra avançait d’un pas certain vers le point d’enregistrement des bagages. Albane haussa les épaules avec fatalité. Tant mieux, il ne lui resterait plus qu’à s’incruster dans la file, ce qui représenterait un gain de temps non négligeable. Elle choisit d’encourager son amie.

— Vas-y, ne m’attends pas ! Je te rejoins dès que cette satanée valise décide de coopérer.

Sandra lui jeta un regard impatient, hocha la tête et accéléra le pas. Hors de question de perdre la moindre minute ! Plus vite les bagages seraient enregistrés, plus vite elles prendraient place à bord du Boeing qui devait les amener au soleil.

L’astre du jour, la mer, la chaleur, le sable fin ! Elles rêvaient de tout ça depuis plusieurs mois déjà. Et dire que ce projet fou résultait d’une soirée bien arrosée entre les deux amies !

Dans la file d’attente, devant le tapis qui emmènerait leurs bagages vers la soute de l’avion, Sandra se remémora leur échange décisif. À l’époque, les deux femmes subissaient chacune une rupture amoureuse et cette idée de rompre la monotonie de leur quotidien germa comme une promesse, un défi et un pari tout à la fois.

En proie au chagrin après qu’Alessio lui avait signifié la fin de leur idylle, Sandra appela Albane pour planifier une soirée entre filles afin de se changer les idées. Albane, dont la liaison avec Soline venait de prendre fin quelques jours auparavant, sauta sur l’occasion. Les deux amies burent plus que de raison ce soir-là, mais Albane pouvait compter sur Sandra pour dormir chez son hôtesse. Les deux jeunes femmes se lâchèrent sur un fond de musique bien déprimante. Plus tard, avec les yeux un peu hagards, Albane se releva du canapé son verre à la main et décida de trinquer pour la énième fois. Sa démarche chancelante l’empêcha d’aller bien loin. Elle se cala face à Sandra et rassembla le reste de sa lucidité.

— Tu sais quoi !? On les emmerde nos ex !

Dans un état similaire à celui de son invitée, Sandra répondit en écho.

— Ouais, t’as raison, fuck nos ex !

— Allez, on trinque... Va te faire voir, Soline !

— Ouais, et toi, retourne chez ta mère, Alessio !

Les deux jeunes femmes ponctuèrent ce toast d’un rire sonore et amplifié par la consommation d’alcool. Albane se laissa choir dans le canapé, se tenant les côtes tant elle riait. Elle s’arrêta tout d’un coup sous le coup d’une idée qui venait de jaillir et chercha son amie du regard. Exercice difficile car elle voyait double. Une fois Sandra repérée, Albane, excitée par ses pensées, prononça la phrase qui changea leur destin.

— Hey ! Et si on allait fêter notre célibat au soleil !?

Sandra se redressa tant bien que mal elle aussi et fixa son invitée. La jeune femme ignorait si son amie s’exprimait sérieusement ou non. Cependant, au vu de la tournure de la soirée, autant lui faire plaisir. Avec entrain, elle répondit.

— Ben oui, pourquoi pas ? Allez, d’accord, on part où et quand ?

— Ça, je sais pas, m’en fous, j’ai juste envie d’aller au soleil... et si on partait demain ?

Sandra explosa de rire tant la date lui semblait improbable, même dans l’état d’ébriété dans lequel les deux comparses se trouvaient. Albane la suivit et elles achevèrent leur soirée sans revenir sur ce projet.

Elles se retrouvèrent au travail le lundi d’après. La pause-déjeuner s’avéra propice pour revenir sur la soirée. Sandra en gardait quelques bribes, dont la fameuse proposition saugrenue. Pour en avoir le cœur net, elle prit l’initiative de l’échange.

— Dis donc, tu étais sérieuse la dernière fois ?

Ne sachant pas du tout à quoi elle faisait allusion, Albane la dévisagea en haussant les sourcils.

— Hein ? De quoi tu parles ?

— Ben, à propos d’un éventuel voyage au soleil pour fêter notre célibat !

Albane écarquilla les yeux.

Ah ! Donc, c’était pas un rêve !

La jeune femme avait repensé à cette idée loufoque durant le week-end mais elle l’avait chassée de son esprit. Pour elle, il s’agissait d’un délire du fait de l’alcool. Elle arbora une mine dubitative et répondit à son amie.

— J’étais sérieuse sur le coup, oui... mais tu en penses quoi, toi ?

Sandra fronça les sourcils, en proie à une grande réflexion.

— Je trouve que c’est une bonne idée, mais bon, il faut en discuter et voir où on va et quand.

Albane sauta sur l’occasion. Et pourquoi pas, après tout ! Elle afficha un grand sourire et émit une proposition.

— OK, on en reparle ce soir chez moi, si tu veux.

Après une journée de travail harassante, les deux collègues se retrouvèrent le soir même chez Albane et affinèrent leur projet. Chacune s’accorda à dire qu’un voyage leur ferait le plus grand bien et leur permettrait de prendre du recul avec leur situation amoureuse. Sandra mentionna que mettre aussi de la distance avec leur boulot pourrait apporter un plus. Albane en convint. Travailler dans le champ de la protection de l’enfance procurait beaucoup de satisfaction mais apportait également son lot de frustration et d’ennuis à régler quotidiennement.

Après moult échanges, les jeunes femmes décidèrent de partir pour les vacances de fin d’année. Sandra rêvait de passer un Noël en Laponie ! Elle désirait la totale : voir le village du père Noël, faire une balade en traîneau tiré par des rennes, assister à des aurores boréales et se balader par des températures avoisinant les moins quarante-cinq degrés.

Albane la laissa s’exprimer, émit un petit rire puis répondit avec un ton moqueur.

— Mais ça va pas la tête, non ?! Tu veux qu’on gèle sur place ou quoi ?

Sandra haussa les épaules et rétorqua.

— Ben, quoi, c’est ça, Noël ! C’est le froid, le chocolat chaud, la neige, les doudounes, les sapins, les marchés, le vin chaud, la décoration et tout ce qui va avec. Comment ressentir la magie de cette fête sinon ?

Albane taquina son amie.

— Tiens donc ! Parce que tu crois que c’est moins Noël ailleurs, dans les pays où il fait chaud par exemple ?

Son interlocutrice en resta coite. Elle ne s’était jamais vraiment posé la question. Bien embarrassée, elle tenta une réponse échappatoire.

— Ben, forcément, ce n’est pas la même chose.

Albane en profita pour enfoncer le clou.

— Hum, point de vue intéressant... Moi je dis qu’il faudrait aller vérifier.

Sandra manifesta sa surprise.

— Hein, tu veux passer Noël dans un pays exotique, toi ?

— Voilà, c’est l’idée ! Et pourquoi pas, après tout ?

Sandra restait estomaquée par la proposition d’Albane. Noël au soleil ! Mais quelle horreur, cela ne ressemblerait en rien aux souvenirs de son enfance, ça ! Ni à ceux qu’elle prévoyait pour sa future progéniture d’ailleurs. Ces festivités lui semblaient tellement incompatibles avec la chaleur et les îles... Cependant, elle donnait raison à Albane. Les ultra-marins célébraient également la Nativité. Cela pouvait s’avérer intéressant d’aller voir sur place comment cette fête universelle pour les catholiques se déroulait sous les tropiques.

Albane attendait que son amie s’exprime.

— Alors, ta réponse ?

Sa collègue récapitula.

— Pour être claire, cette année tu proposes qu’il n’y ait pas de neige, pas de sapin, pas de froid, pas de dinde, ni de bûche... Bref, rien de ce à quoi on est habituées ici ?

— Pour le repas, je l’ignore, mais pour le reste, c’est bien ça. Je te propose qu’on le découvre ensemble.

Sandra respira profondément. Difficile pour elle de résister aux défis, or celui-ci en constituait un de taille. Sa détermination se lut dans son regard quand les mots franchirent la barrière de ses lèvres.

— Tu crois que je vais dire non, hein ! … Eh bien on y va, ma cocotte !

Albane afficha un large sourire et avança la main vers elle.

— Tope-là alors !

Sans la lâcher du regard, Sandra tendit la sienne à son tour.

— Tope-là !

Il leur restait à déterminer la destination de leur périple. La Guadeloupe remporta la décision finale après une joute verbale initiée par Albane.

— Très bien, alors quelle île on choisit ?

Sandra répondit avec entrain et spontanément.

— L’île de la Réunion !

Face à elle, Albane tiqua.

— Pas mal, mais franchement, c’est trop loin d’ici, il faut au moins douze heures de vol et ça sera un peu trop coûteux pour notre budget.

— Hum, OK... alors une île des Antilles !

— Ouais, très bien, ça, mais laquelle ?

Sandra haussa les épaules face à une évidence que sa collègue ne percevait pas.

— Oh, ben c’est pareil, non ?

— Oulaaaaa, malheureuse ! Si tu dis ça là-bas, tu vas te faire étriper, toi !

— Ben quoi, qu’il s’agisse de la Guadeloupe ou de la Martinique, c’est pareil ! La plupart des habitants sont noirs, ils parlent créole et ils vivent sur une île ! Tout le monde sait ça, ce n’est pas leur faire offense que de le dire.

D’un air faussement réprobateur, Albane rétorqua.

— Oh la la, y’a du travail, chère amie ! Bien sûr que non, ce n’est pas pareil.

Sandra ne se laissa pas désarçonner.

— Ah bon ? Et pourquoi ?

— Parce ce que tout le monde sait que les deux îles ont longtemps été des rivales. Ça remonte au temps des colonies, je crois. La Guadeloupe et la Martinique sont pourtant des îles sœurs au départ mais dans ce que j’ai lu, il y a eu des enjeux de pouvoir entre elles et ça a laissé des traces. Bref, ça s’améliore un peu grâce aux jeunes générations.

Sandra haussa les sourcils.

— Eh bien, j’ignorais tout ça, OK, je retiens... Mais du coup, comment choisir ?

— Je propose la Guadeloupe.

Juste pour le plaisir, Sandra répliqua.

— Ah oui ? Et pourquoi pas la Martinique ?

Tout sourire, Albane argumenta.

— Parce que c’est plus grand, c’est un archipel constitué de huit îles, ça fera plus de choses à visiter.

Sandra valida le choix et les jeunes femmes dressèrent rapidement après la liste des vêtements et autres accessoires à apporter.

Quatre mois après, elles se tenaient fin prêtes à embarquer pour passer une quinzaine de jours sur l’île en forme de papillon.

*

Albane qui hissait péniblement sa valise sur le tapis roulant interrompit les pensées de Sandra.

— Pfiou ! Enfin, c’est fait ! Direction la salle d’embarquement maintenant.

Allégées de leurs bagages encombrants, bras dessus, bras dessous, les amies se dirigèrent gaiement vers la dernière étape. Une fois installées dans la salle d’attente, elles imaginèrent le contenu de leurs prochaines journées à venir. Excitée, Sandra évoqua le sujet la première.

— Alors, je te préviens, dès qu’on arrive, c’est plage et farniente !

Albane dévisagea son amie avec un sourire.

— Pour aujourd’hui, si tu veux mais tu ne vas pas en profiter longtemps. Le temps qu’on arrive, la nuit ne sera pas loin de tomber. Mais OK, et comme ça, demain, hop, balade ! On peut même se faire le volcan si tu es en forme.

Sandra fut effarée.

— Wow, wow, wow ! On se calme. Tu te rappelles qu’on vient en vacances ? Et les vacances, ça sert à quoi... ? À ne rien faire !

À son tour, Albane n’en crut pas ses oreilles.

— Tu plaisantes ou quoi ? À quoi ça sert de se taper autant de kilomètres et d’heures de vol si c’est juste pour squatter la piscine de l’hôtel ? Fallait pas venir ici, ma p’tite dame ! Un aller-retour à Lacanau et c’était plié !

Sandra soupira.

— OK, OK, mais je ne fais pas non plus le voyage pour contrôler le travail des géomètres. Hors de question de sillonner toute l’île de long en large, hein ! Je veux bien faire des randonnées mais je veux et j’exige des temps de farniente. À la piscine ou à la plage, je veux du repos !

— Ça marche !

Fière de sa victoire, Sandra montra à son amie qu’elle avait appris quelques bribes de créole.

— Ah, cool ! Paw ni pwoblem alows !

Albane se tourna vers elle, les yeux ronds d’effarement. Gênée, elle jeta ensuite un regard par-dessus ses épaules. Quelques Antillais lui lancèrent un regard plutôt amusé tandis que d’autres la gratifièrent d’un regard plus courroucé. Plus loin, il lui sembla entendre quelques « tchips », ce bruit émis par la plupart des Antillais en cas de contrariété. La jeune femme invectiva son amie en essayant de s’exprimer en chuchotant.

— Mais ça va pas bien, non ? Qu’est-ce qui te prend, pourquoi tu parles comme ça ?

Innocemment, sa comparse répondit.

— Ben, c’est pour prendre l’accent de là-bas ! Ils ne prononcent pas les « r » il me semble !

— Oui, d’accord, mais là, tu as parlé en tout, mais pas en créole ! Je ne peux même pas dire à quoi tu m’as fait penser... Alors, tu es gentille, tu arrêtes ça tout de suite, hein !

— Oh, ça va, rabat-joie !

Mais Sandra réalisa qu’effectivement, sa tentative d’imitation de l’accent antillais laissait à désirer. D’origine italienne, elle était contrariée au plus haut point lorsqu’elle entendait les touristes singer son accent. Les entendre répéter à l’envi des « ma qué bela! » au lieu de « ma che bella ! » ou autres phrases toutes faites lui donnait de l’urticaire. Les voir s’exprimer en bougeant leurs mains dans tous les sens lui procurait des envies de meurtre. Elle imaginait donc très bien ce que les autres voyageurs pouvaient ressentir face à sa piètre prestation. Elle s’en voulut de son comportement et décida de laisser l’accent antillais aux natifs ou aux habitants de l’île.

La voix de l’hôtesse permit de passer à autre chose.

« Les passagers pour le vol 501 en direction de l’aéroport du Raizet, à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, sont priés de se présenter pour l’embarquement, à la porte 25. »

*

— Ouaouh ! Mais comment ils font pour respirer ici ? interrogea Sandra une fois les portes de l’aéroport créole franchies. L’air, saturé d’humidité et de chaleur, la saisit à la gorge. Elle se força à inspirer doucement puis s’aperçut que son corps s’habituait vite. Elle reprit rapidement un rythme respiratoire normal.

Derrière elle, Albane, un grand sourire sur les lèvres, enlevait son pull, devenu inutile sous la température ambiante. Les deux femmes échangèrent un regard, réalisant encore avec difficulté qu’elles se trouvaient enfin sur leur île paradisiaque. Pour un temps, fini leur quotidien, le froid, le vent et l’humidité glaciale de décembre en métropole.

Sur le trottoir, les deux amies attendaient en compagnie d’autres touristes le bus qui les mènerait à leur hôtel.

Albane leva le nez au ciel, ferma les yeux et inspira profondément.

— Savoure, Sandra ! C’est magnifique, cette sensation de chaleur.

Sandra se délesta de son pull à son tour et rétorqua.

— Je vais avoir besoin d’un peu de temps pour m’habituer, je pense, mais ça va être bien, oui. J’ai hâte d’arriver à l’hôtel pour me prendre une bonne douche.

Albane acquiesça.

— OK avec toi, et je crois qu’il y a un apéritif offert pour les nouveaux clients. On se reprendra un planteur, comme tout à l’heure ?

— Avec plaisir ! Je ne connaissais pas cette boisson. Mais franchement, être accueillie par ça, directement à la sortie de l’avion, j’ai apprécié, oui... Ils savent y faire, bravo !

— C’est clair ! Mais j’ai faim maintenant. Et ce n’est pas avec ce qu’on a mangé dans l’avion que je suis rassasiée... J’ai très envie de goûter aux spécialités locales ! À moi les acras de morue, le court-bouillon de poisson, les ouassous et autres spécialités !

Sandra manifesta sa surprise.

— Ben dis donc, je vois que tu t’es documentée sérieusement chère amie, je n’ai rien reconnu dans ce que tu cites. On va découvrir alors, j’espère juste que ce n’est pas trop épicé, sinon ma langue va vite s’anesthésier.

— Pfff, chochotte ! T’inquiète, au pire je pense qu’il y aura des formules pour les fragiles de l’estomac comme toi !

— Gna, gna, gna...

— Je te taquine ! Tiens, voilà la navette ! Je vais encore galérer avec cette saleté de valise !

Maintenant qu’elles se trouvaient à destination, Sandra vint à la rescousse de son amie.

— Attends, je vais t’aider.

Une fois les bagages mis en soute, Albane et Sandra prirent place à bord.

Le cœur battant et avides de découvertes, elles admirèrent la vue, tout au long du chemin. Les paysages, la végétation luxuriante et surtout, la mer au loin, perceptible par endroits. Avec émotion face à tant de beauté et de diversité, Albane se tourna vers Sandra.

— Tu te rends compte de la chance qu’on a ?

Sandra, qui affichait un sourire béat depuis leur départ de l’aéroport, hocha la tête.

— Oh oui, c’est vraiment très beau, je suis heureuse d’être là.... Bon, avec toi, mais heureuse quand même !

— Andouille !

La demi-heure de trajet qui les séparait de leur hôtel fila comme l’éclair. Elles observèrent à l’abord des villages, des guirlandes disséminées dans des buissons. Effectivement, Noël arrivait dans quinze jours. Difficile à croire sous ces cieux tropicaux malgré ces accessoires et certaines personnes qui arboraient le célèbre bonnet rouge et blanc caractéristique de cette fête.

Cependant, en longeant la capitale, Pointe-à-Pitre, elles perdirent un peu de leur sourire. La vision qui s’offrit alors se révéla beaucoup moins paradisiaque. Sandra et Albane découvrirent un corridor de cases, ces habitations primaires et précaires, constituées essentiellement de plaques en tôle. Des hommes et des femmes chichement vêtus se tenaient à leurs abords, sans tenir compte des regards curieux et peinés des touristes. Question d’habitude.

Elles réalisèrent que la Guadeloupe ne représentait pas qu’une île de rêve. La misère y sévissait également, tout comme en métropole ou ailleurs. Et non, elle ne semblait pas moins pénible au soleil.

Leur regard de vacancières s’émerveilla à nouveau quand la mer, dans une déclinaison de bleus, s’offrit à elles au détour d’un virage. Époustouflées, elles ouvrirent la bouche en grand et manifestèrent leur ravissement. Elles furent bientôt rejointes par quelques autres touristes de la navette et plusieurs cris d’admiration émanèrent de l’habitacle.

— Oh mon Dieu ! Qu’est-ce que c’est beau !

— Magnifique !

— Ouaouh, la claque !

Ravies de cette vision, les jeunes femmes se calèrent dans leur siège, attendant dorénavant l’arrivée à l’hôtel avec impatience.

Parvenues à destination, elles se précipitèrent vers la soute pour récupérer leur valise. Sandra s’empara facilement de la sienne et se dirigea déjà vers l’entrée de l’hôtel. Albane la héla.

— Hey, tu pourrais m’attendre au moins !

Impatiente, Sandra réagit.

— Mais tu traînes toujours, toi aussi !

— C’est pas moi, c’est cette satanée valise avec ses roulettes à deux balles !

Manifestant son agacement, Albane se baissa vers le bas de son bagage. Pour la énième fois, elle voulait remettre dans le droit chemin une des roues qui ne souhaitait pas suivre la même trajectoire que les autres.

— Laissez-moi vous aider, mademoiselle !

Une voix inconnue venait de s’adresser à elle. Albane releva la tête, s’apprêtant à remercier la personne qui lui offrait son aide.

Elle ne prononça aucun mot et son sourire se figea. Devant elle se tenait une jeune femme vêtue d’un tailleur-jupe de couleur rouge pourpre. Le cœur d’Albane manqua un battement. La touriste tomba totalement et immédiatement sous le charme du sourire de la préposée aux bagages visiblement. Albane devait offrir une image comique car le sourire de la belle employée s’étira sur le côté, rendant cette mimique encore plus séduisante. La jeune femme se releva pour éviter de se rendre encore plus ridicule.

— Euh, je... Euh, je veux bien, merci !

La belle créole saisit la poignée de la valise d’Albane. Elle lui fit faire un tour sur elle-même puis les roulettes, enfin synchronisées, accomplirent leur mission. Albane haussa les sourcils, admirative de la technique employée. Elle imagina que la charmante réceptionniste devait être accoutumée aux valises récalcitrantes.

Elle suivit sa sauveuse jusqu’au comptoir de l’établissement, rejoignant ainsi Sandra qui avait observé la scène.

La réceptionniste déposa la valise près d’Albane et s’adressa à elle d’une voix chaude.

— Voilà, mademoiselle !

— Je vous remercie beaucoup ! répondit Albane devant le regard rieur de Sandra près d’elle.

L’hôtesse d’accueil fit le tour du comptoir et s’adressa aux deux clientes d’un ton plus officiel mais toujours aussi gracieux.

— Bienvenue à vous à l’hôtel des Caraïbes, je suis Noélie, pour vous servir !

Albane enregistra le prénom de la standardiste. Noélie ! Que de poésie dans ce prénom ! Les propos de Sandra la tirèrent de sa contemplation muette.

— Merci à vous ! Alors, moi, c’est Sandra et je vous présente Albane !

En indiquant le prénom de son amie, Sandra prit un malin plaisir à la désigner de la main. Albane la maudit intérieurement mais le sourire enchanteur que Noélie lui adressa effaça ce camouflet.

— Ravie de vous accueillir parmi nous, je vous souhaite un bon séjour. Laissez-moi vous accompagner jusqu’à votre studio.

Les jeunes femmes emboîtèrent le pas à leur hôtesse. Elles ne prononçaient aucun mot mais Sandra riait sous cape. Albane lui lançait régulièrement un regard noir pour lui intimer l’ordre de cesser de se moquer d’elle. Elle se concentra, non, se focalisa sur l’image devant ses yeux car, de toute façon, Sandra ne perdait rien pour attendre. Admirer Noélie évoluer de dos se révélait un très beau spectacle. Il ne dura pas longtemps, la réceptionniste s’arrêta devant une très belle porte en bois de teck.

Un Noël couleur madras

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